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Développement et pauvreté

Akiko Suwa-Eisenmann, école d'économie de Paris (INRA)

L'écart de développement entre pays riches et pays pauvres se maintient malgré tous les efforts pour le réduire. Cet écart s'observe en termes monétaires, mais aussi en d'autres termes: accès à la scolarisation, santé, liberté... Les différentes facettes du développement ne sont pas prises en compte par une seule dimension, le revenu par exemple, qui aurait la primauté sur toutes, ou les déterminerait. Ainsi, le développement ne se résume ni à la croissance, ni à la lutte contre la pauvreté monétaire. Il se définit de plus en plus comme un processus complexe de diminution de la pauvreté concomitante à un changement de la société dans son ensemble: changement des préférences des individus et changement des institutions dans lesquels s'inscrivent les activités des individus.

Alors que le PIB par tête moyen dans les pays riches est de l'ordre de 28000 dollars en 2003, il est seulement de 500 dollars en Afrique sub-saharienne, soit un rapport de 1 à 57 (tableau 1). Lorsque l'on corrige par le coût de la vie, qui est moindre dans les pays pauvres, on obtient le PIB par tête PPA (en parité de pouvoir d'achat). Selon cet indicateur, l'écart entre l'Afrique sub-saharienne et les pays riches diminue certes, mais reste de 1 à 17. Le graphique 1 représente de manière frappante ces disparités de niveau de vie, en classant les pays par degré de latitude. Plus on s'approche de l'équateur, plus le PIB par tête en PPA est bas.

Tableau : Écarts de développement, en 2003

Au-delà de l'aspect monétaire, l'écart de développement comprend d'autres dimensions qui ressortent de droits essentiels comme la liberté, l'accès à la scolarisation et à la santé. Sur ces dimensions également, les écarts sont grands. En termes de scolarisation, plus que la scolarisation primaire (qui est largement diffusée, au moins au niveau moyen des continents, en ignorant la diversité au niveau des pays), l'inégalité se manifeste en termes d'accès aux études secondaires (le taux brut de scolarisation secondaire varie de moins d'un tiers en Afrique sub-saharienne, à 66 % en Asie de l'Est et 87 % en Amérique latine) et de scolarisation des filles (représentée dans le tableau 1, par le taux d'alphabétisation des femmes, qui est une conséquence des taux de scolarisation passés et de la structure d'âge de la population). Le taux d'alphabétisation des femmes varie de 44 % en Asie du Sud à 86 % en Asie de l'Est. Curieusement, l'Afrique sub-saharienne, plus pauvre que l'Asie du Sud en termes de revenu par tête, est mieux placée en termes d'alphabétisation des femmes. En ce qui concerne la santé, l'espérance de vie à la naissance varie de 46 ans (en Afrique sub-saharienne), 63 ans en Asie du Sud, 70 ans en Asie de l'Est et en Amérique latine, et 78 ans dans les pays riches. La mortalité maternelle au moment de l'accouchement est plus élevée en Amérique latine qu'en Afrique du Nord et en Asie de l'Est, alors que l'Amérique latine devance largement ces régions en termes de revenu par tête.

Comment définir la pauvreté?

Comment peut-on définir (et donc mesurer) la pauvreté? Une première méthode serait de considérer ceux qui se déclarent comme pauvres. Cependant, cette définition est subjective et sujette à caution; elle peut aussi empêcher une comparaison entre pays ou au cours du temps. Dans les méthodes objectives, les pays développés adoptent en règle générale une mesure relative: le seuil de pauvreté est défini en fonction du revenu de la société dans son ensemble. Plus précisément, sont considérés comme pauvres, ceux dont le revenu n'atteint pas une certaine part (souvent la moitié) du revenu médian. Le seuil de pauvreté est alors relatif: il s'élève avec le niveau de vie de la population. En revanche, pour les pays en développement, on adopte généralement une définition en termes de pauvreté absolue. Le seuil de pauvreté est défini comme le niveau nécessaire pour satisfaire des besoins fondamentaux (en premier lieu, le besoin de s'alimenter). Le seuil de pauvreté absolue est souvent fondé sur la valeur du panier de consommation nécessaire pour survivre (le panier de subsistance). Mais les besoins fondamentaux concernent plus généralement la capacité à tenir sa place dans la société: pouvoir s'éduquer, se soigner, et voter. Selon cette vision, fondée sur la théorie des capabilités d'A. Sen, non seulement le seuil de pauvreté absolue peut différer selon les pays, mais il recouvre également des dimensions extra-monétaires. L'indicateur de développement humain, calculé par le PNUD, s'inspire de cette approche. Il se présente comme une mesure agrégée de trois composantes: les conditions de vie (le PIB par habitant, en parité de pouvoir d'achat), l'instruction (le taux d'alphabétisation et le taux brut de scolarisation) et la santé (espérance de vie à la naissance). Un pays peut ainsi être bien classé en termes de pauvreté monétaire comme le Pakistan, avec un taux de pauvres de 15 %, et mal classé en taux de pauvres selon l'indicateur de développement humain (40 %). Cependant, l'indicateur de développement humain pèche par le poids arbitraire qu'il accorde aux différentes composantes.

