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Diversité

III. Ville et société

Les Roms migrants en France - une réalité qui dérange

Martin Olivera, Ethnologue, docteur de l'université Paris X

Cet article propose de revenir sur les réalités des migrations à travers l'exemple des Roms roumains, notamment en région parisienne. On pourra alors mesurer qu'une bonne part de leurs difficultés quotidiennes dans l'accès au droit commun repose sur la manière dont ils sont regardés, comme une catégorie de population particulière posant des problèmes spécifiques. L'auteur forme et accompagne les professionnels du secteur médicosocial en Seine-Saint-Denis (association Rues et Cités, Montreuil).

Ceux que l'on appelle communément les "Roms migrants" seraient une dizaine de milliers en France, dont près de trois mille dans le département de Seine-Saint-Denis. L'expression renvoie à divers groupes tsiganes originaires d'Europe centrale et balkanique, émigrés suite à la chute des régimes communistes.

Certaines familles étant installées en France depuis près de vingt ans, le qualificatif "migrant" peut apparaître inapproprié... Il permet surtout de distinguer ces Roms, essentiellement originaires de Roumanie, de Bulgarie et d'ex-Yougoslavie, des Tsiganes autochtones établis de longue date : les Manouches, Gitans, Gens du voyage et autres Roms français1.

LES ROMS DE ROUMANIE EN FRANCE : QUELQUES DONNEES

Dans la période qui suit la chute du régime communiste, la mobilité internationale des ressortissants roumains demeure légalement limitée, jusqu'à la suppression au 1er janvier 2002 des visas touristiques pour ceux souhaitant séjourner dans l'espace Schengen. Jusqu'alors, nombre d'émigrants vers la France (Roms ou non) jouaient la carte aléatoire de l'immigration clandestine ou de la demande d'asile politique :

"Inspirées par l'ambiguïté d'une révolution tronquée et reproduisant la recette héritée des Roumains qui ont fui le pays avant 1989, 325 900 personnes ont demandé l'asile politique en Europe occidentale [entre 1990 et 1993]. Ces vagues de réfugiés venus de l'Est ont alarmé les gouvernements occidentaux et, par leur visibilité statistique, ont donné des arguments, durant des années, à une politique très restrictive à l'égard de la libre circulation des Roumains2."

À partir de 1994, les demandes d'asile émanant de citoyens roumains sont traitées dans de courts délais (deux semaines) et, dans leur quasi-totalité (plus de 99 % des cas), se voient rejetées. En 1998, l'État français prive définitivement les Roumains de l'accès à l'asile politique, selon la logique qui présidera quelques années plus tard à l'élaboration du concept de "pays d'origine sûr" (décembre 2003). Du "demandeur d'asile" au "sans-papier", le regard sur ces migrants change alors et c'est à partir de la fin des années 1990, dans un contexte électoral particulier, que s'installe dans les médias l'image négative des Roumains (Roms et non-Roms confondus), clandestins indésirables vivant au mieux de mendicité, sinon de vols, de prostitution et de pillages d'horodateurs3.

Au 1er janvier 2002, parallèlement aux pourparlers d'adhésion à l'Union européenne, la réglementation finit donc par changer : les citoyens roumains bénéficient d'une ouverture des frontières de l'espace Schengen et peuvent désormais y séjourner "librement" pour une durée de trois mois, en "touristes", c'est-à-dire sans droit de travailler4. On constate alors une augmentation relative du nombre des départs vers l'ouest, essentiellement vers l'Espagne et l'Italie mais aussi, dans une moindre mesure, vers la France. Ressortissants de l'Union européenne depuis le 1er janvier 2007, les citoyens roumains, comme les Bulgares, jouissent désormais d'une liberté de circulation sans contrainte spécifique dans l'espace communautaire. En revanche certains pays, dont la France, maintiennent à leur égard une législation particulière limitant l'accès au marché du travail et, de fait, aux droits sociaux5.

Plus encore que leurs concitoyens, les Roms roumains et bulgares sont d'autre part confrontés à des difficultés dans l'exercice même des droits, limités, auxquels ils peuvent prétendre : domiciliation (alors qu'ils sont parfois présents sur la même commune depuis des années), inscription scolaire, ouverture des droits à l'Aide médicale d'État, accès aux services sociaux, etc., autant de démarches dont la réalisation demande souvent plus de temps et d'insistance auprès des services concernés qu'à l'accoutumée... S'ils ne sont pas systématiques, les freins à l'insertion locale des familles demeurent récurrents, sans d'ailleurs être nécessairement le fruit de directives explicites (quoiqu'on puisse en trouver ici ou là).

