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Diversité

II.b) Scolarisation : Gitans

Projet expérimental La Miranda : trois ans déjà...

Christine Normand, Directrice de l'école la Miranda,
Elsa Piou.

Depuis le mois de janvier 2007, l'école primaire de La Miranda a mis en oeuvre un projet spécifique visant à favoriser la scolarisation des enfants du quartier Saint-Jacques à Perpignan. L'école, qui accueille des élèves de culture gitane, était déjà désinvestie par les familles avant 2005. Suite aux événements de mai 2005, se sont ajoutées des difficultés d'ordre institutionnel : mobilité de l'équipe enseignante et phénomènes de violence. Des enseignants nommés d'office se sont succédé, lassitude et usure gagnaient le reste de l'effectif...

Face à ce constat, les autorités locales (préfecture, inspection académique et Ville de Perpignan) ont décidé de proposer des réponses adaptées à la situation. Le statut expérimental du projet a accordé des possibilités d'actions nouvelles et introduit des clauses dérogatoires à un fonctionnement ordinaire. L'école développe alors un partenariat avec des animateurs socioculturels et d'autres personnes ressources qui travaillaient déjà avec les familles.

Recrutée sur profil, l'équipe enseignante a adhéré au projet en s'engageant sur le moyen terme. Elle accepte des temps de réunion additionnels, participe à des formations à la gestion de conflits, oeuvre à une meilleure connaissance des populations de culture gitane, dans une perspective de respect des personnes. La Casa des petits, lieu d'accueil pour parents et enfants, et lieu de préscolarisation, employait des équipes mixtes, composées d'animatrices issues du quartier et de professionnels extérieurs, qui avaient su développer des relations de confiance avec les habitants. Cette action de soutien parental, mise en place par la mairie, existait depuis 2000. L'école de La Miranda s'appuie notamment sur ces structures.

La première année, le projet de La Miranda a surtout consisté, pour la direction, à "recevoir les inquiétudes du quartier tout en maintenant le cap".

Plusieurs questionnements ont fait évoluer le projet et continuent à l'accompagner. Comment faire revenir les enfants dans l'école ? Selon quels critères regrouper les enfants et faire fonctionner l'effet de groupe ? Comment permettre une rencontre culturelle entre des enseignants extérieurs et des enfants de culture gitane ? Comment réguler une violence ayant besoin de s'exprimer ? Comment faire en sorte que l'école ne soit pas considérée comme un outil de transformation culturelle de l'enfant ? Comment faire naître un désir d'école chez les enfants et les parents ? Comment travailler sur les représentations réciproques ? Comment laisser les familles investir l'école tout en maintenant un cadre ? Comment améliorer le niveau scolaire pour tendre vers des standards institutionnels ?

Soutenu par la circonscription du Ribéral et par la Ville, l'équipe a fait preuve d'imagination et d'initiatives. Les parents d'élèves entrent dans l'école, peuvent assister aux cours afin d'améliorer les représentations scolaires et favoriser le raccrochage des élèves. Enseignants et adultes relais issus du quartier effectuent en binôme un ramassage à pied le matin. Un temps de petit-déjeuner a été instauré dans l'école. Les classes prises en charge par un binôme animateur-enseignant sont organisées en fonction du double critère de la fréquentation et des besoins des élèves en termes d'apprentissages.

Des champs d'investigation s'ouvrent parmi lesquels l'étude de la relation entre l'illettrisme et la difficulté à maîtriser la langue maternelle gitane chez certains enfants socialement défavorisés. Comment alors, renforcer la langue orale maternelle chez ces élèves, socle indispensable à l'apprentissage de la langue française et de la lecture ? Le projet de l'école de La Miranda a été possible car les différents acteurs ont accepté de travailler en synergie : inspection académique, directrice, enseignants, personnel municipal, enfants, parents, associations de quartier. La violence et la méfiance ont progressivement laissé place à une relation de confiance comme en témoigne l'intérêt croissant porté par les parents envers ce qui se passe à l'école. Le projet peut être porteur d'une identité professionnelle pour les enseignants, qui ont su faire évoluer leurs postures. L'innovation réside dans cette adaptation réciproque et la co-construction d'actions comme les petits déjeuners, auxquels les parents participent.

Cette expérimentation s'inscrit désormais dans le long terme, ce qui pose la question de sa pérennisation.

En savoir plus : École la Miranda : 04 68 34 02 55

Diversité, n°159, page 111 (09/2009)

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