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Diversité

III. Prévention spécialisée et diversité

Communautaire n'est pas communautarisme

Hélène Strohl, Inspectrice générale des Affaires sociales1

On a un peu souvent tendance à opposer pratiques et théories sociales. La première seule ayant pouvoir d'influer sur la réalité, la seconde étant tout juste bonne à nourrir les colloques et autres rencontres universitaires. N'est-ce pas plutôt l'idéologie qu'on assimile à la réflexion théorique, refusant dès lors toute approche empirique, toute théorie incorporée.
C'est notamment pour cette raison qu'en France on assimile si souvent a priori l'intervention communautaire, en santé, en psychiatrie, en travail social, en urbanisme au "communautarisme". Il me semble pourtant que cette peur de l'intervention communautaire, dans une société qui voit au contraire le ressurgissement des valeurs communautaires (sous forme d'un néotribalisme) risque de voir se développer, sous forme perverse, un renfermement communautariste. C'est pour cela qu'il paraît à la fois plus réaliste et plus pertinent de s'intéresser à nouveau aux techniques d'intervention communautaire.

Le rejet du lien communautaire se trouve aux origines de la République française. Prônant un modèle d'intégration par homogénéisation qui a largement démontré son succès. Sauf que désormais le modèle craque de toutes parts.

LA REPUBLIQUE UNE ET INDIVISIBLE

L'idéal révolutionnaire : chacun part à zéro.

C'est dès l'origine de la Révolution qu'on trouve l'idée d'une égalité des chances, donnée à chaque individu, quelles que soient son origine, son appartenance, sa religion. La société féodale est non seulement une société de castes (les trois états), mais également une société communautaire, construite autour du village, de la paroisse, des confréries, des corporations. On appartient à une ou plusieurs communautés, de par sa naissance, sa religion, son métier. Dans ces communautés s'expriment à la fois une solidarité et des règles, elles sont le gage de l'entraide et de l'ordre social. Aux privilèges liés à l'appartenance communautaire se substituent donc les libertés individuelles et l'assurance pour chaque individu que seul son travail et son talent garantissent son insertion et sa réussite sociale. Chaque citoyen est libre, les citoyens sont égaux et la fraternité naît de l'appartenance par contrat social à la société. Chacun a en quelque sorte un droit de créance envers la société qui lui doit assistance en cas de besoin, s'il ne lui est pas possible de se procurer un revenu par son travail.

Les communautés n'ont cependant jamais totalement disparu. Pas plus que toute vie communautaire au profit du seul lien sociétaire. On reprend là la distinction classique en sociologie entre société - le grand ensemble, national, politique - et communauté - les petits ensembles constitués par proximité, entre de petits groupes d'individus qui, s'ils ne se connaissent pas forcément tous, ont tous en commun un élément important de leur vie de tous les jours. C'est ainsi que, de la même façon que les paysans et les villageois continuent à former une communauté, la mine, l'usine, lient les prolétaires venus de partout. De même, l'idéal politique (syndicats, partis) ou les mouvements mutualistes ont été autant d'occasion de fonder des communautés. Il est d'ailleurs intéressant de ce point de vue de noter que les premières écoles de travail social sont toutes issues de telles communautés : catholique, protestante, libre-penseuse. Même l'école publique, fleuron de l'idéal républicain, entendant enseigner la même chose à chaque élève dans chaque classe de France, s'est intégrée dans un mouvement communautaire : l'instituteur n'était-il pas secrétaire de mairie et l'école de quartier n'était-elle pas le lieu à partir duquel essaimaient toutes sortes d'interventions communautaires : patronage du jeudi, cours du soir pour les adultes, voire centres sociaux.

