En classe

Ce n'est pas parce que je pense que nous pensons, c'est parce que nous pensons que je pense Paolo Freire

Mireille Laporte-Davin, professeur d'école à l'école A. Balard de la ZEP de Montpellier

Le témoignage du cheminement, au plus près de la vie de la classe, d'une praticienne de discussions à visée philosophique dans une classe unique de zone sensible en pédagogie coopérative, appuyé sur le discours de ses élèves sur cette pratique.

Arrivée en septembre 2003 à l'école A. BALARD, située à la ZEP La Paillade de Montpellier, j'ai une classe de cycle 3. (6 CE2, 6 CM1, 10 CM2). Les élèves de cette classe viennent de neuf classes différentes mais sont, pour les 2/3, coutumiers de certaines techniques Freinet (essentiellement le conseil) et de la Pédagogie Institutionnelle. Ils sont et resteront tout au long de l'année, un agrégat de groupuscules antagonistes. Mais ce qui est sûr, c'est que tous ont une expérience plus ou moins développée de la coopération et de certaines institutions telles qu'ils ont pu les expérimenter avec leurs enseignants précédents.

Le groupe classe ayant nécessité pour commencer à se constituer, la totalité de la première période, j'ai attendu le retour des congés de la Toussaint, pour proposer un moment de parole qui nous permettrait d'aborder des questionnements ne relevant ni du conseil lui-même, ni des thèmes abordés en sciences, histoire ou géographie, ni même des "  quoi de neuf ? ".

Quelques élèves avaient déjà abordé ce type d'oral chez deux collègues, l'année précédente, expliquant leur expérience, évoquant les questions abordées, l'intérêt qu'ils avaient pu y trouver, permettant ainsi pour moi une entrée en matière facilitée,.

La proposition fut acceptée et un moment prévu à cet effet : le jeudi de 14h à 15h, en groupe classe complet, afin d'ancrer la cohésion du groupe.

La première séance fut consacrée au relevé des questions et à la détermination de leur ordre de traitement. Il est à noter que les premières propositions furent une reprise de questions déjà traitées, émanant d'élèves un peu plus expérimentés (inquiétude devant une pratique inconnue ou devant une possibilité de nouveau champ d'interrogation ?). Lorsqu'il fut clairement posé que s'il devait y avoir des priorités, elles seraient accordées à des questions qui n'avaient jamais été abordées, les demandes apparurent, plus librement : pourquoi la vie existe-t-elle ? Pourquoi la prison ? La richesse et la pauvreté. L'argent fait-il le bonheur ?

Quatre élèves ne s'expriment régulièrement pas.

Début janvier 2004, il a été demandé, lors de la séance précédente, de rapporter une photo de ce qui pouvait constituer, pour chacun, une photo du bonheur. Intervention de tous les élèves de la classe.

Mi-janvier : demande de consacrer une séance à une discussion après le visionnage du film " Dark cristal ". Sont évoqués le bien et le mal, le pouvoir et la guerre, la bipolarité de l'être humain.

Fin janvier : lecture de l'album " Son premier poisson " Auteur : Hermann Schulz - Illustrations : Wiebke Oeser - Éditeur : Être. S'ensuit une discussion sur le libre arbitre et le courage.

L'apparition de métiers avec des fonctions, de règles

Apparition des métiers de président, de journaliste et de preneur de notes

Fin février: en raison de la présence d'une stagiaire et de son invitation à participer à la Discussion à Visée Philosophique (appelée désormais DVP), le moment se transforme en moment bilan : raisons de consacrer une attention particulière à ces questionnements, l'intérêt, les apports, les inquiétudes, les transformations, les glissements, les exigences de ce travail. Un élève de CM2, William, s'exprime ainsi : " ce qui est intéressant dans une DVP, c'est que j'arrive avec ma question et que je repars avec celles de mes camarades ".

Apparaissent le synthétiseur et son observateur, qui permettront de co-construire la fonction, idem pour le reformulateur et son observateur.

Début mars : reprise de la discussion à partir de l'album " Son premier poisson " qui débouche sur une typologie des différents genres de courage.

Apparaît l'aide à la présidence

À la demande de la classe, une DVP s'organise après les attentats de Madrid, sur le pourquoi du terrorisme et de ce type de violence. Reprise et tentatives d'approfondissement de la DVP précédente.

Début avril: lecture de "  L'agneau qui ne voulait pas devenir un mouton " puis, nous faisons une DVP à partir de la fable " Le Loup et le Chien ". Seules demeurent les fonctions de journaliste et de président, les autres fonctions constituant, de l'aveu des élèves les ayant assumées, une surcharge trop importante ainsi qu'un obstacle rédhibitoire à la participation à la DVP. Deuxième DVP consacrée à l'argumentation des tenants de la sensibilité des chiens qui souhaitent convaincre du bien fondé de leur choix, les loups (idem pour les loups).

Lecture d'un premier passage de " L'étrange guerre des fourmis ", à partir de l'émission d'hypothèses sur les apports de l'accès à la parole. La deuxième partie de cette DVP devait permettre un bilan des différentes hypothèses avant une reprise de la lecture du roman. En définitive, elle a débouché sur une reprise des différentes propositions et leur approfondissement. Nouvelle DVP à partir de " L'étrange guerre des fourmis " : communication et langage, parole-mensonge-conflit ou communication positive. Lecture de la fable de Nasredine Hodja : le passeur.

Il apparaît clairement qu'à chaque nouvelle lecture, dans la mesure où je n'indique jamais un thème précis, ce sont toujours les concepts isolés lors de la DVP précédente qui sont " repérés " en premier lieu, soit comme devant faire le lien, soit comme servant d'appui à un nouveau travail de la pensée dans une zone proximale.

Il est à noter que depuis le début de ces DVP, le niveau des attentes en ce qui concerne la qualité de l'argumentation, la précision dans le vocabulaire, l'exigence de non répétition, la quête de l'implicite, la recherche d'indices, va augmentant et ce, du fait des participants.

