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Diversité

II. Des jeunesses

L'école et les mobilités en ville

Un mode de distanciation au quartier

Emmanuelle Santelli, chargée de recherche au CNRS, détachée à l'INED (Institut national d'études démographiques),
Aude LEGUBE, assistante de recherche à l'INED.

Les jeunes des cités1 sont généralement perçus comme intrinsèquement liés à leur quartier de résidence, quartier qui agit d'ailleurs sur leur construction identitaire2. Il s'agit de comprendre de quelle manière le rapport au quartier résulte d'une histoire dont les mobilités entreprises à l'occasion du parcours scolaire peuvent être les témoins.

Selon le niveau scolaire et les filières suivies (courtes, longues, spécialisées...), les jeunes des cités ont une expérience de la ville et, par conséquent, des franchissements sociaux, très différents. Car, à travers le parcours scolaire, c'est l'ensemble des espaces urbains fréquentés, de leurs éventuels effets sur les trajectoires (accentuation de la ségrégation résidentielle, ressources ou contraintes de la vie dans le quartier, aspirations à quitter le quartier, etc.), qui est saisi.

Bien plus qu'un cheminement spatial, le chemin parcouru par ces jeunes entre le quartier et le lieu de la scolarité est aussi une expérience sociale. Être scolarisé dans un établissement du centre-ville aura, par exemple, des incidences sur la construction de leur univers de référence.

L'objet de cet article est donc d'articuler les effets des mobilités, à l'occasion des déplacements scolaires, au type d'attachement que ces jeunes entretiennent au quartier à l'âge adulte. Cette recherche, réalisée auprès d'une cohorte de jeunes Français d'origine maghrébine3 issus d'un quartier périphérique de l'agglomération lyonnaise4, a pour particularité de s'intéresser à tous ces individus qui ont vécu un événement semblable pendant la même période : le fait de grandir dans le quartier retenu.

Cependant, cela ne signifie pas que, au moment de l'enquête, ils constituent un groupe homogène et localisé à un endroit unique. À partir d'une situation ou d'un état commun dans l'enfance, quel est le devenir de ces jeunes, âgés aujourd'hui de 20 à 29 ans?

DE L'ECOLE PRIMAIRE AU LYCEE, DU QUARTIER A LA VILLE

Le parcours scolaire induit un véritable "trajet" dans l'espace urbain. Les jeunes débutent par l'école primaire, située au coeur du quartier, puis ils sont conduits, à partir du cycle secondaire, à s'éloigner, à appréhender de nouveaux espaces urbains, et donc sociaux. La fréquentation de ces établissements provoque la confrontation à d'autres univers sociaux, à d'autres jeunes, plus ou moins semblables, selon les types d'orientation choisis (ou subis).

Cette mobilité scolaire est à l'origine de l'acquisition de nouvelles références sociales et symboliques qui, peu à peu, peuvent entrer en conflit avec les normes et les valeurs en vigueur dans le quartier. Il s'ensuit, au fur et à mesure qu'ils vieillissent, des rapports plus ou moins distanciés au quartier selon les jeunes.

Lors des premières années d'école primaire, les liens d'interconnaissance se créent. Ces liens permettent d'élargir et de renforcer les amitiés nées dans la petite enfance. Avec l'entrée au collège, le cercle d'interconnaissance s'élargit. C'est également à ce moment-là que la confrontation aux autres enfants se fait plus nette : avec ceux des autres immeubles du quartier, mais surtout ceux qui résident à proximité du quartier5 et dont les caractéristiques sociales et familiales tranchent avec leur univers quotidien (une partie de ces enfants résident dans des villas, ils disposent d'un confort insoupçonné jusqu'alors, ils ont leur chambre par exemple, leurs parents paraissent aisés, etc.).

Au lycée, la scolarité se poursuit souvent en dehors du périmètre scolaire. Ainsi, plus des trois quarts des jeunes scolarisés dans un lycée d'enseignement professionnel l'ont été dans un établissement se situant hors de la commune de résidence, ainsi que près de la moitié des jeunes scolarisés dans un lycée d'enseignement général. Par ailleurs, certains d'entre eux ont fréquenté, à un moment ou à un autre de leur parcours scolaire, le plus souvent au lycée, un établissement privé.

