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Diversité

II.d) Scolarisation : En Europe ?

Hongrie : comment mettre fin aux classes ségrégatives ?

Ivan Bajomi, Université ELTE, Budapest

En Hongrie, la pauvreté et la sous-scolarisation frappent particulièrement la population rom, et ceci malgré le fait que, contrairement à la France où l'on constate la survie partielle d'un mode de vie caractérisé par des déplacements relativement fréquents, il s'agit d'une population sédentarisée depuis longtemps.

On peut noter que la population autrefois communément appelée tsigane va croissant. Il y a cent ans, on l'estimait encore à environ 1 % de la population totale ; de nos jours les différentes estimations avancent des taux situés entre 5 ou 7 %. Selon les démographes l'augmentation de ce pourcentage se maintiendra dans les décennies à venir, notamment en raison du fait que, même si l'on observe chez les personnes considérées comme tsiganes ou roms une baisse du taux de fertilité, ce dernier reste toujours plus élevé que celui de la population entière. Lors du recensement de 2001 le pourcentage des personnes qui ont déclaré être de "nationalité" tsigane n'était que de 1,86 %1. Ce faible taux semble témoigner du fait que beaucoup sont réticents à déclarer appartenir à une minorité peu estimée qui dans le passé a été victime de stratégies assimilatrices et qui subit, de nos jours tout comme autrefois, maintes formes de discrimination. Il va de soi que la situation globalement défavorable des Roms ou des Tsiganes peut les inciter à opter pour des stratégies individuelles d'assimilation.

D'où une augmentation considérable de jeunes issus de cette population au sein des cohortes les plus jeunes. Cela sert de prétexte aux milieux d'extrême droite de plus en plus vigoureux dans le pays pour tenir des discours alarmistes et racistes au sujet de cette augmentation et de la montée de la criminalité qui serait, selon eux, une caractéristique inhérente à ces populations. (Notons à ce sujet que tout récemment on a arrêté les auteurs présumés de six attentats mortels à motifs racistes commis la nuit avec des armes à feu contre des personnes vivant dans les dernières maisons de villages habités surtout par des tsiganes.)

Tout comme dans les autres pays autrefois communistes, la plupart des gens classés tsiganes vivent dans des conditions particulièrement difficiles. Dans le domaine de l'habitat, faute de revenus suffisants, beaucoup d'individus ou de familles, souvent nombreuses, sont dans l'impossibilité d'accéder légalement à un logement, tandis que dans le cas de ceux qui ont un toit, les habitations sont en général de mauvaise qualité, ce à quoi s'ajoute le plus souvent une forte ségrégation spatiale observable aussi bien en ville qu'à la campagne. Si durant les dernières décennies de la période communiste beaucoup d'hommes issus de la population en question ont pu trouver un emploi, la plupart du temps non qualifié, avec l'avènement de la crise économique et la réorganisation capitaliste de la production, ces personnes, en général peu instruites et frappées de préjugés étaient les premières à perdre leur emploi. En raison de ces handicaps, leur taux de chômage est particulièrement élevé, tandis que la misère et la malnutrition sont le lot quotidien des familles. Nul ne s'étonnera donc que l'espérance de vie soit beaucoup plus courte dans ces milieux qu'au niveau l'ensemble de la population hongroise.

IDENTITE : ETHNIQUE ?

Il y a dix ans, un débat intéressant a opposé deux groupes de chercheurs qui ont par ailleurs comme trait commun d'être des défenseurs ardents de la cause des Roms ou des Tsiganes. Selon István Kemény, célèbre sociologue contestataire de la période communiste récemment décédé et ses collaborateurs de longue date, Gábor Havas et Gábor Kertesi, l'identité ethnique peut être considérée comme une donnée objective. On pourrait obtenir des chiffres assez fiables lors des enquêtes de terrain en procédant avec beaucoup de circonspection et en se fiant notamment aux jugements des personnes extérieures qui connaissent les localités étudiées. En effet, selon ces auteurs, il suffit de demander à des enseignants ou à des prêtres, si telle ou telle personne est tsigane ou rom2. À l'opposé de cette thèse deux autres chercheurs engagés, János Ladányi et Iván Szelényi prétendent, en se référant notamment aux travaux de Pierre Bourdieu concernant le caractère construit des catégories sociales, qu'il est impossible de saisir de façon exacte l'appartenance ethnique des individus, compte tenu du fait qu'il s'agit d'une réalité en constante évolution et fortement influencée aussi bien par les choix individuels et que par l'état des relations interethniques. En effet, la détérioration de ces dernières peut faire pencher certaines personnes à opter pour l'assimilation.