L'INTEGRATION PAR HOMOGENEISATION

Il ne faut pas nier l'efficacité du modèle d'intégration républicain. Au contraire d'autres pays européens, le Royaume-Uni en est le contre-exemple, les étrangers venant en France abandonnaient très facilement et très rapidement leur identité d'origine : peu d'enfants d'Italiens ou d'Espagnols nés entre les deux guerres parlaient la langue de leurs parents, et si dans les quartiers et les villages populaires on distinguait les "Ritals", chacun de leurs descendants se considérait comme français. Sans que l'origine, la religion puisse être considérée comme un obstacle à cette intégration. D'où, d'ailleurs, la stupeur et d'une certaine manière l'innocence avec laquelle les Juifs ont accepté de se conformer aux "lois de la République" pendant la guerre, pour mieux être livrés par sa police aux autorités d'occupation. La preuve était hélas faite que l'appartenance sociétaire n'avait pas entièrement gommé l'appartenance communautaire.

Néanmoins communauté n'est pas ghetto. Après guerre les flux migratoires ont été plus massifs et, surtout, ils ont rencontré des communautés d'accueil elles-mêmes largement déstructurées : par l'exode rural, par l'urbanisation de masse et la constitution de banlieues excentrées. Les regroupements par communautés d'origine ont souvent abouti à un certain enfermement, à une difficulté de cohabitation des différentes communautés : dans tel quartier de Grenoble, c'était tout un village sicilien qui s'était retrouvé, dans telle cité de Rilleux-la-Pape, les habitants se regroupaient selon les cousinages et les liens villageois dans l'une ou l'autre barre et l'on pourrait citer beaucoup d'autres exemples.

D'où la peur du repli communautaire. Qui a pourtant été beaucoup moins fort qu'on ne le dit, en tout cas tant que l'école et d'autres institutions ainsi que l'insertion professionnelle assuraient un brassage entre jeunes de diverses origines.

LE MODELE CRAQUE DE TOUTES PARTS

L'école ne joue plus son rôle intégrateur

Avant l'instauration du collège unique, il était possible aux jeunes qui le souhaitaient, quel que soit leur milieu d'origine, d'intégrer une scolarité d'excellence, par le biais de la sélection à l'entrée de la sixième, puis du lycée. Le montant des bourses (qui a beaucoup baissé dans les vingt dernières années) et l'existence d'internats (et des écoles normales qui accueillaient nombre de jeunes de milieu populaire) permettaient d'intégrer un autre parcours que celui de leurs pères, celui que leurs aptitudes et leurs appétences distinguaient.

Parcours possible, parce qu'on était dans un système républicain.

La communauté devient ghetto dès lors qu'il n'est plus possible d'échapper à un destin collectif. Ce qui semble le cas dans certains collèges et lycées de banlieues, le refus de la sélection et l'absence de discrimination par les résultats scolaires aboutissant à reléguer tous les élèves à un niveau homogène et égalitaire, c'est-à-dire au mieux, moyen. Le boursier de Pagnol risque tout au plus de se faire remarquer et traiter de "fayot" s'il s'intéresse trop à la réussite scolaire ! Et si les initiatives du type de l'accession d'élèves de ZEP à Sciences Po, ou à une classe "prépa-prépas" dans quelques lycées d'excellence, tentent de corriger ces difficultés, force est de constater que le souci d'ouvrir à tous, sans exigence aucune, l'accès au collège, au lycée et à l'université a abouti à pénaliser les meilleurs élèves, dont les parents ne sont pas assez informés pour leur tracer un parcours d'excellence dans les meilleurs collèges et lycées publics ou privés.

L'idéal républicain se réduit alors à la revendication des droits individuels

D'une certaine manière, il s'est rétréci : il n'est plus promesse, chance, mais assistance et échange d'une responsabilité personnelle contre un droit acquis. Certains travailleurs sociaux racontent qu'ils voient débarquer dans leurs permanences des familles entières accompagnées d'un avocat, "pour être sûrs qu'on leur accordera bien tous leurs droits." Un savoir collectif se transmet par le bouche à oreille, où l'on échange non pas des façons de se débrouiller, de faire face, de trouver un logement, de se présenter à un travail, mais des modes de comportements à l'égard des travailleurs sociaux qui instruisent tel ou tel droit. Le travail social lui-même se bureaucratise : les usagers sont assignés à une catégorie selon leurs droits, leur dossier est fractionné entre différents "spécialistes" et, au final, les profils sont homogènes, réduits à une addition de variables codifiables. La confusion entre évaluation et statistique, entre le contrôle de l'activité et la saisie de données informatiques est courante. En découle un fractionnement des personnes, la perte de leur identité propre et bien sûr la coupure totale avec leurs proches, leur environnement, leur insertion communautaire. Le réseau est assimilé à la mafia, l'aide entre proches au piston, le vivre ensemble se réduit à une équation économico-juridique.

