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Diversité

III. Force des réseaux

La maison individuelle : chez moi loin des autres1

Pascale Legué, Anthropologue - pascale.legue@gmail.com

Habiter une maison individuelle : plus de 80 % des Français en expriment de désir. Cette maison, ils la rêvent au milieu d'un jardin, le plus loin possible de celle du voisin. Vivre seuls, isolés, est-ce leur désir ? Nullement. Dans les nouvelles maisons dites individuelles, on ne vit pas seul, mais en famille. La maison fait l'objet d'un véritable investissement symbolique.

Avec une maison individuelle comme résidence principale, on affirme la famille et on légitime la filiation, car on achète généralement pour abriter les enfants, présents et à venir. Mais si l'on vit à la maison, on est aussi beaucoup en dehors de chez soi où l'on construit sa vie sociale, pas nécessairement dans la proximité résidentielle. Le rapport à l'autre se joue donc à plusieurs niveaux : dans la maison, au sein de la famille, et à l'extérieur, avec le voisinage et au-delà. L'analyse des conceptions urbaines et architecturales des nouveaux lotissements à partir des modes d'habiter des habitants permet de saisir comment peuvent s'établir les relations aux autres dans et hors de la maison.

LA MAISON INDIVIDUELLE, REFLET D'UN JEU SOCIAL ET DE LANGAGE

Il se joue aujourd'hui un jeu de langage autour des termes signifiant l'habitation où l'on réside. Si les expressions "à la maison", "chez-moi" peuvent ne pas faire référence au profil du bâti, en revanche les termes tels que appartement, maison individuelle, pavillon, maisons accolées ou en bande, etc. signalent le style d'habitation et tendent aussi à traduire une histoire de l'habitat et un profil socio-économique. Ainsi, le mot pavillon tombe-t-il en désuétude car entaché d'une image négative associée au monde ouvrier et à la banlieue problématique. Actuellement, professionnels et particuliers lui préfèrent l'expression "maison individuelle". Elle traduit, selon eux, une image socio-économique positive, avec néanmoins un bémol : elle doit être en propriété et isolée sur son terrain. En effet, une forme de hiérarchisation sociale entre maison individuelle au milieu du terrain et maisons accolées (fréquemment HLM) s'opère, même si ces bâtis ont été construits dans un même lotissement, à la même période et que les revenus des uns et des autres sont proches. Ces maisons en bande, sorte de succédané de la maison individuelle véritable, sont fréquemment appelées "la cité" par les propriétaires résidant à proximité. Elles ne pourraient devenir un véritable "chez-soi", car accolées et donc non pleinement appropriables. Et, selon les professionnels, un tel produit ne serait pas "marchand" dans le contexte périurbain en émergence. Ainsi, l'image de la propriété, le "à soi" pour se sentir "chez-soi", a une valeur sociale forte qui se révèle dans le jeu linguistique mais aussi architectural et au-delà dans le dessin urbain.

UN URBANISME IMPACTANT LE MODE D'HABITER

L'urbanisme participe à cette image de la propriété. Les zones à bâtir (lotissements, ZAC, etc.) sont actuellement dessinées à 98 % sur le territoire français selon un schéma urbanistique relativement similaire (voie rectiligne, raquette, impasse). Ces projets, pour une grande majorité, paraissent faiblement prendre en compte le contexte sociologique, paysager et environnemental local. Peu d'études relatives à ces questions sont menées en amont des réalisations. Au final, les plans proposés laissent souvent le sentiment d'un copier/coller reproduit à l'infini qui se traduit par une forme urbaine uniforme et rigide : "[Pour cette maison], le garage est au sud. On ne peut pas tout corriger. On est souvent confronté aux paradoxes du lotisseur qui a imposé un accès au garage ici et là. Il y a une plantation du lotisseur qui est en place, souvent des érables, donc du matériel technique, le tout-à-l'égout, EDF, GDF, qui empêchent les accès au garage. Car l'étude de la maison vient après le stade terrain. On aurait pu inverser la maison sur le plan, il n'y a pas de souci au niveau manipulation. Aujourd'hui, ce n'est rien du tout [avec l'informatique]", ( un concepteur de plan).

Aux dires des professionnels rencontrés, ces schémas urbains se justifieraient légalement (PLU, POS2...). Le règlement du lotissement ne pourrait y déroger. Mais nombre de décisions sont à questionner. En effet, si l'implantation des maisons ebtre trois et cinq mètres du trottoir peut répondre à une obligation légale, rien ne justifie l'importante largeur des voiries qui légalement peuvent n'être que de trois mètres pour faciliter l'accès des véhicules (pompier, poubelle). La conception des espaces dits publics (place, placette, impasse) n'est pas plus justifiée d'autant que, le plus souvent, le piéton (surtout avec poussette), le cycliste ou le handicapé sont faiblement pris en compte. En outre, la faible flexibilité de cette organisation urbaine conditionne le découpage des parcelles, l'implantation des maisons et donc l'usage de l'espace privé tant à l'intérieur que dans le jardin et sur la terrasse.

