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Diversité

III. Force des réseaux

La Maison de l'éducation de Dunkerque

Anne-Sophie Benoît, Directrice de l'enfance et de la jeunesse,
Yves Morelle, Directeur de la Maison de l'éducation, ville de Dunkerque.

Dunkerque1 s'est rapidement inscrite dans les différents dispositifs contractuels existants pour lutter contre les inégalités sociales, notamment dans les zones d'éducation prioritaire. En étroite collaboration avec l'Éducation nationale et l'Aduges - association loi 1901 qui a reçu délégation de la ville pour gérer les équipements sociaux - elle a mis en place des actions d'accompagnement scolaire.

La Maison de l'éducation a été créée en 1992 avec le statut d'association régie par la loi du 1er juillet 1901 et le décret du 16 août 1901. Elle est gérée par l'Ageme (Association de gestion de la maison de l'éducation) fruit d'un partenariat soutenu avec les différents acteurs de la communauté éducative contre l'exclusion scolaire.

En matière d'accompagnement scolaire, l'harmonisation et la mise en cohérence des initiatives et la coordination des nombreux partenaires ont fréquemment été source de tensions, voire de concurrence avec l'école. L'accompagnement scolaire a toujours en effet renvoyé l'école à ses propres difficultés, l'obligeant à cheminer plus ou moins spontanément vers une nécessité d'articulation avec les collectivités et associations, celles-ci arguant d'une plus grande proximité avec les familles et à une diversification des contenus plus attrayants et moins scolaires, pour justifier leur intervention positive dans le paysage de l'accompagnement scolaire.

Parallèlement à ce constat, la lutte contre l'échec scolaire a toujours été une priorité affichée par l'Éducation nationale et à plus forte raison par les communes qui y ont consacré des dépenses importantes et ont mis en place des dispositifs d'accompagnement scolaire innovants et complémentaires à l'école traditionnelle, aux côtés d'activités déployées par les associations, bénéficiant de financements publics (CLAS) et régies par la charte de l'accompagnement à la scolarité créée en 1992 et révisée en 2001.

UN PROJET AMBITIEUX...

Située au coeur du Banc-Vert, dans un quartier difficile, la Maison de l'éducation avait pour mission initiale de développer essentiellement des actions auprès des familles et des enfants en difficulté scolarisés en réseau d'éducation prioritaire. Elle disposait alors d'une petite équipe de trois personnes : deux salariés de la mairie de Dunkerque, chargés l'un de l'accueil et l'autre du secrétariat, un salarié de l'Éducation nationale, enseignant et responsable pédagogique de la structure, et trois accompagnateurs scolaires, vacataires de l'Ageme.

Les orientations pédagogiques de la Maison de l'éducation ont été discutées et mises en place avec les partenaires institutionnels afin qu'il existe une adéquation entre la politique sociale et éducative de la mairie de Dunkerque et l'Éducation nationale. Celles-ci ont été prises à partir des textes officiels et notamment :

  • La loi d'orientation de juillet 1989,
  • La lutte contre la violence en milieu scolaire et renforcement des partenariats (15 octobre 1998)
  • La charte de l'accompagnement scolaire de 1992, révisée en 2001
  • La circulaire du 10 mai 1990 relative à l'activité extra et périscolaire,
  • L'aménagement des temps et des activités de l'enfant : mise en place du Contrat éducatif local et des rythmes périscolaires, circulaire du 9 juillet 1998,
  • La lettre circulaire n° 190 de la Caisse nationale d'allocations familiales du 26 juillet 1999.

Dès le début de sa création, la Maison de l'éducation a affiché l'accompagnement scolaire comme étant l'une de ses priorités, organisant des activités d'accompagnement à destination des élèves du primaire et du secondaire. Après une phase d'observation nécessaire pour élaborer une stratégie adaptée au contexte local, il a été constaté que les difficultés des enfants étaient souvent liées aux situations socio-économiques des familles :

  • Manque d'espace et de possibilité de s'isoler pour travailler ;
  • Problème linguistique des parents ;
  • Incapacité momentanée (très rarement permanente) des familles à s'occuper du suivi scolaire de leurs enfants ;
  • Manque de repères, méconnaissance de l'institution scolaire et difficultés parfois de compréhension de la commande de l'école.

Ce diagnostic réalisé, la Maison de l'éducation a construit une méthodologie de l'accompagnement scolaire respectant les principes de la charte nationale de l'accompagnement scolaire pour favoriser le travail des enfants, grâce à la mise en place de supports innovants : le développement de l'inventivité, de la curiosité et de l'esprit scientifique par l'expérimentation, l'aptitude à la communication par l'utilisation des nouvelles technologies de l'information et de la communication, la connaissance de son corps et sa maîtrise par diverses activités physiques et sportives et l'éducation à la santé (rencontres sportives interquartiers, découverte et initiation aux sports encadrés par des sportifs de haut niveau : hand-ball, danse et activités ponctuelles sur l'hygiène, la sécurité et la santé), le développement de la sensibilité et de la créativité par l'accès aux pratiques artistiques et culturelles (club théâtre, sortie spectacle au Bateau-feu, club d'arts plastiques, dessin avec l'école régionale des beaux-arts).