La pauvreté apparaît ainsi, de même que le développement, comme un phénomène multidimensionnel. Les pauvres se retrouvent enfermés dans des pièges à pauvreté, où se conjuguent faible niveau de ressources obtenues dans des emplois peu qualifiants, mauvaise santé, faible niveau d'éducation, absence d'accès à du crédit ou de l'assurance [1]. Les pauvres jonglent notamment entre de nombreux "petits boulots" que ce soit en ville ou à la campagne, qui ne leur permettent ni de se spécialiser, ni de tirer parti d'éventuels gains d'échelle dans leur production.

La dynamique de la pauvreté

C'est un élément important à prendre en compte, et souvent ignoré. Un ouvrage comme Voices of the Poor de la Banque mondiale [1], qui relate des entretiens avec des pauvres, fourmille d'informations, mais n'interroge que des pauvres, sans aller chercher ceux qui sortent de la pauvreté ou risquent d'y entrer. La pauvreté peut, en effet, être permanente ou transitoire. Cette caractéristique n'est pas prise en compte par le taux de pauvreté. Celle-ci est seulement une photo prise à l'instant t. À la limite, un taux de pauvreté constant pourrait ne pas concerner les mêmes pauvres au cours du temps. Ce qui est en jeu, c'est d'un côté l'intensité de la pauvreté (afin d'appréhender ceux qui ont une chance de sortir de l'état de pauvreté) et de l'autre, la vulnérabilité des individus.

L'intensité de la pauvreté se mesure comme l'écart du revenu des pauvres au seuil de pauvreté. En d'autres termes, on veut savoir s'ils sont "un peu" pauvres ou "très" pauvres. Une des conclusions de l'expérience récente du Vietnam, c'est que les "peu pauvres" sont sortis très vite de la pauvreté, à la faveur de l'ouverture et du développement de l'industrie textile et des cultures d'exportation; restent maintenant, ceux qui étaient "très pauvres", qui ont d'autres caractéristiques et s'en sortiront sans doute plus difficilement.

La vulnérabilité d'un individu ou d'un ménage, c'est le risque qu'il fasse l'expérience de la pauvreté, en subissant un choc (perte de travail, maladie ou décès). Le choc peut provenir de phénomènes macroéconomiques. Ainsi, la crise financière s'ajoutant à la crise alimentaire aura un impact important: d'après le FMI, la croissance prévue dans les PVD pour 2009 est estimée à 1,6 % en moyenne, au lieu de 8 % pour 2006 et 2007. Le ralentissement sera ainsi plus important dans les PVD que dans les pays développés (2,7 % de croissance en moyenne en 2007 à - 3,8 % prévus en 2009). Cependant, au niveau pertinent pour évaluer l'évolution de la pauvreté, c'est-à-dire les ménages, la vulnérabilité est difficile à apprécier, car elle requiert de pouvoir suivre les mêmes individus au cours du temps.

Dans ce contexte, pourquoi le débat public s'est-il focalisé sur le seuil d'un dollar par jour? Pour le comprendre, il faut se rappeler qu'une mesure, comme le taux de pauvreté, peut servir à trois objectifs: compter, analyser et agir. Or, pour agir et mobiliser la communauté internationale, un indicateur simple comme la part de la population mondiale vivant avec moins d'un dollar par jour de revenu par personne est plus efficace. À cette aune, on constate une diminution spectaculaire de la pauvreté ces vingt dernières années. 40 % de la population mondiale vivait avec moins d'un dollar par jour en 1981 (soit 1,4 milliard de pauvres); ils n'étaient plus que 18 % en 2004 (969 millions) (graphiques 2). C'est en Asie de l'Est et du Sud que se concentre l'essentiel de la réduction du nombre de pauvres. En excluant la Chine, le taux de pauvres serait passé "seulement" de 30 % en 1981 à 20 % en 2004, et le nombre de pauvres, lui, serait resté constant soit 840 millions. En Afrique sub-saharienne, le taux de pauvres augmente, puis diminue, pour revenir en 2004, au même taux qu'en 1981, soit environ 41 %.

