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- Philosopher, tous capables. Secteur philosophique du GFEN, Chronique Sociale, Lyon, 21,90 euros.

L'ouvrage collectif publié par le secteur philosophie du Groupe Français d'Éducation Nouvelle permet de mesurer le chemin parcouru depuis le début des années 90, lorsqu'un petit ouvrage réalisé par un groupe d'enseignants autour de Michel Tozzi, Apprendre à philosopher dans les lycées d'aujourd'hui, suscitait un choc dans la corporation des "profs de philo" et déclenchait des polémiques qui sont loin d'être apaisées.

Or ce qui frappe dans le livre du GFEN, c'est l'assurance tranquille, le ton calme dont témoignent les très nombreuses contributions. L'idée qu'une réflexion didactique soit nécessaire pour permettre aux élèves d'entrer dans la philosophie et de s'en approprier les démarches ; que l'approche des questions philosophiques doive partir d'une mobilisation des expériences personnelles des élèves ; que l'écriture philosophique ne se réduit pas à la seule dissertation, ou encore que le travail de groupes, le débat et bien d'autres dispositifs permettent de diversifier et d'enrichir considérablement l'enseignement de la discipline - toutes ces idées sont développées comme des évidences imposées et confirmées par l'expérience, sans qu'il soit besoin de polémiquer ou de se justifier des accusations autrefois portées contre ce type de pratiques.

L'ouvrage est divisé en 9 chapitres. Chacun porte sur un des aspects de l'enseignement philosophique : "Amorcer et susciter l'intérêt", "Construire des parcours", "Se confronter aux textes et aux concepts", "Écrire", "Discuter", "Évaluer", etc. Les contributions allient constamment la réflexion théorique et l'analyse de pratiques. Les enseignants de la discipline y trouveront une mine d'idées, de démarches, d'outils, de dispositifs.

En particulier, on lira avec intérêt comment il est possible de "commencer à vivre la philosophie" par le biais d'une expérience comme "la marche des aveugles" ; ou encore, comment l'organisation d'un "colloque de philosophie" permet d'instaurer une "force contraignante" incitant les élèves à s'approprier les auteurs et à libérer leur pensée ; ou encore, comment l'usage d'une "boite à outils d'écriture philosophique" les aide à se préparer à l'art canonique de la dissertation d'une manière bien plus efficace et formatrice que les sempiternels "Anabacs" qu'on trouve dans le commerce.

Mais l'ouvrage pose aussi des questions de fond. Ainsi le statut du professeur de philosophie : relève-t-il des arts libéraux, "se sentant, encore maintenant, plus proche de l'art que du métier" ? Ou bien la philosophie est-elle, selon la formule de Canguilhem, un "chantier" plutôt qu'un "temple" ? Ou encore : y a-t-il du savoir en philosophie ? Comporte-t-elle l'acquisition de connaissances, ou bien se limite-t-elle à des compétences formelles, à l'apprentissage de processus intellectuels (problématiser, conceptualiser, argumenter) ?

Reste une contradiction, qui traverse tout l'ouvrage. D'un côté, on affirme que la philosophie se définit comme recherche de la vérité (M.Tozzi, p. 208), qu'elle est "un rapport à la raison". En ce sens, on la dissocie de la croyance, plus ou moins identifiée à la foi et/ou à l'opinion. La philosophie partirait certes des croyances, mais elle viserait, au moins idéalement, à s'en arracher. De ce point de vue, le modèle "didacticien" ne se distingue du modèle platonicien traditionnel que parce qu'il met l'accent sur "l'autosocioconstruction" de la vérité philosophique et parce qu'il la conçoit comme un horizon, un idéal régulateur plutôt que comme un ciel d'idées ou de catégories à découvrir.

Mais d'un autre côté, on insiste sur le fait que ce qui distingue la philosophie de la science, c'est qu'elle implique le sujet, c'est-à-dire le constitue dans sa subjectivité et sa liberté créatrice de valeurs. De ce point de vue, la croyance apparaît irréductible et essentielle. Elle n'est plus seulement un point de départ à dépasser, un état initial à surmonter, mais elle constitue le coeur, le noyau du philosopher.

Cette tension est constitutive de l'enseignement philosophique en lui-même, et elle rend nécessaire une réflexion plus avancée sur le statut de la croyance et sa distinction d'avec des concepts avec lesquels on la confond souvent, comme la foi (religieuse), l'opinion, l'idéologie, les représentations, etc.

Ce n'est pas l'un des moindres mérites de cet ouvrage que de faire avancer, non seulement la recherche pédagogique et didactique sur la discipline, mais aussi une interrogation proprement philosophique sur la philosophie. Il marque une étape importante dans la transformation lente, laborieuse, mais inévitable de notre enseignement philosophique.

