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Diversité

III. Ville et société

Le CLIVE - ou comment lutter contre les carences institutionnelles ?

Thierry Chevrolet, Président du Clive - thierry.chevrolet@wanadoo.fr

Si la problématique de la scolarisation des enfants tsiganes et voyageurs est relativement récente, elle n'est toutefois pas nouvelle. Voici plus d'un quart de siècle que s'est tenu en France le premier colloque consacré à ce thème, le colloque national de Dijon sur la scolarisation des enfants tsiganes en mars 1980. Pour autant, la situation a-t-elle réellement évolué ?

Il est d'autant plus difficile de connaître la situation de la scolarisation des enfants tsiganes et voyageurs que les populations itinérantes échappent bien souvent aux statistiques et que, sur le strict domaine des statistiques de l'Éducation nationale, s'il peut être envisagé de quantifier, avec toutes les difficultés qui ne manquent pas alors de se poser, le nombre de jeunes Tsiganes et du Voyage scolarisés, il est, encore à l'heure actuelle, illusoire de vouloir donner autre chose qu'une estimation du nombre de jeunes non-scolarisés ou scolarisables... Malgré le cadre législatif et les recommandations européennes, il faut reconnaître que, d'un département à l'autre, la scolarisation de ces enfants et de ces jeunes ne va pas toujours de soi, et n'est pas sans poser problème, à la fois aux familles et aux équipes enseignantes. La circulaire de 2002, qui donne le cadrage, n'a jamais été suivie d'études permettant d'en connaître les modalités d'application à l'échelon local des différentes académies et départements. Par ailleurs, les enseignants ont appris, avec le temps, qu'avec leurs familles rien n'est jamais définitivement acquis. Au moment de la rentrée scolaire 2009, où les enjeux politiques sont marqués par les diminutions de moyens humains et financiers, il y a fort à parier que la scolarisation des enfants issus de groupe sociaux marginalisés ne s'en trouvera pas facilitée. On peut remarquer, dans le second degré, là où il y avait ça et là quelques avancées positives avec certains collèges ces dernières années, un retournement de situation avec une augmentation sensible des inscriptions vers le Cned. Quant au premier degré, la médiatisation d'événements récents, tels le virus de la grippe H1N1, constitue une porte ouverte idéale à certains parents déjà réticents à l'idée de confier leurs enfants à l'institution scolaire d'un monde qui leur est étranger. Pour les enseignants des classes ordinaires, les temps de formation deviennent de plus en plus rares. Pour les enseignants chargés de missions spécifiques auprès des enfants tsiganes et du Voyage, le travail se fait parfois très difficile compte tenu des conditions dramatiques dans lesquelles vivent certaines familles (en particulier les familles de Roms migrants expulsées de squat en squat, de bidonville en bidonville) et du sentiment d'isolement généré par un tel travail.

Dans ce contexte, il paraît primordial de fournir aux personnes un lieu d'échanges, de communication, de formation-information, un espace de mutualisation, de collaboration associative : c'est cet espace que se veut être le Clive.

Le Clive (Centre de liaison et d'information Voyage-École) est une association régie par la loi de 1901, qui a vu le jour en 1985 sous l'impulsion d'un groupe d'enseignants d'Île-de-France, mobilisés pour la scolarisation des enfants du Voyage. L'association a rapidement acquis une vocation nationale. Néanmoins, à l'époque, les technologies de communication n'étant pas développées comme elles le sont de nos jours, et les échanges se révélant assez longs et onéreux, l'association est tombée en sommeil au bout de quelques années.

Pourtant, à chaque trop rare temps de rencontre nationale consacrée à la thématique de la scolarisation des enfants tsiganes et du Voyage (universités d'été, colloques, stages nationaux, etc.) les enseignants présents ne manquaient pas de regretter l'absence d'un espace collaboratif associatif, leur permettant de lutter contre l'isolement auquel chacun d'entre eux se trouvait confronté à l'échelon local.

C'est pourquoi, en juillet 2003, en marge de l'Université européenne d'été consacrée à la scolarisation des enfants du Voyage et organisée par le Centre de recherches tsiganes (CRT) à Dijon, sur le thème "Un projet européen de formation pour la scolarisation des enfants tsiganes", plusieurs participants ont décidé de réactiver le Clive en sommeil depuis plus de douze ans.

QUI SONT LES ADHERENTS DU CLIVE ?

Les statuts initiaux du Clive ont été repris et complétés, pour aller dans le sens d'une plus grande ouverture de l'association : l'association compte en 2009 un peu plus de 70 adhérents, et si les enseignants du premier degré restent majoritaires, on trouve au sein du Clive des adhérents issus d'univers professionnels très diversifiés et répartis dans toute la France : enseignants spécifiques ou enseignants de classes ordinaires, professeurs et directeurs d'école, formateurs de Casnav, coordonnateurs départementaux, conseillers pédagogiques, chargés de mission, travailleurs sociaux, éducateurs spécialisés, étudiants, chercheurs, universitaires, bénévoles, etc.

À ces adhérents individuels (membres actifs) s'ajoutent des collectivités associées.

Cette diversité des membres de l'association est une richesse à plusieurs égards : elle favorise la circulation de l'information, les regards croisés, l'échange des points de vue sur les expériences et les situations locales, et consolide la complémentarité dans les savoirs et savoir-faire existants. Elle permet aussi de créer un réseau national et une dynamique pour la réflexion et dans la connaissance des différentes modalités et pratiques en matière d'accueil, de suivi et d'accès égalitaire à la réussite scolaire pour les enfants tsiganes et voyageurs.

