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Sports et spécificités nationales (encadré 2)

Le refus du football, du rugby et du cricket constitue, dans le cas des États-Unis d'Amérique, un refus du passé colonial. Le football américain est ainsi codifié à la fin du XIXe siècle (1896) autour de règles censées incarner les valeurs américaines (sport excitant, très viril, avec une très forte spécialisation de chaque poste et la possibilité d'une évaluation quantitative fine des performances de chaque joueur, à l'instar du basket-ball et du base-ball). Pour Markovits [6], l'opposition entre football et football américain reflète deux conceptions nettement tranchées du rapport entre temps et action : saccadé et violent aux États-Unis, il serait plus alangui et continu en Europe.

Le rôle de la "démarchandisation" des services sportifs joue également un rôle considérable. Or l'effort financier varie d'un pays à l'autre. Si aujourd'hui, la pratique du football est si aisée en France, c'est parce que les municipalités (d'abord communistes dans l'entre-deux-guerres puis les autres) ont consenti des efforts financiers considérables pour bâtir des stades municipaux. Les États-Unis, qui ne disposent pas de telles infrastructures pour le football (soccer), ont en revanche aménagé de nombreux golfs, facilement accessibles (l'aire urbaine de Chicago comprend plus de deux cents golfs, dont beaucoup dans des zones déshéritées, et pour un prix d'accès modique), alors qu'en France ces parcours sont peu nombreux et réservés à une élite.

S'il existe des spécificités nationales indéniables quant aux sports pratiqués, la sociologie se doit de participer à la déconstruction des styles nationaux de jeu, tels qu'ils sont produits par le sens commun et le propos journalistique. Par exemple, le style français au football serait, si l'on en croit les commentateurs sportifs : le courage, la furia francese qui compensent une technique faible (début XXe siècle), puis (1960-80), la technique des Brésiliens d'Europe qui contraste avec la puissance physique des équipes nordiques(Allemagne surtout).

    [6] Markovits A., Pourquoi n'y a-t-il pas de football aux États-Unis ? "Vingtième Siècle", 1990, n° 26, p. 19-36.

Ecoflash, n°213 (12/2006)

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