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Diversité

III. Prévention spécialisée et diversité

Prévention spécialisée et diversité culturelle

Jean-Claude Sommaire, Président du Conseil technique de la prévention spécialisée (CTPS)

Comme beaucoup d'autres intervenants, les équipes de prévention spécialisée sont aujourd'hui confrontées, dans les quartiers sensibles, à une fracture sociale qui tend à devenir une fracture territoriale, ethnique, culturelle et religieuse. Cette situation est la conséquence de l'évolution des flux migratoires vers notre pays, qui sont devenus de plus en plus extra-européens au cours des dernières décennies. Mais c'est aussi, comme l'a relevé la Cour des comptes, celle de la crise de notre "modèle républicain d'intégration" qui ne parvient pas à intégrer socialement une part importante de nos jeunes compatriotes issus des immigrations maghrébines et africaines subsahariennes.

La prévention spécialisée est une pratique éducative originale qui s'est construite, après la dernière guerre, à l'initiative de militants issus de divers courants de l'éducation populaire. Cette pratique singulière, issue du terrain, validée et reconnue par l'État au début des années 70, se caractérise par quelques principes qui sont au coeur de son identité :

  • La mise en oeuvre d'un projet éducatif, conçu au niveau d'un territoire déterminé, mené sans mandat nominatif auprès de jeunes en situation de rupture sociale, là où ils sont le plus souvent ("travail de rue"), sous une forme à la fois individuelle et collective, intégrant des actions de développement social en direction de leur famille et de leur environnement ;
  • La recherche de l'adhésion de ces jeunes à cette démarche éducative, co-construite localement, avec divers partenaires, dans le cadre d'un cahier des charges élaboré conjointement par le département et la commune, afin d'enrayer leur marginalisation (pragmatisme et imagination sont mobilisés) ;
  • Le respect de leur anonymat (vis-à-vis, notamment, des diverses autorités, alors qu'ils peuvent être engagés dans des pratiques délictueuses) ;
  • La non-institutionnalisation des actions menées (actions, initiées par des équipes de prévention spécialisée, qui peuvent être pérennisées mais dans un cadre juridique distinct).

À la différence de tous les autres dispositifs éducatifs, la prévention spécialisée met en oeuvre une démarche qui repose uniquement sur la construction, par ses éducateurs de rue, d'une relation de confiance avec les jeunes approchés et leur famille, en dehors de tout cadre préétabli. Cette spécificité au sein du travail social la distingue, notamment, des interventions éducatives en milieu ouvert qui se font sur la base d'un mandat nominatif donné par une autorité administrative ou judiciaire.

La prévention spécialisée, depuis les lois de décentralisation du début des années 80, relève du champ de compétence des départements au titre de l'aide sociale à l'enfance. Ce sont les Conseils généraux qui décident de la mise en place des équipes, généralement à la demande des maires, après la réalisation d'un diagnostic territorial partagé. Ce sont eux qui en assurent le financement, les communes et les communautés d'agglomérations pouvant intervenir à titre complémentaire.

À l'exception de quelques départements qui gèrent eux-mêmes des équipes, celles-ci sont habituellement gérées par des associations, dans le cadre de conventions tripartites passées par ces institutions avec le président du Conseil général et le maire de la commune sur le territoire de laquelle elles interviennent. Ces associations peuvent avoir la prévention spécialisée comme unique objet ou intervenir dans d'autres secteurs du champ social. Elles peuvent gérer une seule et unique équipe ou en gérer parfois plus d'une dizaine, chaque équipe pouvant comprendre de trois à quatre éducateurs jusqu'à une petite dizaine.

En application des articles L 121-2 et L 221-1-2° du code de l'action sociale et des familles, la prévention spécialisée a une vocation reconnue par la loi à mener des actions individuelles et collectives pour prévenir la marginalisation et faciliter l'insertion des jeunes et des familles en difficulté dans tous les lieux où se manifestent des risques d'inadaptation. De plus, en application de la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l'enfance, elle est maintenant clairement inscrite dans le champ des actions de prévention de l'inadaptation sociale dont le législateur a souhaité faire un axe majeur de la protection de l'enfance.