Parallèlement, la Maison de l'éducation a agi en faveur d'une aide au travail personnel en créant des lieux de ressource et d'aide au travail individuel. Elle a apporté son aide à la construction des projets personnels et a mobilisé notamment les moyens d'information disponibles concernant les métiers.

Dans un souci d'implication des parents dans la réussite scolaire, elle a initié des stages ayant pour but de les informer sur les différents problèmes liés à l'équilibre de l'enfant et aux problèmes scolaires, ainsi que des activités d'ordre culturel.

L'accompagnement scolaire n'étant pas l'école après l'école, la Maison de l'éducation a veillé à ce qu'il s'agisse d'une activité complémentaire des apprentissages dispensés à l'école. En ce sens, elle a développé des activités éducatives fondées sur le jeu et qui permettent de développer ou débloquer certains mécanismes de l'apprentissage. Actuellement, les enfants peuvent s'initier au jeu d'échecs (travail sur la stratégie et le raisonnement logique), jeu des chiffres et des lettres (travail de calcul mental, vocabulaire et orthographe), mots croisés sous forme ludique, etc.

EN ÉVOLUTION...

Bien que forte de dix années de fonctionnement et d'expérience, la Maison de l'éducation a subi au fil des années certaines turbulences. Fragilisée par la succession des responsables et confrontée aux nouvelles mesures de l'Éducation nationale, dans le cadre de la réforme de l'école primaire, et aux actions mises en place en faveur des collèges prioritaires, élargies aux écoles prioritaires, elle a dû se donner, à partir de l'année 2008, de nouvelles ambitions, non plus concentrées sur les territoires de l'éducation prioritaire, mais à l'échelle du territoire de Dunkerque, voire de l'agglomération.

Dans un paysage déjà morcelé et pour le moins fourni, est venu s'inscrire dans un premier temps, l'accompagnement éducatif instauré dans les collèges d'éducation prioritaire lors de l'année scolaire 2007-2008 (BO n° 28 du 11 juillet 2007) généralisé à tous les collèges à la rentrée 2008 et aux écoles inscrites dans le même dispositif (BO n° 25 du 19 juin 2008 et circulaire n° 2008-081 et n° 2008 du 5 juin 2008) et, dans un deuxième temps, l'aide personnalisée éducative. Conçu pour les collégiens et élèves volontaires, le premier dispositif comporte trois volets distincts : l'aide au travail scolaire, la pratique sportive et la pratique artistique ou culturelle. Il est dispensé à raison de 2 heures, 4 jours par semaine, tout au long de l'année scolaire, généralement en fin de journée, après la classe.

Quant au second dispositif, mis en place à la rentrée 2008, il est destiné aux enfants volontaires qui rencontrent des difficultés ponctuelles. Il est donc organisé en dehors des 24 heures hebdomadaires d'enseignement et sur les temps périscolaires, le matin, le midi ou le soir, à raison de 2 heures par semaine.

Face à ce panel de nouvelles mesures, auxquelles on ajoutera les études surveillées assurées par les enseignants, les ateliers périscolaires mis en place par la ville, les aides aux devoirs organisées par les maisons de quartier propres à l'Aduges, la Maison de l'éducation a engagé un nouveau travail en réseau. Elle a réuni à nouveau, à ce titre, l'ensemble des acteurs de la communauté éducative, pour redéfinir une stratégie de pilotage et étendre le concept et l'influence de cette structure à l'ensemble du territoire de la ville.

Il a donc fallu reconsidérer les différents points de vue et compétences de chacun des membres de la communauté éducative. Une réflexion systémique et une prise en compte globale des responsabilités de tous les acteurs et des changements politiques dans le domaine éducatif ont sous-tendu l'élaboration de ce projet.

Ce dernier s'appuie aujourd'hui sur le constat que la lutte contre l'échec scolaire ne peut se faire isolément, mais bien en mutualisant les compétences, en valorisant le rôle de chacun et en favorisant la communication entre les différents acteurs éducatifs. Il n'est plus, en effet, d'actualité de considérer que seule l'école instruit, que seule la famille éduque et que seule la collectivité territoriale peut accompagner ou suppléer à l'effort d'éducation. C'est en considérant ces trois lieux d'éducation et en les rattachant au temps de l'enfant que l'un et l'autre des acteurs peuvent devenir efficaces auprès de l'enfant et organiser globalement la lutte contre l'échec scolaire et social. Il s'agit bien de construire un triangle vertueux, celui de la réussite, avec ses trois sommets définis, tels la famille, l'école et les autres acteurs (collectivités territoriales et associations).

L'action de cette trilogie devait être garantie par un pilote, gardien à la fois de l'ambition partagée et des altérités de chacun. La Maison de l'éducation, structure non territoriale et non institutionnelle, mais partenariale pouvait naturellement tenir ce rôle délicat de lien entre toutes les attentes et initiatives éducatives sur un même territoire.