Graphique : Pauvreté absolue : qui vit à moins d'un dollar par jour ? (graphique 2)

Comme on le voit, l'évolution du taux de pauvres est différente de celui du nombre de pauvres. Où sont donc les pauvres dans le monde? Principalement en Asie du Sud, mais de plus en plus (le nombre est en augmentation) en Afrique sub-saharienne (graphiques 2).

L'objectif de réduire de moitié, entre 1990 et 2015, la proportion de la population dont le revenu est inférieur à un dollar par jour, n'est cependant qu'un des objectifs du millénaire. Outre la réduction de l'extrême pauvreté et de la faim (objectif 1), ils concernent également l'éducation primaire pour tous (objectif 2), l'égalité des sexes notamment dans l'accès à l'enseignement primaire et secondaire (objectif 3), la réduction de la mortalité des enfants de moins de 5 ans (objectif 4), la réduction de la mortalité maternelle (objectif 5), la lutte contre le sida et le paludisme (objectif 6), l'environnement durable (objectif 7) et un partenariat mondial pour le développement (objectif 8).

La diminution de la pauvreté passe ainsi par le développement. Mais une vision du développement différente de celle qui fut longtemps celle de la discipline, c'est-à-dire d'un développement centré sur la croissance (encadré).

Texte associé : Le développement comme croissance

Critique de la vision de développement comme croissance

La vision du développement centrée sur la croissance suppose deux hypothèses. Premièrement, la croissance est un phénomène linéaire et déterministe, comportant des étapes bien balisées. Deuxièmement, la croissance générale profitera à tous, et aux pauvres en particulier, par un phénomène de ruissellement vers le bas (ou trickle down). Or, ces deux hypothèses ont été mises à mal tour à tour.

Sur le terrain, le consensus de Washington (encadré) apparaît en crise à la fin des années 1990. Les crises financières en Russie, puis en Asie se propagent par effet de contagion, même dans des pays qui semblent pratiquer une politique macroéconomique soutenable, sans creusement des déficits budgétaires ou commerciaux.

En outre, on assiste à une véritable prise de conscience, par les organisations internationales, du coût social de l'ajustement, que certains observateurs avaient dénoncé dès les années 1980. De manière plus générale, la "fatigue de l'aide" touche les bailleurs de fonds: certains pays ont reçu aide sur aide, sans résultats apparents; l'aide publique stagne alors que les financements privés aux PVD (investissements directs étrangers et envois de fonds des émigrés) ont décollé. Les pays riches veulent désormais rendre l'aide plus efficace, mieux ciblée envers certains pays. Le débat se déplace alors sur le type de pays sur lesquels l'aide devrait se concentrer: doit-on se focaliser sur les pays qui pourront tirer parti de l'aide, parce qu'ils disposent d'une administration appropriée et d'une gouvernance leur permettant de l'utiliser efficacement; ou sur les pays les plus pauvres, ceux qui ne reçoivent ni recettes d'exportations ni investissements étrangers au risque que l'aide soit mal utilisée?

Équilibres multiples et persistance

Dans les nouvelles théories de la croissance, celle-ci n'apparaît plus comme un processus linéaire et déterministe [6]. Des sociétés semblables peuvent évoluer de manière radicalement différente. Deux raisons peuvent être invoquées à cela. Premièrement, il se peut qu'il y ait des équilibres multiples, dépendant du degré de coordination entre les agents économiques. Supposons par exemple qu'il ne soit profitable d'investir et de commencer à produire, pour une firme A, que si une autre firme B investit également. A et B peuvent être liés par des relations de fournisseur/acheteur; ou encore, les ventes de B contribuent à donner du pouvoir d'achat à ses ouvriers qui pourront ensuite acheter le produit de A. On peut alors se trouver dans deux équilibres, un équilibre haut où les deux firmes investissent toutes les deux; et un équilibre bas où personne n'investit. Dans ce cas, aucune firme ne se lance sur le marché, par manque de coordination.

