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Diversité

III. Comment transmettre la culture ?

Interview : Dynamique culturelle à la Belle de mai

Gérard PUIMATTO

Entretien avec Emmanuel Vergès (directeur de Zinc, espace culture multimédia) .

GERARD PUIMATO Emmanuel Vergès, vous êtes un des acteurs du développement culturel de ce que l'on a longtemps appelé la friche de la Belle de mai. Est-ce que vous pourriez nous expliquer les conditions dans lesquelles cette dynamique culturelle a émergé et quel en a été l'impact sur la population des jeunes des quartiers de Marseille ?

EMMANUEL VERGES C'est une dynamique qui date du début des années 1990, au moment où la municipalité a impulsé à Marseille un très fort développement culturel. L'adjoint à la culture d'alors a demandé à deux directeurs de théâtre de réfléchir à la possibilité de développer un espace culturel sur le modèle des friches. C'est un mouvement culturel du milieu les années 1970 qu'il avait rencontré dans le nord de l'Europe et qui correspondait à la recherche d'une alternative culturelle, sociale, artistique, politique, etc.

Sur Marseille donc, à la friche de la Belle de mai, un pôle de développement culturel se crée avec l'ambition de changer le dispositif des politiques culturelles classiques. Il ne s'agit pas d'ouvrir un lieu de plus dans lequel on accueillerait les artistes, mais un lieu dans lequel puisse se créer, entre autres avec des artistes, une politique de production culturelle qui accueille des producteurs, qui eux-mêmes accueilleraient des artistes, et qui eux-mêmes auraient un rapport au public afin que tous ensemble se mettent en synergie pour travailler sur la question du social, de l'urbain, de l'économique, etc. C'est une dynamique qui émerge quand on parle de démocratisation culturelle et qui correspond à ce que Philippe Fouquier appelle une troisième dimension culturelle. Elle se situe dans des espaces où les publics sont amenés à fabriquer leur propre culture et non dans des espaces où les publics viennent consommer, consulter, être spectateurs de culture.

Les mouvements des MJC depuis les années 1960 portaient cette idée d'amener des gens à une pratique culturelle, mais ce n'était que dans la pratique, c'est-à-dire qu'on séparait toujours fortement amateurs et professionnels. L'idée des friches consiste à essayer de faire exploser les frontières entre amateurs, professionnels, artistes, public, ville, dans les différentes typologies d'espaces urbains, etc. Au milieu des années 1990, l'architecte Jean Nouvel a pu ainsi développer un projet urbain autour de l'idée Belle de Mai. On est dans un type de dispositif qu'on ne voit apparaître nulle part ailleurs. Je pense qu'il est issu des dynamiques qui ont été développées à Grenoble, par exemple, dans le cadre de la politique de la ville ; ce sont des acteurs assez isolés, même s'ils se mettent en réseaux, qui développent, qui innovent autour d'une plate-forme artistique et culturelle dans laquelle on trouve une radio et des salles de spectacle dans lesquelles les gens font du théâtre, de la danse, de la vidéo...

Pour répondre à la seconde partie de la question, je dirais que, étant une plate-forme, la friche n'est pas un lieu de proximité, mais un lieu en proximité, un lieu qui est dans la ville et qui est destiné à l'ensemble des Marseillais et, plus largement, à l'ensemble des gens qui veulent investir cet espace.

Bien évidemment, en s'installant à la friche de la Belle de mai, on a incidemment fait muter le quartier qui irrémédiablement a changé et n'est plus ce qu'il était il y a quinze ans, y compris avec une augmentation du prix du foncier. Petit à petit, la proximité s'est donc plutôt envisagée comme la responsabilité d'accompagner, avec les habitants, l'évolution du quartier de la Belle de mai.

GP L'implantation sur le quartier d'un certain nombre d'acteurs importants des industries culturelles avec l'appui de politiques publiques puissantes va-t-elle dans le sens de l'intégration entre usagers et acteurs ou renforce-t-elle plutôt une séparation ? Contribue-t-elle ou pas à un rapprochement des oeuvres et de leurs destinataires ?