Les réglementations restrictives, tout comme les attitudes directement ou indirectement discriminatoires aux guichets des diverses institutions, sont avant tout motivées par un système de représentations développé au cours des vingt dernières années, qui érige "les Roms" en problème public quasiment insoluble : ces attitudes de rejet ou d'ignorance constituent dès lors des protections face à des "difficultés", aussi vagues qu'évidentes, que les uns (services de l'État) et les autres (collectivités territoriales) s'estiment bien souvent incapables de résoudre. De manière révélatrice, le recours à l'argument européen ("C'est du ressort de l'Union européenne...") est omniprésent, alors qu'il s'agit le plus de souvent de quelques dizaines de familles, présentes sur un même territoire depuis plusieurs années, parfois plus de dix ans...

Suite à une période de concentration traditionnelle en région parisienne et dans le Lyonnais, on assiste depuis 2005-2006 à un émiettement provincial des groupes de Roms migrants :

"Les principaux foyers d'installation sont l'Île-de-France (environ 3 000 personnes, dont une grande partie installée en Seine-Saint-Denis), les Bouches-du-Rhône (entre 1 500 et 2 000 personnes, dont 80 % installées à Marseille), l'agglomération lyonnaise, la métropole lilloise (environ 1 000 personnes dans le Nord, dont pas loin de 800 dans la métropole lilloise), l'agglomération nantaise (environ 600 personnes), l'agglomération bordelaise (environ 500 personnes), l'agglomération toulousaine, Béziers (250 personnes environ), Saint-Étienne (250 personnes environ), Strasbourg (150 à 200 personnes), Boulogne-sur-mer (130 personnes environ), Montpellier, Tours (environ 80 personnes).6"

Dans l'ensemble, cet éparpillement ne coïncide pas avec de nouvelles arrivées. Ce sont les mêmes groupes familiaux, présents depuis 2002-2003 voire avant qui, subissant la pression policière, les expulsions rapprochées et un accès difficile aux institutions de droit commun (en particulier en Île-de-France), investissent d'autres lieux où ils espèrent être moins stigmatisés. Voilà comment des familles installées en Essonne depuis 6 ou 7 ans se déplacent en région marseillaise, d'autres ayant longtemps habité Paris partent pour la Haute-Savoie, d'autres encore s'établissent en Loire-Atlantique après plusieurs années passées dans les Yvelines ou le Val-d'Oise, etc.

Ces déplacements ne sont pas l'expression d'une instabilité incontrôlable. Dans la mesure du possible, les intéressés oeuvrent tout au contraire à développer et maintenir leur insertion locale : ils connaissent telle ville et ses environs, maîtrisent les transports en commun locaux, certains ont établi un réseau de connaissances parmi les gadjé (associations, employeurs au noir ou particuliers), des démarches administratives ont été entamées (domiciliation, scolarisation), etc. Voilà comment les mêmes familles "tournent" sur deux ou trois communes depuis près de dix ans, dans un périmètre de 8-10 kilomètres : on a fait plus grands nomades !

Les faisant apparaître plus nombreux qu'ils ne le sont, la mobilité de ces Roms, par exemple en Seine-Saint-Denis, n'est qu'une adaptation à un environnement peu favorable, non un idéal de vie... Les vieilles caravanes visibles sur les terrains n'ont pas vocation à "voyager" : leurs occupants ont découvert cette forme d'habitat en France et l'utilisent comme abri fixe à moindre coût, aux côtés de cabanes faites de matériaux de fortune. Faut-il rappeler qu'ils vivent en Roumanie dans des maisons, bien souvent à la campagne, et n'ont pas grand-chose de commun avec l'image française des "Gens du voyage" ? Trop souvent, la confusion opère pourtant à plein et les autorités (comme le voisinage) ne font qu'identifier une population problématique supplémentaire, dont il faut se débarrasser au plus vite.

LA LOGIQUE D'UN "PROBLEME PUBLIC"

Depuis quelques années, les Roms migrants constituent en effet une préoccupation institutionnelle et médiatique inversement proportionnelle à leur importance numérique. Ils cristallisent toutes les angoisses liées à l'immigration, étant perçus comme une population à la fois pauvre, peu instruite, non qualifiée, dans un état sanitaire préoccupant et - cerise sur le gâteau - déjà marginalisée dans les pays d'origine. Pour finir d'asseoir l'image d'un public largement problématique, cette migration est définie comme communautaire : l'organisation collective semble hermétique et ne pas laisser prise aux institutions extérieures.

