Le réseau Canopé Le portail educ-revues
 
Diversité

II. Des jeunesses

5 questions à Patricia Sitruk

Entretien avec Patricia Sitruk (directrice générale du Fasild) .

Patricia Sitruk, vous êtes directrice générale du Fasild1. L'année 2006 est celle de l'égalité des chances. Comment le Fasild contribue-t-il à cette grande cause nationale ?

Le Fasild participe activement à cette grande cause nationale, à plusieurs niveaux, et prépare ainsi l'année européenne de l'égalité des chances de 2007. Sous l'égide d'Azouz Begag, ministre délégué à la promotion de l'égalité des chances, l'établissement organise les rencontres de l'égalité des chances dans plusieurs régions sur des thèmes aussi variés que l'éducation, les femmes, la vie associative ou la diversité culturelle. Ces rencontres sont des lieux de réflexion, d'échange de bonnes pratiques et de propositions. Une rencontre nationale à Paris fera la synthèse de ces réunions en région avant l'été.

L'établissement soutient également le collectif Égalité des chances présidé par l'écrivain Daniel Picouly. Ce collectif rassemble dix-huit associations nationales ou locales et coordonne leurs activités sur la question. À titre d'exemple, l'association Cercle d'action pour la promotion de la diversité (CAPDIV), membre de ce collectif, organise, dans le cadre de cette grande cause nationale et avec notre soutien, deux journées de rencontre qui portent notamment sur la question du traitement de la question noire et des minorités. D'autres initiatives, comme la création d'un spot audiovisuel et une semaine de mobilisation, sont également prévues et seront soutenues par l'établissement.

Quelles sont les lignes directrices de l'implication ou de l'intervention du Fasild en matière de promotion de la diversité culturelle ? Quelles sont les actions concrètes engagées par l'établissement que vous dirigez ?

La promotion de la diversité culturelle et la lutte contre les discriminations sont intimement liées. Il s'agit de prévenir les discriminations en luttant contre les représentations négatives, en mettant en valeur l'histoire et la mémoire de l'immigration, ainsi que les apports culturels des pays d'émigration.

C'est ainsi que, en 2004, le Fasild a mené avec le Haut Conseil à l'intégration une réflexion sur la question de la diversité dans les médias. Cette réflexion, qui a pris la forme d'un colloque national regroupant les dirigeants des principaux médias, commence à donner des résultats très encourageants.

Nous venons également de renouveler l'accord-cadre qui nous lie à France 3. Cet accord nous permet de mobiliser la force de frappe de la télévision pour instiller davantage de diversité dans les médias et continuer à agir sur les représentations attachées aux étrangers ou supposés tels. Depuis quatre ans, la Semaine de la diversité de France 3 connaît une réussite d'audience de plus en plus affirmée.

Par ailleurs, l'établissement continue à soutenir la future Cité nationale de l'histoire de l'immigration, à la fois musée national de cultures vivantes et instrument pédagogique qui met en évidence l'apport de l'immigration à la culture française.

Ce type de soutien n'est naturellement pas exclusif. Le Fasild poursuit également son soutien aux acteurs associatifs de la sphère culturelle.

Le Fasild conduit-il des actions spécifiques en direction des jeunes, notamment pour faciliter leur insertion professionnelle ?

Le maillon problématique sur lequel l'établissement travaille depuis quelques années est celui de l'articulation entre l'école et le monde de l'entreprise.

La question ne se pose pas de la même manière selon qu'il s'agit de jeunes diplômés ou non et selon qu'elle est abordée en amont ou en aval de la sortie sur le marché de l'emploi.

L'opération "Objectifs stages" répond à une partie de la question. Ce dispositif s'attelle à la question de l'accès des élèves aux stages obligatoires, quels que soient leur origine, leur adresse, leur milieu social ou leur réseau relationnel. Cette action est menée en partenariat avec l'Éducation nationale et le Médef.

L'établissement soutient par ailleurs la Mission emploi quartiers de l'ANPE. Il s'agit d'une plate-forme nationale lancée par l'ANPE dans le but de rapprocher de l'emploi les diplômés de moins de 26 ans résidant en zones urbaines sensibles. D'ores et déjà, de grands groupes comme Accor, Air France, la Poste ou Suez se sont engagés à recruter via cette plateforme.

En outre, l'établissement soutient des associations telles que l'Afip (Afrique insertion professionnelle), l'Afij (Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés), Africagora, Phénix, pour un programme de suivi individuel et de parrainage des étudiants issus de milieux culturels défavorisés, l'objectif étant de leur fournir les connaissances et le capital culturel et relationnel pour leur ouvrir de nouvelles perspectives.