Si les départs en direction de ces établissements professionnels sont plus nombreux, en comparaison aux élèves du lycée général, en revanche, les jeunes des lycées professionnels se retrouvent parmi une population plus homogène socialement. La distance spatiale peut être plus forte, mais la proximité sociale également grande, car ces lycées accueillent proportionnellement plus d'enfants des classes populaires et d'origine étrangère. L'adaptation se fait alors facilement, les élèves ne ressentant pas un fort décalage avec leur univers quotidien, même si le fait de se déplacer, de prendre le bus, de traverser la ville... est aussi l'occasion d'accéder à de nouveaux univers de référence.

Les jeunes qui poursuivent dans un lycée général vont soit dans le lycée du périmètre scolaire (dans la commune) ou dans un lycée du centre-ville, plus prestigieux. Ce choix est alors volontaire, motivé par la volonté de prendre une option spécifique (généralement la langue arabe). Dans les deux cas, ces jeunes font part de leurs difficultés d'insertion dans des univers scolaires qui leur réservent bien des surprises, tant les codes sociaux et les attitudes attendues divergent de ceux en cours dans le quartier. D'une part, les résultats scolaires ne sont pas à la hauteur de leurs espérances : en comparaison à ce nouveau public d'élèves, leur niveau scolaire paraît plus faible. D'autre part, ils se sentent isolés et ressentent une forme de marginalité : ils font partie du groupe minoritaire des enfants de parents étrangers et/ou ouvriers. Cela se matérialise par différents indicateurs : la qualité des vêtements, le lieu de résidence, l'absence d'argent de poche, etc.

Deux ou trois ans leur sont souvent nécessaires pour s'approprier de nouveaux codes, adopter de nouvelles manières, dans le rapport au langage et au corps principalement, pour être reconnus et parvenir à intégrer ces nouveaux réseaux amicaux. Parallèlement, l'accès à ces nouveaux univers de référence et les transformations qui en découlent marquent leur rupture avec le quartier.

Mais tous les jeunes ne sont pas concernés indistinctement ; ils sont en situation inégalitaire pour accéder aux territoires sociaux situés en dehors du quartier. L'un des critères majeurs repose sur leur "excellence scolaire".

UNE ACCESSIBILITE DIFFERENCIEE AUX ESPACES URBAINS

Les filles, les bons élèves (pour les garçons, il s'agit en particulier de ceux qui ont passé un DUT ou poursuivi dans une école d'ingénieurs) et les jeunes qui, à l'adolescence, ont quitté le quartier à l'occasion d'un déménagement familial sont ceux qui, le plus souvent, ont été conduits à fréquenter les espaces urbains éloignés du quartier. Ces trois catégories de jeunes ont pour point commun d'avoir appréhendé, dès l'adolescence et de manière régulière, l'extérieur du quartier.

Se soustraire aux pressions du quartier

Le rapport à l'espace social du quartier à l'adolescence comporte une forte dimension sexuée.

Les filles cherchent alors à fréquenter d'autres espaces pour se soustraire aux pressions du quartier qui ne permettent pas de se comporter à leur guise (fumer, flirter avec leur petit copain, fréquenter des groupes mixtes, se maquiller, etc.). Et si elles éprouvent elles aussi ce clivage entre des mondes sociaux différenciés (entre l'intérieur et l'extérieur du quartier), elles sont souvent plus aptes à y faire leur place. Pour elles, ce cheminement vers de nouveaux espaces sociaux se fait même sans avoir poursuivi des études au-delà du secondaire, car même les jeunes femmes qui poursuivent dans l'enseignement professionnel perçoivent, à travers leur expérience de la ville, la possibilité d'accéder à "autre chose", d'y puiser une forme de reconnaissance.

L'accès à ces nouveaux territoires sociaux est le plus souvent synonyme d'un nouveau mode d'affirmation de soi. Ces jeunes femmes éprouvent de nouvelles manières d'être, développent des savoir-faire qui vont pouvoir être mobilisés au profit de leur parcours personnel et professionnel. Il apparaît d'ailleurs clairement que les filles sont plus nombreuses à signaler leur fréquentation du centre-ville et, plus encore, à se rendre chez des amis qui habitent hors du quartier de résidence. C'est pourquoi, par exemple, certaines filles ont choisi de poursuivre leur scolarité en dehors du périmètre scolaire à partir du lycée. Il s'agit pour ces jeunes femmes de s'extraire du quartier, de ses réseaux sociaux et, du même coup, d'accéder à autre chose de plus valorisant. Et quand, dans un premier temps, l'établissement professionnel leur apparaissait loin du domicile (et qu'elles semblaient subir cette orientation), elles s'en sont souvent réjouies par la suite.