S'ils ne distinguent pas de sous-groupes au sein de la population classée tsigane ou rom, les chercheurs insistent sur l'existence d'importants clivages, ne serait-ce qu'au niveau des langues parlées. En effet, parmi les personnes considérées en Hongrie comme tsiganes ou roms, 80 % environ ne parlent que la langue hongroise. Ces gens sont souvent désignés par le terme romani Romungro ou par le terme hongrois Magyarcigány, tsigane hongrois. Environ 10 % des personnes classées tsiganes parlent la langue lovari, la version locale du romani. En Hongrie ces gens sont désignés par le terme hongrois Oláhcigány, qui provient d'un mot archaïque autrefois utilisé pour désigner les Roumains3.

Tandis que les Romungros sont considérés comme les descendants de Roms sédentarisés depuis plusieurs siècles sur le territoire hongrois, les aïeux des membres du second groupe seraient originaires de deux anciennes composantes de la Roumaine actuelle, la Valachie et la Moldavie et seraient plus récemment arrivés sur le territoire de la Hongrie, surtout aux lendemains de l'abolition, au milieu du XIXe siècle, du statut d'esclave des Roms dans ces deux principautés.

Enfin, parmi les personnes classées tsiganes, il existe aussi un autre groupe minoritaire d'environ 10 %, le groupe des Beás dont les parlers constituent des variantes archaïques de la langue roumaine. Une partie des Beás de Hongrie serait bien originaire du Banat, une région partagée entre la Roumanie, la Serbie et la Hongrie mais située essentiellement en Roumanie, mais, d'après les spécialistes, la majorité des Beás de Hongrie proviendraient de territoires situés dans des parties situées plus à l'ouest ou au sud de l'ex-Yougoslavie. Selon Marcel Courthiade, apparenter les Beás aux Roms originaires de régions lointaines de l'Inde relève soit de la pure ignorance soit de simples calculs politiques4 et cette population ne serait nullement liée aux Roms. En effet si "leur origine reste inconnue, l'hypothèse qu'ils seraient les descendants d'autochtones de teint sombre ayant habité la Moésie (actuelle Serbie du sud), latinisés avec tout le reste des Balkans puis éparpillés au moment de l'arrivée des Serbes au VIIe siècle est la plus vraisemblable5".

LANGUE ET SCOLARISATION

La scolarisation des enfants issus des trois groupes précédemment mentionnés, les Magyarcigány, les Oláhcigány et les Beás, en raison de la différence des langues premières, se pose de façon fort différente. Même si en Hongrie il n'existe quasiment plus de minorités qui tout en connaissant une langue minoritaire ne seraient pas hungarophones, la question de pouvoir apprendre dans sa langue maternelle peut être importante, aussi bien du point de vue de la réussite scolaire que de l'identité culturelle des enfants. Il va de soi que cette question se pose différemment dans le cas des différents groupes précédemment mentionnés. Si dans le cas des Magyarcigány l'enseignement du lovari ou de la langue beás ne semble pas être une nécessité absolue en début de scolarisation, dans le cas des deux autres groupes au sein desquels ces langues jouent, même de nos jours, un rôle important dans la sphère privée, les enseignements assurés dans les écoles devraient tenir compte du fait que la langue première des élèves n'est pas forcément le hongrois. Or si dans le cas de maintes autres minorités de Hongrie (allemande, croate, slovaque, serbe, roumaine, etc.) jouissant d'une meilleure reconnaissance6, beaucoup d'écoles maternelles et fondamentales sont en mesure de recourir à des enseignants connaissant la langue de la minorité en question et capables d'assurer des cours dans cette langue, cela n'est que très exceptionnellement le cas lorsqu'il s'agit d'établissements accueillant des enfants issus des minorités oláhcigány ou beás. Ceci pour maintes raisons : par exemple dans le cas de la langue beás, le premier manuel de langue et le premier dictionnaire beás-hongrois n'ont été publiés qu'il y a dix et quinze ans. De même, ce n'est que depuis peu de temps que des formations visant à transmettre les bases des langues beás et lovari sont assurées dans certaines institutions d'enseignement supérieur de Hongrie où sont formés les futurs enseignants.

