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"Je..."

C'est comme à la foire ! - Un voyage dans le colloque

Tania Magy, Plasticienne - magytania@hotmail.com

Fin novembre 2008 je prends la route, depuis le Lot-et-Garonne où je suis enseignante d'arts appliqués en lycée professionnel, avec la Caravane-musée pour retrouver Sara Jabbar-Halen et son expo à Toulouse puis filer vers Besançon. En chemin je m'arrête à Terre Blanque, une friche sur laquelle stationnent et vivent de nombreux artistes itinérants, dont des artistes manouches (le groupe Ashok Chakra, c'est-à-dire "La Roue de la vie"). Ça fait plaisir de partager un bon repas et de prendre des nouvelles des uns et des autres, ceux avec qui nous travaillons lors de certains festivals voués à l'itinérance et aux Tsiganes !

"Comment va, Domi ? - c'est le guitariste de swing manouche Ashok.

- Où en sont les créations des uns et des autres ? T'as repris le violon, Marie ?

- De notre côté on continue les expos d'art rom, promotion de la culture des Voyageurs par le biais des arts plastiques, et puis les ateliers à la Caravane-musée pour faire le lien entre les aires d'accueil et l'école de la République !"

- Attends, j'ai Gérard Gartner au téléphone" - c'est le créateur de la Première Mondiale d'art tsigane à la Conciergerie en 1985 avec Sandra Jayat et Tony Gatlif. "Il est déjà arrivé à Besançon. Vite on file ! On va animer l'entrée d'un colloque à propos de la scolarisation des Roms !"

Et on y va... En route nous croisons des convois d'évangélistes, des stationnements "sauvages", on se raconte nos aventures avec Sara... Une crevaison, les aléas de la route ! Ce temps de la route est très important chez les nomades. Celui qui m'accueille pour stationner ce soir me dit : "Je suis rom et prof de psycho à l'IUFM, on travaille avec toute une équipe au Casnav de Besançon."

Je suis fière, il y en a qui vont loin, je vais raconter ça à mon retour ! Je connais peu de Gens du voyage qui sont enseignants. Dans ma famille, peu ont fait des études. Le but pour moi c'est de faire visiter la caravane mais aussi de récolter de nouveaux documents pour le centre ressources à Bordeaux et d'échanger, de discuter par rapport à nos méthodes d'enseignement avec les collègues des camions-écoles, des chercheurs.

Le lendemain l'installation de l'expo et du stand de la Caravane-musée près du camion-école de l'ASET 70 débute tôt, place du Kursaal. De nombreux visiteurs à la caravane : j'explique d'où vient notre projet de promotion des arts roms, pourquoi après ma thèse j'ai voulu reprendre la route à la recherche de nouveaux talents, comment l'école nous lie...

Gérard Gartner fait, défait, refait, analyse ce qui nous lie. Il me dit ce qui se passe lors du colloque, je lui raconte ce que disent les visiteurs. Nous vendons quelques ouvrages pour faire connaître les oeuvres de certains artistes : la biographie de Matéo Maximoff et les livres que Nouka nous a envoyés, les contes de Marcel Hognon, les poèmes d'Alexandre Romanès, la revue Village Magazine, "Demain tous nomades", les cartes de Marina Obradovic...

À l'intérieur les spectateurs découvrent des photos, des traces d'ateliers sur les terrains avec les enfants et les adultes, de vieux cartons d'invitations pour des expos tsiganes, des affiches, la mallette pédagogique et des tableaux de Mona Metbach, de Félix Trost, des souvenirs que m'ont offerts les enfants ou des artistes (dédicaces, cartes postales). Il fait bon à l'intérieur de la caravane, il y a la musique, des extraits de groupes connus ou non, comme Gipsy CZ que nous a fait connaître le musée de la culture rom à Brno en République tchèque, le seul musée au monde consacré à la culture rom, avec qui nous avons établi des liens lors de notre exposition collective Itinérances en Belgique. (Nous avons gardé ses catalogues et un dictionnaire romani-tchèque.)

