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Diversité

II. La culture des uns, et des autres ?

Où en est la démocratisation culturelle ?

Jean-Claude WALLACH, ancien président du Groupe d'étude sur les musiques amplifiées (GEMA), est consultant en politiques publiques de l'art et de la culture, directeur du cabinet Arts, Culture, Développement

Démocratisation, démocratie, diversité : les politiques publiques de l'art et de la culture face à leur devenir.

Depuis 1989, tous ceux pour qui les politiques de l'art et de la culture sont des champs de travail, de décision ou d'observation apprennent - plus ou moins à leurs dépens - qu'ici comme ailleurs "rien ne peut plus être comme avant". Certes, cet apprentissage est progressif. Il est aussi inégalement partagé : pour nombre d'acteurs (au sens sociologique du terme), la "démocratisation culturelle" demeure un objectif dont l'accomplissement est à ce point engagé que toute tentative, fût-elle conduite sur un mode interrogatif, de mise en question encourt le risque d'être perçue et stigmatisée comme une agression contre tout un groupe social au sein duquel certains artistes s'attachent à occuper une place centrale.

Il faut pourtant bien se rendre à l'évidence. La publication des résultats de l'édition 1989 du sondage récurrent portant sur les pratiques culturelles des Français et celle des conclusions de l'analyse des dépenses culturelles de toutes collectivités publiques en 1996 ont, chacune à leur manière, ébranlé un édifice que l'on pensait suffisamment solide pour produire une "exception française" enviée dans le monde entier, sauf par les défenseurs d'un modèle de mondialisation servant plus les intérêts de la spéculation financière qu'une logique de développement de la production et de l'économie ayant une chance quelconque de s'avérer "durable". Il aura fallu attendre 2003 et, plus particulièrement, l'annulation en cascade des festivals d'été (dont les plus emblématiques) pour que l'existence d'un essoufflement puisse être exprimée et tolérée. L'idée selon laquelle nous serions engagés dans une fin de cycle semble être aujourd'hui communément admise1. Par contre, les échanges demeurent vifs dès que l'on tente d'approfondir le sujet, aussi bien pour mettre en débat les formes et les causes du sentiment de crise désormais largement perçu, que pour esquisser des hypothèses pour l'avenir.

Quel que soit l'angle d'attaque choisi, la "crise" qui se déroule sous nos yeux - et dans laquelle, du fait même de sa nature, tout citoyen est engagé2 consciemment ou non - est difficile à appréhender parce qu'elle n'est pas une "crise" spécifique aux mondes de l'art et, surtout, de la culture, mais bien parce qu'elle est l'une des composantes d'une "crise" plus globale qui affecte à la fois l'économie, la production et la répartition des richesses, nos systèmes de représentation du monde social et les moyens individuels et collectifs dont nous disposons.

Héritières à leur manière de formes anciennes, ces complexités contemporaines qu'Edgar Morin explore avec imagination et rigueur sont la source (ou la matrice, comme l'on voudra) de la "crise" dont il s'agit ici. D'une "crise" qui répond parfaitement à la définition proposée par Gramsci ("quand le vieux meurt et que le neuf hésite à naître"). D'une "crise" qui fait qu'il nous est d'autant plus difficile de proposer un projet transformateur (un projet de "sortie de crise", pour utiliser une expression dont le raisonnement tenu ici laisse entendre qu'elle est peut-être vide de sens) que les catégories de pensée dont nous disposons peinent à nous aider à "lire" et à comprendre le monde.

Pour nous en tenir aux champs des politiques publiques de l'art et de la culture et, singulièrement, à la problématique de la "démocratisation", cette "crise" met en jeu une sorte de dialectique infernale entre instruments de politiques publiques historiquement datés (voire obsolescents) et douleurs de naissance (d'"émergence3") de nouveaux acteurs et des nouvelles formes d'action dont ils sont porteurs4.

Les débats auxquels l'on assiste aujourd'hui ("la démocratisation culturelle est-elle un échec ?") ne peuvent pas être compris si on ne les inscrit pas dans l'histoire de cette finalité consensuelle et si on ne les contextualise pas.

L'EMERGENCE D'UN DISCOURS

Aussi curieux que cela puisse paraître, l'injonction à la "démocratisation de la culture" ne figure dans aucun des discours fondateurs des politiques publiques concernées. Cette expression n'appartient pas au vocabulaire d'André Malraux5 et elle n'est pas utilisée dans les deux autres textes qui, chacun dans son registre, ont fortement marqué l'action publique et professionnelle dans les champs de l'art et de la culture6.

Pour autant, l'idée est fortement présente pendant les premiers mois d'existence du ministère des Affaires culturelles (en 1959), comme le montrent Françoise Tétard7 et Philippe Urfalino8. Dans cette toute première séquence de l'histoire de l'administration culturelle, cette préoccupation est étroitement liée à l'idée de coopération entre professionnels de l'art, professionnels de la culture et amateurs.