LE RETOUR DU COMMUNAUTAIRE

L'idéal communautaire revient en force, de manière perverse. De toutes parts, on assiste à un retour de ce désir de proximité, de ces comportements tribaux2. On ne peut pas le nier, l'appartenance ethnique, l'origine étrangère, la religion différente sont autant d'identités qui sont de plus en plus souvent brandies par les jeunes des cités, mais pas par eux seulement - pensons seulement au retour aux coutumes communautaires des jeunes juifs ! Face à cette explosion communautaire, la tentation est grande d'en accuser une complaisance et de dénier qu'elle réponde à un vrai besoin social. Le déni aboutit alors soit au discours de haine d'une extrême droite xénophobe, soit à des revendications identitaires diverses qui, elles aussi, se nourrissent d'agressions et de ressentiments. L'actualité n'est pas avare en événements de ce type.

Pourtant, il y a une différence fondamentale entre ce ressurgissement communautaire actuel et la stratification prérévolutionnaire ou celle justement des pays communautaristes. C'est-à-dire ceux dans lesquels le système de pouvoir est organisé en fonction des communautés originelles d'appartenance. Qu'ils soient musulmans, fondamentalistes ou simplement pratiquants, juifs orthodoxes ou juifs du souvenir, catholiques ou syncrétistes, sans appartenance religieuse revendiquée, les jeunes d'aujourd'hui sont rarement mono-appartenant. Ils peuvent faire le nombre de prières voulu, respecter le ramadan ou participer à des processions, il est rare qu'ils ne se revendiquent pas aussi d'un mouvement musical, d'une pratique sportive, ludique ou associative. Ce que Michel Maffesoli a nommé le tribalisme postmoderne, c'est justement cette appartenance à plusieurs communautés, cette possibilité de vagabonder entre divers groupes, bref tout ce qui peut faire contrepoids à un repli identitaire strict et monothéiste.

Sauf qu'à rassembler et souder les communautés autour d'un combat commun contre l'ennemi extérieur, cela l'interdit. C'est le déni bien plus que l'extrême tolérance qui crée la fracture communautaire, qui introduit la guerre des tribus.

Il faut donc prendre au sérieux cette demande sociale de liens communautaires. Parce qu'elle manifeste une vraie chance de cohésion sociale. En permettant que se développent les solidarités de base, en permettant un contrôle social par les pairs plutôt qu'une répression par la loi.

LES SOLIDARITES DE BASE

L'entraide, au contraire de l'assistance, permet don et contre don

Si l'on ne peut nier l'apport immense de l'État providence et si chacun doit se réjouir de vivre dans un pays dans lequel les soins sont distribués sans référence à la capacité contributive, dans lequel un minimum monétaire est assuré aux plus faibles, force est de constater que l'assistance ne peut à elle seule assurer le lien social. Même si la fiction de l'assurance est maintenue dans notre système de santé et de retraite, les droits de base sont reconnus "sans contrepartie préalable". Quand les soins, le logement, le revenu sont dispensés ainsi sans contrepartie, on est dans un système de don sans contre-don. Celui qui reçoit sans pouvoir rendre est ainsi nié dans ses potentialités mêmes et d'une certaine manière ne peut conserver sa capacité créatrice et son identité propre qu'en manipulant à son tour le système : par la fraude, la débrouille.

D'où le malaise de nombre de travailleurs sociaux, confrontés soit à des personnes tellement abîmées qu'elles sont effectivement devenues ces réceptacles à aides diverses, soit à de petits malins, dont ils ont peine à dénoncer des mises en scène et des fraudes qui sont au fond leur seul moyen de se défendre !