Des curieux se pressent à l'entrée et certains participants du colloque nous rendent visite : Alain Reyniers, Lamanit (Élisabeth Clanet), Alain Montaclair et de nombreux enseignants ou étudiants... Je profite d'une accalmie pour "guetter" et "chiner" de nouveaux ouvrages, de nouveaux documents européens. Cette récolte va me permettre de partager des connaissances avec les enseignants et animateurs d'Aquitaine, avec le Casnav 33, l'Adav 33 et toutes les autres structures avec lesquelles nous travaillons tout au long de l'année.

Le lendemain nous avons rendez-vous à l'IUFM de Montjoux pour deux jours de colloque avec des enseignants : autre installation, autres rencontres. 75 personnes viendront à la caravane pendant ces trois jours de prestations. Nous échangeons des méthodes, des documents, nous donnons des nouvelles des uns et des autres : le camion-école de l'Aset Bordeaux et celui de Franche-Comté... Comment nous y prenons-nous lors des ateliers ? Pour construire quoi et transmettre quels savoirs ? Je fais mon speech, je cours partout : dedans, dehors, projection de notre DVD de présentation, visite de Marcel Courthiade, de Ljuba, de Naja, des Roms qui agissent dans des associations ou institutions... Nous troquons des CD-(roms !), des techniques, des adresses, c'est comme à la foire !

Voici quelques extraits de ce que je peux raconter aux visiteurs et que je partage avec des collègues plasticiens ou enseignants lors des formations offertes par le rectorat de Bordeaux.

HISTORIQUE DE L'ART ROM : UNE PEDAGOGIE ITINERANTE DES ARTS PLASTIQUES1.

Je présente un historique de l'esthétique de l'art rom depuis la Renaissance jusqu'à nos jours. Je mêle la théorie à la pratique grâce à des expositions avec des artistes roms contemporains et des cours et ateliers d'art et d'artisanat avec des enfants du Voyage ou des scolaires. Grâce à notre structure associative et au soutien des universitaires nous avons, mes collègues chercheurs, artistes et moi-même, réalisé de nombreuses expositions itinérantes en France et en Belgique pour faire vivre cette culture souvent méconnue et secrète au sein de la plupart des familles.

Nous avons aussi compilé bon nombre de documents récoltés en chemin et créé un centre ressources avec un site en ligne et un blog2. Nous sommes en lien avec le musée de la culture rom à Brno.

Mes activités sont diverses : je suis gitane, plasticienne, enseignante et chercheuse, je vis dans deux caravanes, l'une atelier, l'autre musée. J'ai entrepris cette année une nouvelle thèse avec Michel Boccara en anthropologie psychanalytique, dont le thème serait : "De l'errance pathologique au nomadisme culturel : l'exemple de l'art rom". Depuis deux ans je réalise des ateliers avec le soutien de l'Adav 33 et des formations pour les enseignants avec le Casnav 33.

Nos activités ont lieu avec bon nombre d'établissements scolaires, de centres sociaux et associations ou festivals pour les Gens du voyage. La caravane-musée se déplace sur les aires d'accueil et aborde différents thèmes qui donnent lieu à de nombreux ateliers, des expositions collectives, des colloques. Nous avons réalisé un DVD, La Caravane-musée, conçu par Hermine Salvucci, et des fiches techniques relatives aux artistes phares des communautés roms, gitanes, manouches, yéniches et autres artistes itinérants.

LA CARAVANE-MUSEE

La Caravane-musée se présente comme une oeuvre à part entière à visiter, évolutive et interactive, que j'ai créée en 2004 et qui s'oriente sur à l'histoire des arts tsiganes et arts forains. Son but est de faire découvrir aux "spect/acteurs" des expressions contemporaines de cet art rom ainsi que des traces des différentes actions entreprises par le biais de l'association Art rom.

Traces d'ateliers ambulants, de créations partagées au gré des festivals voués aux Gens du voyage ou aux arts itinérants, peintures, dessins, livres, films, plaquettes, cartons d'invitation, disques, objets insolites... Tout ce qui permet de garder en mémoire des actes artistiques pour promouvoir ces multiples facettes.