J'assure, pour ma part, le rôle d'animateur.

S'il existe bien un cahier de philo, son utilisation est encore très limitée.

Chamhan (CP) : moi je dis que on vient à l'école c'est pour apprendre et bien réfléchir.

Oussama (CM2, ENA) : y'a des gens qui attendent la DVP pour travailler, pour comprendre, dans la vie, comme ça on sera grand et on pourra le comprendre.

2004/2005 : je fais partie d'un groupe de cinq enseignants qui ont fait le choix de se lancer dans l'expérimentation d'une classe unique qui accueille des enfants du CP au CM2, à raison de quatre élèves par niveau. Notre projet est de développer la coopération et de parvenir à une pacification de la classe par le multi-âge, de permettre l'autonomie des élèves par une décentration de l'enseignant. Ce n'est pas sans conséquence sur les DVP elles-mêmes ainsi que sur leur organisation, sur le dispositif et sur l'activité réflexive. Entre autres, une nouvelle institution apparaît, une réunion quotidienne (durée 30 minutes avec un président qui est en même temps président du jour, j'assure le secrétariat par souci de prises de notes claires, complètes et donc réutilisables) qui vient compléter le conseil hebdomadaire qui lui, régule la vie de la classe. La réunion est plus proche d'une réunion de chantier avec ses questions purement organisationnelles, des projets qui sont lancés, des demandes de partenariat avec d'autres élèves pour des réalisations, des prises de rendez-vous pour des présentations de travaux ... C'est à ce titre que la DVP, qui est hebdomadaire, va être organisée tant au niveau du contenu que des fonctions. C'est en moyenne, une réunion par semaine qui lui est réservée durant l'année scolaire 2006/2007, parfois une partie d'une deuxième, lorsqu'il s'agit de terminer le bilan d'une DVP passée. La réunion préalable permet d'entendre toutes les questions proposées par les élèves, d'examiner leur caractère philosophique, de proposer régulièrement un vote afin d'en retenir une, d'entendre les élèves qui se proposent pour occuper une fonction durant la DVP.

- Ces fonctions sont celles de président(e)

Chafia CE2 : on est mardi 15 mai, le thème c'est, le bilan des DVP, je serai présidente, je dois appeler les petits parleurs, je dois dire l'heure ... trois fois, je dois rappeler les hors sujet, je dois mettre les avertissements et aussi ... je dois dire les prénoms ...

Cette fonction consiste à annoncer le thème qui a été retenu, donner l'heure, distribuer la parole aux discutants par inscription sur une liste. Cette inscription a été abandonnée au profit d'autres tentatives telles qu'une demande de parole en levant la main : le président dépose le passeport correspondant dans une boîte, en prenant soin de toujours prendre celui du fond afin de respecter l'ordre des demandes ; une autre tentative a été adoptée vers le début de l'année 2007 : le micro tourne en permanence, toujours dans le même sens, et celui qui souhaite s'exprimer l'arrête. Seuls prioritaires, le président, le reformulateur et l'animateur. Le tour reprend ensuite où il s'était arrêté. Pourquoi cette modification cette année, alors que l'inscription pour prise de parole avait été utilisée jusqu'alors ? Une ambiance de classe où se multipliaient les râleries, les bilans de présidence insatisfaisants quant à distribution de la parole, des élèves qui ne voyaient pas leur demande entendue, éventuellement au profit de copains, fait d'enfants assez immatures ? Départ en 6ième, d'élèves considérés comme référents par leurs pairs ou absence d'enfants à forte personnalité ?

Le président ouvre et ferme la DVP, signale les hors sujets, invite les petits parleurs à s'exprimer, signale les gêneurs, donne la parole au reformulateur.

Chaque institution ayant ses " maîtres mots " d'ouverture, prononcés par le président, voici ceux qui ont été proposés par les élèves de la classe, début 2005 puis modifiés (en italique) en fin de cette même année

- Les règles

Pendant une DVP :

  • on se pose des questions
  • on en choisit une que l'on tente d'explorer dans toute son étendue
  • on essaye d'expliquer, de dire pourquoi on avance une idée, une hypothèse, une piste
  • on écoute celle ou celui qui avance une idée
  • on explique ce que l'on met derrière les mots qui reviennent le plus souvent dans une discussion et que le scribe a notés au tableau
  • on ne se moque pas lorsque quelqu'un explique son idée
  • on ne parle pas tous en même temps
  • on ne coupe pas la parole, on la demande
  • on ne crie pas, on ne râle pas
  • on ne répète pas deux fois la même chose
  • quand on est sur une piste, on y reste, le président intervient et ceux qui ont des questions ou des propositions différentes, les gardent pour plus tard
  • en fin de discussion ceux qui le souhaitent proposent une conclusion " momentanée ", et le président peut procéder à un vote pour n'en retenir qu'une.

La feuille était à la disposition du président à chaque DVP jusqu'au jour où nous l'avons momentanément égarée et où un travail de reconstitution en découla, du plus grand intérêt, permettant un réel recentrage sur l'objet de notre travail.

- Le reformulateur

Nouhane CE2 : alors ... je suis reformulatrice, je dois écrire les choses intéressantes pour moi et la classe, avec mes propres mots et ma fonction aussi, quand je veux relire, je dois lever le stylo ... et aussi que ... je dois reformuler toutes les deux ou trois idées

Il intervient toutes les fois où il a repéré deux/trois idées, hypothèses émises par ses camarades et en informe les discutants. Pour ce faire, il signale sa demande de parole en tant que reformulateur, en levant son stylo. On a enregistré une demande de reformulation pour deux élèves de CM1 :

Anissa : "  C'est comme ça c'est plus facile parce que si elle est en train d'écrire moi j'écouterai les autres et comme ça après je les retiens dans ma tête, dès qu'elle a fini j'écris ensuite. ", dont un écho a été retrouvé dans une demande de scribe-synthèse bicéphale, mais celle-ci, a contrario de la reformulation, a été un échec.

