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Diversité

III. Ville et société

Statuts des Roms originaires de l'ex-Yougoslavie

Régis Mermet, Directeur du centre d'accueil pour demandeurs d'asile CADA-ADOMA, Besançon

Le royaume des Serbes, des Croates et des Slovènes, puis la Yougoslavie, États nés au sortir des grands conflits européens du XXe siècle sur la dislocation des Empires ottoman et austro-hongrois ont placé les Roms de cette partie des Balkans dans une position géopolitique propice aux migrations vers l'Europe occidentale.
La Yougoslavie, selon l'opinion de membres de cette communauté, a été considérée comme une étape positive où les conditions de vie ont été favorables et l'égalité et la sécurité étaient en partie respectées...

Les Roms étaient présents dans toutes des républiques de Yougoslavie mais les événements qui ont conduit aux indépendances et à la création des États indépendants, de la Slovénie en 1992 au Kosovo en 2008, ont réservé un sort différent aux membres de la communauté rom comme à d'autres.

Le contexte économique et la situation particulière de la Yougoslavie de Tito entre économies planifiées de type communiste et ouverture sur l'Europe occidentale ont généré rapidement des flux migratoires, dans un premier temps liés au besoin de main-d'oeuvre des pays industrialisés, Allemagne, Suisse, Autriche et France principalement.

Des travailleurs yougoslaves sont recrutés en nombre, dont des membres de la communauté rom qui passent inaperçus dans un contexte où l'on se pose peu de questions sur les appartenances communautaires.

Cette immigration engendre de fait des entrées de membres de la famille dans un phénomène commun à toutes les migrations d'hommes jeunes qui ont un emploi : les conditions d'accueil sont souvent précaires compte tenu de la pénurie de logement mais les choses s'arrangent vite dans le contexte des Trente Glorieuses et de croissance économique.

Ces travailleurs et leurs familles viennent surtout des républiques rurales et peu industrialisées comme la Bosnie, la Serbie, le Kosovo et la Macédoine.

Cette migration constitue la souche des premières communautés qui s'installent à l'époque contemporaine en France et dans les pays germaniques.

La disparition du chef charismatique de l'après-guerre, Tito, va engendrer une lente déstabilisation de la fédération yougoslave et de nouveaux déplacements de la communauté rom.

Dès le début des années quatre-vingt, la perte du statut d'autonomie du Kosovo va déstabiliser la province en plaçant la communauté rom entre les revendications de la communauté albanaise et le pouvoir policier serbe de Belgrade.

Cette position inconfortable va favoriser la sortie de Roms du Kosovo vers l'Italie en croissance, qui va absorber ces flux dans le contexte d'une politique migratoire anarchique et de "débrouille" et où les conditions d'accueil, dans des camps et des bidonvilles, sont souvent catastrophiques.

Cette migration se caractérise par son phénomène "pendulaire" de type commercial et une installation qui pour beaucoup sera une étape vers les pays du nord de l'Europe un peu plus tard.

L'actualité de la fin des années 2000 met en évidence les conséquences de cette vague migratoire avec la montée de la xénophobie envers les Roms en Italie.

Les régions françaises limitrophes de l'Italie reçoivent également ces populations qui viennent de façon sporadique souvent pour mendier mais sans s'installer, du fait sans doute d'une politique migratoire plus encadrée qui empêche également les flux vers l'Europe du nord.

Le début des hostilités en ex-Yougoslavie fin 1991 va accélérer le phénomène de déplacement dans le pays puis par la suite à l'intérieur de l'Europe.

LES ROMS DE BOSNIE

Dès la fin 1991 et avril 1992, ils font l'objet de l'épuration ethnique car principalement musulmans, ils appartiennent dans les statistiques yougoslaves à cette communauté et y sont assimilés du fait de leurs noms et prénoms.

Ils sont en général plus "intégrés" que dans les autres républiques et parle peu le romani.

Ils obtiennent, en France (laquelle applique les recommandations du HCR dès le début 1993) le statut de réfugiés, du moins ceux qui réussissent à quitter le pays avant les accords de Dayton de novembre 1995.

La première famille qui arriva dans le Doubs, par exemple, était une famille Roms de Vitez, qui se présentait comme membre de la communauté musulmane de Yougoslavie (de Bosnie aujourd'hui). Plus tard, nous apprendrons son appartenance à la communauté rom.

Au début du conflit, les Bosniaques (y compris les Roms ) choisissent la RFA comme pays de refuge par tradition migratoire et parce que les conditions d'accueil sont plus favorables.