Ces familles cumulent ainsi les stéréotypes relatifs aux migrants du Tiers Monde (grande pauvreté, éloignement de la "modernité") et ceux associés aux Tsiganes en général (instabilité et automarginalisation). Ils représentent, aux yeux du grand public comme des institutions, des immigrés très difficilement "intégrables". Les images de squats et de bidonvilles occupés par des familles avec enfants apparaissent d'autant plus insupportables que leurs habitants ne proviennent pas d'un ailleurs exotique : ils n'ont parcouru que 2 000 kilomètres pour arriver ici. Cette intimité géographique nourrit enfin une tenace peur de l'invasion : bien qu'aujourd'hui peu nombreux à l'Ouest, les Roms potentiellement migrants (ou, plutôt, perçus comme tels) seraient des millions à l'est de l'Autriche7.

Les Roms sont ainsi perçus comme une population, c'est-à-dire un ensemble de familles et d'individus possédant des caractéristiques communes et, dès lors, posant les mêmes problèmes aux institutions. Ces dernières ne sont toutefois pas, à elles seules, responsables de cette stigmatisation : l'établissement au cours des vingt dernières années des Roms, et plus encore des Roms migrants, en catégorie homogène et problématique possède de profondes racines, auxquelles se sont nourris différents acteurs, à l'échelle locale, nationale et européenne8, pour des raisons et dans des perspectives pouvant être diamétralement opposées.

On trouve ainsi en France, aux deux extrêmes de l'échiquier, d'une part un ministère de l'Intérieur jouant la carte de la population rom "criminogène et mafieuse" dans un contexte de "lutte contre l'insécurité" et de "politique intérieure française plus stricte en matière d'immigration et de lutte contre la délinquance"9 et, d'autre part, face à ce discours sécuritaire, un réseau militant présentant ces familles comme victimes perpétuelles des dysfonctionnements socio-économiques européens. Pour les uns comme pour les autres, "les Roms" constituent un rouage dans leur discours sur la société contemporaine et ses problèmes. À ce titre, ils sont bel et bien devenus un "problème public", entendu comme "transformation d'un fait social quelconque en enjeu du débat public" (E. Neveu).

Et tout en s'affrontant sur les méthodes et réponses devant être apportées à la "question rom", les divers interlocuteurs s'accordent sur ce qui tient lieu d'évidence : les Roms d'Europe, et d'abord ceux de l'ancien bloc socialiste, forment une minorité problématique dont il faut s'occuper. L'Union européenne n'a-t-elle pas initiée une "décade de l'inclusion des Roms"10 ? S'il sort du cadre de cet article de discuter la pertinence globale de telles approches, on peut en mesurer les expressions et conséquences sur la manière dont sont perçus les Roms migrants.

Régions historiques et départements (judete) de Roumanie

En premier lieu, l'analyse de leur mobilité internationale est généralement déconnectée de celle des autres mouvements migratoires européens. Cela s'avère bien entendu omniprésent dans le sens commun, où le cliché du Tsigane nomade prédomine : on ne dit pas d'un plombier polonais qu'il se "sédentarise" en région parisienne s'il vient y travailler une partie de l'année, tandis que cette rhétorique est récurrente lorsqu'il s'agit des Roms.

Mais cette lecture singulière des migrations tsiganes est également validée par certains écrits universitaires. Ainsi, tout en rappelant que "dès le milieu des années 1990, ont commencé des mobilités du travail à la faveur desquelles de larges segments des populations d'Europe de l'Est (y compris roms) sont partis en Europe occidentale", E. Marushiakova et V. Popov, inscrivent-ils la mobilité rom, et d'abord celle des Roms roumains, dans une vaste séquence historique, allant du XVe siècle à aujourd'hui, où prédomine l'image d'une population structurellement nomade :

"Depuis leur arrivée d'Inde en Europe, l'histoire des Roms a été scandée par plusieurs grandes vagues migratoires. [...] Les migrations observées depuis la chute du communisme à l'est de l'Europe viennent dès lors s'insérer dans une historicité plus longue qu'il convient de restituer si l'on souhaite en comprendre les dynamiques singulières11."

De telles analyses ne peuvent que valider l'idée, déjà solidement ancrée dans les représentations populaires et institutionnelles, d'une soif de mouvement spécifique et irrépressible. L'image du rideau de fer qui, se levant, libère des groupes roms marginaux et sans attache, jusqu'alors contraints par les régimes communistes à la "sédentarisation" et à l'"assimilation", a la peau dure : "fuite", "exil"... tels sont les termes fréquemment mobilisés pour caractériser ces migrations12. Certaines ONG roms ont elles-mêmes entretenu cette image, en militant pour la création d'un statut spécifique pour ceux qu'ils définissent comme une "minorité transnationale", leur permettant de circuler librement en vertu d'une "culture nomade" immémoriale, érigée en trait culturel distinctif13.

Les mobilités roms d'aujourd'hui, comme celles d'hier, s'avèrent être pourtant indissociables de mouvements de populations plus généraux qui concernent l'ensemble des sociétés d'Europe orientale et balkanique. Elles apparaissent dès lors aussi diverses (et intelligibles) que celles menées par les différents gadjé originaires de ces pays.

