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Diversité

III. Ville et société

Entretien : "Un peu de calcul, un peu de français et on verra..."

Marie Raynal

Entretien avec Alexandre Romanès (Fondateur du Cirque tsigane) .

MARIE RAYNAL : Alexandre Romanès, il est difficile de vous définir tant vous avez de talents divers. Vous êtes un homme de la famille du cirque, mais vous êtes aussi poète et musicien. Où et comment avez-vous appris ce que vous savez ? Êtes-vous allé à l'école ?

ALEXANDRE ROMANES : Je suis né dans une famille gitane, qui fait du cirque, et à l'époque il n'était pas question d'avoir une école dans le cirque. Mon père a pensé qu'il faudrait tout de même que ma soeur et moi nous sachions lire, écrire et compter. Alors on m'a mis à l'école. J'avais huit ans. J'ai été dans deux écoles communales en six mois et dans une troisième, une école religieuse puisqu'on est baptisés, catholiques - pas très pratiquants mais bon on croit en Dieu, alors... Ça n'a pas marché mieux. Par la suite, j'ai réfléchi aux raisons pour lesquelles je n'avais pas pu apprendre à l'école. D'abord, j'ai refusé de m'asseoir sur les bancs, alors on m'a mis au fond de la classe : j'étais appuyé contre le mur. Je ne faisais rien et évidemment j'étais le dernier de la classe. À la récréation, je me souviens très bien, je m'adossais au mur, et j'attendais que ça se passe. Je me posais toujours la question : qu'est ce qui est le pire pour moi ? La récréation ou la classe ? En fait, même la récréation était un moment d'horreur. Je l'explique dans mon livre Un Peuple de promeneurs1.

À l'école religieuse, un jour il y eut confesse. Le curé a demandé que nous écrivions tous nos péchés sur une feuille blanche. Je rentre dans le confessionnal et je n'avais rien écrit. Le curé m'a demandé si je n'avais rien à me reprocher. J'ai dit que si. "Mais qu'as-tu fait ?

- J'ai volé de la confiture.

- Pourquoi ne l'as-tu pas écrit sur ta feuille ?"

J'ai répondu au curé que le vol de confiture n'intéressait pas Dieu. À huit ans ! Et le curé a répondu : "Mon garçon, tu as sans doute raison."

M. R. : C'était un curé intelligent.

A. R. : Oui, mais ça c'est très mal passé. Dehors, à nouveau ! À l'époque du cirque de mes parents - maintenant les choses ont changé -, on s'installait toujours à la sortie de petites villes de 10 000 à 15 000 habitants. D'un côté, il y avait la ville et, de l'autre, les champs. Nos caravanes donnaient sur les champs. Devant, il y avait la façade du cirque et, derrière, les caravanes d'habitation. Moi j'étais un fou des arbres, tout le temps dans les arbres. On était une ribambelle d'enfants, une douzaine et, dès qu'on arrivait quelque part, on courait dans les champs, on était dans les arbres, garçons et filles...

M. R. : Vous étiez heureux et libres.

A. R. : ...Et me retrouver dans ces bâtiments d'école du XIXe siècle, c'était pour moi la prison. Ce n'était pas possible. Un jour, j'ai surpris une conversation de deux curés qui disaient en parlant de moi : "Lui, c'est un cas ; il est nul, il ne vaut rien, il est vraiment zéro, mais pour le catéchisme il en sait autant que nous !"

M. R. : Ah, c'est formidable ça. Cet homme ne vous le disait pas directement, mais il pensait que vous étiez intelligent et que vous alliez réussir. Je trouve que c'est une parole très positive.

A. R. : Pour moi, cela voulait dire qu'ils ne comprenaient rien. Je savais que j'étais nul en calcul et dans les autres matières mais ça ne m'a pas traumatisé. J'attendais qu'on me vire et on m'a viré à neuf ans. Voyez-vous, la bizarrerie de la chose - et je continue d'être dans cette bizarrerie - c'est que, par exemple, ma femme a un nouveau numéro de téléphone depuis six mois, et je n'arrive pas à le retenir. Le mien, qui est pourtant simple, je ne sais pas combien de temps j'ai mis pour le retenir ! Je n'y arrive pas avec ces choses-là. Mais je suis passionné de poésie arabe et je connais des centaines de vers par coeur.