Engagé sur fond de guerre d'Algérie et de rupture entre la société française et sa jeunesse, le dialogue difficile entre les équipes d'André Malraux et celles de Maurice Herzog9 a pour objet le rattachement de certaines associations à l'une ou à l'autre des administrations en cours d'autonomisation par rapport à leur maison-mère10. Les collaborateurs du ministre d'État sont alors demandeurs, considérant que l'intégration des associations d'Éducation populaire permettra de "se rapprocher des masses populaires [et de] diffuser la culture dans des milieux sociaux qui n'y ont qu'un accès précaire [...], de s'assurer de la fréquentation de la jeunesse [...], de constituer une réserve de milliers de petites associations locales qui permettra un renouveau du théâtre, de la musique, du cinéma, des musées, etc.11"

Comme on le voit, les termes utilisés ne renvoient pas à la problématique ambiguë de "l'accès du plus grand nombre", selon la formule qui sera utilisée dans la quasi-totalité des décrets fixant les attributions des locataires successifs de la rue de Valois. Ils affirment un ciblage précis : "les masses populaires" et la "jeunesse". Au sein de l'administration culturelle, l'arrivée d'Émile-Jean Biasini à la direction du Théâtre, de la Musique et de l'Action culturelle (décembre 1961) sera immédiatement suivie d'une redéfinition et, pour partie, d'un retournement de doctrine, en particulier sur la partition amateurs/professionnels. Les conséquences en seront lourdes : relations de mépris croisé (l'opprobre qui frappe l'"amateur" trouvant son symétrique dans l'accusation d'"élitisme"), mise à distance des exigences artistiques et de l'apprentissage des langages dans les activités proposées dans nombre d'équipements socioculturels au profit d'objectifs d'expression individuelle et de développement de la "créativité" qui auront des effets ravageurs sur la relation des publics concernés à l'art, aux artistes et aux oeuvres en général, aux esthétiques et aux formes les plus contemporaines de la production artistique12 en particulier, luttes fratricides dont les "publics" - et, en particulier, les catégories populaires13 - sont les enjeux et les otages, etc. Sauf à vouloir d'emblée fausser le débat ou en occulter les enjeux fondamentaux, s'interroger aujourd'hui sur l'échec (réel ? relatif ? supposé ?) de la "démocratisation culturelle" n'est pas envisageable si l'on n'inscrit la question dans la perspective historique résumée ici.

Mais il y a une autre façon de fausser ce débat ou d'en occulter les enjeux fondamentaux. C'est celle qui consiste à faire l'impasse sur les moyens mis en oeuvre pour "construire" la relation entre une population (dans sa diversité et sa complexité), les oeuvres, les artistes et l'art. C'est naturellement le "miracle malrucien" qui est visé ici. On peut partager la volonté farouche du ministre homme de l'art de distinguer son action de celle de l'Éducation nationale. Il est vraisemblablement plus pertinent de considérer que la didactique et l'analyse conceptuelle ne sont pas, en particulier pour les couches sociales considérées, les meilleures voies d'ouverture aux imaginaires individuels et collectifs ou de partage du sensible. Peut-on, pour autant, s'élever contre toutes les formes de médiation ou, surtout, mettre à distance (voire dénier avec énergie) la problématique centrale des conditions historiques et sociales de production, de circulation et de "consommation" des oeuvres14?

Enfin, s'interroger aujourd'hui sur l'échec (réel ? relatif ? supposé ?, nous y reviendrons) de la "démocratisation culturelle" n'est pas plus envisageable que précédemment si l'on ne réinscrit pas le mot "démocratisation" appliqué à la culture dans le contexte de son apparition15 et de sa capacité à produire un tel consensus.

DES CONDITIONS HISTORIQUES ET SOCIALES...

La naissance du ministère des Affaires culturelles intervient au coeur des célébrissimes Trente Glorieuses. Elle est contemporaine, nous l'avons déjà signalé, de celle de l'administration de la Jeunesse et des Sports. C'est aussi le moment où Olivier Guichard crée la DATAR16. La Ve République naissante est alors confrontée à l'achèvement de la période de reconstruction et à un impératif de modernisation de la société française (en particulier en termes de production industrielle et de mise en place d'un nouvel équilibre entre l'agglomération parisienne et ce qui, à l'époque, est encore qualifié par ce "mot hideux de province17"). Mais cette naissance est également contemporaine d'un processus de transformation profonde et rapide de la structure sociale de la société française : généralisation du salariat, urbanisation accélérée, transformation de l'agriculture et de la ruralité, début du repli du poids relatif de la classe ouvrière accompagné de l'accès progressif à une position dominante (en termes démographiques, mais aussi dans les processus de production) des fameuses "nouvelles couches moyennes salariées".