UNE PERTE DE VISIBILITE

Si, à l'origine, la prévention spécialisée était souvent seule, en dehors de l'école, à proposer une offre éducative aux jeunes en rupture sociale, ses interventions prennent place aujourd'hui dans les nombreux partenariats qui se sont construits dans les sites où elle intervient. Dans ce cadre, elle apporte sa connaissance locale des jeunes en difficulté à ses différents partenaires en charge de l'éducation, de l'insertion professionnelle, de l'animation socioculturelle, de la santé, etc., ainsi qu'aux diverses instances chargées d'élaborer et de mettre en oeuvre les politiques locales de sécurité.

Cependant son transfert aux Départements, par l'État, au moment où celui-ci mettait en place la politique de la Ville et développait les nombreux dispositifs d'insertion qui y sont liés, a eu pour effet de lui faire perdre la visibilité qu'elle avait acquise antérieurement. À une époque ancienne, une circulaire ministérielle, en se référant nommément au phénomène des "blousons noirs", avait contribué à lui donner un certain éclat médiatique qu'elle ne retrouvera plus ensuite. Par ailleurs, une fois ce transfert effectué, les Départements ne se sont intéressés que de façon très inégale à cette pratique éducative originale, ce qui a eu pour effet d'en freiner le développement pour plusieurs années.

Aujourd'hui, environ 800 équipes, représentant un peu moins de 4 000 éducateurs, sont présentes sur le territoire national suivant une implantation très variable d'un département à l'autre. Ces dernières années, la prévention spécialisée a retrouvé un renouveau d'intérêt de la part des Conseils généraux mais plus, semble-t-il, dans les zones rurbaines, intermédiaires entre les zones rurales et les zones urbaines, que dans les quartiers sensibles de la politique de la Ville où elle n'est finalement présente que dans la moitié d'entre eux.

En effet, dans ces quartiers, dès la fin des années 80, d'autres acteurs de prévention, d'animation, de médiation et d'insertion, moins qualifiés que les éducateurs de prévention spécialisée mais plus en phase avec les préoccupations immédiates des élus, se sont multipliés dans le cadre de la politique de la Ville et des programmes municipaux visant à assurer la tranquillité publique. Dans ce contexte, la prévention spécialisée, confrontée à la "concurrence" de ces nouveaux acteurs, souvent recrutés en raison de leur proximité ethnique et culturelle avec les habitants, a pu être amenée, localement, à délaisser les jeunes les plus difficiles pour se réfugier dans des actions moins ambitieuses.

Beaucoup d'élus locaux de ces quartiers, fortement sensibilisés aux questions de tranquillité et de sécurité publiques, lui ont alors reproché d'être insuffisamment présente sur le terrain auprès de ces jeunes, en soirée notamment, et de ne pas s'impliquer suffisamment dans les dispositifs relatifs à la prévention de la délinquance. Pour autant, l'expérience montre que la multiplication des emplois d'animation et de médiation, qui ont localement une fonction pacificatrice tout à fait utile, ne suffira pas à résoudre les problèmes de fond qui se posent aujourd'hui dans ces territoires en cours de ghettoïsation, qui souffrent avant tout d'un déficit éducatif auquel il faudrait pouvoir remédier.

Sans doute conviendrait-il donc aujourd'hui, dans ces quartiers, que la prévention spécialisée renouvelle ses pratiques et trouve un mode d'articulation intelligent avec les acteurs de l'animation et de la médiation pour pouvoir mieux répondre, avec eux, aux problématiques éducatives liées à la "diversité". Il y a là, autour de ces questions de société déterminantes pour l'avenir de notre cohésion sociale, une opportunité à saisir pour elle qui pourrait lui permettre de retrouver une légitimité indiscutable auprès des maires.

LES DEFIS DE LA "DIVERSITE CULTURELLE"

Actuellement, tous les acteurs de terrain font le constat que beaucoup des compatriotes issus des immigrations maghrébines et africaines subsahariennes, trop souvent confrontés à l'échec scolaire et aux discriminations, sont dans une situation de désespérance sociale qui contribue à nourrir les replis communautaires et territoriaux, ainsi que les diverses formes de violence et de délinquance, que l'on observe, avec de plus en plus d'inquiétude, dans les banlieues.