Il suffit en revanche d'avoir assisté ou d'avoir lu le compte-rendu d'actions collectives (avec des groupes) pour se rendre compte que dans ces occurrences, chacun retrouve en quelque sorte une prestance et une contenance, au-delà de ses seules demandes d'aide. Le groupe permet d'élaborer des stratégies pour s'en sortir, il empêche aussi les comportements de victimisation trop affichés, il favorise au contraire chez chacun la mise à jour de ses propres potentialités. L'entraide peut alors se développer plutôt que l'assistance pure.

LA RESPONSABILITE COLLECTIVE

On a beaucoup opposé le développement des droits individuels et la perte de responsabilité. Il nous semble en effet que refuser à quelqu'un une aide au nom d'un "Aide-toi toi-même, le Ciel t'aidera" relève du pur abandon. En revanche, favoriser le développement d'un sens de la responsabilité collective permet justement l'intégration communautaire et le renforcement du potentiel propre.

Le lieu fait lien, au contraire de l'assignation à identité administrative

On parle beaucoup dans divers endroits où se discutent les méthodes du travail social de territorialisation. Ce peut être une simple mode, voire une façon de rationaliser le management technocratique. Mais si le territoire est autre chose qu'une entité d'organisation administrative, s'il recoupe un lieu de vie, des communautés vivantes d'usagers, appréhendées comme telles, alors le lieu fait lien. Alors le travail social au lieu d'instruire, classer, liquider des droits et remplir des dossiers participera de cette construction et de cette restauration du lien social de proximité. Ce qui a été, dès son origine, son but premier.

LE CONTROLE SOCIAL

Dans les années 70, il était de bon ton de dénoncer la "police des familles", l'assistante sociale qui plaçait les enfants des pauvres, le système de prestations familiales qui assignait à des comportements normés.

De nos jours, le travail social s'érige plutôt en défenseur des libertés et se veut pur de toute collaboration avec l'appareil répressif. Souvent il se vit comme militant, en quelque sorte porte-parole des pauvres et des exclus. Pourtant le contrôle social existe dans toute société et peut être vaudrait-il mieux que se développent des formes de contrôle social communautaire plutôt que d'en référer uniquement au policier et au juge.

Le contrôle social est nécessaire pour éviter les passages à l'acte

De récentes mesures législatives ont pu donner à croire qu'il serait possible d'éradiquer le mal et de supprimer les fantasmes. Les comportements déviants, voire délinquants ou criminels sont poursuivis jusque dans les désirs des personnes. De même dit-on et pense-t-on que c'est la consultation d'images violentes ou pornographiques qui conditionnerait les comportements déviants des jeunes. Pourtant, ces images et ces fantasmes appartiennent à la nature humaine et on les retrouve dans toutes les sociétés. En revanche, c'est le passage à l'acte, la mise en oeuvre du fantasme qui est selon les sociétés différemment endiguée.

DIEU OU FLIC ?

Les modèles de régulation sociale, d'empêchement du passage à l'acte reposent soit sur un idéal religieux, un dieu ou une puissance extérieure et supérieure qui voit et condamne l'acte délictueux, ou pervers, soit sur un idéal légaliste, une norme externe et acceptée par la majorité, au nom de laquelle les comportements déviants sont poursuivis et condamnés. Dans les deux cas, c'est la peur d'une instance supérieure qui sert de barrière morale. Dans les cas de comportements déviants du type violences intrafamiliales, délinquance sexuelle, mauvais traitements à personnes faibles (enfants, vieillards, handicapés), la surveillance et la répression sont plus difficiles : c'est dans ce cas que le travailleur social est souvent appelé à la rescousse et en tout cas critiqué "s'il n'a pas vu ou pas signalé à temps".

Reste que le nombre de personnes et notamment de parents isolés (non pas seulement parce qu'ils ne vivent pas en couple, mais parce qu'ils sont coupés de tout ancrage communautaire) tend à faire augmenter le nombre de familles à risques. Faut-il dès lors multiplier les systèmes de recueil de signalement au risque d'une restriction des libertés certaine et d'une intolérance aux différences de modes de vie peu compatible avec la réelle diversité de notre société ?