C'est ainsi que son projet s'articule aujourd'hui :

  • à travers trois orientations :
    • Définir, promouvoir et porter,
    • Initier, répondre et favoriser,
    • Former, mettre à disposition et innover,
  • sur trois pôles :
    • Une structure de pilotage,
    • Un lieu d'accueil et d'écoute,
    • Un pôle de ressources, de formation et d'innovation,
  • en direction de trois publics :
    • Les écoles et les structures éducatives,
    • Les familles et leurs enfants,
    • Les enseignants et les animateurs éducatifs.

On peut alors parier que seule la prise en compte des besoins des trois types de publics apparaît de façon évidente comme la méthode la plus efficiente et la plus cohérente dans la dynamique d'une politique éducative locale.

Il s'agit bien de donner à la Maison de l'éducation la coordination globale du projet, sur un même territoire et de lui donner ainsi la responsabilité de :

  • Se présenter comme la structure fédératrice et de pilotage en mettant en réseau et en l'animant l'ensemble des acteurs d'une même communauté éducative (ainsi, elle peut aider les élus à imaginer et mettre en oeuvre une politique éducative globale adaptée aux besoins du territoire et de ses habitants et porter celle-ci dans chacune des actions initiées par chacun et être le garant de la cohérence des initiatives) ;
  • Devenir le lieu d'accueil et d'écoute de tous les éducateurs, parents, enseignants et éducateurs associatifs (n'étant ni territoriale, ni institutionnelle, elle peut faire valoir sa neutralité et son accessibilité permanente auprès de tous, enfants et éducateurs, et avancer une expertise liée à ses compétences professionnelles et relationnelles, fruits du lien fédérateur qu'elle entretient entre tous les partenaires) ;
  • S'affirmer comme pôle de ressources, de formation et d'innovation ; non pas pour prendre la place de l'existant, mais bien pour concentrer des savoirs et des compétences en un seul lieu afin d'apporter son aide, la qualité et la légitimité de tous les intervenants dans le champ de l'éducation et de valoriser les talents de chacun.

Ainsi, la Maison de l'éducation peut, toujours avec une volonté d'agir sur l'ensemble des acteurs et de façon systémique :

  • Organiser des temps forts d'information et de débat autour de sujets posant question sur le plan de l'éducation, pour dynamiser la communauté éducative ; des sessions de formation en direction des animateurs-éducateurs associatifs pour assurer un service de qualité égale sur l'ensemble du territoire ; des temps d'écoute, de partage et de recommandations auprès des parents pour leur permettre d'assurer pleinement et le plus sereinement possible leur parentalité ; des représentants de parents d'élèves au sein des conseils d'école primaire pour leur donner les moyens de jouer complètement leur rôle au sein de l'école ;
  • S'inscrire, en tant qu'expert, dans la production de documents de référence dans le domaine de l'éducation ;
  • Répondre, en tant qu'intervenant reconnu, aux besoins des autres structures éducatives (ex : Maison 3D, structure éducative traitant du développement durable) dans l'élaboration de documents pédagogiques ;
  • Proposer des temps d'éducation qui ne peuvent s'inscrire dans celui de l'école, avec la nécessité d'être plus innovant et répondre ainsi à des besoins précis (ex : sessions d'immersion en langue étrangère en direction des secondaires ou ateliers de communication en langue française pour les parents ne maîtrisant pas le français...).

Loin de diviser ou de rivaliser avec les initiatives déjà mises en place, elle fonctionne aujourd'hui parce que tous les acteurs poursuivent le même objectif, à savoir la poursuite de la réussite scolaire associée à l'épanouissement de l'enfant. Elle a créé une coopération éducative entre les parents, les enseignants, les élus et les associations qui doit, parfois, déboucher sur la conclusion de conventions ou pactes engageant les signataires sur des objectifs à atteindre.

L'action de la Maison de l'éducation repose sur la confiance de tous les partenaires qui ont accepté de se rencontrer, d'échanger leurs points de vue, de confronter leurs éventuelles oppositions, mais aussi leurs convergences, pour aboutir à un véritable projet partenarial de territoire. Ce projet est aussi transversal, largement discuté et débattu en amont entre tous les acteurs derrière lesquels tous se retrouvent, et permet de dépasser les clivages.

La concertation entre tous les acteurs permet de clarifier le champ de responsabilités des uns et des autres et d'éviter les superpositions.

Il reste cependant que le chemin est long et qu'il n'est pas linéaire. Le groupe partenarial qui a été constitué devra poursuivre sa lutte contre les idées toutes faites, pour s'attacher à créer des liens entre des secteurs souvent trop cloisonnés. Relever ce pari c'est participer à la création d'un nouveau territoire d'expression et de communication.


(1) Ville du nord de la France de 70 000 habitants, coeur d'une agglomération de 210 000 habitants et forte d'une population de 8 000 enfants scolarisés dans 61 écoles publiques et privées.

Diversité, n°157, page 190 (06/2009)

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