EV Je suis à la fois perplexe et optimiste à ce sujet et je me dis qu'il reste des choses à faire. Si l'on veut accentuer ces circulations, ces liens, il faudrait que les gens arrivent à travailler ensemble ; pour l'instant, ce pôle a été constitué en trois îlots donc pensé dans la logique de la séparation des activités. Dans l'entité historique, autour du pôle culturel et du pôle auteur, il fallait et il faut toujours qu'il y ait une coordination globale, qu'il y ait une pensée du site. Perplexe encore, parce que les deux autres îlots sont des îlots fermés, même si l'Institut national de l'audiovisuel (INA) et les archives, surtout les archives municipales, se sont ouvertes aux quartiers. C'est dans la mesure où ces lieux vont s'ouvrir petit à petit que l'on réussira à faire des choses ensemble, ou tout au moins, ce que j'espère, à faire aller nos projets dans le même sens.

GP Si je vous entends bien, les convergences entre les acteurs culturels traditionnels de la friche et les industries culturelles qui s'installent restent à construire ?

EV Oui, elles restent à construire, parce que les pratiques culturelles ne sont pas du tout liées à la fréquentation des lieux culturels. Il y a eu un tel développement d'un parc matériel de consultation, de production de culture, de biens et d'objets culturels, que ce soient les lecteurs DVD, les iPOD et autres lecteurs MP3, et bien évidemment déjà auparavant les cassettes, la caméra vidéo, etc., il y a eu une telle démocratisation des outils de la consommation, de la diffusion et de la production, des outils culturels, que nous devons considérer les choses sous un autre angle. Je pense que l'on n'a pas beaucoup avancé sur la façon dont on est capables - industries culturelles et acteurs de la culture - de penser à redonner ensemble de l'importance aux lieux collectifs et aux pratiques individuelles, alors qu'elles sont toujours perçues comme des pratiques amateurs. On ne parvient pas à discuter de ce que produisent ces pratiques en termes d'art, d'oeuvre et de culture et à la façon dont elles peuvent permettre de fédérer à nouveau les gens. C'est donc à construire, on est resté jusqu'alors dans un cadre relativement classique. Il nous faut une forme de troisième époque de l'action culturelle.

Les dispositifs qui ont fonctionné autour de la friche et de la Belle de mai avaient comme objectifs de lutter contre des formes d'élitisme culturel ou de ségrégation culturelle ; d'une certaine manière, l'enjeu aujourd'hui est que tous les acteurs présents, que ce soient des acteurs sociaux, associatifs, ou des acteurs industriels, arrivent à jouer dans cette évolution avec un certain effacement de la ségrégation culturelle.

Dans le fond, où en est-on de la ségrégation culturelle ? Les cadres supérieurs et moyens de la ville qui ont de l'argent et qui habitent autour de la zone de Rousset ou à Saint-Maximin, c'est-à-dire à plus de 60 km des centres culturels d'Aix et de Marseille, sont-ils aujourd'hui moins isolés ? Ils n'ont beaucoup de possibilités d'accéder à la culture. La ségrégation culturelle n'est-elle pas là aujourd'hui ? Bien sûr, des choses se développent aussi là-bas. J'ai vu par exemple qu'il existe un petit programme sur "Saint-Maximin capitale culturelle". Prévenir la ségrégation, n'est-ce pas aujourd'hui aller auprès des gens, entamer un chemin inverse, nous, acteurs de la culture, industries ou producteurs ou autres, pour aller à nouveau à la rencontre des publics et des territoires ?

Ce qui me paraît intéressant aujourd'hui en considérant l'expérience globale de la friche de la Belle de mai autour du pôle média et du pôle des archives du CICRP, c'est d'essayer de redéfinir notre rôle en prenant en compte cet aspect de l'aménagement du territoire. Quand on est implanté sur une ville comme Marseille, qui a une influence véritable sur l'ensemble de la région, voire à l'interrégional, on doit appréhender la culture pas seulement dans le déplacement des publics mais dans des déplacements de notre part.