- Le scribe-synthèse

Rajah CM1 : moi, je suis scribe-synthèse, je dois marquer au tableau ce qui est intéressant pour moi et pour la classe et aussi, comme maintenant, on va faire le bilan de la DVP et ben je vais noter tout ce qui va être intéressant

Il dispose du tableau pour noter, au fil de la discussion, tout ce qui lui apparaît comme important pour soutenir la réflexion collective et au final pouvoir donner la synthèse des différents points abordés durant la discussion. Cette fonction a évolué, elle aussi, au fil des ans. Au début il y avait un synthétiseur qui lisait sa synthèse en fin de DVP, un journaliste qui en proposait une aussi.

- Les observateurs, soit d'un discutant, soit d'un pair dans le cadre d'une fonction précise, ceci dans le but d'améliorer la fonction observée et en aucune manière de critiquer tel ou tel élève.

- Les discutants sont aussi bien ceux qui n'occupent aucune fonction, ceux qui en occupent une ainsi que les observateurs.

Lors de la réunion, les candidats à l'occupation d'une fonction se manifestent, doivent avoir été repérés comme discutants, puis sont tenus de se montrer capables de cette fonction en indiquant clairement son contenu et, en cas de multi candidatures, il est procédé à un vote.

Seule la fonction de président est limitée à trois exercices. Elle apparaît, à l'usage, comme la plus recherchée alors que celle de reformulateur et plus encore de sribe-synthèse, sont généralement occupées par des " anciens ", qui ont une expérience de l'année précédente (du moins jusqu'aux vacances de Noël, permettant un forme d'auto formation des nouveaux arrivants dans la classe).

En début de DVP, chaque élève qui occupe une des fonctions (président, reformulateur, scribe-synthèse, observateur) fait le descriptif de son travail. En fin de discussion, 10 à 15 minutes sont consacrées à une évaluation de ce travail, permettant de mesurer ainsi très précisément l'écart entre le prévu et le réalisé, une recherche du pourquoi des écarts, les obstacles éventuels, les améliorations possibles pour une facilitation de la fonction (attentes de comportement, déroulement, investissement dans la recherche ...). On peut constater, qu'à l'identique de toute prise de fonction, aucun élève ne confond l'enfant qui la remplit avec le copain qu'il côtoie dans la classe ou dans la cour.

- L'animateur : " Ecouter philosophiquement, c'est ne pas répondre à la place d'un autre. C'est accompagner simplement le chemin à prendre pour penser par soi-même et y voir plus clair " (Michel Tozzi).

La posture reste la même dans ma fonction d'animatrice que dans ma position d'enseignante en classe unique : le retrait. Bien que certains invités dans la classe aient accepté la fonction d'animateur lors d'une DVP, j'en assure une occupation quasi-permanente. A ce titre, les DVP se déroulent selon un schéma assez régulier, le président ouvre la discussion, expose sa fonction, rappelle le thème choisi, le reformulateur, le scribe-synthèse et les observateurs font de même, la discussion commence et suit son cours sans que j'intervienne (cela dure, en moyenne, 15 minutes). Quand il apparaît que la question a été comprise, délimitée, qu'une première phase de réflexion a bien ouvert le chemin, lorsque je perçois que la boucle commence à se fermer, je relance certaines pistes, je provoque une confrontation de conceptions autour de mots qui reviennent, ou, au contraire, j'attire l'attention sur un territoire que quelques mots ont permis d'entrevoir, mais qui n'ont pas trouvé d'écho et qu'il me semble dommageable de ne pas explorer à fond, je cherche à faire s'identifier le discutant qui parle par ma bouche : l'enfant, sa famille, son microcosme, le quartier, une société, une religion ? Ma fonction consiste en cet accompagnement, exigeant dans la clarté du propos, l'attente d'une argumentation assez développée, le maintien d'une visée philosophique (problématiser, conceptualiser, argumenter), mais qui se doit d'être sécurisant dans le même temps. Je n'exprime jamais ma propre opinion.

Qu'est-ce qu'une DVP ?

Chafia CE2 : et ben en fait, une DVP c'est ... quand on fait une y'a des responsables des chaises, et ben on fait un rond et après, y'en a qui proposent des thèmes et après, par exemple, comme moi j'ai proposé un thème et y'avait quelqu'un qui avait proposé un thème, et après on va voter et après, le thème qui sera choisi et ben on va parler et après, à la fin, quand on aura dit, c'est bon, on a terminé, ben y faut demander à çuilà qui avait proposé cette question, est-ce qu'il a compris ou il a pas compris.

Chamhan CP : moi je dis que, qu'est-ce que c'est la DVP, c'est que on demande la question qu'on prépare, dès qu'on le dit dans la réunion.

Hamza CE2 : [...] ensuite, on verra si on pourra continuer ou si on s'arrêtera et y'a une présidente pour rappeler l'heure, les hors sujets et les petits parleurs, y'a un reformulateur pour que elle dit ce qu'elle a écrit et aussi qui dit quand elle veut, les deux, trois idées ... ce qu'elle a écrit ... moi, je trouve que c'est ça, une DVP ... ça sert à comprendre une chose.

Abdelmajid CM2 : moi j'dis, une DVP, c'est dans un cercle et ceux qui sont dehors, y ont pas le droit de parler et aussi, y'a des hors sujets, dans une DVP, c'est ceux qui sont pas dans le thème et ... et aussi, on peut apprendre des choses intéressantes sur le thème qu'on a parlé.

Sofia CM2 : la DVP, en fait, on doit parler d'un sujet, on doit le décrire, on doit essayer de le comprendre.

Ayoub CP : moi j'dis une DVP, c'est quand on parle de choses qu'on savait pas et aussi pour apprendre.

Rajah CM1 : moi j'dis que la DVP et ben c'est pour comprendre des choses, comme la dernière fois et ben y'avait des propositions... on avait vu le film au cinéma, La prophétie des grenouilles et ensuite, ça nous a intéressé et on voulait traiter le thème de la vengeance et ensuite, y'en avait qui comprenaient pas ce que c'était et ensuite on a fait une deuxième discussion ... jusqu'à que tout le monde a compris.