Pour leurs loisirs aussi, quand elles en ont la possibilité, les filles préfèrent quitter le quartier...

Les garçons, eux, s'y retrouvent ; ces pratiques de sociabilité masculine sont d'ailleurs valorisées par leur entourage6. Leurs attaches avec le quartier sont plus fortes, et ils ressentent souvent un malaise dans le nouveau monde social qu'ils découvrent, qui se poursuivra souvent dans le monde professionnel, notamment pour ceux qui n'ont pas eu accès au cycle supérieur7.

Leur fréquentation d'autres espaces sociaux reste alors relativement restreinte et le mode d'affirmation de soi largement emprunté aux modèles en vigueur dans le quartier. Ces pratiques les disposent à une moindre reconnaissance de la part du plus grand nombre, s'ils ne parviennent pas à opter pour les codes en vigueur dans l'univers social qu'ils fréquentent.

L'investissement dans les études

Les jeunes scolarisés au lycée puis dans le supérieur ont la possibilité de se familiariser avec les nouvelles pratiques et les normes rencontrées dans ces établissements, a fortiori quand ils accueillent une population différente de leur univers quotidien (enfants de milieux populaires et/ou immigrés). Les amitiés nouées avec les nouveaux copains sont l'occasion d'explorer la ville, d'accéder à un nouveau mode de vie, et les jeunes profitent alors de leur plus grande autonomie - déplacements en bus ou à pied - pour se "laisser guider" vers ces nouveaux territoires. Même quand les horaires sont contrôlés, notamment pour les filles, ils disposent de petites marges de liberté par rapport aux horaires de classe : minutes "volées" pour vivre autre chose que la vie de quartier. L'expérience de la ville et, à travers elle, d'autres manières de vivre (dont les rapports de genre sont un exemple), sont accessibles pour tous ceux qui poursuivent des études dans le cycle secondaire et universitaire. Cette découverte se fait souvent, dans un premier temps, à la marge, presque de manière clandestine, notamment pour les filles, puis de manière de plus en plus affirmée au fur et à mesure qu'ils avancent en âge et affirment de nouvelles aspirations.

Le niveau scolaire et l'acquisition de diplômes sont donc des facteurs déterminant la propension à fréquenter de nouveaux espaces urbains, à sortir du quartier. Ainsi, les plus démunis (en titre scolaire, en qualification professionnelle, et par conséquent financièrement) sont aussi les plus immobiles. Leur courte scolarisation ou la fréquentation d'établissements scolaires professionnels socialement homogènes (au sens d'une population jeune recouvrant des critères semblables aux leurs) ne leur a pas véritablement permis d'être confrontés à des univers sociaux différents de celui du quartier. Quand il leur arrive de fréquenter des espaces du centre-ville (notamment commerciaux), comme la rue de la République ou la Part-Dieu, mais aussi la place du Pont (quartier ancien du centre-ville qualifié de "quartier arabe de Lyon8"), c'est en groupe (avec les copains du quartier), de manière ponctuelle et le plus souvent pour un besoin particulier (l'achat d'une tenue ou une coupe de cheveux, par exemple).

L'observation nous permet de constater qu'il ne s'agit pas de leur univers quotidien, et qu'ils s'y sentent mal à l'aise. Leur absence ou leur présence furtive (le temps de satisfaire un besoin) dans un quartier comme la place du Pont montre que l'explication est moins ethnique que sociale. En effet, ce sont leurs caractéristiques sociales qui produisent cette mise à distance vis-à-vis de tout ce qui ne constitue pas leur univers familier, et non la "dimension ethnique". En découle alors un sentiment d'exclusion lors des contacts avec l'extérieur du quartier. C'est en effet, en premier lieu, la confrontation des valeurs et pratiques issues du quartier aux normes des autres espaces sociaux qui met à mal le système de référence de ces jeunes. Autrefois valeurs de référence dans le quartier, certaines réactions spontanées se soldent par des échecs à l'école ou dans le monde du travail. Ces jeunes éprouvent alors leur altérité du fait d'une méconnaissance des règles régissant les espaces sociaux dans lesquels ils doivent désormais évoluer.

Le franchissement des frontières de l'espace de résidence, loin de permettre l'accès à d'autres univers sociaux, devient à l'inverse, pour ces jeunes, synonyme de relégation (symbolique et réelle) dans le quartier.