On ne peut ignorer, depuis une étude réalisée par Sébastian Roché dans le département de l'Isère en 2002, qu'aujourd'hui environ les deux tiers des mineurs délinquants sont "d'origine étrangère". De même, depuis l'enquête de Farhad Khosrokhavar sur "l'islam carcéral", publiée en 2004, on sait que 50 à 80 % des détenus des établissements pénitentiaires proches des grandes agglomérations urbaines sont "musulmans". Cette situation, régulièrement illustrée par l'actualité médiatique, est préoccupante pour l'avenir de notre "vivre ensemble". Dans ces quartiers les équipes de prévention spécialisée doivent faire face à l'ethnicisation des relations sociales, au développement des conflits interethniques et aux diverses formes de replis communautaires. Elles doivent aussi, de plus en plus souvent, se positionner par rapport aux comportements de nombreux jeunes se référant au "religieux" en s'efforçant de concilier les injonctions de la commande publique (respect des valeurs républicaines, laïcité, égalité hommes/femmes, etc.) avec les réalités de terrain de quartiers où les habitants se vivent comme étant de plus en plus extérieurs à la société globale (violences endémiques, remise en cause de la mixité, développement d'un islam fondamentaliste et des églises évangélistes, etc.).

Cependant, sur ces questions difficiles, les équipes de prévention spécialisée disposent d'une expérience singulière, mais souvent mal connue, qui résulte de l'obligation qui leur est faite d'établir une relation de confiance avec leur public. Cela leur donne potentiellement beaucoup d'atouts pour pouvoir relever avec succès les défis de la "diversité culturelle". Sans dissimuler les difficultés auxquelles elles peuvent avoir à faire face, notamment pour répondre aux questionnements identitaires des jeunes ou pour valoriser les ressources spécifiques de leurs personnels issus de la diversité, elles sont en mesure de proposer et de mettre en oeuvre, localement, des réponses, modestes mais originales, à la crise de l'intégration que nous connaissons. En travaillant avec des familles, trop rapidement stigmatisées pour leur incapacité à empêcher les dérives délinquantes de leurs enfants, des équipes parviennent à construire des démarches éducatives adaptées aux problématiques des jeunes des cités. On observe également que leurs responsables, quand ils se positionnent en relation de proximité avec les élus et les différents acteurs locaux, permettent à ces derniers de mieux agir avec ces populations en manque de reconnaissance.

Compte tenu de sa familiarité, sur le terrain, avec la problématique de la diversité culturelle, la prévention spécialisée peut jouer un rôle important auprès de certains collèges, multi-ethniques, qui sont confrontés aujourd'hui à des phénomènes massifs de décrochage scolaire. Un partenariat entre le ministère de l'Éducation nationale et l'Assemblée des départements de France, autour du rôle que celle-ci pourrait développer en matière de prévention du décrochage scolaire et de soutien à la fonction parentale dans ces établissements, serait utile (dans la continuité des propositions du rapport du CTPS de mars 2008 "de la coopération entre les acteurs de l'institution scolaire et de la prévention spécialisée").

Sur un plan plus général, la prévention spécialisée gagnerait d'ailleurs à voir sa place confortée et renforcée dans le paysage des politiques publiques menées en direction des jeunes en difficulté dont une part très importante est "issue de l'immigration".

PROMOUVOIR LE DEVELOPPEMENT SOCIAL COMMUNAUTAIRE

Le défi sans précédent auquel nous sommes confrontés et qui nous a été révélé au grand jour par les émeutes de l'automne 2005, confirmé depuis par toutes celles qui les ont suivies, est de faire société avec nos jeunes compatriotes issus de notre immigration post-coloniale. Et de poursuivre, avec eux, la construction d'une société démocratique qui va être de plus en plus diverse et métissée dans une Europe à la démographie déclinante, en raison d'une immigration devenue un "médicament à vie", comme l'a dit très justement la démographe Michèle Tribalat. Et cela dans le contexte d'une fracture nord-sud appelée à durer, qui va rendre de plus en plus difficile une gestion maîtrisée des flux migratoires. Dans ce contexte, notre "communauté nationale" et les diverses "communautés de vie" sur les territoires urbains doivent désormais être clairement appréhendées comme des communautés hétérogènes, mixtes et diversifiées. Il nous faut renoncer définitivement à l'idéal ancien d'une société "républicaine" normalisée qui, si elle devait continuer à méconnaître les différences sous prétexte d'égalité, ne laisserait plus subsister, dans les quartiers sensibles, que des collections d'individus aux appartenances incertaines et régressives et des groupes ethniques ou religieux exaltant leurs différences.