On peut y découvrir : des panneaux et catalogues recueillis au fil de la route qui présentent des artistes roms, des photographies d'ateliers... Gérard Gartner, Mona Metbach, Django Reinhardt, Gaby Gimenez, Bruno Morelli, Karl Stojka, Joseph Doerr, Sandra Jayat, David Ranz-Guiméra, Ferdinand Koçi, Félix Trost, Matéo Maximoff, des itinérants du CITI (Centre international pour les théâtres itinérants), des liens vers Hors les Murs (Fédération nationale des arts de la piste et de la rue).

Installée pour des festivals ou des expositions, cette caravane (ou les toiles et photographies qui mettent en scène l'évolution du concept de caravane-musée) permet d'entamer le dialogue sur à la notion de minorité, par rapport à l'aspect historique des modes de vie chez les Gitans, les Roms, les Yéniches et autres Gens du voyage, nomades ou sédentarisés.

Les activités pédagogiques, pour permettre aux enfants de voyager au pays des Roms pendant les ateliers, abordent différents univers:

  • Projections d'oeuvres clés qui proposent une lecture de cet historique de l'esthétique tsigane à travers les siècles (des miniatures persanes et à la Renaissance en Italie au mouvement Die Brücke, à l'art abstrait, à l'art brut, au "folklore", au génocide, à l'engagement artistique, etc.) ;
  • Lectures accompagnées de reproductions sur des panneaux mobiles : les enfants découvrent ainsi les créations d'un artiste, son style, ses thèmes de prédilection, sa vie quotidienne et sa situation en tant que Rom ;
  • Cours d'arts visuels ou plastiques (ou ateliers avec des enseignants et des artistes ou artisans) articulés entre l'école et le terrain et donnant lieu à une action-création exposant les réponses des enfants impliqués dans des situations parfois difficiles. Voir par exemple, les Livres Objets et Contes tsiganes sous forme de carnets de route (collège de Vélines, M. Martinez), le thème de "La violence représentée et perçue par des Manouches" (Adav 33, Langon), "l'Art et la Santé" (Dida, Bergerac), "Les Signe ssecrets des voyageurs" (aires de Gironde), "Les Roms dans l'histoire de l'Europe", "La Route au quotidien" (Lunel, Marseillan, Libourne), "Les terrains désignés, les repas et la cuisine chez les Manouches", "Les métiers anciens des Gitans catalans", "Les jeux d'enfants gitans" (Périgueux)...

Ces ateliers permettent d'expliquer et de faire vivre aux élèves des temps forts de création en s'appuyant sur des pratiques variées (modelage, dessin, peinture, collage, gravure, récolte de matériaux, recherches documentaires pour étayer leurs travaux). De plus, le temps de visite et de découverte de la caravane-musée est un moyen pour expliquer son mode de vie ou découvrir celui des autres. Il donne lieu en général à une fête ou à une exposition avec le stand et les travaux que les enfants installent avec leur "commissaire d'exposition itinérante", près d'un chapiteau, autour des caravanes sur une place ou pour la fête d'un collège. Les enfants deviennent ainsi créateurs, critiques et acteurs avec les différents outils qui leur sont offerts.

La recherche documentaire est réalisée soit par des mallettes pédagogiques thématiques qui sont apportées en classe (le cirque, la littérature jeunesse, les contes, l'histoire, la musique...), toujours à propos des Roms, Gitans, Manouches, soit sur internet par le site en ligne et le blog, pour maîtriser l'outil internet. Des documents sonores et vidéo sont également disponibles pour les enseignants.

Des expositions d'oeuvres originales d'artistes roms et itinérants nous conduisent vers un monde concret et "délirant", hors norme, pour connaître un peu mieux l'univers des Gens du voyage ou de ceux qui pratiquent des métiers artistiques voués à l'itinérance (ou à l'errance) et qui croisent leurs savoir-faire : "circassiens", artistes de rue, comédiens, artisans...

