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Discours prononcé par Maria do Pilar Almeida e Silva

Congrès international des villes éducatrices
Lyon, 15 septembre 2006

Maria do Pilar Almeida e Silva, secrétaire de l'éducation de la ville de Belo Horizonte (Brésil), présidente de l'Union nationale des directeurs de l'éducation

"Mesdames et messieurs, je vous salue au nom du maire de Belo Horizonte, Fernando Pimentel, que je représente, et en mon nom propre.

Tout d'abord, je dirai que parler des droits et de la place de l'enfant dans la ville au Brésil, c'est traiter d'une grande contradiction.

En effet, dans nos grandes villes, les enfants ne peuvent plus profiter des espaces urbains, ils ont perdu le droit de profiter de la rue comme espace de socialisation, terrain de découvertes. Et les enfants que nous rencontrons dans les rues nous font peur : à leur approche, nous fermons les vitres de nos voitures ou faisons appel à la police.

Les familles aisées enferment leurs enfants dans des espaces luxueux, engagent des compagnies de sécurité, inscrivent leurs enfants dans des écoles privées. Elles empêchent ainsi leurs enfants de rencontrer d'autres enfants, d'autres cultures, d'autres modes de vie et, entretenant la méfiance envers les écoles publiques, elles accroissent les préjugés et la ségrégation.

Les familles pauvres, elles, s'enferment dans leurs maisons : victimes de la violence, des bagarres de gangs et des trafiquants, elles restent sans défense pour affronter l'insécurité urbaine.

L'enfant et la diversité : tel est au contraire, depuis 1993, le projet de la municipalité de Belo Horizonte. Nous voulons développer une politique d'intégration, résolument démocratique, qui abrite la discussion républicaine et prévoie des espaces "pour tous" ; "pour tous"... comme le "droit de tous". L'école brésilienne a été étatique, mais elle n'a pas été publique. La politique de la municipalité de Belo Horizonte vise à transformer les espaces étatiques en espaces républicains.

Au Brésil, la loi fédérale prévoit que l'éducation, pour les enfants et les jeunes jusqu'à 14 ans, soit de la responsabilité municipale. Malgré le fait que les lois fédérales garantissent l'enseignement public pour tous jusqu'à l'âge de 17 ans, il n'y a de la place pour tous que dans l'enseignement primaire (de 6 à 14 ans). L'éducation de la petite enfance et l'enseignement secondaire ne prennent pas tous les enfants en charge, et notamment pas les enfants les plus pauvres. Nous cohabitons avec les préjugés et la méfiance que de nombreuses familles portent à l'enseignement public. Pourtant, tel n'a pas toujours été le cas. Dans les années 1960 et 1970, beaucoup de jeunes attendaient des places ou tentaient d'entrer dans une école publique. L'école publique brésilienne, considérée alors comme de qualité, était gratuite ; elle ne faisait néanmoins pas la place à tous, elle n'était pas républicaine, et les élèves qu'elle accueillait étaient en grande partie des enfants de la classe moyenne.

Les mouvements sociaux ont garanti une école pour tous les enfants brésiliens de 6 à 14 ans, mais nous nous battons néanmoins pour assurer la permanence de ce droit. La lutte contre l'échec scolaire et la fuite vers le privé a pour nous une relation directe avec la lutte contre les inégalités, cette honteuse distribution des revenus qui a beaucoup à voir avec l'augmentation de la violence urbaine.

Belo Horizonte est la cinquième plus grande ville du pays. En 1998, nous fûmes pourtant la première ville brésilienne à inclure les enfants de 6 ans dans l'enseignement primaire, pourtant obligatoire selon la loi pour tous les Brésiliens. Cette question est pour nous prioritaire, parce que l'éducation dès la petite enfance est plus qu'un droit, elle ouvre la possibilité d'un meilleur parcours scolaire. Ces deux dernières années, nous avons quasiment triplé l'offre d'éducation de l'enseignement primaire. Nous sommes en train de construire des écoles modernes, prioritairement dans les zones de vulnérabilité sociale ; nous créons la charge d'"éducateur de l'enfance" ; nous offrons une alimentation adéquate et du matériel scolaire...

L'éducation, comme droit pour tous les citoyens, permet le développement. Lorsque nous parlons des droits et de la place de l'enfant dans la ville au Brésil, nous ne parlons pas seulement des actions du ministre de l'Éducation. Belo Horizonte est connue pour avoir élu l'éducation comme moyen de transformation de la vie des citoyens.

Cela est rendu possible grâce à des actions planifiées et partenariales, dans une mise en oeuvre qui va plus loin que l'éducation dans la seule salle de classe : projets de parcs d'intégration, travail historique sur la mémoire, santé familiale, participation au budget, restaurants populaires...

Nous travaillons avec le concept de la ville éducative et avec la proposition de garantir les activités éducatives, culturelles, communautaires, scientifiques et sportives à temps complet pour les enfants et les adolescents, en utilisant tout le potentiel de la ville. Cela réfère autant à l'infrastructure qu'aux associations publiques et privées et aux ONG. Actuellement, près de 60 000 enfants et adolescents participent à Belo Horizonte à des activités extra-scolaires.

En parallèle, nous avons un projet baptisé "Famille-école". Il s'agit d'une politique qui travaille en amont de tous les autres projets et vise à faire prendre conscience des droits de l'enfant et de l'adolescent, pour que ces droits soient réellement garantis.

Nous ne voulons pas enlever les enfants à la rue, nous voulons au contraire les lui rendre. Rendre aux enfants des espaces urbains et des rues propres, sûres, jolies et accueillantes.

Comme disait l'éducateur brésilien Paulo Freire : les enfants dans les rues doivent être une motif de joie et non de peur."

Diversité, n°147, page 141 (12/2006)

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