Une approche sociale "communautaire", prenant en compte les diverses formes de "communautés de vie et de quartier", pourrait permettre aux populations concernées de s'engager dans la voie d'un développement social commun, avec leurs différences, plutôt que d'avoir à subir les contraintes et les dommages d'une régression communautariste telle qu'on peut l'observer actuellement dans beaucoup de quartiers en voie de ghettoïsation. Le travail social communautaire, au mieux ignoré, au pire stigmatisé, en France, pour des raisons idéologiques, mais développé dans le monde anglo-saxon, en Amérique du Sud et dans des pays émergents, considère que les hommes ne vivent et ne se développent qu'en "communautés". Il repose sur l'idée que le fait communautaire qui relie, naturellement, un groupe de personnes entre elles, sur un plan territorial, ethnique, culturel ou religieux, peut nourrir une certaine capacité collective d'initiatives qui seront bénéfiques à chacune d'entre elles. Il vise à renforcer le capital social du groupe et, par cela même, celui de chacun de ses membres qui seront alors moins isolés et plus solidaires entre eux pour accéder au logement, à l'emploi et, globalement, à une qualité de vie plus enrichissante.

Dans les quartiers en difficulté, il faudrait que le travail social communautaire vienne compléter le travail social individuel classique qui, trop souvent, enferme les individus les plus faibles dans des logiques d'assistanat en les laissant finalement assez démunis face aux multiples difficultés qui les submergent. Élus locaux, décideurs de terrain et nombre d'acteurs sociaux, souvent découragés, pourraient ainsi reprendre confiance dans les politiques publiques et mieux résister aux diverses formes de repli dans lesquelles tendent à s'enfermer les individus et les groupes les plus en difficulté. Dans une perspective de réduction des dépenses publiques, la réhabilitation du travail communautaire permettrait aussi d'agir mieux en dépensant moins.

Concrètement, il faudrait voir quelle forme de travail social et éducatif, plus collectif, pourrait être engagé avec les différents groupes ethniques et culturels issus de l'immigration, en cohérence avec les valeurs qui fondent notre pacte républicain. À cet effet, approches citoyennes et appartenances communautaires, qui ne sont nullement contradictoires, devraient cesser de s'ignorer. Nos minorités ethniques adhéreront plus facilement aux valeurs communes si nous savons reconnaître leurs particularités culturelles. Aujourd'hui, dans les quartiers ghettoïsés, un communautarisme de type sectaire, lié à l'intégrisme religieux, se construit contre la République parce que celle-ci s'obstine à méconnaître les identités ethniques et culturelles.

Par une utilisation intelligente du lien communautaire quand il existe, ou par sa reconstruction quand il a été détruit, des travailleurs sociaux formés à la prise en compte des problématiques ethniques, culturelles et religieuses pourraient contribuer à la construction d'une ingénierie sociale visant à restaurer de la confiance chez les populations en difficulté issues de l'immigration qui en sont singulièrement dépourvues aujourd'hui.

Compte tenu de son expérience et des initiatives prises récemment par certaines de ses équipes, la prévention spécialisée a vocation à nourrir ces réflexions sur le travail social communautaire. Elle devrait notamment réfléchir aux modalités de transposition en France de certaines actions menées aux États-Unis par les "entreprises communautaires" et par les "organisateurs de communautés" qui les animent. On peut rappeler ici que le président Barak Obama a été "organisateur de communautés" à Chicago, expérience dans laquelle il a puisé ses réflexions sur la société post-raciale développée dans son célèbre discours de campagne de Philadelphie.

UNE EXPERIENCE RICHE D'ENSEIGNEMENT

À Saint-Quentin, dans l'Aisne, une petite équipe de prévention spécialisée de l'Association départementale de sauvegarde a mené une expérience intéressante et riche d'enseignements avec la communauté sénégalaise de la ville qui pourrait être reproduite ailleurs, notamment en région parisienne, où la question "black" commence à se poser avec une certaine acuité.

Dans un quartier de la ville, les débordements de "jeunes Noirs", violents et délinquants, n'étaient plus supportés par leur environnement institutionnel et par les habitants. Pour pouvoir parler de ces questions avec les familles concernées, originaires d'un même village du Sénégal, les éducateurs ont d'abord cherché à gagner leur confiance. À cet effet ils se sont intéressés à un projet de développement, porté par des membres de cette communauté, visant à équiper en mobilier et en matériel médical une "case santé" qu'ils avaient financée antérieurement par leurs cotisations.