Andy CM2 : une DVP, c'est une discussion philosophique, c'est pour apprendre des choses sur la vie et sur plein d'autres choses ... parce qui a des choses qui nous avaient intéressées comme le film qu'on avait vu au cinéma et que nous, on voulait savoir sur leur thème, là, qui parlaient à chaque fois et nous on voulait savoir des choses, sur les comportements des gens [...] moi c'est, par exemple, si y'a des choses de la vie que je connais pas et bien quand je serai ... si je fais une DVP, et ben j'apprendrai tout et comme ça, quand je grandirai je connaîtrai plein de sortes de choses que je n'ai jamais connues depuis que je vis ici.

L'intérêt de la DVP

Pourquoi me suis-je lancée dans ce travail avec mes élèves ?

Le contexte : plusieurs enseignants de cette équipe ont été contractualisés avec la DAFPI (Rectorat) dans le cadre de cette innovation que constitue la pratique des DVP dans le 1er degré.

Un des membres de cette même équipe à soutenu brillamment une thèse de doctorat sur ce sujet, dans le contexte spécifique qui est celui de cette école et il nous offre un soutien, un encouragement, un regard, une aide précieuse dans la pratique comme dans la réflexion indispensable qui l'entoure.

La suite est une recherche commune aux élèves de la classe, qui accordent une place très importante à cette institution particulière qu'en est venue à être la DVP.

J'ai la profonde conviction qu'au-delà d'un nouveau lieu de parole et d'échange, de la pure mise en place d'un moment consacré à une éducation citoyenne, à la pratique d'une démocratie participative, ce moment participe pleinement au développement psychologique et à l'éducation des enfants qui nous sont confiés.

Ce contexte posé, il est clair pour moi aussi que la démarche qui consiste à cheminer une fois de plus, en sincère compagnonnage avec mes élèves, au fil de questionnements aussi anciens que l'humanité, me tient particulièrement à coeur et à esprit.

Que peut-on repérer dans cet investissement et ce temps régulièrement consacré à la DVP ?

1) Des échanges entre des pensées contradictoires :

Nouhane CE2 : les discussions philosophiques c'est une discussion très difficile parce que y faut beaucoup discuter pour savoir, ça apprend aussi des choses. J'apprends aussi des choses quand je comprends pas, quand je suis pas d'accord.

Sofia CM2 : non ! Y'a des autres qui disent des choses différentes, que nous on croit que c'est pas ça, en fait c'est ça et on apprend des choses ... y disent pas la même chose que nous, donc on se dit c'est pas ça puisque que moi je sais un autre truc, pas la même chose que la personne qui dit ... on apprend des choses, si je me trompe et ben, une autre personne elle se trompe pas, ben j'apprends des nouvelles choses.

Sarah CE1 : oui, je sais maîtresse, mais si elle est pas sûre et ben si elle est pas sûre quand même elle dit son idée et après toi ça t'apprend ce que t'avais pas pensé et ben ça peut te faire penser à ce que t'avais pas pensé, elle aussi elle peut t'apprendre des choses.

Hamza CE2 : je trouve que quand on fait une DVP et qu'on est contre, ça nous rapporte une chose, comme ça on doit expliquer à celui qui est contre pourquoi nous on dit oui, ça apprend une chose, ça explique pourquoi on a dit oui, sinon ça sera lui qui aura une raison, si il aurait une raison et on aura pas compris, je pourrais lui expliquer.

Chafia CE2 : moi, je voudrai dire que je suis pas d'accord avec toi, Majid, moi je voudrai dire qu'on vient quand même pour réfléchir, c'est pas pour apprendre parce que si tu réfléchis, tu pourras apprendre tout seul, sans avoir besoin des autres parce que réfléchir, moi je trouve que c'est ... j'aurai passé la plus grande part du xxx à apprendre parce que à réfléchir, quand tu réfléchis, tu apprends en même temps et quand t'apprends et ben t'apprends mais tu réfléchis pas.

Abdelmajid CM2 : j'suis pas d'accord avec Chafia parce que réfléchir c'est pas apprendre parce que on apprend mais c'est mieux, apprendre c'est mieux que réfléchir parce que quand on apprend et ben on réfléchit aussi et on apprend quand même, parce que toi tu dis que quand on réfléchit, on apprend et ben, quand on travaille on apprend, on réfléchit, on apprend aussi.

2) La naissance d'une communauté de recherche :

La DVP en classe unique multi âges, son ancrage d'une culture de classe ", quatre ans de DVP à raison d'une heure trente hebdomadaire, plusieurs élèves ont passé trois ans dans cette même classe :

Loïc CM1 : moi j'dis, c'est aussi un travail, la DVP, tu apprends ... tu apprends des choses, quand tu écoutes les autres et quand tu parles aussi et ... c'est bon.

Rajah CM1 : moi je dis que y'a des petits comme xxxx qui veulent faire des choses des grands et des grands qui veulent faire des choses des petits, c'est pour ça que c'est une discussion partagée, qui y'a des plus petits et des plus grands [...] C'est-à-dire qu'on essaye de faire comprendre à la personne qui nous écoute.

Andy CM2 : oui, je suis d'accord avec Rajah, c'est une discussion partagée parce que ... depuis le CP et que moi, moi ... nous tous, on a pu s'entraider et en s'entraidant on a réussi, nous chacun, à comprendre ce que nous comprenons pas.

Ikram CM1 : pour le partage, parce qu'on connaît le partage, parce qu'on parle avec les autres et on connaît les idées des autres.

Ikram CM1 : pour le partage, parce qu'on connaît le partage, parce qu'on parle avec les autres et on connaît les idées des autres.

3) Une formation à une pensée abstraite, raisonnée :

Mireille : c'est toi qui, la semaine dernière, a dit que, dans une DVP, on traitait des " grandes questions ", tu peux revenir sur tes grandes questions ?