Mais l'Allemagne n'accordera principalement que des protections temporaires et mettra en place après les accords de Dayton une politique de retour forcé qui engendrera de nouveaux déplacements en Europe et principalement en France. Ce mouvement de réinstallation sera néanmoins contrarié par le découpage de la Bosnie en trois entités ethniques.

La France accordera avec bienveillance, et ce jusqu'au début des années 2000, la protection de la convention de Genève aux Bosniaques en crainte de persécution dans le cadre de la réinstallation, y compris aux membres de la communauté rom qui désormais se revendique comme telle jusqu'à la reconnaissance par la France du statut de "pays sûr" pour la Bosnie.

La place des Roms de Bosnie en Serbie ou dans la République serbe de Bosnie est difficile aujourd'hui, compte tenu des difficultés économiques et des discriminations importantes dont ils souffrent.

Les arrivées en France des Roms de Bosnie sont aujourd'hui peu nombreuses et sans doute freinées par les procédures prioritaires réservées à d'autres populations.

Les discriminations dont ils font l'objet ne rentrent dans aucun cadre leur permettant à terme l'obtention d'une protection et un droit au séjour.

LES ROMS DE MACEDOINE

Cette communauté est majoritairement originaire de Skopje (quartier rom de Sutka) et de la ville de Kumanovo.

Les flux de la communauté rom de Macédoine ont été limités, bien que cette communauté soit en nombre très important.

L'onde de choc de l'éclatement de la fédération yougoslave a entraîné quelques départs dans les années quatre-vingt-dix, avec très peu d'obtentions de protection en qualité de réfugié.

Les procédures d'asile prioritaire limitent les flux qui pourraient avoir comme causes des discriminations dans un pays qui demeure fragile mais où le poids de cette communauté est pris en compte par le pouvoir politique dans le cadre des perspectives d'entrée dans l'Union européenne.

La présence d'une petite communauté en France engendre essentiellement des flux sur des bases familiales.

LES ROMS DU KOSOVO

Présents au même titre que les autres Yougoslaves, en qualité de travailleurs migrants introduits par la France dans les années 1970, ils constituent sans conteste la plus grosse communauté rom vivant sur notre territoire.

On les qualifie souvent de "Kosovars" tout simplement. Les statistiques disponibles ne permettent pas de chiffrer le nombre de Roms du Kosovo vivant en France car seule la nationalité du pays de provenance est disponible, sachant, de plus, que le Kosovo a changé plusieurs fois de souveraineté ces dernières années : yougoslave, serbo-monténégrine, serbe seule, kosovar (sous la Minuk) et enfin sous le Kosovo indépendant.

La perte d'autonomie de la province au début des années 1980, et la position délicate de la communauté rom du Kosovo, au sens large, engendre des départs.

En 1999, les conséquences des frappes de l'OTAN et le retour des populations albanaises et de l'UCK au Kosovo après l'exode en Macédoine et en Albanie vont déclencher un départ massif des Roms vers la Serbie et le Monténégro.

L'étape sera de courte ou longue durée mais l'objectif de la communauté sera d'atteindre l'Europe occidentale pour y trouver une protection, malgré la présence de la Minuk au Kosovo.

Parallèlement, de nombreux Roms originaires du Kosovo et installés en Italie et en Allemagne avec des statuts précaires vont se déplacer principalement vers la France qui accordera massivement le statut de réfugié sur la base d'une absence de protection et des faibles perspectives de réinstallation après les destructions des biens immobiliers... et de la répression des extrémistes de la communauté albanaise.

Des arrivées importantes de familles nombreuses marqueront le paysage des flux d'asile des années 2000 sans se tarir pour autant à ce jour.

L'obtention du statut de réfugié se durcissant conduit de nombreuses familles sur les chemins de la précarité dans "l'inconfort administratif", à la recherche de solutions alternatives pour obtenir un droit pour vivre légalement en France...

L'indépendance du Kosovo malgré les promesses politiques de reconnaissance des minorités ne semble par rassurer la communauté rom qui une fois de plus dans son histoire se trouve déplacée à la recherche d'un statut dans des stratégies souvent complexes et opportunistes.

Les Roms placés sous la protection de l'OFPRA sont désormais dans une situation privilégiée et devraient être en capacité de trouver leur place dans notre pays.

Pour les autres qui n'ont pas obtenu de protection en situation légale ou non, la question de la citoyenneté au regard du Kosovo indépendant depuis février 2008 et de la Serbie actuelle reste à éclaircir...

Diversité, n°159, page 197 (09/2009)

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