LES MIGRATIONS ECONOMIQUES COMMUNAUTAIRES : UN SCHEMA MIGRATOIRE REPANDU

Afin de saisir l'intégration fondamentale des migrations roms à un contexte régional et national dont elles sont parties prenantes, la situation roumaine paraît exemplaire.

Selon diverses estimations, la proportion d'émigrés parmi les Roms depuis les années 1990 est tout à fait comparable au taux d'émigration national de 10 %.

Sur un million de Roms roumains, 100 000 seraient aujourd'hui émigrés en Europe occidentale (30 000 en Espagne, 30 000 en Italie, 15 000 en Belgique, 8 000 en France, etc.).

On estime à plus de 2 millions le total des migrants roumains présents dans ces mêmes pays (près de 800 000 en Espagne, plus de 600 000 en Italie, près de 200 000 en Allemagne, 40 000 en France, etc.)14.

Pour mieux comprendre les formes et raisons des mobilités roms roumaines, un parallèle peut être opéré entre ces migrations et celles des Roumains originaires du Pays d'Oas (département de Satu Mare).

En Roumanie, la population d'Oas est fréquemment perçue comme l'archétype de la société paysanne traditionnelle, préservant ses traditions. Une identité spécifique et élective s'exprime dans la dizaine de villages composant ce "pays", les mariages s'opérant généralement au sein de la communauté locale.

Rurale et relativement enclavée, cette petite région du nord-ouest roumain possède depuis les années 1990 une importante tradition d'émigration, en particulier vers la région parisienne.

Au terme d'une enquête approfondie, Dana Diminescu analyse ainsi les raisons du départ :

"Dans le faisceau de raisons qui incitent au départ des "Oseni", le devoir de construire apparaît comme l'élément déterminant et structurant tous les autres. Il n'est jamais donné comme tel dans les entretiens, car les informateurs s'emploient à donner toutes les raisons "journalistiques", plausibles, recevables pour un observateur étranger à leur communauté. Toutes les autres raisons avancées jouent, certes, et notamment le déclin drastique de l'agriculture, mais les villageois ont, par eux-mêmes, créé un impératif catégorique valable pour leur seule communauté, qui légitime les départs et la traque de l'argent.

[...] On le voit, et c'est un premier constat, il ne s'agit nullement de déplacements de la pauvreté ou de survie [...] S'il y a eu pénurie alimentaire en Roumanie, les déplacements ne sont pas guidés par la faim, mais par l'absence endémique d'argent pour continuer d'avoir accès aux biens qui font l'honneur des familles. [...] S'assurer l'argent, nerf de l'honneur entre les familles, suppose d'aller le chercher là où il est, et notamment, le temps venu, dans les pays à monnaie forte."15

Se sont ainsi formés dans la seconde moitié des années 1990 (les pionniers initièrent le mouvement en 1992) des squats et bidonvilles d'Oseni, notamment en Seine-Saint-Denis. Reconstituant des rues ou quartiers de village dans les interstices du milieu urbain (usines désaffectées, pavillons abandonnés, espaces verts marginaux), les cabanes de fortune abritaient des familles apparentées ou voisines au pays. La vente de journaux pour sans-abri, le travail au noir dans le bâtiment, le ménage chez des particuliers et, parfois, d'autres activités moins licites, constituaient les sources de revenus permettant de lancer la construction au pays de sa grande "maison à étages et double vitrages" .

D'abord centrée sur la commune de Certeze, faisant figure de pionnière dans la réussite à l'Ouest, l'émigration s'est répandue, de proche en proche, dans tous le "pays". Au fil des ans et de la démocratisation de cette mobilité, arrivèrent en banlieue parisienne des familles originaires des villages d'Oas les plus reculés. Seuls restèrent au pays les foyers les plus défavorisés, les enfants en bas âge et les personnes âgées, tandis que les "grandes villas construites avec les devises de l'émigration demeuraient donc vides la majeure partie du temps...

Bien entendu, tous les habitants d'Oas émigrés n'ont pas réussi à construire une "maisons à étages" et l'expérience parisienne n'a pas toujours été une sinécure pour ces migrants, loin de là : promiscuité et conditions de vie difficiles dans les squats, travail précaire et physiquement éprouvant, fragilisation de la cellule familiale, etc. L'idée d'une possible réussite est toutefois suffisante pour motiver le départ et se décider à quitter un quotidien dont on n'imagine pas qu'il puisse s'améliorer de lui-même : si elle se nourrit bien entendu de conditions de vie précaires, c'est l'absence de perspective d'évolution locale, plus que la faim ou une misère "objective", qui fonde la migration dite économique, en Roumanie comme ailleurs.

