Editorial

Editorial du n° 41

Michel Tozzi

Alors que le monde s'enfonce dans un chambardement économico-financier que les États tentent de juguler, et que le doute s'installe sur la tendance jusqu'ici dominante à la pertinence de la dérégulation, on peut s'interroger sur "ce que peut la philosophie face à la crise"...

L'histoire de la philosophie ne permet guère de trancher : à la position stoïcienne de consentement à la loi du cosmos, ou cartésienne selon laquelle "mieux vaut se transformer que l'ordre du monde", s'oppose celle de Marx selon laquelle au lieu de s'en tenir à interpréter le monde, l'urgence du philosophe est à "le transformer". A la version platonicienne de la conversion à la théoria et de la sagesse pratique individuelle, Aristote répondait déjà qu'il ne faut chercher la vie bonne qu'en s'impliquant dans la cité, en recherchant des institutions justes. On pense à l'aspect subversif de Socrate ou Diogène, à Sartre sur son tonneau à la sortie des usines de Boulogne-Billancourt, aux engagements de Foucault ou de Tony Négri par exemple...

Est-il possible en tant que philosophe, et si oui comment, d'articuler aujourd'hui, après la "fin des grands récits" (J.-F. Lyotard), la réflexion individuelle et l'action collective émancipatrices ?

A-t-on jusqu'ici pensé la dimension "politique" de la philosophie avec les enfants, en entreprise, dans les cafés-philo, les ateliers philo dans la cité, les Universités Populaires qui diffusent des "savoirs critiques" ? C'est une question qui devrait parcourir les articles publiés dans Diotime...

Diotime, n°41 (07/2009)

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