Soufiane CE2 : les grandes questions, ça veut dire, je vais expliquer ; les petites ça veut dire, un thème qui a rien à faire sur une DVP, et un grand thème, ça veut dire quelque chose qui est dur et qui faut le traiter pour ...

Abdelmajid CM2 : moi je dis que une grande question c'est, y'a beaucoup de choses à dire et c'est dur et ... parce qu'on avait jamais réfléchi sur cette question.

4) Une construction psychologique de l'enfant, de l'estime de soi :

Anissa CM1 : moi je peux pas penser comme pensent les autres, je peux penser comme je veux [...] parce que c'est pas ma mère qui est la place de mon cerveau [...] parce que si notre mère nous dit, pense comme à la maison, ben après on va penser comme à la maison et quand on sera grand on va avoir des enfants on va leur dire, pense comme à la maison et après ça sera ... après y vont dire, on peut pas penser comme on veut.

Nouhane CM1 : moi je dis que je fais qu'est-ce que je veux avec mon cerveau, c'est pas ma mère qui est à ma place dans mon cerveau et je dis toujours à ma mère que je suis pas un bébé, je peux réfléchir toute seule, tu es pas à ma place.

Andy CM2 : moi je ne fais pas ce que pense ma mère parce que ce n'est pas elle qui est moi parce que moi je fais ... je pense à ma façon, ce n'est pas elle qui doit penser à la mienne et quand une fois j'ai dû ... ça l'a étonnée, je lui ai expliqué que j'en avais assez qu'on me ... doit toujours réfléchir à ma place et prendre les décisions et même que c'est moi-même qui doit les prendre, que ça lui a étonné que, à la suite, elle a commencé à s'arrêter.

5) Un goût pour une discussion collective respectueuse, un rapport à l'autre et à la vérité :

Chafia CE2 : en fait, parce que à la DVP y'a personne qui ment, y'a chacun qui donne son avis et son avis, c'est que de la vérité.

Nouhane CE2 : moi je dis, moi, quand je parle à une DVP, et beh je dis la vérité, j'ai jamais menti ... si des fois je comprends pas, j'attends que je réfléchis, après je me donne la parole, je dis qu'est-ce que j'ai à dire.

Anissa CM1 : y faut pas mentir parce qu'après, si on mentait, l'autre après il a rien compris.

Hamza CE2 : moi je trouve que dans une DVP, si on ment ça pourrait gâcher toute la DVP parce qu'on pourrait pas apprendre la vraie vérité. Mentir, c'est parce que dans ma famille on m'a interdit de mentir ... sinon je serais puni, c'est pour ça que je dis que, dans la DVP, si on ment, ça pourrait gâcher toute la DVP parce que ce sera pas la bonne vérité, de mentir.

Sarah CE1 : moi je dis, la DVP c'est qu'on parle sur des choses qui sont importantes et moi j'dis qu'une DVP c'est pas fait pour dire n'importe quoi, une DVP c'est dire la vérité et c'est pas dire n'importe quoi ... parce qu'une DVP, on va pas faire perdre du temps, que pour dire des mensonges [...] oui parce que y'en a qui vont avancer sur leur travail et y'en a qui vont perdre du temps, et aussi, si quelqu'un ment à l'autre, tu vois y va croire ...

L'importance d'un dispositif :

Qu'impliquent l'existence et le choix d'un dispositif ? Une discussion démocratique peut-elle faire l'économie d'un cadre, au demeurant en permanente modification, dans un moment d'oral, qui plus est d'oral réflexif ?

Il est indispensable que, quel que soit son âge ou son niveau de développement psychologique, un enfant puisse s'exprimer dans un contexte où sa parole est entendue et respectée, c'est-à-dire qu'il soit à l'abri de toute moquerie, d'une éventuelle non prise en compte de sa demande. Et toujours avec une attente d'argumentation et le refus corollaire des lieux communs souvent en provenance du flux télévisuel, parfois même familial. La prise de parole ne peut se faire dans un environnement anxiogène. C'est là que le dispositif et ses différentes fonctions trouvent leur justification :

Andy : ce serait moins bien, parce que sinon, si y'avait plus déjà de présidente y pourrait pas dire les hors sujets parce qu'il y en a parfois qui sont hors sujet et si on les dit pas et ben on va mélanger toutes les choses et si on avait pas de synthèse, on ne pourrait pas savoir ce qui aurait été ... on pourrait même plus se rappeler ce qui était intéressant, parce qu'au moins la synthèse, elle, elle écrit ce qui était intéressant, ce qu'on a pensé pour nous et si on avait pas le reformulateur, ça nous aurait pas trop bien aidé, donc voilà.

C'est parce qu'un dispositif est proposé, que lors de la phase de métaréflexion, en fin de discussion ou lors des réunions tenues dans les jours qui suivent, ce dispositif peut évoluer et constituer un système vivant. J'ai parlé plus haut de la modification de la distribution de la parole. Pendant plus de trois ans elle a été entièrement dévolue au président. Fonction assez prenante (il faut noter les élèves dans l'ordre où ils se manifestent pour demander la parole, sans oublier de pouvoir intercaler ceux qui ne se sont encore pas manifestés ou encore les plus jeunes, assez timides) au point de peser sur le temps de parole que le président s'octroyait en tant que discutant. Elle est repérée par chacun comme une charge mais aussi comme un contre point à l'aspect honorifique de toute présidence (on peut parler, sans hésitation, de pouvoir du président). Elle oblitère aussi d'autres aspects de sa fonction. Il apparaît nettement aujourd'hui, dans la pratique du tour de parole permanent, que le président peut se consacrer plus facilement à la sollicitation des petits parleurs, au repérage des hors sujets, au rappel à l'ordre des gêneurs. On peut noter d'autres modifications : dans une prise de parole par inscription, le groupe est plus réactif, dans la mesure où il n'est pas évident qu'il faille attendre qu'un tour complet soit terminé pour répondre à un propos avec lequel on est en contradiction ou en renforcement. Le ton peut être, là, plus vif. Dans le tour de table permanent, la relance ou le questionnement de l'animateur se trouvent ralentis. A contrario, on peut noter que la réflexion et la capacité de réponse étant plus distanciées, ce qui reste en mémoire d'un discutant est peut être plus pensé et pousse certains à répondre à la question actuelle mais éventuellement à une ou deux précédemment abordées. On repère là un enrichissement de la réflexion, un renforcement du dialogisme.

