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Différentes conceptions de la pauvreté

La pauvreté est un phénomène connu de tous, mais paradoxalement difficile à définir avec précision. Elle peut s'envisager de multiples façons. La plus élémentaire, mais aussi la plus opératoire, consiste à faire de la pauvreté un phénomène purement monétaire. Dans cette approche, sera considérée comme pauvre toute personne dont les revenus sont inférieurs à un seuil de pauvreté représentant 40 %, 50 % ou 60 %, selon le pays considéré, du revenu médian ou moyen d'une société ou d'un pays donné. La pauvreté sera alors dite relative puisqu'elle dépend de la société dans laquelle elle est envisagée. La pauvreté absolue caractérisera par opposition, l'incapacité d'un individu à se procurer un panier de biens d'usage ordinaire et de première nécessité, valorisé au prix du marché local.

Graphique : Évolution du taux de pauvreté en France

Cette vision purement monétaire de la pauvreté, bien qu'utile pour définir des taux de pauvreté, ne peut suffire à appréhender un phénomène aussi complexe. Elle pourra être complétée, principalement dans les pays industrialisés, par les notions de pauvreté subjective (mesurée par données d'enquête et liée à la perception qu'un ménage se fait de son insuffisance de moyens) ou administrative, mesurant la proportion de ménages pauvres au nombre de personnes percevant les minima sociaux. Plus fondamentalement, le sociologue Peter Towsend insiste, dans sa conception de la pauvreté, sur le concept de "participation" et considère qu'une personne pauvre peut être dite en situation de pauvreté lorsque les ressources dont elle dispose sont significativement inférieures à celles qui lui permettraient de participer aux activités sociales. La pauvreté serait en ce sens un état de privation multidimensionnel conduisant à l'exclusion sociale. Le Conseil européen en considérant comme pauvres "les personnes dont les ressources matérielles, culturelles et sociales sont si faibles qu'elles sont exclues des modes de vie minimaux acceptables dans l'État-membre où elles vivent", adoptera en décembre 1984 une définition analogue.

Au concept de privation de participation fait écho l'analyse d'Amartya Sen [9] pour qui la pauvreté est avant tout une privation de capacités (capabilities) d'accès à une alimentation correcte, à l'éducation ou à la santé. Est pauvre toute personne n'ayant pas un niveau de capital (matériel, humain, relationnel) suffisamment développé pour avoir la capacité de s'extraire de cette précarité. L'incapacité à accéder aux services bancaires sera une des formes constitutives de cette vision de la pauvreté.

    [9] Sen Amartya, "Un nouveau modèle économique, développement, justice liberté", Paris, Odile Jacob, 2000.

Ecoflash, n°201 (10/2005)

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