M. R. : Vous parlez l'arabe ?

A. R. : Non malheureusement. Mais je lis le Coran. Il y a des poètes de la poésie occidentale que j'aime aussi beaucoup : Rimbaud, Claudel, Racine, Corneille. Ces gens-là sont magnifiques.

M. R. : Quand les avez-vous lus ?

A. R. : J'ai appris à lire bien plus tard, à vingt ans.

M. R. : Mais vous allez trop vite. Vous n'allez plus à l'école à neuf ans. Votre soeur a continué à y aller ou pas ?

A. R. : Mon père était très protecteur envers sa fille. Il voulait qu'elle soit forte, qu'elle sache un maximum de choses parce qu'un jour elle allait se marier, elle aurait des enfants et il fallait qu'elle puisse mettre un coup de pied dans les fesses à son mari si c'était un abruti.

M. R. : Il était formidable votre père !

A. R. : Oui, mon père était étonnant. C'était un homme rare. Je vous raconte une histoire : un jour, des hommes dans le cirque parlaient des femmes. Ils disaient : "Celle-là est trop petite, celle-là est trop grosse, celle-là ceci, cela, etc." Mon père ne disait rien et puis à un moment, un de nos cousins lui demande : "Tu as entendu ?

- Oui j'ai entendu. Vous ne dites que des bêtises, parce que toutes les femmes sont belles." Il était formidable mon père. Il s'est donc occupé un peu plus de ma soeur que de moi pour l'école. Il lui a trouvé quelqu'un qui lui a donné des cours, mais moi je ne voulais rien savoir.

M. R. : Il a accepté ?

A. R. : Oui. Mon père disait de moi : "Mon fils est étonnant, il y a des trucs comme ça qu'il ne veut pas savoir et pourtant il est intelligent."

Ma première fille, je l'ai emmenée à l'école quand elle avait trois ans. Je ne souhaitais pas qu'elle y aille mais je n'avais dit aucun mal de l'école devant elle car sa mère le voulait. Je vais la chercher le premier soir et la maîtresse me dit : "Votre fille, ce n'est pas une fille, c'est un tigre." Le lendemain matin on retourne à l'école et la petite se carre dans la porte et me dit : "Papa est-ce qu'on doit retourner à l'école ? Est-ce que c'est obligatoire ?

- Non, ma fille ce n'est pas obligatoire.

- Alors sauvons-nous !" Et on s'est sauvés.

M. R. : Mais qu'est-ce vous avez fait à neuf ans ? Vous avez travaillé avec votre père au cirque

A. R. : Oui, bien sûr... Mais, écoutez, je ne sais pas si Héraclite, ça vous dit quelque chose, moi, je le connais par coeur, de bout en bout. Un jour, je rencontre des Grecs qui devaient nous engager pour une tournée en Grèce. Je n'avais pas envie de travailler avec eux, on ne s'entendait pas. En nous quittant, l'un d'eux me dit : "Je suis tombé sur vos poèmes que j'aime beaucoup. Ça me rappelle Héraclite, mon auteur préféré." Je lui ai répondu que je le connaissais par coeur. Il me dit : "Vous êtes un Gitan, je ne vous crois pas, ça n'est pas possible." Il est allé chercher un livre dans sa voiture, m'a lu une phrase et je lui ai récité la suite...