Ces dernières années, au bénéfice d'une "intégration par le bas, faisant l'Europe par ses marges", comme l'écrit D. Diminescu, les squats d'Oseni se sont largement résorbés, sans aucune intervention de la puissance publique : les intéressés ont développé leur connaissance de l'environnement, créé des réseaux de relations dans la société française, se sont assuré des sources de revenus moins aléatoires, ont trouvé les moyens d'accéder à la sous-location puis à la location etc. Certains sont même rentrés définitivement au pays, ayant suffisamment réussis "en Occident" (în occident en roumain) pour mener chez eux la vie qu'ils souhaitaient.

Si elle apparaît exemplaire, la situation en Oas n'est pas unique en Roumanie : dans d'autres régions, d'autres communautés rurales pratiquent une mobilité similaire16. Et à bien des égards, la migration des groupes roms correspond au même schéma, dans ses raisons comme dans sa forme.

En premier lieu, la structure sociale du réseau de migrants apparaît identique : ce ne sont pas "les Roms de Roumanie" qui émigrent, mais diverses communautés locales, distinctes les unes des autres. Ces communautés sont fondées sur les relations de parenté et un territoire d'origine limité, tout comme pour les Oseni. En effet, les mentalités et sociabilités roumaines demeurent, aujourd'hui encore, profondément marquées par la ruralité et l'attachement à des terroirs, fruits de l'histoire régionale. Les communautés roms, dans leur diversité, participent et témoignent de cette réalité17. Il n'est dès lors pas étonnant que leurs migrations post-1989 possèdent de nombreux points communs avec celles menées par des communautés paysannes non-roms.

On retrouve ainsi dans les squats et bidonvilles roms des familles apparentées, provenant toutes des mêmes communes, essentiellement rurales. Lorsque, par défaut, des Roms roumains originaires de régions différentes doivent cohabiter sur un même site, les séparations physiques sont évidentes : talus, orientation des cabanes ou des caravanes, no man's land, tout est fait (souvent inconsciemment) pour rappeler que les uns et les autres ne s'estiment pas semblables. Les Roms migrants de Roumanie ne constituent ainsi pas une communauté, mais divers groupes socialement et culturellement différents, selon leur lieu d'origine.

Jusqu'en 2002-2003, la majorité des Roms roumains présents sur le territoire français, notamment en région parisienne, sont originaires des départements frontaliers de l'ouest du pays, en particulier du Banat (Timisoara) et de Crisana (Arad et Bihor). On assiste en 2002 à de nouvelles arrivées de familles provenant des mêmes villes et villages, surtout chez les Roms de Crisana, lesquels constituent probablement, aujourd'hui, le plus important groupe de Roms roumains dans l'Hexagone.

La fin des visas entraîne par ailleurs la venue de nouveaux groupes familiaux, issus de régions de Roumanie plus intérieures, en particulier de Transylvanie (Alba), d'Olténie (Dolj) et de Munténie (Bucarest, Teleorman)18.

Les départs à l'étranger, chez les Roms comme chez les Oseni, s'opère donc de proches en proches, dans le cadre d'une sociabilité localement et numériquement restreinte (une ville ou un réseau de villages). Elle n'a rien d'un mouvement de fuite massive et désordonnée. Ceci permet de comprendre pourquoi, dans le cas des Roms roumains, leur nombre apparaît globalement stable en France depuis l'"ajustement" de 2002-2003 : entre 8 000 et 10 000 individus.

L'invasion tant redoutée n'a manifestement pas eu lieu, pas même après le 1er janvier 2007 et l'entrée de la Roumanie dans l'Union européenne. En effet, le "réservoir" de migrants potentiels n'est pas de l'ordre du million mais se limite à des communautés locales de tailles modestes, n'entretenant pas de liens les unes avec les autres. Le fameux "appel d'air" ne concerne dès lors pas la minorité rom roumaine dans son ensemble mais prend place dans des groupes sociaux de quelques milliers d'individus tout au plus, lesquels, soit dit en passant, n'éprouvent pas tous le besoin d'émigrer...

