Dossier : les nouvelles pratiques philosophiques

8e festival philo-des-champs 29-31 juillet 2006

Jean-Philippe Blanchard, organisateur du festival, animateur d'un café-philo de Toulouse

Au pied de la Montagne Noire, depuis plusieurs années, quelques villageois se réunissaient tous les mois dans le Foyer rural de Durfort pour tenter ensemble une réflexion philosophique. Le principe existait déjà au Café des Phares, à Paris, sur initiative en 1992 de Marc Sautet. Dans ce village à proximité de Revel, l'animateur des échanges d'idées est Yannis Youlountas, un jeune métèque, moitié Français moitié Grec, moitié philosophe moitié poète. Il y a sept ans, fin juillet, ces habitants décident de quitter momentanément la chaleur étouffante de la salle communale pour poursuivre leur pratique philosophique, à quelques kilomètres plus haut, sur la berge ombragée du lac de Saint-Ferréol, le dernier week-end de juillet. Or, Yannis affectionne la convivialité et l'amitié : il fait signe aux amateurs de cafés-philo francophones de les rejoindre pour ce loisir estival. La rencontre est "baptisée" Woodstock-Philo. Á cette occasion, elle s'élargit par des réunions didactiques sur cette nouvelle pratique philosophique, qui s'insèrent dans deux journées nommées, pour la circonstance, Festival Philo-des-Champs. Entre amis dans la nature, il s'agit donc d'une fête d'été pour philosopher. Les festivaliers se comptent alors par dizaines.

Deux jours sont devenus trois, le nombre des festivaliers augmente un peu, mais c'est surtout leur composition qui évolue. Il s'agit essentiellement de participants assidus et d'animateurs francophones qui créent et font exister de nouvelles pratiques philosophiques telles que café-philo, repas-philo, réunion-philo, atelier-philo, consultation-philo, université populaire de philosophie, intervention et contribution de philosophie dans divers médias, rédaction d'articles et d'ouvrages de philosophie. L'ensemble se déroule hors imprimatur des institutions scolaires et universitaires, même si nombre de ces participants et animateurs sont par ailleurs enseignants. Toutes ces récentes formes de philosophie sont nouvelles dans la société et l'histoire de la philosophie. Ce sont des laboratoires, in vivo, où tout est à inventer. Il y a alors forte motivation des festivaliers, non pas pour uniquement consommer un plaisir convivial recherché, mais aussi et surtout pour réfléchir ensemble à ce qu'ils contribuent et produisent, au sens, aux fins et moyens. D'ailleurs, quelques médias ont perçu le fait extraordinaire de philosophie et commencent à en informer le public. C'est ainsi que l'avènement champêtre devient peu à peu évènement signifiant dans la cité.

Au programme cette année, d'une part un thème de fond le samedi : "Mondialisation et précarité". Est-ce un sujet de philosophie ou de sciences humaines ? La philosophie ne serait pas dans le sujet de réflexion lui-même, mais dans la façon de le penser, de le problématiser et conceptualiser. D'autre part, les dimanches et lundi, une réflexion philosophique et didactique sur le café-philo lui-même : quelles finalités visons-nous, quels moyens et dispositifs mettons-nous en oeuvre, sommes-nous cohérents entre nos objectifs et nos méthodes d'animation ? Comment ces pratiques philosophiques nouvelles se situent par rapport à la philosophie institutionnalisée ?

Place enfin en soirée et le lundi après-midi à la consultation de philosophie, pour expérimenter une forme encore peu répandue en France. L'art du questionnement philosophique n'est pas donné, il est à apprendre, et demande formation, si nous voulons progresser ensemble dans notre recherche raisonnée de sens.

Diotime, n°32 (01/2007)

Diotime - 8e festival philo-des-champs 29-31 juillet 2006