Bernard Lahire, dans la lignée des travaux de Bourdieu sur la question de la culture, parle d'une culture du zapping. Aujourd'hui, certaines associations font un travail extraordinaire pour amener les plus défavorisés économiquement vers la culture. Ils renversent la logique et ces personnes vont aujourd'hui à l'opéra alors que des publics favorisés économiquement n'iront jamais à l'opéra parce qu'ils n'en ont plus le réflexe ou la référence culturelle. Je pense que l'on doit moins s'attacher aux pratiques classiques, même si on doit les avoir comme point de mire, qu'à rassembler à nouveau des gens dans des lieux de culture pour qu'ils se cultivent ensemble et qu'ils puissent recevoir une oeuvre d'art, les ramener dans des espaces de vie.

GP Pourriez-vous nous en dire un petit peu plus sur ce qui se fait aujourd'hui spécifiquement pour et avec les jeunes ?

EV On a depuis dix ans des expériences sur le pôle de la friche autour du multimédia avec des jeunes du quartier qui nous montrent que la question des frontières n'est plus à l'endroit où nous voudrions bien la mettre et où nous l'avons mise classiquement. Les jeunes qui sont arrivés dans le cyber, l'espace culture multimédia, dès son ouverture en 1997, et qui y sont encore, ont fait un parcours de professionnalisation. Ils ont demandé qu'un lieu comme la friche puisse reconnaître ce qu'ils étaient capables de faire ; les artistes en particulier viennent à la friche pour se faire reconnaître.

On a conduit tout un cheminement : aujourd'hui, ce sont des gens quasiment associés à nous dans la manière de produire des images. Avec les jeunes, nous avons donc plus fait un travail d'accompagnement à la qualification, très technique, à savoir la maîtrise des logiciels, des outils technologiques, des outils numériques, la maîtrise d'un projet de A à Z. Un certain nombre de jeunes ont fait des films, des courts-métrages, des reportages, etc. Par une forme de validation d'acquis de l'expérience bénévole, nous allons en embaucher certains pour travailler avec nous. Avec les jeunes, on a donc plutôt ouvert une plate-forme d'accompagnement autour des technologies numériques.

GP L'arrivée du numérique, c'est en somme un moyen de dépasser certaines fractures culturelles. On est assez loin du discours dominant sur la fracture sociale et la fracture numérique ?

EV Je crois que l'arrivée d'Internet, et avec elle la sur-informatisation et la sur-numérisation des foyers français et des foyers dans le monde, doit nous permettre de travailler à redessiner cette frontière. On doit imaginer que ces technologies vont produire des artistes ailleurs que dans des lieux classiques de l'art, des spectateurs ailleurs que dans les lieux classiques de l'art, et que l'on doit s'en occuper. Les industries culturelles vont produire des contenus, mais produire aussi des pratiques, parce qu'elles vont développer des équipements.

On a à travailler ensemble. Il va falloir dépasser la ségrégation économique pour continuer à ouvrir des lieux technologiques à proximité des gens, mais il faut aussi ouvrir nos têtes et nos esprits pour se dire que c'est à d'autres endroits que la culture va se faire aujourd'hui.

Ce sont des discussions que nous avons dans le champ des arts numériques : où sont les artistes aujourd'hui ? Les jeunes bidouilleurs informatiques qui produisent des oeuvres d'art numériques présentées dans des festivals comme "Arborescence" n'ont pas forcément suivi l'école des Beaux-Arts, ils n'ont pas suivi les parcours classiques de la production artistique, mais ils sont issus d'un travail d'auto-production artistique avec des outils numériques ordinaires.

C'est par une approche culturelle que l'on peut arriver petit à petit à retisser des fils sociaux, pour effectivement réduire la fracture, les fractures sociales, les fractures morales, les fractures symboliques et les fractures liées au travail, c'est-à-dire la valeur que l'on ne sait plus mettre dans le travail - et je ne parle pas de valeur économique. La fracture sociale en tant que telle n'existe pas, elle est faite de multiples fractures, sur de multiples sujets, qu'il faut aborder de front, les uns après les autres et les uns à côté des autres.