Ces mobilités, qu'elles soient plus anciennes ou initiées depuis 2002, correspondent à ce que Dana Diminescu appelle, en référence aux migrations internes sous le régime communiste, des mouvements "ville-village" :

"Les paysans amenés en ville durant la période communiste pour accomplir le processus de sur-industrialisation (d'inspiration stalinienne) ne sont jamais devenus une "classe ouvrière" mais une fraction sociale des paysans ouvriers. [...] À quelques exceptions près, la logique qui engendre [aujourd'hui] les circulations migratoires [internationales] s'inscrit plutôt dans la reproduction d'une culture de mobilité et dans la continuité d'un mouvement pendulaire entre ville et village."19

Le développement industriel des années 1960-1980 avait en effet entraîné une mobilité importante, nombre de Roumains (Roms inclus) effectuant des mouvements pendulaires entre leur village d'origine et leur lieu de travail dans les grandes ou petites villes de province, l'un et l'autre pouvant être parfois éloignés de plusieurs centaines de kilomètres. Ainsi des paysans de Moldavie partis travailler dans la vallée minière du Jiu, ou des populations hongroises de Transylvanie recrutées pour s'installer dans des régions majoritairement roumaines20. Vécue comme transitoire, cette mobilité se combine à un fort attachement au lieu d'origine. Dans une perspective plus large, elle peut être rapprochée du gurbet, ancienne forme masculine de migration pendulaire du travail (en particulier dans la maçonnerie), profondément ancrée dans les réalités villageoises balkaniques depuis le XIXe siècle21.

Et là encore, les migrations roms roumaines apparaissent très comparables à la mobilité des Oseni : il ne s'agit pas d'un départ sans retour, bien au contraire. L'ambition de la grande majorité des Roms migrants est d'investir au pays les fruits de l'émigration, en particulier dans la construction d'une maison (celle-ci n'étant pas nécessairement un "palais" stéréotypé, là aussi la diversité rom s'exprime : les différentes communautés affectionnent divers styles architecturaux). Au fil des ans, les stratégies peuvent évoluer et les retours occasionnels au pays se faire de plus en plus rares, il n'empêche qu'au moment du départ, comme le soupire Nicolae Guta, célèbre chanteur tsigane de Roumanie : "Je n'ai pas encore passé la frontière que mon coeur pleure déjà" (Nici n'am trecut granita, c?a plînge inima mea).

"Pour faire quelque chose" (S?a fac ceva en roumain, Te k?arav var?aso en romani). Telle est l'invariable réponse donnée par les migrants roumains, Roms ou non, à celui qui s'enquiert des raisons de leur venue22. Absence de perspectives d'évolution économique positive ou problèmes de santé insolubles au pays en raison de la dégradation des services publics, dans tous les cas il faut partir pour faire bouger les choses et tenter de s'assurer, à soi-même et à ses proches, un avenir meilleur. "Bien qu'elle ait été menée sous la bannière des droits de l'homme, [l'émigration des Roms de Roumanie] est motivée par la quête de ressources économiques. Peu de Tsiganes victimes de pogroms ont quitté la Roumanie" constate ainsi Alain Reyniers23.

La migration des Roms roumains, comme celle de tous les migrants économiques du monde, représente ainsi un choix des intéressés, certes contraints par nombre de facteurs sur lesquels ils n'ont aucun contrôle (conjoncture économique, politiques d'immigration, etc.), mais elle n'en demeure pas moins un acte volontaire, prenant sens dans le cadre de stratégies individuelles et familiales, elles-mêmes intégrées à un contexte local et régional. En d'autres termes, les migrations roms roumaines ne sont pas plus "naturelles" ou "subies" que celles de leurs concitoyens24.

Marché du travail morose et verrouillé, politiques d'immigration restrictives, prix de l'immobilier et du foncier inaccessibles, manque de moyens (humains et matériels) des services sociaux, dispositifs d'hébergement d'urgence saturés et/ou inadaptés, secteur de la santé en crise... Les problèmes fondamentaux auxquels se trouvent confrontés les Roms migrants sur le territoire français ne leur sont pas spécifiques. Ils sont en revanche handicapés dans leurs tentatives d'auto-insertion par un phénomène qui les touchent en propre : l'omniprésence de la "question rom" et des représentations associées dans la société d'"accueil". À certains égards, et cela pourra surprendre tant ils sont généralement perçus comme marginalisés dans leur pays, les Roms de Roumanie paraissent plus stigmatisés encore dans les États d'immigration que dans celui d'origine... Ces dernières années, des projets d'insertion et de relogement destinés à des Roms migrants se sont mis en place, notamment en Seine-Saint-Denis25. Si les intentions peuvent être louables, de tels dispositifs réclament toutefois une vigilance particulière : ils peuvent en effet valider, une fois de plus, l'image d'une population univoque, posant des problèmes particuliers auxquels doivent être apportées des réponses spécifiques... Sans compter que, ne pouvant pas concerner l'ensemble de ce "public" (pour des raisons budgétaires et politiques entremêlées), ils servent parfois à distinguer les "bons" des "mauvais" Roms : ceux ayant "vocation à rester en France" (selon le vocabulaire gouvernemental) et ceux devant, volontairement ou non, retourner dans leur pays.