L'ESPACE PUBLIC, UN STATUT MAL DEFINI AU REGARD DE L'USAGE

Le statut légal des espaces hors propriété individuelle dans ces zones à bâtir est souvent mal défini. Espace privé lors de l'aménagement du lotissement, ils peuvent devenir espace public après un certain délai suite à un accord entre l'aménageur et la commune. Celle-ci en assumera ensuite la gestion physique et économique.

La pratique que les habitants ont de ces espaces dits publics (voiries, espaces verts...) dans les zones résidentielles nouvelles exprime une certaine indifférence quant à leur statut légal. En effet, privé ou public, les résidants manifestent un même sentiment de "propriété" relatif aux espaces "publics" composant leur lotissement, même s'ils n'en ont aucun usage. Ils disent y être "chez eux" et l'autre, n'y logeant pas, n'est pas invité à y pénétrer sans y avoir été convié. Les résidences construites sur le principe de l'enfermement spatial semblent favoriser cette attitude.

Dans les faits, l'espace public3 de ces zones résidentielles est inexistant contrairement à ce qui se joue dans les coeurs anciens des villages. Les places, placettes, rues, espaces verts, sorte d'interstices urbains, sont souvent désertés ou faiblement appropriés par la communauté résidentielle. Au mieux, les adultes vont-ils y garer leur voiture même s'ils n'y sont pas autorisés. Seuls les enfants - ou les chiens - peuvent parfois les "utiliser". Cette privatisation symbolique de l'espace dit public est encore plus marquée aux abords des maisons avec une appropriation plus formelle du devant-de-chez-soi : "On gare toujours notre voiture au même endroit, là, devant notre fenêtre. Personne d'autre s'y met", ( un habitant).

La privatisation-appropriation du devant de chez soi demeure néanmoins relativement partielle. Les habitants n'étant pas réglementairement autorisés à transformer l'espace dit public attenant à leur propriété, ils n'osent pas rompre avec les codes sociaux et esthétiques donnés par leur communauté résidentielle.

Comme on le voit, l'expression espace public recouvre des réalités légales et pratiques différentes, parfois contradictoires. Il serait nécessaire de les redéfinir lors de la conception d'une zone résidentielle et ainsi faire en sorte que l'espace public ne soit pas seulement un élément de décor sans vie, mais qu'il acquière, à nouveau, son sens, qu'il soit un espace ouvert à l'autre, à l'usage de tous, même ceux qui ne résident pas dans ces lieux.

LA MAISON-AU-MILIEU-DU-TERRAIN : UNE DEMANDE DES HABITANTS ?

Les nouveaux acquéreurs de maison individuelle souhaitent majoritairement l'implantation de leur maison-au-milieu-du-terrain pensant ainsi se protéger des intrusions extérieures et voisines. Ce modèle, présenté comme idéal depuis longtemps par les institutions et les professionnels, est culturellement intégré par les particuliers. Les règles d'urbanisme comme les règlements de lotissement participent à cette coutume, sinon même en renforcent les contraintes.

"C'est obligatoire d'avoir 4 m sur un côté. Côté garage, on voulait se coller au voisin, mais la réglementation l'interdisait", ( un architecte).

"Mais moi, mon souhait, c'était de faire le tour de ma maison, je ne voulais pas de mitoyenneté", ( un client).

Le discours des constructeurs et des aménageurs traduit combien toute modification d'un tel modèle leur fait craindre de perdre ce marché et remettrait en cause leur propre culture urbaine de l'habitat individuel : "Les gens, ils veulent leur maison au milieu du terrain et si on ne propose pas cela, on risque de pas vendre", ( un aménageur).

La maison idéale est donc au milieu du terrain avec l'idée qu'ainsi l'intimité familiale serait protégée. Néanmoins, les formes urbaines actuelles répondent faiblement à cette demande. En effet, les maisons étant "à l'alignement" et à une même distance du trottoir (3-5 m selon les PLU), elles sont souvent au même niveau et les espaces personnels sont peu préservés, principalement le jardin et la terrasse. Dès lors, pour se protéger des regards extérieurs, les habitants clôturent leur terrain dès leur entrée dans leur maison, outrepassant souvent les interdictions réglementaires. La tendance au repli sur soi de chaque groupe domestique s'exprime lorsqu'ils disent vouloir être "tranquille chez eux" : "Les gens ici [lotissement des années 1990 avec maison au milieu du terrain], c'est constamment des conflits à cause des voitures et entre les voisins alors on monte des murs dans le jardin pour être tranquille chez nous", ( un propriétaire).