GP On travaille là sur des quartiers qui sont marqués par une très forte diversité culturelle due en particulier à des populations migrantes, à des origines différentes, etc. À votre avis, est-on dans une logique de connaissance et de reconnaissance réciproque des cultures ou dans la construction d'une autre culture d'une autre nature ?

EV La manière dont des cultures cohabitent les unes à côté des autres aujourd'hui et les nouvelles formes culturelles qui se dessinent sont un chantier d'avenir. Au sommet mondial sur la société d'information qui s'est tenu l'année dernière à Tunis, ces questions ont été abordées. On vit à l'échelle du monde, on est une société monde, et cette société monde ne s'aborde plus à partir d'un seul point de vue, du nord vers le sud, mais de multiples points de vue, qu'il va falloir faire reconnaître et prendre en compte. La société globale doit aborder de front la complexité de sa construction, cela va prendre du temps.

À Marseille, ville fondée par des migrants, on est bien armés pour traiter cette question. On est dans une approche qui est fondamentalement tournée sur la Méditerranée, sur la rive nord de l'Afrique. On vient de terminer des rencontres professionnelles autour de la création multimédia en Méditerranée et on sent qu'il existe une forme de solidarité pour traiter des choses ensemble.

On évoquait la décentralisation culturelle, je pense que le numérique permet de continuer à décentrer la manière dont on produit la culture et dont on traite la diversité culturelle : décentrer les espaces de production de la culture, les espaces de nouvelles références culturelles. On doit pouvoir travailler à Marseille la question de la langue arabe comme on la travaille à Alexandrie, et à Alexandrie travailler la question de la langue française dans le monde arabe. Néanmoins, nous travaillons très peu avec les primo-arrivants ou les migrants. J'ai rencontré des gens de Barcelone qui traitent la question d'une manière extrêmement intéressante, en faisant prendre conscience aux habitants de leur ville à la fois de l'existence et de la richesse des cultures d'ailleurs. Ils ont créé un collectif appelé Platonique et ils travaillent autour des technologies, du numérique, de la manière dont se produisent aujourd'hui les nouvelles formes de biens communs et dont les oeuvres circulent librement sur Internet. Ils ont créé une émission de radio en enregistrant pendant vingt-quatre heures les conversations des émigrés qui appelaient leurs pays dans un taxiphone. Avec le numérique, on a cette chance extraordinaire de pouvoir faire découvrir ce que l'on attendait des médias classiques, et de s'ouvrir à ces autres formes culturelles parce qu'elles existent déjà sur le web partout dans le monde.

Pour ce qui est des migrants, des primo-arrivants, il faut préciser que le quartier de la friche Belle de mai est un quartier populaire intermédiaire depuis très longtemps, où il y a peu de primo-arrivants. Ce quartier commence à devenir un quartier de classes moyennes parce que l'hyper-centre est sursaturé en terme d'habitat. La question est donc de savoir comment on passe des cultures populaires aux cultures contemporaines et comment on y intègre la culture du migrant, pour fabriquer une culture contemporaine.

Je suis assez optimiste, parce que ce sont des chantiers à prendre à bras le corps. On ne peut pas continuer à traiter classiquement les migrants comme des migrants alors qu'ils n'en sont plus, qu'ils sont nomades. Un artiste de la friche est néo-zélandais, travaille à San Francisco et vit en Europe. Depuis deux ou trois ans, il n'a plus de maison. Pour rire, on dit de lui qu'il est "un routard numérique". Les technologies induisent à penser la mobilité humaine.

GP Quel est le rôle de l'école dans le développement de pratiques artistiques et culturelles ?

EV Je m'appuyerai sur deux expériences. Tout d'abord, une expérience longue que nous avons menée avec l'école Gilles-Vigneault, juste à côté de la friche, qui a fonctionné parce que nous nous sommes mis au service d'un prof et d'un directeur d'école. On a avancé ensemble, c'est-à-dire que l'on n'a jamais cherché à supplanter le prof dans ce qu'il faisait à l'école, mais que l'on a essayé de lui apporter les moyens pour qu'il puisse développer des projets numériques autour de l'école. Autre exemple : on termine le festival Arborescence et on a reçu en trois jours dix écoles qui venaient rencontrer des oeuvres d'art numériques. Ce sont les profs qui sont venus, qui ont préparé ce travail avec leurs classes, et qui venaient spécifiquement voir telle et telle oeuvre, tel et tel dispositif numérique.