Le dispositif vise à s'améliorer en vue de garantir un confort à ce travail de réflexion pour ceux qui assument, mais aussi, assumeront les fonctions, ainsi que pour la communauté de recherche constituée. Par confort, j'entends sécurité psychologique et intellectuelle, impératif de clarté d'énoncé, honnêteté des échanges, qualité d'écoute, bref une prise en compte du rapport à l'autre et à la vérité.

DVP du 5/11/05 : mise au clair nécessaire pour cette DVP, suite à un constat d'effritement progressif et contagieux des exigences du philosopher ainsi que du dispositif où toutes les fonctions semblaient être très flottantes, idem pour les hors sujets, l'engluement dans le marais des exemples, et l'éloignement d'une réelle communauté de recherche.

Andy CM2 : un président, c'est quelqu'un qui donne la parole et qui dit l'heure et ...

Walid CM1 : ... et il dit les hors sujets ...

Ikram CM2 : ... et il met les avertissements...

Mireille : alors c'est quoi les hors sujets ?

Andy CM2 : ça veut dire si je lui mets trois fois des avertissements ...

Mireille : non ! Ça, ça n'a rien à voir, ça c'est être gêneur, ce dont tu es en train de parler.

Soufiane CE1 : hors sujet c'est, on a choisi un titre et après, lui, il a fait un autre titre mais nous on n'est pas dans notre titre et ça c'est hors sujet.

Mireille : tout à fait, c'est bien expliqué.

Walid : et aussi, dès que tu es hors sujet, on les rappelle à l'ordre.

Mireille : c'est ce qu'il vient de dire ... on le leur dit. Bon tu vas faire passer à Farrah pour qu'elle nous explique en quoi consiste sa fonction.

Farrah CM2 : moi, je dois reformuler, en fait je dois écouter ce qui a été dit et le dire avec mes propres mots et après je dois les dire à la classe.

Mireille : quand est-ce que tu interviens ?

Farrah : toutes les 10 minutes.

Mireille : est-ce que c'est une question de temps ?

Farrah : non maîtresse, s'il y a des trucs intéressants, je les écris et si je n'ai pas encore écrit, je ne peux pas intervenir.

Mireille : quelqu'un voudrait rajouter encore quelque chose sur cette fonction ?

Ikram : juste après les trois ou quatre idées, après on peut reformuler et dire ce qui a été dit.

Mireille : voilà, si on avance, on reformule, si on tourne en rond, effectivement, tu as rien a rajouter puisqu'on est tout le temps sur le même type de sujet, donc Ikrame, tu peux nous parler de ta fonction de synthèse ...

Ikrame CM1 : moi, je dis... j'écris ce que ... ce que les autres disent, mais pas forcément ce que les autres disent ..., je dis avec mes propres mots ...

Mireille : alors, quelle est la différence entre la fonction de reformulation et celle de synthèse, elle est où la différence ?

Walid : c'est qu'on écrit avec nos propres mots.

Mireille : non, dans les deux cas c'est pareil...

Ikram : quand on fait une reformulation, c'est après les 3, 4 idées et une synthèse c'est, on fait un résumé et toutes les 20 minutes et après on le dit à la classe.

Mireille : voilà, c'est plus, c'est sur une période et sur beaucoup plus d'idées, une synthèse, c'est un résumé de tout ce qui a pu être dit pendant 20 minutes et des fois, c'est pareil, ça n'avance pas, mais des fois, il y a beaucoup de choses qui sont dites ... et enfin, fonction de scribe ?

Ikram : je peux marquer des mots, des phrases, au tableau, qui sont intéressantes et voilà.

Mireille : des phrases ou des mots ?

Ikram : des mots.

Mireille : oui, on s'est aperçu que ... il faut garder des mots, les phrases, c'est trop compliqué à lire, il faut qu'on voit des mots qui peuvent soutenir notre pensée.

Donc, il nous reste, qu'est-ce qu'un observateur veut dire, qui veut résumer la raison de sa fonction ? Walid, tu veux nous parler de la fonction d'observateur ou pas ? ... tu fais court et simple s'il te plait

Walid : la fonction d'observateur c'est ... par exemple que tu regardes qu'est-ce qu'il fait et des fois y'en a qui ... pour qu'il améliore sa fonction et comme ça, tu lui dit les choses qui va pas bien et après il améliorera sa fonction, le sujet où il était coincé.

Amine-Tayeb CM1 : je veux rajouter aussi un truc, observateur ... c'est voir comment se débrouille quelqu'un, comme par exemple Walid, il observe Andy, observateur, c'est pour que il voit ce qu'il fait, ce qu'il fait bien, ce qu'il fait.. pas bien, comme ça, à la fin, il lui dit et comme a dit Walid, il peut s'améliorer, la prochaine fois il se trompera pas, voilà

Mireille : est-ce qu'il n'y a que le président de cette discussion....

A-T : non, il y a aussi la synthèse, le reformulateur ...

Mireille : non mais, il observe le président, est-ce que c'est que pour Andy ?

A-T : non.

Mireille : c'est pour qui alors, qu'on veut améliorer la fonction ?

A-T : .... Euh ...

Mireille : et bien, si tu ne sais pas, tu rends la parole ...

Anissa CM1: et ben moi, je veux dire, comme il y a pas que le président, y'a le synthétiseur et...

Mireille : mais on ne parle pas de ça, tu es hors sujet là...