Ces retards s'expliquent notamment par le fait qu'autrefois les personnes désignées par le terme de tsigane ou plus récemment sous l'appellation rom n'étaient nullement perçues ou reconnues en tant que minorité. En effet, sous le régime communiste prévalaient des conceptions officielles selon lesquelles le sort des Tsiganes devait être amélioré selon une logique assimilatrice favorisant l'amélioration de leurs conditions de vie, mais sans que cela aille de pair avec la valorisation de leur identité et la possibilité d'autodétermination. Parallèlement au changement de régime un pas important s'est produit dans ce domaine : avec le passage au système multipartite, maintes organisations indépendantes censées représenter les diverses minorités du pays, dont les Tsiganes ou les Roms, ont pu être créées et des organes d'autogouvernement des diverses minorités officiellement reconnues ont aussi pu être mis en place au niveau local et national. Cet essor des représentations minoritaires a par ailleurs été favorisé par le fait que le premier gouvernement de la période postcommuniste de droite et d'obédience nationale, sinon nationaliste, a voulu améliorer le sort des minorités hongroises fort importantes des pays voisins depuis le traité de Versailles7. On a non seulement connu un foisonnement des organisations culturelles et politiques se réclamant des Tsiganes ou des Roms, mais aussi, dans chaque commune, des organes d'autogouvernement élus censés représenter auprès des pouvoirs locaux ces minorités défavorisées. Dans le domaine de la politique éducative ce nouveau contexte politique a aussi permis d'introduire dans les programmes locaux des établissements scolaires des cours visant à transmettre aux élèves quelques éléments de la culture "tsigane" sous diverses appellations : "Folklore tsigane", "Connaissances relatives au peuple tsigane", etc.

Toutefois les auteurs d'un livre intitulé Enfants tsiganes et école fondamentale8avaient pu constater, lors de leurs enquêtes menées au début des années 2000, que dans bien des cas ces enseignements subventionnés étaient assurés par des enseignants qui auparavant n'avaient bénéficié d'aucune formation spéciale. Ainsi on connaît un cas où des parents d'élèves magyarcigány ont exprimé leur mécontentement en raison du fait que les enseignants, ignorant les clivages culturels observables au sein de la population rom, se sont efforcés de transmettre à leurs enfants le folklore des Oláhcigány9. Des chercheurs ont également signalé d'autres anomalies concernant ce type d'enseignement. Mais l'ouvrage a par ailleurs démontré, chiffres à l'appui, une réalité alarmante : dans le cas des écoles fondamentales de Hongrie, depuis le changement de régime, la proportion des enfants issus de la minorité rom ou tsigane suivant l'enseignement de classes ou d'écoles ségréguées a considérablement augmenté. Et les visages de la ségrégation scolaire sont multiples : à l'intérieur même des groupes scolaires les élèves en difficulté sont souvent regroupés au fond de la classe, témoignant du fait que l'enseignant ne pense pas pouvoir remédier à l'échec scolaire de ces enfants qui dans bien des cas ont déjà redoublé à plusieurs reprises. On peut lire :

"La ségrégation scolaire est souvent visible à l'oeil nu :

  • Les bâtiments destinés aux enfants tsiganes sont en plus mauvais état que les autres immeubles scolaires ;
  • Dans ces bâtiments on ne trouve ni classes spécialement équipées pour l'enseignement de telle ou telle matière ni salles à fonctions sociales ;
  • Les équipements scolaires sont désuets (par exemple, il n'y a pas d'ordinateurs) ;
  • Le mobilier est également vétuste et en mauvais état ;
  • Les classes sont plus tristes, il y a moins de matériel pédagogique ou de décorations10."