Une autre raison qui peut expliquer pourquoi deux économies initialement semblables vont diverger au cours du temps est la persistance (ou dépendance par rapport au chemin suivi, path dependence). Des différences initiales infimes vont avoir un impact important à terme. Ce peut être par exemple, le degré de facilité d'accès au crédit. Supposons que les firmes modernes aient besoin d'un investissement fixe en capital pour commencer à produire. Si le crédit est généreusement distribué, tout le monde y aura accès et pourra créer des firmes modernes. Si le crédit est rare, seuls les plus riches pourront se lancer dans la technologie moderne. Ils emploieront moins de monde et l'économie dans son ensemble aura du mal à décoller. Ces idées ne sont pas neuves. Paul Rosenstein Rodan ou Albert Hirschman les avaient déjà formulées dans les années 1940 et 1950. Mais ce n'est qu'à la fin des années 1980 qu'elles ont été formalisées et reprises par les économistes [5].

Des déterminants proches aux déterminants profonds de la croissance

Non seulement la croissance n'est plus un phénomène linéaire et sûr, mais elle apparaît désormais également comme un phénomène complexe, dû à des facteurs multiples. Certains de ces facteurs, pour reprendre la terminologie de Dani Rodrik [7], sont des déterminants proches (comme le capital, le travail ou la technologie); d'autres sont des déterminants profonds, agissant également de manière indirecte et à des rythmes plus lents, comme l'intégration internationale, la localisation géographique, ou les institutions. L'intégration internationale renvoie aux avantages d'une taille de marché suffisante, ou aux bénéfices et aux coûts liés à la participation aux échanges internationaux de biens, services, capital et travail. Par institutions, on entend ici un accord, formel ou informel, pouvant servir de cadre pour l'activité économique. La localisation géographique a un effet sur la croissance, en procurant des ressources naturelles comme une terre arable ou des gisements miniers, en influençant la facilité d'accès au marché international (la différence entre un pays côtier et un pays sans accès à la mer) ou en étant plus ou moins propice à la propagation de maladies comme la malaria. Le graphique 1 illustre de manière frappante le lien entre niveau de revenu par tête des pays et distance à l'équateur. Entre l'équateur et les tropiques, se situe une zone où le PIB par tête est globalement faible. Jared Diamond a relancé dans un livre récent [4], la thèse géographique, en la rattachant à la forme même des continents. D'après lui, les continents situés sur un axe est-ouest, comme l'Eurasie, ont pu facilement acclimater les innovations (culture du blé, domestication de gros animaux) originaires d'un endroit précis du continent (comme par exemple, le Croissant fertile). En revanche, les continents situés sur un axe nord-sud comme l'Afrique ou l'Amérique, sont pénalisés par la variété des climats et l'existence de déserts, qui rendent la diffusion des innovations beaucoup plus difficile.

Graphique : Où sont les pays pauvres ? (graphique 1)

Cependant, le facteur géographique lui-même n'est pas complètement exogène. Des ressources naturelles abondantes peuvent ainsi s'avérer une malédiction pour le pays qui en est doté, en raison des comportements de prédation qu'elles peuvent susciter. L'effet du facteur géographique peut aussi varier au cours du temps, notamment en lien avec la qualité des institutions suscitées par les avantages ou les inconvénients de la localisation. Ainsi, les Caraïbes apparaissent au XVIIIe siècle comme beaucoup plus riches que la partie nord de l'Amérique du Nord (Canada et nord des États-Unis), car propice à la culture du sucre dans de grandes plantations employant des esclaves. Elles sont aussi beaucoup plus inégalitaires. L'inégalité initiale est renforcée par des institutions et des règles de fonctionnement de la société, que l'élite crée afin de pérenniser son pouvoir, mais qui se révèlent néfastes pour la croissance: partage inégal de la terre, diffusion limitée du droit de vote, sous-investissement dans la scolarisation primaire. La possibilité d'équilibres multiples évoquée plus haut joue par la complémentarité entre les différents canaux de la croissance.

Dans ce cadre complexe, il devient difficile de mettre en évidence une relation de causalité. En effet, l'existence de "bonnes" institutions, comme par exemple, la présence de tribunaux faisant respecter le droit, peut être propice à la croissance. En sens inverse, cependant, un niveau élevé de revenu par tête favorise la mise en place de telles institutions. Observer simplement sur un échantillon de pays, que de "bonnes" institutions existent plus fréquemment dans les pays à revenu élevé permet d'établir une corrélation, mais non une relation de causalité.

