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Le "Consensus de Washington" (encadré 2)

L'expression "Consensus de Washington" est de James Williamson qui, analysant les principales clauses de conditionnalité inscrites dans les politiques d'ajustement structurel (PAS) signés avec les États d'Amérique latine, relève dix grandes mesures (tableau ci-dessous) [14]. Contrôlées par le FMI, ces mesures sont censées remettre le pays sur la voie du développement, prolongeant dans le long terme la stabilisation de court terme. Les prêts de la Banque mondiale sont ainsi conditionnés à leur application. Ces politiques largement standardisées ont été appliquées bien au-delà de la seule Amérique latine [3]. Elles marquent un changement radical vis-à-vis des rôles respectifs de l'État et du marché dans la stratégie de développement.

L'intervention de l'État est largement encadrée. Son champ d'action est nettement circonscrit. En dehors de la garantie de la propriété privée et de la fourniture de certains biens publics (infrastructures, éducation et santé conçues comme investissement en capital humain), l'État doit se retirer de la sphère productive (privatisations) et ne pas interférer avec l'allocation des ressources par le marché (suppression des subventions sources de distorsions, déréglementation). Son action doit strictement respecter les principes d'une saine gestion financière (faible déficit voire excédent pour rembourser la dette, assiette fiscale large et taux d'imposition modéré).

Symétriquement, le rôle central du marché est consacré par une libéralisation tous azimuts, garantie d'une allocation optimale des ressources : libéralisation commerciale (taxation modérée et uniforme), libéralisation financière (aucune entrave aux IDE, taux d'intérêts fixés par le marché ou, à défaut, taux administrés attractifs contre la fuite des capitaux), changes flexibles.

Á la fin des années 1990, des mesures nouvelles sont venues compléter les PAS sans remettre en cause leur logique d'ensemble (tableau ci-dessous).

Tableau : Mesures d'origine et mesures complémentaires du "Consensus de Washington"

Le "Consensus de Washington" est fondé sur la croyance dans un rattrapage quasi "naturel" qui n'est au niveau international qu'une figure du retour à l'équilibre. Il correspond ainsi à une stratégie de développement exclusivement fondée sur l'intégration au marché mondial. Elle combine un financement et une orientation externe ainsi qu'un recours quasi exclusif aux signaux du marché dans le cadre d'une stratégie de croissance équilibrée. Les pays doivent se spécialiser dans les activités pour lesquelles ils disposent d'un avantage comparatif. Leur abondance en ressources naturelles et en main-d'oeuvre peu qualifiée doit être valorisée par des capitaux étrangers, attirés par une rentabilité élevée et une législation accommodante. Ce faisant, les États desserrent à la fois leur contrainte de financement et leur contrainte de débouché, à court et long terme.

À court terme, ils valorisent facilement leurs ressources productives (y compris par le biais d'une croissance purement extensive au début) sans avoir à mobiliser une épargne douloureuse dans une situation de trappe à pauvreté. Par ailleurs, le marché mondial offre une profondeur qui permet d'atteindre rapidement les zones de rendements croissants garants d'une forte compétitivité et d'une forte rentabilité.

À plus long terme, les États acquièrent les réserves de change suffisantes pour importer les biens nécessaires à une remontée progressive des filières dans le cadre d'une stratégie de croissance équilibrée répondant aux signaux du marché. Les IDE sont l'occasion d'un transfert de technologies et de compétences. Le recours aux capitaux étrangers conduit à une ponction sur le produit national. Mais une part des profits est réinvestie tandis que la distribution des revenus permet la constitution progressive d'une demande domestique solvable. Il est alors possible de réorienter le développement vers le marché domestique (contrainte de débouché desserrée à long terme), tandis que la constitution d'une base d'épargne nationale permet de pallier le tarissement du financement externe au fur et à mesure du rattrapage (contrainte de financement desserrée à long terme).

Bien sûr, cette stratégie vise également (certains diront seulement) à assurer la solvabilité des États concernés pour qu'ils assurent le service de la dette accumulée lors de la mise en oeuvre des stratégies précédentes. Mais les potentialités de rattrapage sont telles que les capitaux étrangers sont censés affluer, rendant possible à la fois le transfert de ressources vers les créanciers du Nord et le financement du développement au Sud.

    [3] Stiglitz Joseph, "La Grande Désillusion", Paris : Fayard, 2003.
    [14] What Washington Means by Policy Reforms, in Williamson J., "Latin American Adjustment : How Much Has Happened", Washington DC : Institute for International Economics, 1990, p. 7-20.

Ecoflash, n°203 (12/2005)

Ecoflash - Le "Consensus de Washington" (encadré 2)