UNE HISTOIRE DE L'ART ROM

On compte parmi les initiateurs d'une démarche abordant l'histoire de l'art rom, et par la suite d'une série d'expositions itinérantes, Gérard Gartner (dessinateur et sculpteur rom), Sandra Jayat (peintre sinti manouche) et de multiples autres créateurs : Karl Stojka, Torino Zigler, Mona Metbach, David Ranz Guimera, Marcel Hognon, Joseph Doerr, Macha Weinterstein, Gaby Gimenez, Constantin Nepo, Bruno Morelli, Santino Spinelli, Ferdinand Koçi, Eléméta Ramès, Marina Rosselle...

Gérard Gartner, dit Mutsa, a été le précurseur dans le domaine de la diffusion des arts plastiques et reste le porteur de cette mémoire. Matéo Maximoff, son ami de toujours et biographe, ainsi que le Sinto italien Bruno Morelli sont les théoriciens de la question. L'an dernier pour la première fois un pavillon d'art rom a vu le jour à la Biennale de Venise avec des artistes roms venus de toute l'Europe dont le Français Gabi Gimenez. Un autre courant intellectuel tsigane a vu le jour avec un créateur manouche polyvalent tel que Marcel Hognon.

L'histoire de l'art rom est pleine de rebondissements au fil des migrations, des rejets, des persécutions, des moments où l'on peut se poser et s'exprimer, voire s'affirmer.

Trois points sont à prendre en compte pour en parler :

  • Les signes et symboles, les traces du quotidien du voyage, des persécutions, des traits plus ou moins mystiques ;
  • Une véritable démarche artistique d'affirmation de soi en tant que créateur : "folklore tsigane" ou "traditions" ;
  • Une implication culturelle et/ou politique (notamment depuis les années 1971-1972, lors de la création de la Romani Union en Angleterre).

Tout commence par des représentations d'esclaves roms, de guerriers, de musiciens, d'artisans par des artistes persans puis se continue, plus tard, à la Renaissance en Italie, par des peintres comme Antonio Solario dit Lo Zingaro, (certains de ses dessins sont visibles au Louvre à Paris). Comme le montrait l'exposition de la Première Mondiale d'art tsigane à la Conciergerie à Paris en 1985, on ne connaît plus de traces d'artistes "reconnus" entre cette époque de la Renaissance et les années de du courant expressionniste Die Brücke, dont Otto Müller et ses portraits de jeunes Tsiganes.

L'expression artistique visuelle tsigane, "étrange et étrangère", est ainsi demeurée cachée, secrète, au profit de la musique et de la danse. La transmission des savoirs est restée orale et gestuelle, alors que les signes et expressions plastiques relevaient de l'artisanat (les vêtements disparates et colorés des voyageurs, les sacoches, ustensiles divers) ou des savoirs liés au domaine des plantes et de la santé (les recettes tsiganes pour soigner, guérir) - certains de ces savoirs étant perçus, par les gadjé, comme des pratiques chamaniques ou de magie noire.

C'est toujours en Europe, et en particulier en Italie, en France, en Espagne ou en Allemagne que les artistes les plus connus émergent et s'affirment, même si un certain nombre, aux États-Unis, ont fait du cinéma.

Après la chute du mur de Berlin et l'affirmation d'artistes des pays de l'Est, les expressions artistiques se multiplient, mais toujours avec méfiance (voir Ferdinand Koçi, Karl Stojka, Janos Balasz, jusqu'à cette année 2007 où pour la première fois l'on visite un pavillon rom à la Biennale de Venise). Les artistes émergents portent ainsi les valeurs d'ouverture, d'humanisme, parfois de militantisme et, pour certains, de transmissions des savoirs par la pédagogie en élaborant des cours ou des ateliers ambulants. Tous parlent de périodes de rejet et d'exclusion, de conditions de vie difficiles ou précaires (difficultés à habiter ou stationner). Les hommes et les femmes artistes roms s'expriment en général avec beaucoup de force et de poésie, par tous les moyens possibles : dessin, peinture, sculpture, calligraphie, broderie, artisanat. La plupart font appel à des matériaux naturels et à des objets ou signes symboliques (animaux, plantes, amulettes, astes, instruments de musique ou autres, arbres, famille, repas, linge).

