Pouvoir et autorité

Cet article de Jacky Simon montre que pour "faire autorité" sans autoritarisme, c'est-à-dire pour exercer son pouvoir institutionnel, l'École doit en être digne. Justement, le n° 24 d'E&M a distingué "pouvoir" et "autorité". Pour Jean-Paul Willaime, le pouvoir se traduit par une capacité à contraindre, tandis que l'autorité qualifie l'exercice de ce pouvoir, dès lors qu'il est légitimé. Le pouvoir provient d'un poste, d'une hiérarchie, d'une position dominante. L'autorité naît d'un rayonnement dû à la pertinence d'une argumentation, l'efficacité de résultats, l'exemplarité d'une conduite, la création d'un sentiment de confiance collective.

Tout pouvoir gagne sa légitimité

Le chef d'établissement reçoit de l'institution un pouvoir, mais il lui reste à construire son autorité. De même, un pays peut avoir le pouvoir de déclencher une guerre par exemple, mais il lui reste à gagner son autorité par un assentiment national et international. Il est certes possible d'exercer un ascendant, une influence - de l'autorité en somme - sans être pour autant dans une situation de pouvoir ; mais le pouvoir formel, lui, ne peut s'appliquer d'une manière bénéfique que si un minimum d'autorité est reconnu. Sinon, peuvent s'ensuivre nombre d'échecs professionnels, voire de dépressions nerveuses. Nombre d'effets pervers d'actions politiques apparemment victorieuses également. De même, certains problèmes scolaires pourraient provenir du déséquilibre entre le pouvoir des lois et règlements et leur manque de reconnaissance de la part des acteurs.

Les nouvelles formes d'autorité

Aujourd'hui, toujours selon le n° 24, ce serait non pas un pouvoir coercitif qui régnerait, mais un pouvoir maternant attentif à satisfaire des envies individuelles. Ce pouvoir n'est pas tyrannique, mais "hébétant". Il conduit à ce que chacun délègue à une instance supérieure le soin de produire du sens et des projets. La perte d'une autorité supérieure incarnée dans les institutions s'accompagne de la montée de l'autorité charismatique, de l'autorité anonyme d'une bureaucratie ou de l'opinion publique (J.-P. Willaime), ainsi que de l'autorité médiatique fondée sur la sélection de données confirmant des idées préconçues (Edgar Morin). R. Polin, (E&M n° 18), avait séparé culture et civilisation. Le premier domaine, celui des valeurs et des relations interpersonnelles, fonde l'autorité sur le charisme d'une personnalité ; le second, celui des faits avérés et de la connaissance, sur l'expertise et la compétence du chef. Les pouvoirs actuels (État, médias, publicité, modes, gourous) semblent peu désireux d'émanciper l'individu, mais davantage de répondre à ses aspirations les plus immédiates, ce qui modifie la fonction de l'École à qui on demande moins de valoriser le passé ou d'anticiper l'avenir que de répondre aux exigences du moment. L'École doit ainsi prouver en permanence son utilité et son efficacité pour légitimer son pouvoir (Anne Barrère). Quand elle ne le fait pas (5 à 20 % d'illettrés selon Pierre Cornède), elle perd de son autorité et contribue aux incivilités et violences (Philippe Perrenoud).

Comprendre pour agir

Pourquoi tant d'attention à cette distinction entre "pouvoir" et "autorité"? Parce que le "manager éducatif" (Jacky Simon), doit pouvoir analyser les phénomènes collectifs et s'appuyer sur certaines références afin de résoudre sans incohérence les problèmes variés qui l'assaillent quotidiennement. De la même façon, resterait à lever bien d'autres ambiguïtés terminologiques : "entente et compromis", "légalité et légitimité", "égalité et équité", ou encore "morale et éthique".

Education & management, n°25, page 8 (08/2003)

Education & Management - Pouvoir et autorité