L'insertion communautaire permet un contrôle social par les pairs

Les sociétés orientales, telles la japonaise, la coréenne, sont construites sur une régulation sociale par le regard de l'autre. Ce qui m'empêche de "faire le mal", c'est la peur de la honte, c'est-à-dire la peur d'être mal jugé par l'autre. Non pas la peur d'un Dieu supérieur, ni la peur du gendarme, mais l'intégration en soi de l'autre, la constitution identitaire comme soi et autre. C'est justement un sentiment de ce type qui se développe dans nos sociétés : les phénomènes de mode, de musique, les rassemblements divers, les constitutions de bandes, toutes choses qui fortifient ce sentiment d'identification à un groupe.

Et ce n'est pas un hasard que le concept de honte connaisse un tel succès chez les jeunes de banlieue, notre avant-garde postmoderne. Ni que le "regard" puisse être considéré comme une critique voire une agression. La régulation des comportements, la "discipline" devraient donc s'apprendre (ou s'initier) collectivement bien plus qu'individuellement. Le modèle de l'examen de conscience, fleuron de l'humanisme et du protestantisme, paraît bien désuet. Et il est vrai que l'on peut constater, en étudiant quelques histoires de vie de familles à comportements déviants par exemple, qu'il s'agit le plus souvent de personnes désinsérées socialement, c'est-à-dire pas seulement manquant d'un emploi, d'un logement, d'un revenu, mais avant tout d'un environnement proche, d'un ancrage communautaire. Plutôt que de focaliser le débat sur "prévention ou répression", "éducateur ou policier", "aide ou autorité", il me semble qu'il serait important avant tout de chercher comment étayer ce lien communautaire, voire le susciter quand il fait défaut. Non pas, encore une fois, que la société soit devenue plus individualiste, les études sociologiques sérieuses montrent que non, mais parce que dans les grands changements de paradigmes qui sont le fait de notre société postmoderne, tous n'ont pas trouvé à s'inscrire dans des groupes de proches ; ce sont ceux-là, qui ne trouvent pas d'aide auprès des proches dans une communauté de travail, d'habitation, d'étude, de loisir, qui ne bénéficient pas non plus d'un enracinement communautaire familial ou de voisinage qu'il convient d'entraîner dans une construction de liens de proximité.

DES TECHNIQUES A REAPPRENDRE

Pour cela, il est nécessaire que les travailleurs sociaux soient formés et appelés à ce type d'intervention. Qu'il s'agisse du travail social avec les groupes (dont l'association mériterait d'être colonisé par un plus grand nombre de jeunes travailleurs sociaux), du développement local ou communautaire, ou d'autres techniques encore, à retrouver ou à découvrir, il est important de ne pas confondre la participation et l'information avec ce travail communautaire. Il ne s'agit pas seulement de réunir des usagers en groupe pour gagner du temps, pour les informer collectivement, pour mettre en place quelques actions de propagande démocratique. C'est de quelque chose de plus rigoureux et de plus difficile qu'il s'agit, de plus risqué aussi pour le travailleur social, confronté à la force et au dynamisme d'usagers retrouvant ensemble un vouloir vivre et une résistance à l'assignation à l'identité de faibles victimes.

Mais il nous semble que ce risque doit être couru pour retrouver l'essence même et la noblesse de la fonction du travailleur social. C'est ainsi qu'ils pourront participer à l'élaboration commune d'un nouvel idéal de la chose publique, la res publica.


(1) Dernier ouvrage paru : L'État social ne fonctionne plus, Paris, Albin Michel, 2008.

(2) L'ensemble de cet article se réfère largement aux théories développées depuis plus de vingt ans par Michel Maffesoli et le Centre d'études sur l'actuel et le quotidien (CEAQ) qu'il dirige. Cf. en 1988, Le Temps des tribus, réédition La Table ronde ; et tout récemment Iconologies, éditions Albin Michel, 2007 ; L'Apocalypse, éditions du CNRS, 2008.

Diversité, n°158, page 172 (09/2009)

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