M. R. : Mais comment l'avez-vous appris?

A. R. : Une fois que j'ai su lire. J'étais passionné de poésie. Il faut dire que jusqu'à cinq ou six ans je ne parlais pas. Ma grand-mère disait qu'elle avait élevé je ne sais combien d'enfants et que j'étais une curiosité car je ne pleurais jamais, je ne parlais pas mais j'étais déjà curieux. Je veux savoir, c'est ça qui m'a sauvé. Je pense que les enfants, les garçons et les filles, sont sensibles à ce qui est poétique. Si on pouvait prendre les enfants et leur dire : "Allez, on part dans les champs, on s'assoit par terre, on va faire un peu de calcul, un peu de français et puis on verra... ", ça marcherait beaucoup mieux. Mais rentrer à telle heure et sortir à telle heure... Et, en plus, ce qui m'a semblé insupportable, quand j'étais en classe, c'est que quand on a fini cette interminable journée, on a encore des devoirs ! Vous savez ce que je fais avec les enfants du cirque ? Tant qu'ils s'amusent, on travaille, on répète, quand j'en vois un que ça n'amuse plus, je lui dis de cesser. L'apprentissage devrait être un plaisir. Et une ouverture. Il y a beaucoup de garçons et de filles qui viennent d'Afrique du nord. Pourquoi n'apprend-on rien sur la poésie arabe ? Pourquoi rien sur les statues et les masques africains ? Pourquoi n'a-t-on pas ça à l'école ?

M. R. : Entre neuf ans et vingt ans, comment avez-vous appris ? Votre apprentissage n'est pas scolaire, mais c'est un apprentissage extraordinairement riche pour avoir envie d'apprendre à lire à vingt ans et vous mettre à écrire.

A. R. : J'étais amoureux et elle m'a appris. Et voilà, et on rejoint la poésie.

M. R. : C'est une amoureuse qui vous a appris à lire et à écrire et à partir de là vous avez tout de suite lu beaucoup ?

A. R. : Non, je n'ai pas tellement lu.

M. R. : Vous avez écrit.

A. R. : Non plus. L'écriture est venue complètement par hasard. Je suis très ami avec Christian Bobin... Quand je travaillais dans la rue, avec mon numéro d'acrobatie, les gens venaient vers moi. C'est comme ça que j'ai rencontré Bobin, Genet, Lydie Dattas... Christian vient assez souvent nous voir. Un jour, il y a sept ou huit ans, une de mes filles court après lui, alors qu'il partait et lui dit: "Mon père aussi fait des poèmes, il écrit des livres." Christian sort de la voiture, demande à voir, il lit et me dit : "C'est très joli, on va le publier.".

J'avais commencé juste après le dernier accouchement de ma femme - je le déconseille aux hommes d'y assister, c'est trop dur pour nous -, j'étais couché dans l'herbe et j'ai composé cinq poèmes que j'ai appelés Poèmes gitans. En deux ans j'en ai écrit soixante-dix. J'ai envoyé le tout chez Gallimard où on les a fait lire par quatre lecteurs. Les quatre m'ont tous mis la meilleure note. J'ai demandé à Grosjean si toutes les fautes d'orthographe ne les avaient pas gênés. Il m'a répondu que non et que la syntaxe est parfaite. Et moi : "Vous allez vous moquer de moi, mais c'est quoi la syntaxe ?" J'ai eu de belles critiques. Je prépare un troisième livre. Christian Bobin et Lydie Dattas m'ont dit que je deviendrai le poète des femmes ! J'ai la moitié de l'humanité avec moi. Ce n'est pas si mal...

M. R. : Et la musique ?

A. R. : J'avais fait de la musique tout petit. C'est mon père qui l'a voulu. Il m'a mis au piano mais ma main gauche ne fonctionnait pas, je n'arrivais pas. Après, il a voulu me mettre à la trompette. J'ai dit, je préfère le saxo et j'ai fait trois ou quatre ans de saxo.