Ikram : moi j'dis, c'est pour aussi le prochain président, pour qu'après il les fasse mieux et qu'il fait pas les mêmes erreurs que celui qui a fait le président.

Mireille : l'observateur, ça améliore, ça aide à améliorer une fonction, pas pour une séance, mais pour toutes les séances à venir, chaque fois on essaye de réfléchir et de faire que ça se passe un peu mieux dans le déroulement...

Sujets de 2005/2006

13/09/05 : A-t-on vraiment besoin d'être écouté ? (livre) ; 05/11/05 : La peur des autres (film : Le château des singes) ; 19/11/05 : Pourquoi considère-t-on plus les garçons que les filles ? (film) ; 03/12/05 : Le ver de terre et la poule (livre) ; 05/12/05 deuxième sur le même thème 07/01/06 : Pourquoi le cochon fait-il la morale à la pie ? (livre) ; 14/01/06 : La morale ? 20/01/06 / Le beau ? (livre) ; 28/01/06 deuxième ; 04/02/06 : Le destin ; 10/02/06 : Beauté et destin ; 17/02/06 : Pourquoi n'avons-nous pas la même couleur ?(livre) ; 11/03/06 : L'intelligence (livre) ;13/03/06 deuxième ; 25/03/06 : Qu'est-ce que la honte ? ; 01/04/06 deuxième ; 03/04/06 : Bilan ; 08/04/06 : La peur ; 14/04/06 : Les pouvoirs ; 13/05/06 : L'anneau de Gygès (mythe) ; 20/05/06 deuxième ; 27/05/06 : Pourquoi grandir ? ; 30/05/06 deuxième ; 10/06/06 : La colère ; 23/06/06 deuxième ; 30/06/06 : L'autorité.

Quels supports ?

- Des albums, essentiellement un, qui a offert une solide base à notre réflexion : 15 histoires pas comme les autres de Geert De Kockere et Klaas Verplanche aux éditions Milan, brèves histoires d'une page et demie, au vocabulaire simple, assez joliment illustrées, mettant toujours en scène deux animaux, inconnus ou amis, échangeant quelques propos qui font le plus souvent sourire mais qui suscitent immanquablement une cascade de questions.

- Quelques fables de La Fontaine( Le Loup et le Chien), et quelques albums remarquables : Le voyage d'Orégon de Rascal & Joos, Pastel ; L'agneau qui ne voulait pas devenir un mouton, Auteur : Zad - Didier Jean - Editeur : Syros/Amnesty International ; un petit roman philosophique L'étrange guerre des fourmis, Nyssen, Hubert / Le Boeuf, Christine Actes sud,

Les sagesses et malices de Nasreddine Hodja, M. Piquemal, A. Michel.

- Des mythes, avec " L'anneau de Gygès " ou le mythe de la caverne (mythes platoniciens).

- Des questions d'actualités(les attentats de Madrid) dans le monde.

- Des films(Le roi des masques, Le château des singes, La prophétie des grenouilles)

Quel est le but recherché dans cette multiplicité de rencontres ? Qu'elles permettent aux enfants de connaître d'autres mondes possibles sans pour autant en faire l'expérience directe et réelle, des mondes qui leur soient étrangers, leur permettant et de se décentrer et d'agrandir leur vision du monde. Qu'elles leur rendent les idées sensibles, accessibles, images d'interrogations existentielles.

Sonia : par les mots, par notre intelligence, par nos idées et par les questions et aussi par l'intelligence des autres, les questions des autres, toutes sortes, les mots des autres, tout, leur intelligence, tout, tout peut..., tout ce qui est dans la DVP ça sert parce que, même si c'est dans un livre, Maîtresse, que tu nous lis des livres, et ben ça nous sert, parce qu'après les autres quand ils, le livre, il nous donne des idées pour répondre, ou par exemple, les mots des autres, les mots des autres, quand ils ont une intelligence, ils te disent quelque chose, on trouve que c'est bien, c'est bien dit, c'est bien fait, c'est intelligent et ben là, on a envie de continuer son idée, mais pas lui, lui peut-être, il a envie de la continuer mais nous on a envie de la continuer avec nos propres mots.

Les questions des élèves

Sujets de 2006/2007

09/11/06 : Pourquoi a-t-on de la colère ? ; 16/11/06 : deuxième ; 23/11/06 : L'amitié ; 30/11/06 : deuxième ; 07/12/06 : troisième ; 14/12/06 : L'amour et les humains ; 21/12/06 : Pourquoi a-t-on de la peine ? 11/01/07 : deuxième ; 18/01/07 : Pourquoi est-on jaloux ? 25/01/07 : deuxième ; 01/02/07 : Pourquoi va-t-on à l'école ? 01/03/07 : Mensonge et vérité ; 08/03/07 : deuxième : 13/03/07 : Pourquoi on meurt ? 22/03/07 : deuxième ; 29/03/07 : Pourquoi a-t-on confiance . 19/04/07 : Pourquoi les filles et les garçons sont-ils différents ? 26/04/07 : deuxième ; 04/05/07 : Pourquoi la vengeance ? (film) ; 11/05/07 : deuxième ; 15/05/07 : Bilan DVP ; 24/05/07 : deuxième ; 31/05/07 : troisième ; 07/06/07 : Pourquoi est-on amoureux ? 21/06/07 : deuxième ; 28/06/07 : Pourquoi est-on différent ?

On le voit ici aisément, cette année a été essentiellement consacrée à une réflexion à partir de questions proposées par les élèves, lors des réunions. Un seul film. Qu'est-ce qui motive ce glissement ?

Sarah CE1 : maîtresse, je sais pourquoi on se posait ces questions dans notre tête, parce que y'en a qui savent pas des mots et y aimeraient bien les dire à la DVP, ça veut dire quoi ?

Andy CM2 : oui, moi je m'en rappelle encore, l'an dernier, avec toutes ces histoires ça m'avait donné aussi des questions à poser sur toutes ces petites histoires, c'est pour ça aussi que ceux qui étaient l'an dernier, on a voulu un peu changer vu qu'on les connaissait toutes, on voulait nous-mêmes choisir les questions que nous-mêmes on pourrait poser et c'est ça qui nous avait fait changer d'avis sans que tu nous relises les mêmes histoires, pour ceux qui n'étaient pas là.