QUELQUES ARTISTES D'AUJOURD'HUI

Gérard Gartner dit Mutsa (le chat)

Gérard, un Rom Kaldérash, a débuté par la boxe : alors qu'il "faisait le portrait" de ses adversaires sur le ring, il s'est lancé de façon autodidacte dans l'art des portraitistes, en particulier auprès de vedettes du moment - c'était sa manière de "se réconcilier avec le monde", explique-t-il. Il a fait plusieurs métiers qui l'ont marqué à tout jamais : "J'ai un chalumeau dans la tête", dit-il encore. Alors qu'il est embaumeur à la morgue ou lorsqu'il travaille à la décharge d'Aubervilliers, il se familiarise avec les viscères et la matière plastique. Il crée le concept de sculpture en plastique fondu pour donner naissance à des DIR (Déchets industriels recyclés). Il parle ainsi de ses ancêtres et de leur métiers, de la mort et de la vie avec des formes organiques qu'il patine comme des bronzes ainsi que de la place où on relègue ses frères roms, manouches et gitans.

Gérard est le père français de l'histoire de l'art rom - c'est lui qui a eu l'idée de proposer la Première Mondiale à la Conciergerie, lui qui connaît le mieux les artistes roms qu'il a fait intervenir dans des expos itinérantes. Il écrit actuellement - et nous lui souhaitons longue vie sur les traces de sa muse Sara la Kali ! - sur l'oeuvre et la vie de Constantin Nepo. Il a présenté d'autres artistes d'origine rom : Poliakoff, Giacometti, Maximoff... Il a gagné le prix Amico Rrom avec son premier livre. Il va rédiger, soutenu par Marcel Courthiade, un précis historique de l'art rom.

Julienne Metbach dite Mona

Issue d'une famille de "circassiens" sinti manouches, contorsionniste dès l'âge de trois ans, elle vit en roulotte et en caravane en France, en Belgique, et dessine dans la sciure sur la piste ou avec la buée sur les vitres. Plus tard à l'âge de cinquante ans, elle se lance dans la peinture de manière autodidacte après qu'on lui eut offert le matériel pour peindre sur toile. Certaines de ses oeuvres se trouvent au musée d'art brut de Bègles. Elles sont toujours créées dans sa caravane, au fur et à mesure de la route, entreposées dans son fourgon puis exposées sur les marchés ou dans diverses institutions. Mona utilise la peinture à l'huile en nombreuses superpositions de couleurs vives très travaillées au pinceau, au couteau. Les sujets sont ceux de la vie quotidienne : des souvenirs, des stationnements, des paysages, des ciels tourbillonnants, des fleurs éclatantes, des personnages sensibles et expressifs de la famille, du spectacle, des roulottes à la lisière des forêts...

Elle dit : " Je suis la seule à faire comme ça." Toujours en chemin, avec une volonté et une joie de vivre à toute épreuve, elle surmonte les difficultés grâce à son regard poétique sur le monde : elle peint et revendique sa culture manouche, sa liberté et son amour de la route, des pays traversés. Avec son mari, Matéo Bauer, elle oeuvre pour la reconnaissance du nomadisme et du génocide. Ses peintures sont des prières lancées au monde.

David Ranz-Guimera dit Kabila

Il est issu d'une famille de musiciens gitans très connus en Espagne et en Algérie. Guitariste et dessinateur, il a créé le concept d'"Analphabets". Ne sachant ni lire ni écrire, il invente des signes en utilisant la technique de la calligraphie entre les patrines, les signes graphiques et l'alphabet berbère. Ses couleurs : les noirs, bleus, rouges, verts des encres utilisées sur différents papiers. Il revendique le fait de vivre dans un parc naturel protégé en Espagne et expose partout dans le monde. Selon lui les Gitans doivent être libres de vivre à leur rythme dans un milieu naturel propice à la création, à la beauté. Kabila dit qu'il conçoit ses signes comme des dessins-textes, dont l'ouverture et la portée sont universelles. Très inspirés par la culture orientale, ses signes prennent tout l'espace d'un format raisin. Signes des origines, à la plume ou au pinceau, il nous transporte à travers des sensations primitives où l'on décrypte selon son vécu, son histoire, comme autant d'inscriptions mystérieuses et rituelles.