Dans ces nouvelles zones d'habitat, les habitants disent souvent être originaires "d'ailleurs ou de nulle part" et connaissent peu, sinon pas, ceux qui habitent leur nouvelle commune. Le choix du terrain pour sa nouvelle maison se fait au regard du prix du foncier, et non en fonction des proximités familiales et amicales ou même professionnelles.

"On est venu là pour le prix du terrain",(un propriétaire).

Dans la commune, ces relations se construisent au fil du temps, mais en priorité dans le strict voisinage, entre maisons aux jardins accolés ou celles situées "en face" (à peine trois à quatre maisons). L'habitant du "quartier d'à côté" (parfois la rue adjacente à la sienne) ne semble déjà plus être un voisin. On le connaît à peine. Surtout, les relations de voisinage s'opèrent par tranche d'âge et en fonction du groupe social d'appartenance. Ainsi, elles se constituent beaucoup par rapport aux enfants. Les jeunes couples avec enfants en primaire se fréquentent, mais disent ne pas connaître les familles avec adolescents.

La commune ne constitue pas un groupe d'interconnaissances. Les liens semblent rares entre les habitants des nouvelles résidences et ceux de l'ancien village. Dans ces communes, du fait d'un émiettement urbain, il existe une pluralité de quartiers indépendant les uns des autres. Les liens urbains (trottoirs, rues ou ruelles) ne sont généralement pas pensés et conçus. Les habitants des nouveaux lotissements ont une faible identité communale, surtout si les deux parents de la famille travaillent. Leurs relations intracommunales sont restreintes, la commune faisant office de ville-dortoir. Pour ces derniers, l'essentiel des relations sociales se fait à l'extérieur, pour beaucoup dans le cadre professionnel. Leur inscription aux activités proposées par le comité d'entreprise de même que la fréquentation des commerces les invitent à vivre en dehors de leur village.

Pour les enfants et les jeunes en revanche, les liens intracommunaux et interquartiers se bâtissent fortement, à l'école surtout, dès qu'ils acquièrent assez d'autonomie pour se déplacer seul (à pied, en vélo). L'école primaire en est le principal ferment. Il n'y a pas de distinction relationnelle entre enfants d'anciens et de nouveaux résidants. Le bus scolaire pour les collégiens favorise aussi une ouverture relationnelle vers d'autres tranches d'âge et avec les jeunes des communes limitrophes. Et ainsi, par le biais de l'école primaire et des activités de loisirs, les relations entre parents sont renforcées. Mais l'obligation à la mobilité fragilise ce vécu intracommunal. Chaque déplacement en dehors des bus scolaires se fait en voiture et limite l'autonomie, principalement celle des adolescents et jeunes adultes non motorisés.

Dans ces communes, pour ces habitants, l'important demeure la maison. Mais si le projet est d'y vivre protégé du monde extérieur, la conception urbaine et architecturale de ces nouvelles zones d'habitat prend faiblement en compte les véritables modes d'habiter à l'intérieur de ces logements. L'organisation de ces maisons non seulement préserve peu l'intimité de chaque membre de la famille mais ne renforce pas non plus la convivialité familiale. Ainsi, la séparation jour-nuit actuellement prônée, fruit d'une conception architecturale présentée comme "classique", ne semble pas tenir compte de la réalité des pratiques quotidiennes des adultes et des enfants dans leurs chambres. En effet, si la chambre des parents et des enfants ont en commun le terme qui les désigne, l'usage comme les temporalités de vie dans ces pièces ne sont pas toujours similaires. La chambre des parents s'inscrit principalement dans une logique nocturne, avec une nuance lorsqu'un ordinateur (Internet) y est installé. Celle des enfants se vit le jour comme la nuit, mais selon des temporalités et des spatialités qui ne sont pas similaires pour le bébé ou l'adolescent. On voit donc que la multiplicité des pratiques tend à remettre en cause la pertinence de cette séparation jour-nuit. Et surtout, la distribution des pièces de même que la circulation dans la partie chambre "espace nuit" préserve faiblement les territoires individuels comme lieux d'intimité. La réponse à ce problème peut être spatiale en distribuant les chambres sur d'autres principes, mais devrait surtout être technique. Une mauvaise isolation phonique est fréquemment évoquée : "On entend tout. Et quand le matin, je me lève à 5 heures pour travailler, j'ai peur de les réveiller en allant dans la salle de bain", ( des habitants).

L'INTIME ET LA DISTANCE

Préserver l'intime, favoriser la convivialité, voilà le rôle de la maison. Si la télévision dans la salle de séjour peut participer aux retrouvailles, bien que les ordinateurs en individualisent l'usage, la cuisine demeure le coeur de la maison, mais son vécu est conditionné par la surface et la position dans le logement que le concepteur lui octroie. La cuisine est considérée par les professionnels comme une pièce de service et non une pièce à vivre.