Mireille : est-ce que tu penses que, ceux qui étaient là l'an dernier, dans la classe, ces petites histoires elles vous ont laissé des traces dans votre mémoire pour trouver, cette année, des questions ?

Andy : oui, parce que grâce à ces petites histoires y'avait des choses à dire à l'intérieur d'eux et ça nous a donné quelques idées de questions à dire, pour cette année.

Sofiane CM1 : avec des questions tu peux creuser encore plus parce qu' y en a y vident toutes les idées qui z'ont dans la tête, y'en a des fois y posent une question et on creuse encore plus.

Sonia CM1 : les DVP ça nous sert à apprendre, à apprendre à répondre à des questions, à apprendre à parler, à apprendre à parler au quotidien, savoir des mots, savoir ce que c'est une DVP.

Soufiane CP : moi je dis les DVP ça sert à réfléchir et ça sert à poser des questions.

Dans cette dynamique, le travail en équipe des enseignante, la coopération entre adultes, la communauté de recherches avec les enfants, la contractualisation avec la DAFPI et le suivi de Michel Tozzi ont été très stimulants. Ils permettent l'échange et la confrontation, l'entraide, à l'identique de celle que nous tentons de développer dans nos classes. Chacun peut exposer ce qui se passe durant ce temps, échanger sur son positionnement durant la DVP : certains, parmi nous, interviennent dans la discussion, d'autres se cantonnent à une pure animation, l'existence de certaines fonctions et leur contenu varient dans les classes et avec le temps, de même que l'étayage que l'enseignant veut ou ne veut pas leur apporter, l'origine des questionnements soumis à la discussion est varié... Cela constitue autant de points de réflexion. On peut parler de " démythifier la philo ", matière réservée à la terminale puis à ceux qui ont suivi, au moins une licence, qui auraient des connaissances ou des compétences reconnues, terre lointaine où l'enseignant ne maîtriserait pas son sujet et donc ne pourrait guider ...

Du côté du suivi universitaire, très positif, il est instructif de voir animer l'autre, le spécialiste, effet miroir de sa propre démarche, d'être questionné dans ses choix, de devoir s'expliquer, se justifier amicalement sur sa pratique, s'entendre proposer d'autres pistes, d'autres fonctionnements. Qui plus est, ces interventions sont extrêmement appréciées par les enfants. L'animation s'inscrit dans une démarche identique, même si les modalités ne sont pas absolument semblables.

Philo et ZEP

Il est clair que la philo réservée aux classes de terminales, matière longtemps élitiste, peut-être considérée comme franchement incongrue dans une classe unique en primaire, qui plus est, essentiellement constituée d'enfants originaires du Maghreb, vivant dans le quartier, dans des conditions courantes de misère sociale et psychologique...

Je n'énumèrerai pas dans cet article toutes les occurrences qui nous permettent, dans les Instructions Officielles (IO), de justifier cette pratique de classe encore innovante (ne serait-ce que dans le cadre d'une éducation à la citoyenneté), encore moins tous les dispositifs utilisés, tous les référentiels sur lesquels s'appuyer, toutes les bibliographies permettant de " lancer " ce type de discussion. J'en donne ici quelques éléments expérimentés.

Il me semble que ce qui m'anime ici est un réel désir de mutualiser cette pratique, qui en effraie certains au seul nom de philosophie. Mais est-ce réellement ce seul mot qui bloque pour beaucoup la diffusion de la pratique des DVP ? Quelle spécificité présente cette institution à laquelle j'accorde moi-même un intérêt particulier ? Ma pratique de classe se nourrit de la pédagogie Freinet et de la pédagogie institutionnelle (choix de mes outils, de mes techniques). Les institutions de la classe que sont les textes libres, les créations mathématiques, la correspondance écrite ou Internet, le journal, les réunions, le conseil, le quoi de neuf, les ceintures, les métiers, les équipes, le tutorat, contribuent toutes à la construction de l'autonomie des enfants que j'accueille. Mais la DVP tient une place à part : elle est le moment et le lieu où la construction de la pensée de chacun apparaît sensiblement au jour, se concrétise, se reconnaît, souvent avec étonnement, hésitation, redites. Nicolas Go parle d'une pensée rhizomatique, qui procèderait par marcottages et je le rejoins tout à fait sur cette image.

Est-ce sans risque pour des enfants dont la manifestation d'une parole propre est très peu courante dans le milieu familial et dans le contexte quotidien ?

Que peut représenter cette expérience par rapport à la suite de leur cursus ?

Est-elle le creuset d'un individu plus résistant aux multiples tentatives d'accaparement de tous bords ? Non pas totalement libre, mais, au moins, lucide ?

Sonia : euh... quand je suis à la réunion, c'est pour régler des problèmes, c'est pour aider la classe et tout ça, mais quand je suis en DVP, c'est pour moi-même, c'est pour parler, c'est pour donner des idées, c'est pour faire quelque chose [...] moi je dis que oui, j'aime bien ce moment parce que c'est un moment de plaisir... le plaisir de parler.

Synthétiseur : toutes les DVP que j'ai fait ont été bien, une DVP ça sert à répondre à des questions, la DVP ça ramène à savoir des mots que tu ne connais pas, les DVP sert à se défouler, les DVP nous rendent intelligent, on apprend beaucoup de choses mais chacun à sa façon.

Ayoub CP : quand j'ai pas compris des mots, j'apprends de nouveaux mots et mes mots que j'ai compris dans des premières DVP, alors je les dis aux DVP et après j'apprends des mots dans les DVP...

Tarik : la DVP est fermée !

Diotime, n°35 (10/2007)

Diotime - Ce n'est pas parce que je pense que nous pensons, c'est parce que nous pensons que je pense Paolo Freire