Ce processus de transformation est rendu possible par un double phénomène : l'explosion démographique qui suit la fin de la Seconde Guerre mondiale et le formidable mouvement de mobilité sociale ascendante qui propulse nombre d'enfants issus des couches populaires à des positions sociales qu'ils n'auraient pas pu espérer atteindre dans d'autres conditions18. Si le thème de la "démocratisation culturelle" a acquis une telle force mobilisatrice, consensuelle et militante à la fois (ce qui n'est pas un mince tour de force), c'est à la fois à cause de ce contexte et grâce à lui : la "démocratisation culturelle" et l'"ascenseur social" sont inextricablement liés. Mais ce qui a été quelque peu oublié dans l'enthousiasme de cette aventure collective19, c'est que ce mouvement se produit dans le passage d'une génération à une autre. Si "démocratisation" il y a, ce n'est pas véritablement au sein des couches dites "populaires", mais bien dans la succession des générations, au travers de l'accès d'un nombre croissant de leurs enfants à de nouvelles positions dans l'espace social20. On touche là l'une des ambigüités constitutives des débats actuels sur la "démocratisation culturelle". Et cette ambigüité est d'autant plus problématique qu'elle s'appuie sur une polysémie et des ambivalences : polysémie, parce que la démocratisation est un concept qui peut s'interpréter de plusieurs façons21; ambigüité, parce que la "culture" (au sens large) est au coeur des processus évoqués dans la mesure où le vecteur - et l'une des principales conditions - de cette mobilité sociale ascendante est - comme Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron l'ont alors largement montré dans leurs travaux communs les plus célèbres - l'acquisition d'un capital scolaire et/ou culturel qui permet de contourner, au moins partiellement, l'obstacle central qu'est l'inégale répartition entre couches et classes du capital social et du capital culturel "incorporés".

Deux autres de ces ambigüités constitutives sont la confusion permanente entre observation et évaluation et le contexte actuel du développement des polémiques autour des politiques publiques de l'art et de la culture.

On ne soulignera jamais assez que, contrairement à l'usage abusif qui en est fait parfois, les études des pratiques culturelles des Français conduites sous la forme du sondage de grande ampleur réalisé régulièrement sous la maîtrise d'ouvrage du ministère de la Culture ne peuvent pas être considérées comme des éléments d'une démarche d'évaluation des politiques conduites et des actions mises en oeuvre localement par ceux qui en ont la charge. Dans les limites qui sont les leurs (sondage déclaratif, questions parfois difficiles à maîtriser ou ambiguës dans le contexte d'un entretien avec un enquêteur, etc.), elles fournissent une information globale qui peut faire l'objet d'exploitations secondaires22 et, par ailleurs, contribuer à l'élaboration d'hypothèses pour des processus locaux d'évaluation (ce qui est déjà important). Pour autant, ces données ne sauraient justifier des interprétations mécaniques générées par des lectures pour le moins réductrices, voire caricaturales de la théorie de la légitimité culturelle qui est au coeur de l'oeuvre de Pierre Bourdieu. Les travaux de Bernard Lahire23 montrant l'attention qu'il faut porter aux dimensions singulières des comportements des individus et donc de consommations culturelles potentiellement atypiques au regard des données globales ou ceux d'Antoine Hennion24 sur le goût des amateurs sont des exemples de contributions à l'élaboration d'instruments et de catégories d'analyse à partir desquelles on peut envisager un renouvellement pertinent de la réflexion sur les enjeux et les effets des politiques publiques de l'art et de la culture, tout en revisitant la démarche de Pierre Bourdieu et en la confrontant à une contemporanéité et donc à des évolutions dont, par la force des choses, elle s'éloigne progressivement.

Enfin, une simple observation du contexte actuel du développement des polémiques sur la "démocratisation de la culture" conduit à interroger la pertinence (voire la bonne foi) de certains des propos les plus récents : la vague quasi intégriste de néolibéralisme qui contribue à déstructurer aujourd'hui toute pensée sur les politiques publiques, le service public, les fonctions régulatrices de l'État, la recherche de solidarités et l'affirmation de principes de justice et d'équité sociales dénature profondément les échanges25.

CONCLURE ?

Dans ces conditions, comment conclure pour dresser une sorte d'état des lieux de la "démocratisation culturelle" ?