Pour lui la vie est une fête autant qu'un moment de repli pour chercher au plus profond l'inspiration. Ses travaux peuvent se rapprocher de certaines créations des arts premiers, en osmose avec son environnement.

Ces signes, symboles, écritures magiques sont parfois rapportés au "patrin", langage secret des signes utilisés en chemin pour indiquer par où l'on est passé et ce qui s'est passé. Pour Kabila, l'école, c'est celle de la vie et l'histoire, celle de s'affranchir de l'esclavage. Il a participé à la Première Mondiale d'art tsigane de la Conciergerie.

Gabi Gimenez

Ce Gitan est graphiste "lorsqu'il n'est pas recherché par les autorités". Il dessine et peint de manière surréelle, en utilisant le style des créateurs de vitraux. Il joue énormément avec les couleurs vives et un cerne noir autour de ses personnages ou objets. Il est très virulent pour protéger les siens : selon lui si certaines personnes voient du folklore dans un fil à linge ou une caravane, cela ne fait que refléter l'état d'une culture, d'un mode de vie. Il aborde des thèmes tels que les moyens de transport, le génocide, la vie quotidienne, sa rencontre avec les musiciens des Ogres de Barbak... Il a fait partie des exposants qui défendaient les couleurs roms au pavillon de la Biennale de Venise. Il est aussi guitariste. Il porte un regard sans concession sur le monde et revendique le fait d'être libre et de gagner sa vie en tant qu'artiste. Il réalise également de petits volumes ou des installations (colliers et spirales de caravanes...). Ses peintures présentent des aplats de couleur. Il fait partie des artistes émergents qui oeuvrent avec les Roms des pays de l'Est pour que la nation rom soit reconnue comme "transeuropéenne", sans frontières. Il a créé le musée itinérant Tikno Niglo.

Ferdinand Koçi

Dessinateur et peintre rom albanais, il a fait l'école des beaux-arts de Tirana et a voulu découvrir l'Europe : il représente, au charbon et au crayon, la vie des déportés.

Karl Stojka

Autrichien, rescapé des camps, il signait ses oeuvres par le numéro qui lui avait été tatoué.

(Ces deux dernikers artistes parlent du génocide rom. Pour les Roms, le génocide se nomme Samudaripen ou Poraïmos. Il est tu la plupart du temps, il est vécu et il ne faut pas en parler. L'hymne des Gens du voyage, Djelem, relate ces événements à demi-mots.)

Références

  • "L'art Rom, des transports amoureux", d'après la thèse de Tania Magy, Arts & sciences de l'art Paris I, Sorbonne, sous la direction du professeur émérite Jacques Cohen, 2002.
    Association
    Art Rom de Voyages
    Présidente : Gaëlla Loiseau, secrétaire trésorière : Tania Magy, documentaliste : Guilhaume Malinge
    Domiciliation C/o VialaRue
    16 rue Saint James 33000 Bordeaux
    Centre ressources à l'ADAV 33,
    91 rue de la République
    33400 Talence
    gaella@g-cgi.com
    lunamusica.free
    http://artrom.blogspot.com
  • Pour retrouver des informations plus précises par rapport aux artistes mentionnés voir les sites des artistes eux-mêmes, d'Études Tsiganes, de la FNASAT, de Balval, de Maryvon, des Fils du vent, de TiknoNiglo, ou le blog de notre association :
    http://artrom.blogspot.cometlunamusica.Free

(1) "L'Art rom : des transports amoureux", d'après la thèse de Tania Magy, Arts & Sciences de l'art, Paris I, Sorbonne, sous la direction du professeur émérite Jacques Cohen, 2002.

(2) http://artrom.blogspot.com.
La bibliothèque du centre est ouverte le vendredi matin ou sur rendez-vous : 91 rue de la République, 33 400 Talence, dans les locaux de l'Adav 33 (0 665 128 118).

Diversité, n°159, page 237 (09/2009)

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