Ces deux exemples expliquent toute la difficulté que nous avons eue à travailler à l'école : on sait travailler avec une école quand les profs expriment un besoin, on n'a jamais accroché avec des profs qui n'étaient pas sur la même longueur d'onde. Si les enseignants n'ont pas une première approche culturelle, notre intervention à l'école ne sert à rien. Il nous faut plutôt travailler avec les profs, avant d'intervenir avec les enfants. Que faudrait-il faire pour que ces questions d'art numérique, de culture, se rencontrent plus fortement au sein des écoles ? Intervenir à l'IUFM sûrement.

On essaie actuellement de mettre en place un outil très simple avec le collège Mallarmé : l'édition du CI2I. J'ai envie d'ouvrir l'espace multimédia à ces questionnements pour que nous réfléchissions ensemble à la façon dont ces outils numériques influent sur le rapport entre le professeur et l'élève. La pratique des nouvelles technologies ouvre en ce sens une multitude de questions et de paradoxes. Je déplore le fait que l'on n'ait plus, ou de moins en moins, de financements pour mener des interventions de type artistique à l'école. Je déplore surtout le fait que milieu enseignant et milieu culturel ne se rencontrent pas plus souvent et qu'il n'y ait pas de dispositifs obligatoires pour organiser ces rencontres. Néanmoins, le conseil général finance énormément d'ateliers dans les collèges, avec l'introduction d'ordinateurs. Un jumelage très fort existe entre le réseau d'éducation prioritaire de la Belle de mai et la friche, avec des financements de la politique de la ville. C'est un dispositif qui fonctionne depuis cinq ou six ans, avec tout un travail entre professeurs, artistes, acteurs culturels, etc. Des dispositifs nouveaux sont sans doute à mettre en place.

GP Quand on écoute des acteurs scolaires parler de la culture, on a le sentiment qu'ils sont dans une logique d'instrumentalisation ; et inversement, quand on écoute certains acteurs culturels. L'enjeu ne serait-il pas d'arriver à dépasser cette instrumentalisation réciproque ?

EV Bien sûr. C'est la question de l'instrumentalisation des politiques publiques. En cela, le projet global de la friche s'il se pense comme un projet urbain est intéressant. Du point de vue du territoire, la question de la collaboration et de la coopération est évidente. Il y a des choses qui arrivent d'en haut et d'autres qui doivent se faire à l'horizontale. On doit parvenir à conjuguer ces deux dimensions et être capables de mutualiser nos moyens.

Les politiques de la ville depuis plus de vingt ans ont fait avancer cette question, la mise en place des contrats éducatifs locaux va dans ce sens : mettre des gens à travailler ensemble sur un territoire. Une école est un espace d'éducation de la République et les lieux culturels sont des lieux de construction de l'identité, donc des lieux de rassemblement, des lieux collectifs. Les générations qui arrivent doivent penser les choses en réseau pour faire exploser ces clivages et créer des espaces collectifs de travail commun. Est-ce une coopération entre l'État, la région, le département, la ville, ou est-ce entre des régions de la Méditerranée qu'il faut construire des espaces de référence qui donnent une direction verticale à notre travail ? Cela ne peut pas être simplement ceux d'un micro-territoire, d'une communauté, d'une commune, d'une ville ou d'un quartier. Cette impression d'être citoyen français, d'être dans une République, dans une démocratie, et d'appartenir à une culture méditerranéenne, cela signifie quoi ? C'est cela l'éducation. L'école et la culture ont quelque chose à faire pour bâtir cette citoyenneté, pour apprendre à vivre ensemble dans la société française, une société européenne, méditerranéenne, une société monde.

Emmanuel VERGES est directeur de Zinc, l'espace culture multimédia (ECM) de la friche de la Belle de mai, à Marseille.

Diversité, n°148, page 119 (03/2007)

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