Entre "victimes parfaites" devant être secourues et "mafieux par nature" à éloigner, la perception globale de ces familles n'aura alors finalement pas évolué d'un pouce. La diversité socioculturelle des groupes, parmi les Roms roumains eux-mêmes, et la variété des parcours individuels ou familiaux demeureront méconnues, ceci compromettant de manière durable tout accès au droit commun.

Références bibliographiqques

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  • D. DIMINESCU, éd., Visibles mais peu nombreux, les circulations migratoires roumaines, éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 2003
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  • M. KAROLY, "Troisième migration", dans la série Projet éducation des enfants roms en Europe, Histoire et Culture, Conseil de l'Europe
  • J.-P. LIEGEOIS, Roms en Europe, Éditions du Conseil de l'Europe, 2007
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  • M. OLIVERA, "Introduction aux formes et raisons de la diversité rom roumaine", in Roms de Roumanie, la diversité méconnue : études et perspectives, Études tsiganes, vol. 37, à paraître
  • Rapport janvier 2007- juillet 2008, CNDH Romeurope, Paris, 2008
  • V. REY, dir., Atlas de la Roumanie, CNRS-Libergéo-La Documentation français, Paris, 2000
  • A. REYNIERS, "La troisième migration", in Tsiganes d'Europe, Études Tsiganes, vol. 1, Paris, 1993
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(1) En effet, des groupes familiaux roms (originaires en particulier des anciennes principautés roumaines) sont installés sur le territoire français depuis le début du XXe siècle. D'autre part, des Roms originaires de Yougoslavie sont installés en Europe occidentale, et notamment en France, depuis la fin des années 1960. Ils n'entrent généralement ni dans la catégorie des "Roms français" (bien que certains le soient), ni dans celle des "Roms migrants", d'où la prudence avec laquelle doivent être maniées les typologies. De ce point de vue, la locution "Roms migrants" ne renvoie pas tant à une réalité sociohistorique qu'à une problématique publique et aux représentations associées.

(2) D. Diminescu, "Introduction" in Visibles mais peu nombreux, les circulations migratoires roumaines, éditions de la Maison des Sciences de l'Homme, Paris, 2003, p. 3.

(3) À partir de 2002, la figure des "réseaux mafieux" roms roumains fera régulièrement la une de l'actualité. Cf. l'émission C dans l'air diffusée sur France 5 le 11 février 2005, intitulée "Roms : la route de la délinquance", ayant valu à France Télévisions une condamnation pour "incitation à la haine" en mai 2009. C'est également à cette époque, dans un tout autre registre, qu'est lancé le dispositif, dit Versini, pour la prise en charge des Mineurs isolés étrangers, à l'intention notamment des "petits Roumains" (2002).

(4) En dehors du passeport, les garanties permettant de sortir du pays étaient alors les suivantes : certifier d'une assurance médicale (achetée juste avant le poste frontière), posséder un billet de retour (ou une "carte verte" pour son véhicule personnel) mais aussi attester de "ressources suffisantes" pour subvenir à ses besoins : un minimum de 500 euros, correspondant à 100 euros pour 5 jours, était exigé. Tous les passagers des multiples autocars desservant quotidiennement les grandes villes d'Europe occidentale portaient ainsi avec eux des sommes d'argent liquide conséquentes, dont ils se trouvaient régulièrement allégés (au moins en partie) par les douaniers roumains, ces derniers demeurant en pratique seuls maîtres pour décider si telle ou telle personne remplissait les conditions pour passer la frontière. Les passagers identifiés comme tsiganes, sans doute perçus comme moins sujets à la rébellion, se voyaient généralement davantage taxés que leurs collègues de voyage...

(5) Pour davantage de détails sur ce point, cf. l'article de S. Delépine et Y. Lucas, "Les Roms migrants en France ou comment faire d'une population en danger "une population dangereuse" ", in Roms, Études Tsiganes, vol. 31-32, Paris, 2008.

(6) Rapport 2007-2008, CNDH Romeurope, Paris, 2008, p. 24. Ces estimations sont basées sur les observations directes des divers acteurs associatifs de terrain, en particulier les missions locales de Médecins du Monde.

(7) Les chiffres officiels parlent de plus de cinq millions de Roms en Europe centrale et orientale, cf. J.-P. Liégeois, Roms en Europe, Éditions du Conseil de l'Europe, 2007, pp. 27-32. On oublie toutefois trop souvent que les groupes sociaux ainsi recensés ne forment pas une population homogène : la diversité historique, sociale et culturelle est la caractéristique principale (pour ne pas dire la seule) de cette "population".

(8) Institutions publiques nationales ou internationales (U.E., Conseil de l'Europe, FMI, Banque Mondiale, OSCE, etc.) grandes ONG et fondations nationales ou internationales (Open Society Institute), associations locales ou régionales, etc.