L'association a pour principaux objectifs de favoriser la réflexion, l'échange de savoirs, de pratiques et d'outils, la connaissance des faits et des dispositifs de scolarisation et de développer la mise en réseau des personnes impliquées dans la scolarisation sur l'ensemble du territoire, en vue d'une meilleure adéquation entre la réalité tsigane et l'institution scolaire.

ACTIVITES DE L'ASSOCIATION

Les activités du Clive reposent sur l'implication et la mobilisation des adhérents.

Elles s'articulent autour de différents axes :

La communication

Cette communication passe par la diffusion régulière d'informations par courrier électronique entre les adhérents (liste de diffusion interne).

La diffusion de la revue électronique (revue réalisée en collaboration avec les adhérents du Clive qui souhaitaient diffuser des informations sur les manifestations culturelles et scientifiques ayant lieu un peu partout en France, des exemples de pratiques et d'outils pédagogiques, ou encore réagir sur l'actualité politique) a cessé avec la mise en chantier du site internet de l'association.

La formation

Formations ponctuelles : l'association est ouverte à toute demande de formation, et peut établir des partenariats sur sollicitation extérieure. Ainsi en 2008, le Clive a-t-il été partenaire de l'élaboration et de la mise en place d'un projet de formation, commandité par la ville de Brest et auquel ont participé différents acteurs, travailleurs sociaux et enseignants du réseau brestois.

Formation télématique : par ailleurs, le Clive s'est impliqué dans le cadre d'un projet européen "Dromèsqere Euroskòla ("École européenne du chemin"). Ce projet, qui s'est clôturé en 2007, avait comme objectif la formation télématique des enseignants et des personnels éducatifs impliqués auprès des populations rom/tsigane. Ce projet, soutenu par la Commission européenne (programme Socrates Comenius), a été réalisé en partenariat entre le Clive, l'École d'adaptation des Gens du voyage d'Orléans (France), le Consejería de Educación y Cultura, Región de Murcia (Espagne), l'association nationale Presencia Gitana (Espagne) et l'Institut interculturel de Timisoara (Roumanie). La participation du Clive au projet de 2005 à 2007, a permis, outre la réalisation et l'alimentation d'un site internet (site internet dédié au projet1), la réalisation et la diffusion d'un cours télématique organisé autour de cinq modules (histoire, culture, discriminations, pratiques pédagogiques et médiation interculturelle). Des sessions de formation télématique ont été organisées en 2007 dans le cadre du projet européen. La version française de ce cours ayant été coordonnée et rédigée pas des adhérents du CLIVE, l'association a donc décidé de continuer, au-delà du projet européen, à faire vivre ce cours télématique, en proposant un tutorat à toute personne intéressée par cette formation.

Organisation d'événements : l'association a en projet d'organiser une manifestation nationale dont le thème et les modalités (colloque ? universités d'été ? autre ?) ne sont pas encore arrêtés. L'un des objectifs sera d'y associer le plus étroitement possible les intéressés eux-mêmes, c'est-à-dire les personnes issues des communautés tsiganes et du Voyage.

Les échanges et la mutualisation

Des groupes de travail sont constitués et doivent permettre d'approfondir certaines problématiques particulières. Le groupe de travail "collège" a commencé à établir un état des lieux de la scolarisation dans le second degré au niveau national. Cet état des lieux ne peut se faire sans la participation de tous les adhérents. Il est difficile d'avoir des renseignements dans les départements où il n'y a pas d'adhérents du Clive. Le projet de groupe de travail "Roms" a été annulé, dans la mesure où plusieurs adhérents du Clive participent également à la commission "scolarisation" du groupe Romeurope. Il convient plutôt de définir les modalités de travail qui permettront un travail partenarial avec d'autres organisations.

Des groupes régionaux ont été également constitués au sein du Clive dans la perspective de créer et de diffuser des outils utilisables par tous, concernant des thèmes majeurs comme les stratégies à adopter face aux situations de discrimination, le travail en collaboration avec les familles, etc.

La création du site internet

La création du site internet reste incontestablement la priorité des actions du Clive pour l'année à venir. Ce quatrième point regroupe en effet les trois points qui précèdent, dans la mesure où il permettra la communication (espace ouvert à tous et aussi espace réservé aux adhérents) la formation et l'information, les échanges et la mutualisation (site collaboratif). Il favorisera à terme la mise en réseau des acteurs impliqués, qui trop souvent isolés ne peuvent, faute de moyens, mutualiser leurs connaissances et savoir-faire. L'outil internet favorisera l'accès national à l'information, aux contacts, et l'échange d'expériences et d'initiatives de terrain, le débat sur l'actualité, etc. Il permettra également de promouvoir l'association en lui offrant une "vitrine" sur l'extérieur.

Il apparaît clairement que les activités du Clive visent à combler le manque de coordination nationale sur le plan du suivi des élèves, celui de la formation des personnels tout aussi bien que celui de l'information sur les pratiques. Le Clive veut inciter au débat et à la réflexion, et répond à la volonté de mutualiser et de capitaliser les compétences et savoir-faire sur l'ensemble du territoire pour créer un pôle ressources national diversifié en faveur de situations locales qui le sont tout autant.

Pour adhérer au Clive : doune.chastel@wanadoo.fr

Adresse provisoire du site de l'association : http://www.clive.asso.fr


(1) www.dromesqere.net

Diversité, n°159, page 189 (09/2009)

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