Au-delà de l'action spécifique de l'établissement en direction des jeunes, l'axe des discriminations à l'emploi constitue une priorité au sein du Fasild dans le cadre de partenariats qui peuvent notamment prendre la forme d'accords-cadres et de chartes signés avec le secteur public ou privé.

Dans le secteur privé, par exemple, des actions sont menées auprès d'entreprises comme Adecco, Eiffage, la SNCF, avec le soutien d'opérateurs tels que la Face, Maghreb Ressources humaines, l'Afij, afin de rapprocher les demandes des entreprises de l'offre existant sur le marché.

S'agissant du secteur public, l'établissement a travaillé sur tous les mécanismes de discriminations systémiques, en particulier avec le service public de l'emploi et avec les opérateurs confrontés aux phénomènes de discriminations. Le principe qui sous-tend nos actions n'est pas moral : les discriminations sont une aberration économique et sociale.

L'avenir des jeunes migrants est lié à leur insertion dans l'école et notamment à l'apprentissage de la langue. Quel partenariat le Fasild a-t-il noué avec l'Éducation nationale à cet effet ?

Deux précisions à ce propos : les enfants de migrants nés et sociabilisés en France ne sont pas des migrants. Les enfants migrants peuvent être francophones ou non francophones et les réponses à apporter doivent tenir compte de cette distinction. Par ailleurs, l'insertion des jeunes dans l'école est primordiale pour les primo-arrivants, les enfants de migrants, comme pour tous les enfants.

Dès 2001, le Fasild a signé un accord-cadre avec le ministère de l'Éducation nationale, accord déjà décliné dans plusieurs régions et qui montre bien l'importance que nous accordons à la situation des enfants nouvellement arrivés en France. Le principe de cet accord-cadre repose sur trois idées simples qui sous-tendent toutes les actions de notre établissement. D'abord, le Fasild n'intervient pas à la place de l'Éducation nationale, mais en complémentarité avec elle. Ensuite, le but de notre intervention consiste justement à mobiliser et à organiser les relais vers les dispositifs de droit commun. Enfin, notre intervention porte évidemment sur l'accompagnement des publics, mais vise également à sensibiliser et à former ceux qui sont en charge de ces publics.

Cet accord-cadre se traduit par une série d'actions qui s'inscrivent dans une perspective éducative et culturelle d'ouverture au monde des élèves, qui renforcent les capacités des parents à jouer leur rôle d'éducateurs et à nouer des relations avec les acteurs de l'école ainsi qu'à celles concourant à la formation des acteurs de l'accompagnement à la scolarité. Une attention particulière est apportée aux actions contribuant à l'égalité entre jeunes filles et jeunes garçons et à la valorisation de la mixité. Le dispositif des contrats locaux d'accompagnement à la scolarité (CLAS) est articulé avec le programme de réussite éducative résultant du plan de cohésion sociale.

Certaines directions régionales du Fasild développent des actions en faveur de l'accès à l'emploi des jeunes, en Rhône-Alpes par exemple. Pouvez-vous nous dire quels en sont les grands axes ?

En déclinaison du programme d'intervention du Fasild pour l'année 2006, chaque direction régionale développe des actions en faveur de l'accès à l'emploi des jeunes. Il s'agit d'un axe prioritaire de l'établissement, qui s'articule autour des trois axes du parrainage, de la création d'activité économique et du rapprochement entre les jeunes et l'entreprise. Ainsi, déjà en 2005, presque un million d'euros a été consacré au soutien du dispositif de parrainage. Ce dispositif a concerné 251 réseaux et touché 9 367 jeunes et 5 208 parrains.

En Rhône-Alpes, par exemple, l'Afij mène une action sur sept départements au profit de 250 jeunes diplômés des zones urbaines sensibles. Cette action d'envergure permet, grâce à un accompagnement individualisé et à la mobilisation d'un réseau de professionnels et d'experts, d'accéder à l'emploi.

(1) Le Fonds d'action et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations est un établissement public à caractère administratif qui a pour mission de favoriser sur l'ensemble du territoire l'intégration des populations immigrées ou supposées telles et de lutter contre les discriminations dont elles peuvent être victimes. Cf. le site : www.fasild.fr.

Diversité, n°146, page 125 (09/2006)

Diversité - 5 questions à Patricia Sitruk