Plusieurs cas de ségrégation manifeste ont été dénoncés par des associations : ainsi dans une localité de la plaine hongroise deux cérémonies de fin d'études avaient été organisées séparément : une pour les élèves "hongrois" et une pour les enfants "tsiganes", tandis qu'à la cantine d'une école communale proche de Budapest, les enfants classés roms utilisaient des couverts différents des autres élèves. Toutefois la ségrégation peut revêtir des formes moins directes. La forme la plus triviale s'opère par le biais des classes spécialisées. Tandis que les élèves d'une minorité défavorisée étudient en général dans une classe normale où l'on ne tient nullement compte de leurs besoins spéciaux, les enfants plus favorisés ont plus de chance d'être inscrits dans une classe spécialisée, et ceci dès le début de leur scolarisation obligatoire. Paradoxalement, la ségrégation peut se faire aussi par les biais de cours qui permettent d'initier les enfants issus d'une minorité á la culture de leur groupe, et aussi par des cours de rattrapage destinés aux enfants défavorisés : en effet certains sociologues, comme Gábor Havas et Gábor Kertesi, ont affirmé que les subventions accordées en vue d'assurer les cours spéciaux ont pu renforcer les clivages entre élèves issus de milieux différents. Lors d'une récente enquête comparative internationale, menée dans un quartier ouvrier de Budapest11, nous avons pu constater que la baisse chronique des taux de natalité et l'introduction de nouveaux mécanismes de financement forfaitaire au moment du changement de régime ont favorisé la diversification de l'offre scolaire et que la ségrégation s'est renforcée. En effet, avec comme objectif d'enseigner dans de meilleures conditions et d'éviter une baisse des effectifs de l'école, certains établissements essayaient de capter en premier lieu les élèves issus des élites ou des classes moyennes locales, soit en organisant au sein de l'école une ou deux classes spéciales assurant un enseignement bilingue, soit en offrant des cours supplémentaires en mathématiques ou en langues modernes, voire en créant des écoles accueillant uniquement des enfants issus des strates sociales supérieures. Le tri s'opère notamment par le biais d'épreuves de sélection semi-légales ou à l'aide de quelques phrases dissuasives prononcées en la présence de parents intéressés par l'établissement en vue d'attirer leur attention sur le fait que les frais annexes de la scolarisation sont fort élevés compte tenu des randonnées de ski organisées chaque année. De même, on prévient les parents que dans cette école les enseignants sont particulièrement exigeants vis-à-vis des élèves. Si du point de vue du maintien des effectifs ces efforts s'avèrent insuffisants, on constate la création d'écoles appelées "bipolaires" : elles ont à la fois des classes destinées aux élèves dits "motivés", et des classes ordinaires placées en général sous la responsabilité d'enseignants moins bien formés que ceux qui ont le privilège d'enseigner dans les classes destinées aux élites locales.

Les efforts déployés par le personnel des différentes écoles en vue de maintenir les effectifs de leur établissement s'expliquent notamment par le fait qu'en Hongrie, tout en étant fonctionnaires, ni les directeurs d'écoles ni les enseignants ne sont protégés contre les licenciements engendrés par une réorganisation du réseau scolaire. À la suite d'une baisse quasi générale du nombre des enfants en âge d'être scolarisés et parallèlement à l'apparition de subventions forfaitaires allouées aux établissements accueillant en grand nombre des enfants défavorisés, certaines écoles non attractives aux yeux des élites locales ont tenté de se reconvertir dans l'accueil d'enfants en difficulté scolaire. Dans ces établissements, la plupart des classes peuvent fonctionner avec des effectifs réduits puisqu'elles accueillent uniquement des élèves pour lesquels les spécialistes (par exemple les collaborateurs du service d'orientation pédagogique ou éducative de l'arrondissement) avaient détecté divers problèmes (dyslexie, dysgraphie, problèmes de comportement, etc.) et qui "comptent" double compte tenu des problèmes diagnostiqués.

ÉCOLE ET ORIENTATION

C'est ainsi que maints enfants issus des minorités défavorisées du pays n'ont même pas la chance d'accéder aux écoles fondamentales, en raison du fait que par le biais de procédures d'orientation mal conçues, ils sont placés dans des classes ou des écoles de l'éducation spécialisée. Nombreux sont également les enfants rom ou beás qui cessent prématurément leurs études scolaires en raison du fait que leur établissement obtient une modification de leur statut d'élève. En effet, les écoles voulant se séparer d'un élève à problèmes peuvent obtenir que celui-ci devienne un "élève privé", c'est-à-dire un enfant non obligé de fréquenter quotidiennement l'école. Si ce statut a été originalement conçu en fonction des préoccupations des élites sociales ainsi que pour répondre aux cas où une maladie grave pourrait empêcher la scolarisation "normale" de l'enfant, dans la Hongrie contemporaine le statut d'élève privé permet de priver l'enfant d'une vraie scolarisation, et ceci sans qu'un projet pédagogique personnel efficace garantisse la réussite scolaire de celui-ci.