Et pourtant : "Écarter l'enfant de la cuisine, c'est le condamner à un exil qui l'éloigne de rêves qu'il ne connaîtra jamais. Les valeurs oniriques des aliments s'activent en en suivant la préparation" (G. Bachelard, 1984).

L'enfant, comme les autres membres de la famille en dehors de la cuisinière - c'est la femme qui tient principalement ce rôle - sont aujourd'hui écartés de la cuisine. Trop petite dans les maisons individuelles modestes, la cuisine n'est plus une pièce à vivre avec sa table, ses chaises pour y manger, dessiner, faire les devoirs, jouer, discuter, mais aussi cuisiner... En effet, tout semble pensé pour devoir s'y tenir debout. Cette cuisine manque de volume, sinon même de respiration, parfois même de luminosité. Elle est pleine comme un oeuf, tous les outils doivent y être contenus (machines diverses, vaisselles) : "La cuisine, j'ai des amis, ils ont cassé la cuisine de 6 m2 en longueur. Ils ne peuvent pas y manger. Pour un F4, c'est pas logique", ( un habitant en maison HLM).

Ainsi, que ce soit dans la maison ou en rapport avec l'extérieur, un jeu permanent se crée entre le désir et le besoin d'être seul et le désir de partager avec l'autre, proche et lointain. L'urbanisme et l'architecture proposés dans ces nouvelles maisons sont à questionner car ils disent répondre à la demande des habitants, mais ne concordent pas nécessairement avec la réalité de leurs vécus.

La conception actuelle de la maison individuelle prend faiblement en compte la réalité des modes d'habiter ordinaires. L'habitant doit s'adapter à l'organisation de l'habitation qui lui est imposée. Le processus inverse, qui serait d'adapter la maison à son mode de vie et à ses évolutions, semble peu envisagé. Cette conception, codifiée selon le principe sociétal bourgeois du couple avec deux à trois enfants, tient peu compte des évolutions des groupes familiaux qui se composent et se décomposent. Ce bâti manque de flexibilité dans son organisation comme pour la fonction des pièces. Il manque aussi de malléabilité pour ce qui est des matériaux. Pourquoi les logements anciens, de style Haussman, pourraient-ils être transformés et pas ces nouveaux bâtis ? Si l'organisation intérieure de la maison est primordiale, sa relation avec l'extérieur est majeure. L'urbanisme influe sur les modes d'habiter.

"La société dominante essaye d'inculquer ses normes et ses valeurs autant aux producteurs qu'aux utilisateurs"(Françoise Ségalen, 1993). Cette phrase éclaire ce qui se déroule aujourd'hui en matière d'urbanisation en France.

Références bibliographiques

  • BACHELARD G. (1984) La Terre et les rêveries de la volonté , Paris, José Corti.
  • CHOMBART DE LAUWE P.-H.(1959) "Famille et Habitation", in Vol.I., Sciences Humaines et conceptions de l'habitation. Paris, Éd. CNRS.
  • CLARISSE C. (2004) Cuisine, recettes d'architecture, Paris, Éditions de l'Imprimeur.
  • KAUFMANN J.-C. (1992) La Trame conjugale. Analyse du couple par son linge, Nathan, Essais et recherches.
  • LEFEBVRE H. (1979) (1er éd. 1966) Préface de L'habitat pavillonnaire, Paris, Centre de recherche d'urbanisme.
  • LEGUE P. (2006) "La maison individuelle. Un idéal de vie ?", in Informations sociales. n° 130 (Familles et villes), p . 28-36.
  • LEGUE, P. (2004) Comment vit-on dans les nouveaux quartiers ? La Rochelle, d. CAUE 17.
  • SEGALEN M., LE WITA B. (1993) Chez-soi. Objets et décors : des créations familiales ? Autrement. Mutations.

(1) Cet article est le fruit d'études ethnologiques menées sur l'habitat individuel dans diverses régions françaises qui ont nourri mes écrits sur le sujet. La population rencontrée appartient majoritairement à la catégorie socio-économique "petite bourgeoisie" (INSEE). Ces habitants sont propriétaires ou locataires (HLM) dans des maisons qui ont toutes été récemment construites.

(2) Plan local d'urbanisme, Plan d'occupation des sols...

(3) L' espace public représente dans les sociétés humaines, en particulier urbaines, l'ensemble des espaces de passage et de rassemblement qui sont à l'usage de tous, soit qu'ils n'appartiennent à personne (en droit, par exemple), soit qu'ils relèvent du domaine public.
En droit public français, le domaine public est l'ensemble des biens (immeubles ou meubles, la domanialité publique des meubles étant controversée) appartenant à l'État, à des collectivités locales et à des établissements publics et affectés à une utilité publique.

Diversité, n°157, page 198 (06/2009)

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