Une socialisation familiale propice à la prise de distance avec le quartier

L'histoire familiale et sa trajectoire résidentielle constituent un élément essentiel à la compréhension des déplacements de ces jeunes dans l'espace urbain, et de leur propension à se sentir à l'aise dans d'autres univers que celui du quartier. Un peu moins de la moitié des jeunes enquêtés ont vécu toute leur vie dans le quartier : ils n'ont pas connu d'autre espace résidentiel9. Cependant, au fil des années, un tiers des familles ont quitté le quartier, préférant vivre dans un autre environnement urbain, en particulier en accédant à la propriété privée (la moitié des parents qui ont quitté le quartier est devenue propriétaire), ou plus généralement, en accédant à un logement en dehors de "la banlieue10". Ainsi, ce peut être la famille le premier vecteur d'une ouverture à d'autres horizons, en particulier quand elle est inscrite dans un processus de mobilité sociale (concrétisé ou non), ou si elle introduit dans l'espace familial des pratiques propices à cette mobilité. C'est en particulier le cas des familles qui cherchaient à s'échapper du quartier, le temps des vacances ou de sorties dominicales, voire qui interdisaient ou limitaient la fréquentation du quartier à leurs enfants : pour ces derniers, il n'était pas possible à la sortie de l'école de "traîner dans le quartier".

Quand le déménagement est intervenu alors que ces jeunes étaient encore des adolescents, ils ont pu se constituer de nouveaux points de repère, développer de nouveaux liens d'amitiés. Ce passage à de nouveaux univers d'appartenance est flagrant en comparaison avec ceux dont le déménagement familial est récent et qui, faute d'y être insérés, continuent de venir dans le quartier, de passer de longs moments avec leurs copains pour oublier le malaise qu'ils éprouvent dans leur nouvelle vie.

Aujourd'hui, tous ces jeunes sont issus d'un même quartier, mais ils développent à son encontre un attachement spécifique selon leur histoire. Les éléments précédents nous invitent, au gré des mobilités (notamment scolaires), à comprendre comment s'élabore ce lien et, plus largement, le processus de définition de soi. En effet, le regard porté à l'âge adulte sur le quartier est fortement corrélé à la manière dont le parcours social (relationnel, scolaire, professionnel) s'est déroulé, et, à travers lui, comment les groupes d'appartenance et de référence11 se sont formés.

Les parcours de ces jeunes soulignent une tension à laquelle ils sont confrontés en permanence, selon le lien qu'ils entretiennent au quartier, ses frontières et leur possibilité de les franchir, ou non - qui distingue fortement les jeunes entre eux. Car la vie dans le quartier révèle les contradictions entre les groupes d'appartenance et les groupes de référence pour trois catégories de jeunes.

Premièrement, on distingue les jeunes ancrés spatialement et symboliquement dans le quartier (la ségrégation est ici forte et les échanges avec l'extérieur du quartier sont réduits). Dans ce groupe de jeunes, les groupes d'appartenance et de référence coïncident plus ou moins, même si, bien entendu, ces jeunes aspirent à quitter le quartier (et à accéder à d'autres univers/groupes de référence) ; ce désir révèle une telle violence symbolique que le repli sur le quartier est la seule issue (le groupe de référence est phantasmatique).

Deuxièmement les jeunes qui, tout en étant présents dans le quartier, ont rompu symboliquement avec le quartier (de nouvelles formes d'échange se sont mises en place, qui restent cependant contraintes par leur localisation dans le quartier). Pour ces jeunes, on assiste à une dissociation très nette entre le groupe d'appartenance et le groupe de référence : continuer d'appartenir au quartier suscite une souffrance sociale d'autant plus vive que leur groupe de référence leur a permis de se construire d'autres projections. Quitter le quartier permettrait de concrétiser l'accès à ces références qu'ils se sont appropriées, formant ainsi la base de leurs nouveaux groupes d'appartenance.

Troisièmement, les jeunes qui ont quitté spatialement et symboliquement le quartier (une frontière sociale a été franchie, leur mode de vie s'en trouve modifié). Ils sont parvenus à accéder à de nouveaux groupes de référence, aidés en cela par leur départ du quartier et les ressources à leur disposition ; ils arrivent de fait à intégrer de nouveaux groupes d'appartenance.