Après un changement de gouvernement survenu en 2002, sous l'égide de Bálint Magyar, ministre de l'Éducation d'obédience libérale, toute une série de mesures visant à faire reculer la ségrégation scolaire a été lancée. Cette démarche a pu être facilement justifiée par les mauvais résultats obtenus par la Hongrie lors de la première enquête PISA. Celle-ci a en effet démontré que les origines sociales et géographiques des élèves conditionnaient très fortement leurs performances testées à l'âge de quinze ans. La mise en oeuvre d'une panoplie de mesures censées faire reculer la ségrégation scolaire a été favorisée par le fait qu'avec l'adhésion à l'Union européenne une partie des fonds structurels mis à la disposition de la Hongrie avaient pu être utilisée à ces fins. Ainsi les pouvoirs locaux qui sont en Hongrie propriétaires des écoles publiques ont pu obtenir d'importantes subventions au cas où elles s'engageraient à élaborer et à mettre en oeuvre un projet visant à supprimer la ségrégation observable au niveau des écoles placées sous leur autorité. En outre, on a entrepris la révision des procédures d'orientation ayant autrefois contribué à faire augmenter artificiellement au sein des institutions de l'éducation spécialisée la proportion des enfants issus des minorités défavorisées du pays. On a également pris des mesures afin de replacer dans des classes ordinaires les enfants scolarisés dans des établissements de l'éducation spéciale qui n'étaient pas déficients mentaux. Si ces mesures constituaient un vrai tournant dans le domaine de la politique éducative, elles n'ont pas pu mettre fin aux processus de ségrégation. En effet, les réformes les mieux intentionnées peuvent échouer au niveau des communes, notamment en raison du fait que les élites locales, voire une partie considérable de la population, ne veulent nullement mettre fin à la ségrégation. En Hongrie les pouvoirs locaux qui sont propriétaires des écoles publiques jouissent d'une large marge de manoeuvre, ce qui leur permet de ne pas suivre les orientations ministérielles

Un conflit qui a éclaté il y a quelques années dans la localité de Jászladány illustre parfaitement à quel point les pouvoirs locaux peuvent agir à l'encontre des priorités exprimées au niveau national. En effet, les représentants de l'organe d'autogouvernement de la minorité tsigane de la commune avaient essayé de s'opposer à la mise en oeuvre d'un projet visant à créer une école privée payante, et ceci en déclarant que le projet, qui jouissait par ailleurs du plein soutien des élus locaux, avait comme objectif d'assurer une scolarisation séparée aux enfants issus des milieux non-tsiganes. Si le ministère de l'Éducation a donné raison aux représentants de la minorité tsigane de Jászladány, il n'a pas pu empêcher la mise en oeuvre du projet, et il a même perdu un projet intenté contre les autorités locales.


(1) Notons toutefois une augmentation considérable par rapport aux données de 1980 selon lesquelles seulement 0,06 % de la population entière s'est déclarée faire partie de la minorité tsigane. Tous les données citées proviennent du texte suivant : Kállai, Ern?o: "Népszámlálási nemzetiségi adatok - romák" (Données du recensement concernant les minorités - les Roms), In : Kovács Nóra, Szarka László (éd.) : Tér és terep. Tanulmányok az etnicitás és az identitás kérdésköréb?ol, Akadémiai Kiadó, Budapest, 2003, p. 293-298.

(2) Havas, Gábor ; Kemény, István ; Kertesi, Gábor : A relatív cigány a klasszifikációs küzdelmek tükrében (éd.), Kritika, 1998/3.
Ladányi, János ; Szelényi, Iván : Ki a cigány? , Kritika, 1998 /3.

(3) Le mot hongrois oláh s'apparente au nom de la Valachie, ancienne principauté danubienne qui a formé avec la Moldavie le royaume de Roumanie.

(4) Ces derniers seraient liés notamment au fait que plusieurs institutions internationales accordent d'importantes aides aux populations répertoriés en tant que Tsiganes/Roms ou migrants/Gens du voyage, tandis que plusieurs minorités numériquement moins importantes qui sont également victimes de discriminations ne sont pas reconnues et soutenues en tant que telles par les mêmes organisations.

(5) Courthiade, Marcel : Les Rroms dans le contexte des peuples européens sans territoire compact.
http://www.sivola.net/download/Peuples%20sans%20territoire%20compact.pdf

(6) Ceci notamment en raison du fait que les minorités en question peuvent bénéficier du soutien d'États nations proches de la Hongrie.

(7) Celui-ci avait amputé la Hongrie des deux tiers de ces territoires au sein desquels, outre les zones peuplées presque exclusivement par des Hongrois, nombreuses étaient les régions où les Hongrois étaient minoritaires.

(8) Havas, Gábor; Kemény, István; Liskó, Ilona: Cigány gyerekek az általános iskolában (Enfants tsiganes à l'école fondamentale), Oktatáskutató Intézet, Új Mandátum Könyvkiadó, Budapest, 2002,

(9) Op. cit. p. 141.

(10) Op. cit. p. 111-112.

(11) Bajomi, Iván ; Berényi, Eszter ; Er?oss, Gábor ; Imre, Anna : "Compétition scolaire et inégalités dans un arrondissement de Budapest", In : C. Maroy : École, Régulation et Marché : une comparaison européenne, Paris, P.U.F., 2006.

Diversité, n°159, page 158 (09/2009)

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