(9) Cf. Delépine et Lucas, op. cit., p. 75. Rappelons que les "retours volontaires" de citoyens roumains et bulgares (roms pour l'essentiel) vers leur pays d'origine représentent près d'un tiers des quotas de rapatriements devant être réalisés par les services de l'État.

(10) Decade of Roma Inclusion, 2005-2015, http://www.romadecade.org

(11) "Les migrations des Roms balkaniques en Europe occidentale : mobilités passées et présentes", in Balkanologie, Vol. XI, n° 1-2, 2008. "La plupart des Roms de Roumanie se distinguent par leur passé ou même par leur présent nomade" avancent notamment les auteurs, ce qui est largement discutable. Cette "exoticisation" des Roms roumains sert ici en réalité à distinguer ces derniers des Roms de Bulgarie, relevant d'après eux d'un autre modèle, mieux "intégré" à la société majoritaire. Que les situations soient bien différentes dans les deux pays est un fait avéré, il n'est toutefois pas nécessaire de faire de l'ensemble des Roms roumains d'anciens nomades pour l'attester.

(12) Cf. par exemple un document du Conseil de l'Europe : M. Karoly, "Troisième migration", dans la série Projet éducation des enfants roms en Europe, le terme "fuite" revient de manière systématique lorsqu'il est question des Roms de Roumanie.

(13) La libre-circulation est évidemment souhaitable pour l'ensemble des citoyens européens, mais pourquoi en faire une nécessité spécifique des groupes tsiganes ? Sur ce point, une analyse des conséquences de la création d'un statut juridique particulier, tel qu'il existe déjà en France avec les Gens du Voyage, inviterait peut-être à davantage de prudence... En voulant reconnaître une "spécificité ethnique", de telles dispositions rendent plus illégitimes encore la présence tsigane et compromettent paradoxalement leur insertion locale. Cf. discussions sur la loi Besson et les aires de stationnement.

(14) Ces estimations sont valables pour les migrations post-1989 et ne prennent pas en compte les mouvements antérieurs (par exemple les départs de Saxons et Hongrois de Transylvanie vers l'Allemagne et la Hongrie au cours des décennies précédentes). Le chiffre d'un million de Roms en Roumanie correspond quant à lui à une moyenne entre les diverses estimations et se trouve notamment corroboré par une étude menée en 2005 par l'Agence Nationale pour les Roms en Roumanie : Comunitatile de Romi din România - O harta a saraciei comunitare prin sondajul PROROMI.

(15) D. Diminescu, "Faire une saison. Pour une anthropologie des migrations roumaines en France. Le cas du Pays d'Oas", in Migration/Études, N°91, Novembre-Décembre 1999, disponible en ligne sur : http://www.namediffusion.net/txtdana/mobilite_titre.html

(16) Cf. par exemple, M. Serban, "Les Dogènes de Dobrote_ti à l'étranger. Étude sur la circulation migratoire en Espagne", in Visibles mais peu nombreux, op. cit., pp. 173-212.

(17) Cf. M. Olivera, "Introduction aux formes et raisons de la diversité rom roumaine", in Roms de Roumanie, la diversité méconnue : études et perspectives, Études Tsiganes, vol. 37, à paraître.

(18) On trouve bien entendu des Roms originaires d'autres régions roumaines en Île-de-France (de Galati, Ploiesti, Cluj, Buzau, Strehaia, etc.) mais ceux-ci ne forment pas des implantations aussi importantes : cf. le cas du terrain très particulier du Hanul à Saint-Denis, où cohabitent des familles roms roumaines de diverses origines.

(19) D. Diminescu, op. cit., "Retour au village, nouveau départ à l'étranger", pp. 10-14.

(20) Cf. V. Rey, dir., Atlas de la Roumanie, op. cit.

(21) Cf. P. Hristov, "Mobilités du travail (gurbet), stratégies sociales et familiales : Une étude de cas dans les Balkans centraux", Balkanologie, vol. IX, n°1-2, décembre 2008.

(22) Je ne parle bien entendu pas des migrants issus des classes plus favorisées de la société (étudiants, jeune diplômés, personnels qualifiés, etc.) qui constituent une part non négligeable de l'émigration roumaine, obéissant à un modèle plus "classique", au moins du point de vue institutionnel

(23) A. Reyniers, "La troisième migration", in Tsiganes d'Europe, Études Tsiganes, vol. 1, Paris, 1993.

(24) De l'importance de toujours préciser de qui l'on parle, car il en va bien entendu tout autrement des déplacés roms des différents conflits en ex-Yougoslavie.

Diversité, n°159, page 179 (09/2009)

Diversité - Les Roms migrants en France - une réalité qui dérange