M. R. : Avec qui ?

A. R. : Avec les musiciens du cirque. Puis j'ai laissé tomber. Je ne suis pas un fou de jazz, je préfère la musique classique ou la musique arabe, enfin la musique classique arabe. À vingt-cinq ans j'ai quitté ma famille, je ne la supportais plus, et je me suis mis à faire un numéro d'acrobatie dans la rue pour manger. Je ne savais rien faire d'autre. Je pensais au luth depuis très longtemps, mais je n'osais pas. Un jour où j'étais sur une avenue en faisant mon numéro, quatre ou cinq garçons et filles sont passés avec des luths à la main : ils jouaient de la musique de la Renaissance. J'ai trouvé ça si beau... Je me suis dit que j'allais essayer et je me suis inscrit au conservatoire, à Bourg-la-Reine. Je me suis lancé à fond. J'en faisais douze heures par jour. Donc au bout de trois ou quatre ans je n'étais pas mauvais. Alors j'ai joué dans différents orchestres mais ça s'est mal passé parce qu'on ne jouait pas ce que je voulais - c'est ça, les orchestres... Par la suite, j'ai découvert le luth arabe, le oud, mais bon...? Je m'étais alors intéressé à la musique baroque. Quand j'ai été assez bon, après quelques années, j'ai commencé à donner des concerts. Comme je suis un homme de cirque, du spectacle, je me débrouillais tout seul, j'organisais moi-même les choses. Je mettais les affiches dans les magasins et je donnais un concert le dimanche dans l'église. Ça a bien marché, mais... À l'époque, j'étais marié avec une Gitane espagnole. Une petite fille vient au monde. Sa mère disparaît. Je reste avec la petite. J'étais content d'avoir ma fille et de l'élever. Quand elle a trois ans, sa mère réapparaît et repart avec elle - nous les Gitans, on disparaît et on réapparaît. Je n'ai pas revu ma fille pendant vingt ans. Je l'ai retrouvée dans un campement de Tsiganes à Naples. J'ai fait cinq fois le voyage. Ils ne m'ont pas laissé la voir. Je l'ai kidnappée, puis j'ai été pris par la police. Je me suis retrouvé en prison à Naples et j'ai fait une terrible dépression. En sortant, je suis resté sans dire un mot pendant un an. J'étais incapable de jouer. Et c'est comme ça que tout le monde m'a dit de refaire du cirque. C'est vrai qu'au cirque, on ne peut penser qu'au cirque, il y a tellement de travail. Donc j'ai monté un petit cirque, tout petit, et puis je me suis dit que je reprendrais quand ça irait mieux. Mais je n'ai jamais pu reprendre le luth, parce que c'est un cercle infernal. Un jour je me rachèterai un luth. Ou je me mettrai au oud...

M. R. : Comment avez-vous éduqué vos enfants ? Ils vont à l'école ?

A. R. : Il y a un écrivain allemand que j'aime beaucoup, il dit une chose très intéressante : l'éducation commence à midi, autour de la table du repas. J'ai été élevé par ma grand-mère. Elle ne se plaignait jamais, elle avait toujours un mot pour réconcilier les gens, elle était logique. Elle avait les pieds sur terre. J'ai vu cette femme, je la voyais vivre et c'était mon exemple. Peut-être que le drame d'aujourd'hui, c'est que les grands-parents ne sont plus là...

M. R. : Donc l'éducation, pour vous, c'est la famille, c'est la famille élargie et les grands-parents ?

A. R. : Pas forcément la famille, l'entourage, oui est très important. Vous savez ce qui me fait peur à l'école ? C'est l'entourage.

M. R. : Vous avez peur de quoi ? Des mauvaises influences ?

A. R. : Il y a déjà la télévision qui fait irruption chez vous. L'autre jour, un garçon gitan disait que pour lui l'école était un cauchemar : il n'avait jamais les chaussures qu'il fallait, jamais la chemise qu'il fallait, il n'était pas dans le bon groupe... Toujours exclu. Il ne comprenait jamais pourquoi.

M. R. : Il y a beaucoup d'enfants dans votre cirque, en ce moment ? Ils vont à l'école ?

A. R. : Non. En ce moment, pas un.

M. R. : Ils ne veulent pas y aller. Comment apprennent-ils ?

A. R. : C'est un peu compliqué. Il en a qui arrivent de Roumanie, ils allaient à l'école en Roumanie et j'attends qu'ils parlent un peu français avant de commencer les cours. Quant à ceux qui parlent français, une institutrice à la retraite leur donne des leçons. Elle passe deux heures avec eux, pas tous les jours, un jour sur deux, peut-être.