Le triangle inégalité-croissance-pauvreté

Désormais, le lien entre croissance et répartition n'apparaît plus comme direct ou univoque. La croissance n'est pas neutre envers l'inégalité; et cette dernière influe sur les conséquences de la croissance: un pays plus égalitaire peut en effet être plus propice pour la croissance. L'inégalité influe à son tour sur ce qui se passe en bas de la distribution, c'est-à-dire, sur la pauvreté. Le graphique 3 illustre ce triangle croissance-inégalité-pauvreté. Les courbes sont des fonctions de densité, c'est-à-dire la fréquence dans la population (en ordonnée) de chaque niveau de revenu (en abscisse, ici en dollars par jour). Lorsque l'on passe de la situation A à la situation B, deux phénomènes se produisent. Tout d'abord, la courbe se déplace vers la droite: tout le monde s'enrichit (et dans la même proportion, puisque l'échelle est logarithmique). C'est l'effet de croissance "neutre". De plus, à moyenne constante, la courbe se déforme, elle devient plus pointue: on trouve plus de gens au point modal et moins de gens aux extrêmes. Il s'agit là d'un deuxième effet, l'effet de répartition. Au terme de ce processus, intéressons-nous à la partie de la courbe qui se trouve à gauche du segment vertical d'abscisse 1. Cette partie représente la proportion de la population en deçà d'un seuil de pauvreté (il s'agit d'une définition standard de la pauvreté absolue). Dans cet exemple, la pauvreté absolue diminue drastiquement, en raison d'un effet de croissance et d'un effet de répartition. Mais il se peut aussi bien que la courbe se déforme d'une autre manière et que l'effet "neutre" de croissance soit annihilé par l'effet de répartition. L'effet de répartition peut être dû à des facteurs structurels et historiques; il peut aussi évoluer par volonté politique.

Graphique : Croissance inégalité pauvreté (graphique 3)

Que retenir de ce rapide tour des théories du développement? On peut avancer trois remarques. Tout d'abord, le développement est de nouveau perçu par la communauté scientifique comme un phénomène social, impliquant une transformation de la société et des individus. Ensuite, le lien entre développement et pauvreté passe par une volonté politique de redistribution. Enfin, la recherche en développement, comme d'ailleurs une bonne partie de l'économie actuelle, se situe désormais à la jonction entre macroéconomie et microéconomie, et pour une large part, à la jonction entre théorie et empirisme. Les économistes disposent désormais d'enquêtes, ménages ou firmes, détaillées et couvrant la majorité des pays sur une vingtaine d'années; ils peuvent remonter plus loin encore dans le temps, en réinterrogeant les sources historiques. L'ensemble constitue un champ d'exploration fécond et en pleine expansion.

Bibliographie

    [1] Banerjee A., Duflo S., The Economic Lives of the Poor, "Global Development Report 2009 : A Development Emergency", Banque mondiale et FMI (disp. en ligne).
    [2] Bourguignon F., The Poverty-Growth-Inequality Triangle, "Working Paper" 28102, Banque mondiale, 2004.
    [3] Chen S., Ravallion M., The Changing Profile of Poverty in the World, "2020 Focus Brief", IFPRI, October 2007.
    [4] Diamond J., "De l'inégalité parmi les sociétés - Essai sur l'homme et l'environnement dans l'histoire", Paris, Gallimard, 2000.
    [5] Engerman S., Sokoloff K., L'inégalité avant et sous la loi: les chemins du développement dans les Amériques, "Revue d'économie du développement", 2003, 2/3 (Vol. 17), p. 111-135 (disp. en ligne).
    [5] Krugman P., "The Fall and Rise of Development Economics", 1994 (disp. en ligne).
    [6] Ray D., "What's New in Development Economics?", mimeo, 2001 (disp. en ligne).
    [7] Rodrik D., "Institutions, Integration and Geography: In Search of the Deep Determinants of Economic Growth", 2002 (disp. en ligne). Introduction de "In Search of Prosperity: Analytic Narratives of Growth", Princeton University Press, 2003.
    [8] Sokoloff K., Engerman S., History Lessons: Institutions, Factor Endowments and Paths of Development in the New World, "Journal of Economic Perspectives", 14 (3), été 2000, p. 217-232.

Ecoflash, n°238 (05/2009)

Ecoflash - Développement et pauvreté