Pour l'équipe de prévention spécialisée, la recherche des moyens nécessaires à l'équipement de ce dispensaire a été un support éducatif, pour renouer le lien générationnel entre les jeunes et leurs parents, qui leur a permis d'établir une relation de confiance avec ces derniers. Ceux-ci vont alors les solliciter plus facilement pour qu'on les aide à résoudre les difficultés qu'ils éprouvent avec leurs enfants. Des rencontres pourront être organisées entre ces familles africaines et les divers acteurs locaux intéressés pour travailler ensemble les diverses obligations qu'implique la vie en France : les soins pour la petite enfance, la parentalité, la place des femmes, l'éducation des jeunes, etc.

De nature "communautaire", cette action a permis que des familles qui étaient stigmatisées pour leur incapacité à maîtriser les dérives de leurs adolescents retrouvent une capacité à se prendre en charge sans avoir à se réfugier, comme trop souvent, dans la dénonciation de la société française qui les aurait dépossédées de leurs enfants en faisant d'eux des délinquants. Ayant été "reconnues" dans leur singularité, elles ont accepté plus facilement les critiques qui pouvaient leur être adressées y compris celles de s'intéresser plus au développement de leur village d'origine qu'à l'avenir de leurs enfants en France. Elles ont pu échapper ainsi aux dérives "communautaristes" qui les menaçaient.

Une recherche-action menée, depuis 2005, par le Comité national de liaison des associations de prévention spécialisée pour l'est de la France (CNLAPS Grand Est) représente une démarche encore plus ambitieuse qui vise, elle aussi, à voir comment mieux travailler, dans les quartiers, avec les populations issues de l'immigration.

Ce projet a eu pour origine un séjour humanitaire organisé par des éducateurs de prévention spécialisée dans le cadre d'une opération de solidarité avec les victimes d'un tremblement de terre survenu près d'Alger en mai 2003. Des jeunes et des familles, originaires de cette région, avaient sollicité une équipe éducative pour que des actions soient mises en place pour venir en aide aux populations sinistrées. Des éducateurs, eux-mêmes d'origine maghrébine, ont participé activement à la préparation de ce séjour qui a permis de transporter sur place divers équipements. Les réunions préparatoires à ce voyage, puis le séjour en Algérie, ont été l'occasion d'échanges très riches entre les jeunes, leurs parents, et les éducateurs, avec beaucoup de questionnements réciproques. Ils ont rendu visible, pour l'équipe éducative, la complexité des liens qui peuvent exister, chez ces jeunes, entre construction identitaire, transmission intergénérationnelle et intégration sociale. C'est à la suite de ce séjour, qu'une démarche de recherche-action a été mise en place pour essayer de mieux comprendre, à partir de cet exemple algérien, les processus d'intégration des jeunes "issus de l'immigration". Une trentaine d'éducateurs de prévention spécialisée intervenant en Lorraine, dans les Ardennes et en Alsace y sont maintenant très impliqués depuis quatre ans.

Des groupes locaux d'action-recherche, constitués sur chacun des sites où interviennent les équipes de prévention spécialisée participant au projet, mènent un travail de fond d'investigation sur cette problématique. À cet effet ils n'hésitent pas à organiser des débats, au coeur même des quartiers, sur les questions "qui fâchent" (violences intrafamiliales, mariages forcés, répudiations, certificats de virginité, etc.). Ces débats, très suivis, auxquels sont invités tous les autres acteurs du quartier contribuent à rapprocher les intervenants sociaux des populations dont ils s'occupent et à faire évoluer leurs pratiques professionnelles auprès des personnes issues de l'immigration.

UNE OPPORTUNITE POUR SE RENOUVELER

On a pu reprocher à la prévention spécialisée de trop souvent magnifier son histoire en prenant le risque de vivre sur des acquis anciens inadaptés à la situation actuelle. L'investissement de certaines de ses équipes dans des projets de développement social communautaire, en phase avec la réalité pluriculturelle de la société d'aujourd'hui, montre qu'elle peut ne pas être prisonnière de son passé. Les exemples relatés ici très rapidement, comme d'autres moins connus, montrent que la prévention spécialisée peut redevenir un laboratoire d'idées expérimentant et valorisant, sur le terrain, des politiques publiques nouvelles en faveur des jeunes en voie de marginalisation.

Références

    Pour en savoir plus sur la prévention spécialisée :

  • Site du CNLAPS www.cnlaps.fr
  • Pour prendre connaissance des rapports du CTPS :

  • Site du ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Ville (espace famille)
    www.travail-solidarite.gouv.fr

Diversité, n°158, page 166 (09/2009)

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