M. R. : Ils apprennent à lire et à écrire ?

A. R. : Ils savent lire, écrire, compter. Ils savent l'essentiel. J'ai fait vingt ans de musique baroque, j'allais tout le temps aux concerts mais, neuf fois sur dix, on est dans une salle de concert et on s'ennuie. Pourquoi ? Ce sont les parents qui ont poussé les enfants...

M. R. : Vous vous déplacez souvent ?

A. R. : On est ici, à Paris, l'hiver. Dès qu'il fait beau, on bouge. L'année dernière on est allés en Espagne, en Autriche, en Italie. L'année prochaine, on devrait même aller au États-Unis. Je voudrais faire le tour de la Méditerranée. Je m'en occupe. Le voyage est toujours nécessaire. Ma femme se demandait l'autre jour comment les Français font pour retrouver leurs maisons qui sont toutes pareilles. Elles ne sont pas pareilles les maisons, bien sûr, c'est l'idée qu'elle a des maisons. Il y a quinze ans, j'ai acheté une maison. Je suis allé chercher les clés chez le notaire, mais quand je suis entré dans la maison, j'ai dit : "C'est un caveau !" J'ai fermé la porte, j'ai redonné la clé au notaire et lui ai dit de la vendre au prix qu'il voulait. Je n'ai jamais habité une maison.

M. R. : Vous rencontrez beaucoup de difficultés dans vos déplacements ?

A.R. : Oui. Quand on se déplace on est supposé avoir un document administratif pour nous autoriser à nous arrêter. Or, on ne peut pas avoir facilement ce document parce qu'on ne sait pas où on va s'arrêter. Et si on le savait, cela voudrait dire qu'on tient une comptabilité ! Et puis il n'y a plus de terrain... Nous, au cirque, on est connus, les gens nous aiment bien, même des gens de droite...Mais pour les Gitans qui ne sont pas connus, c'est très dur. Et pour ceux qui viennent de l'Est ? Le mur est tombé il y a vingt ans, on savait qu'ils allaient entrer dans l'Europe. Il fallait que l'Europe y pense. Elle va s'y mettre maintenant mais il y a vingt ans de perdus.

M.R. : Vous êtes de nationalité française ?

A. R. : Oui, je suis français mais je n'ai pas de carte d'identité. Vous trouvez ça normal ? Les Gitans n'en ont pas. Vous allez dans un campement de Gitans français, vous demandez les papiers, personne n'en a. Il y a quelques années, ils ont voulu obliger à avoir une vignette pour les caravanes. Comme pour les voitures à l'époque. On a averti que si la mesure était prise on bloquerait la France et ils ont cédé.

M. R. : Vous avez un projet de centre culturel tsigane ?

A. R. : Ce sera dans un chapiteau. J'aimerais avoir une place fixe à Paris mais sans construire de murs. Dès qu'il fera beau, on partira dans toutes les grandes villes européennes. Il y aura une programmation, des spectacles et des collections. Dans un semi-remorque ou deux. Je vais sur les campements, je circule un peu partout et je vois des choses qu'on ne voit nulle part ailleurs. Il y a un campement, à Sarcelles, où une fille danse le flamenco, je n'ai jamais rien vu de si beau. Cette fille ne passe nulle part. Qui va la trouver ? La Gitane espagnole que j'avais épousée était une danseuse exceptionnelle mais elle ne se produisait jamais. Elle dansait dans la rue. Les gens chez nous ne sont pas dans les circuits.

Et il faut dire une chose que j'essaie de comprendre depuis longtemps. Comme chez les Japonais, paraît-il, chez qui le héros, c'est celui qui perd la bataille. Ce n'est pas celui qui la gagne. Chez nous, au fond, les gens ne veulent pas réussir. On s'en fout de la réussite.

(1) Éd. Le Temps qu'il fait, novembre 2000.

Diversité, n°159, page 223 (09/2009)

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