François Galichet, Professeur des Universités (Philosophie)

- Le numéro 175 du Nouvel Éducateur (ICEM Freinet) de janvier 2006 propose un intéressant dossier sur les discussions philosophiques dans les classes coopératives. Celles-ci s'appuient sur une structure de classe complexe dans laquelle les enfants ont la possibilité d'apprendre par l'intermédiaire de situations d'entraides, de tâtonnement expérimental, de temps et lieux d'expressions. Elles leur permettent de construire et d'exercer des aptitudes à la vie sociale et citoyenne à partir d'engagements authentiques et contextualisés. Dans ces classes où les enfants sont des praticiens de la discussion, les moments philosophiques apparaissent souvent comme une sollicitation intellectuelle supplémentaire, travaillant particulièrement la compréhension du monde et des idées par la réflexion.

Voici le sommaire du dossier :

  • Édito : controverse autour de la philo à l'école - Marguerite Bachy.
  • Le débat ou moment "philosophie" dans une classe de moyenne et grande section - Agnès Muzelec.
  • Débat philo et actions citoyennes - Yseult Gouedard.
  • Une année de débats philo dans une classe de CP/CE1 - Joëlle Martin.
  • Victor, la mort et nous - Martine Boncourt.
  • D'une institution philosophique en classe coopérative - Sylvain Connac.
  • Jean-François Chazerans : apprendre en philosophant (entretien).
  • Une méthode naturelle de philosophie ? - Nicolas Go.
  • Sitographie

Pour commander le numéro : www.pemf.fr

- Claudine Leleux, qui avait organisé le colloque sur la philosophie pour enfants au Parlement francophone de Bruxelles, vient de publier (De Boeck, 2006) le tome 2 de Éducation à la citoyenneté, les droits et les devoirs de 5 à 14 ans, qui fait suite à Éducation à la citoyenneté. Apprendre des valeurs et des normes de 5 à 14 ans (2000).

C'est un ouvrage important, par sa clarté conceptuelle et son aspect pratique pour l'école primaire et le collège.

Dans une première partie, elle définit la citoyenneté, et l'apprentissage de la civilité et de la citoyenneté. Celui-ci développe des compétences transdisciplinaires : dans la sphère intime, avec l'autonomie individuelle du sujet (ses valeurs et préférences), par exemple les capacités à se maîtriser, s'exprimer, choisir, juger, argumenter, être responsable etc.; dans les sphères intersubjectives civile, avec la coopération sociale (normes pragmatiques, éthiques et morales), et publique, avec la participation à la chose publique (normes juridiques), par exemple des capacités à s'écouter, se respecter, se reconnaître, discuter, se coordonner etc.

Puis elle décrit les méthodes et dispositifs utilisables : clarification et hiérarchisation des valeurs, processus de pensée nécessaires au jugement moral et civique, dilemmes moraux, discussion en communauté de recherche (philosophie pour enfants), mur du silence etc.

La deuxième partie est pratique : elle propose 32 leçons effectivement expérimentées en classe par différents enseignants, portant sur les droits et devoirs de l'enfant, les chartes et règlements, la sensibilisation aux droits de l'enfant, et sur différentes problématiques de citoyenneté : le pluralisme des valeurs, la subjectivité du bonheur, la valeur du bien public, la coopération, la solidarité, l'intégration et la conformité au groupe, l'opinion des autres et la reconnaissance, la prévention du racisme, l'apprentissage du débat. Chaque leçon suit le plan d'une grille de préparation : objectifs, compétences visées, projet de conclusion, et découpage en différentes phases (intéressement et position du problème, informations éventuelles, phase formative, phase d'intégration).

Il ne s'agit là bien entendu que de suggestions et de pistes, et non d'un "prêt-à-former". Il appartient à chaque praticien de les accommoder à ses objectifs, sa personnalité et ses classes. Mais l'appui est important, par la clarté des objectifs poursuivis et des compétences escomptées, la précision des concepts, et la variété des démarches.

- Le n° 7 de Côté-philo est paru (consultable en ligne sur www.cotephilo.net). On y trouve un intéressant dossier sur les manuels de classe terminale (le deuxième après le n° 5), analysant la façon dont on y traite la notion de la perception, et l'utilisation de l'iconographie ; des exercices sur les représentations des élèves ; un article sur la philo en ECJS ; un débat sur la philosophie à l'épreuve des croyances ; et le point sur la philosophie en Suisse.

- Le n° 6 de février 2006 du JDI (Journal des instituteurs et professeurs d'école, Nathan) publie un dossier intéressant sur "La vie, l'amour, la mort... Comment en parler ?", coordonné par A. Popet. On y trouvera une problématique sur les grandes questions de la vie, un entretien de M . Tozzi, des reportages de terrain, des articles de G. Geneviève, E. Auriac, A. Genin sur ces pratiques, la proposition de projets sur Cendrillon et Le vilain petit canard par. O. Brenifier, avec des fiches pratiques, une bibliographie sur la question.

- On trouvera dans Fenêtre sur Cours, le journal du SNUIPP n° 280 du 27/01/06 (Syndicat des instituteurs), un article sur un atelier de philosophie dans une école élémentaire de Gardanne.

- Dans le Guide du professeur d'école - Le Monde de l'éducation, on trouve p. 97 un reportage sur "Philosopher en maternelle".

Diotime, n°29 (04/2006)

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