Dans tous les cas, la vie dans le quartier laisse ses empreintes et démontre le caractère symbolique de l'appartenance. Car vivre en dehors du quartier, du lieu premier de la "socialisation", c'est aussi se dévoiler, c'est prendre le risque d'être confronté à des choix permanents dans divers registres de la vie quotidienne, d'être soumis à de nouvelles normes (langagières, vestimentaires, culinaires, culturelles ; par exemple, respecter ou non le ramadan).

Le départ, ou même la rupture symbolique, nécessite donc d'apprendre, de s'approprier et d'incorporer d'autres codes, de franchir bien des frontières. En prenant garde à ne pas oublier que la frontière n'est pas un fait spatial, avec des conséquences sociologiques, mais un fait sociologique qui prend une forme spatiale12.

Références bibliographiques

  • AMRANI Y. ET BEAUD S., 2004, Pays de malheur ! Un jeune de cité écrit à un sociologue, Paris, La Découverte.
  • BEGAG A., 1997, Place du Pont ou la Médina de Lyon, Paris, Autrement.
  • DAVAULT C., 1994, in C. Baudelot et G. Mauger (éd.), Jeunesses populaires, les générations de la crise, Paris, L'Harmattan.
  • MERTON R. K., 1997 (1re éd. 1957), Éléments de théorie et de méthode sociologique, Paris, Armand Colin.
  • SANTELLI E., 2002, "Les jeunes et leur quartier : vers une nouvelle approche", Agora Débats/jeunesses, n° 27.
  • SANTELLI E., 2004, "Les trajectoires socioprofessionnelles d'une cohorte de jeunes adultes français d'origine maghrébine", Migrations-Études, n° 121, mars.
  • SIMMEL G., 1999 (1re édition 1908), Sociologie. Études sur les formes de la socialisation, Paris, Puf.

(1) Au sens des jeunes résidant dans les quartiers populaires des agglomérations urbaines. Il est sous-entendu, le plus souvent, qu'ils sont d'origine étrangère et précarisés.

(2) Cf. à ce propos le témoignage de Y. Amrani qui a échangé avec le sociologue S. Beaud, 2004.

(3) Cf. E. Santelli, 2002 et 2004.

(4) Il s'agit d'un quartier composé de logements sociaux qui fait l'objet des procédures de la politique de la ville depuis plus de dix ans.

(5) Les jeunes enquêtés ont très majoritairement été scolarisés dans l'un des deux collèges relevant du périmètre scolaire du quartier.

(6) Ces écarts de pratiques entre filles et garçons sont également à l'origine de l'investissement différencié à l'école, comme le montre C. Davault in C. Baudelot et G. Mauger (éd.), 1994. Pour les jeunes hommes, l'enjeu se situe au niveau du réseau de sociabilité dans le quartier et des codes de l'honneur qui en découlent. Mais ajoutons que cette image positive qu'ils ont d'eux-mêmes (en référence à leur système de valeurs) ne fonctionne que dans le cadre du quartier, espace somme toute limité, qui révèle ses limites dès lors qu'ils se confrontent à l'extérieur.

(7) Les seuls qui semblent y échapper sont ceux qui ont poursuivi les études les plus longues et valorisées.

(8) Cf. A. Begag, 1997.

(9) On remarque que les femmes et les plus diplômés ont moins souvent passé toute leur vie dans le quartier que les hommes et les moins diplômés. Les hommes sont, de manière significative, sur-représentés parmi les jeunes qui vivent toujours dans le quartier, de même que ceux dans les situations les plus précaires.

(10) Il est difficile de dresser un portrait type des familles qui partent ou, au contraire, de celles qui demeurent dans le quartier. Néanmoins, il semble que ce sont parmi les familles où les enfants sont en situation les plus stables, les plus diplômés, que l'on relève le plus grand nombre de départs. À l'inverse, les familles où l'enquêté et/ou ses frères et soeurs sont au chômage, sans diplôme, sont celles qui restent le plus dans le quartier.

(11) En référence aux notions développées par R. K. Merton dès 1957, rééd. 1997.

(12) G. Simmel, 1908, rééd. 1999. Les exemples contemporains proposés par Lilyane Deroche-Gurcel, dans la préface à la traduction française de Simmel, pour illustrer les effets (pervers) des différentes formes de frontières, paraissent tout à fait emblématiques de cette difficulté à réaliser le passage d'un espace social à l'autre.

Diversité, n°146, page 111 (09/2006)

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