Peut-être d'abord en osant l'auto-citation et en reprenant des lignes déjà écrites ailleurs : "Quelle contribution apportons-nous aux débats en cours quand nous témoignons de l'échec de la "démocratisation de la culture" ? Quelle force de conviction pouvons-nous déployer quand même les plus prudentes et les plus discrètes de ces tentatives sont reçues comme blasphématoires par ceux pour qui ces mots ont atteint les sommets de l'intouchable, ceux réservés aux valeurs sur lesquelles se construisent des vies, des engagements, des actes créateurs, mais aussi, plus prosaïquement, une économie familiale et des revenus ? Il ne s'agit pas de faire le procès de qui que ce soit ni de dénoncer a posteriori des idées que l'auteur de ces lignes a lui-même défendues parmi tant d'autres de leurs promoteurs et qu'il n'hésitera pas à défendre encore pour peu que les mots retrouvent leur sens ou, plus exactement, qu'ils se réinscrivent dans une "relation de sens" à la société et aux citoyens. L'enjeu d'aujourd'hui, c'est de "régénérer la demande sociale de culture26", c'est-à-dire de retrouver une dynamique et une relation de sens comparables, toutes choses égales par ailleurs, à celle qui s'est développée il y a plus de quarante ans [...]. L'histoire récente de la "démocratisation de la culture" peut nous la faire envisager d'abord comme une "utopie motrice27", puis comme un "malentendu productif28", alors que le contexte d'aujourd'hui nous conduirait peut-être à mieux rendre compte de ce que nous vivons en recourant aux mots toujours forts de Pierre Bourdieu : une "vision enchantée du monde social" et un "refus de sa-voir29"".

Le formidable développement des industries culturelles depuis près de cinquante ans a conduit à une forte individualisation des pratiques et des consommations culturelles. Le numérique ouvre aujourd'hui la voie à de nouveaux développements de cette individualisation. Que fait l'utilisateur d'un lecteur MP3 (et, fait relativement nouveau, quel que soit son âge) ? Ce que font nombre de professionnels de la culture : il sélectionne des oeuvres dans la production artistique et les agence en un programme. Il s'inscrit ainsi dans un rapport actif aux oeuvres et au mouvement des formes et des esthétiques. Mais le développement du numérique n'a pas cette seule conséquence : il conforte l'appétence de couches de plus en plus larges de la population pour le développement de formes directes de pratique artistique individuelle et collective. Cela vaut pour la musique comme pour les arts visuels et cela favorise le dialogue des disciplines et des esthétiques.

Il y a tout lieu de penser que la question de la "démocratisation de la culture" trouvera des réponses pertinentes dans son propre dépassement. Évoquer la "démocratie culturelle" ou la "diversité culturelle", c'est inviter à "régénérer la demande sociale de culture" en prenant en considération30, à égalité de dignité et de respect, des formes artistiques et des pratiques sociales qu'une certaine conception de la place de l'artiste et des modalités de son intervention avaient conduit à laisser sur le bord du chemin. Il ne s'agit naturellement pas d'en revenir aux errements mystificateurs du "tout le monde est artiste" qui ont largement contribué à achever de vider de sens un champ socioculturel qui s'était éloigné de l'éducation populaire de ses origines. Sachons reconnaître que les politiques conduites par André Malraux et par tous ses successeurs31, et magnifiées par Jack Lang sous l'intitulé générique de "politique culturelle", ont été avant tout des politiques publiques de l'art, orientées vers la qualification et la multiplication de l'offre artistique et la production des oeuvres et laissant relativement de côté la question de leur diffusion et de la relation à un territoire et à une population32. Il faut affirmer que l'enjeu de la période présente est l'établissement de nouveaux équilibres entre politique publique de l'art et politique publique de la culture, entre les interventions de l'État et celles des collectivités territoriales. Mais il est indispensable d'être plus inventif encore, faute de quoi le risque est considérable de produire la "politique sans art" que dénonce pertinemment Michel Simonot33. La "démocratisation" est étroitement liée aux Trente Glorieuses et à leur "ascenseur social". Le défi que nous avons à relever est celui de la réponse au "descenseur social34", du moins tant qu'il n'est pas enrayé. Il impose de construire de nouvelles formes de relations entre l'art, les oeuvres, les artistes, les territoires, la population dans sa diversité et sa complexité. Il s'agit bien plus ici d'équité que d'une égalité d'accès qui n'a plus guère de sens. Évoquons plus la "démocratie" que la "démocratisation". Visons autant d'égalité de considération et de respect que la "diversité". Mais il s'agit d'abord et avant tout d'art, de "partage du sensible35", de développement d'imaginaires individuels et collectifs, de développement sociétal. Tel pourrait être l'horizon renouvelé d'ambitions artistiques et culturelles à la hauteur des défis de notre temps.

Annexe : ÉLEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE (cf. note 1)

    Ne sont volontairement pas cités les ouvrages, antérieurs à la période évoquée ici, de Marc Fumaroli, Maryvonne de Saint-Pulgent, Michel Schneider, Emmanuel Wallon, etc.

  • La Culture quand même, 2002, Patrick Bloche, Marc Gauchée, Emmanuel Pierrat ; Paris, Mille et Une Nuits.
  • Culture toujours... et plus que jamais !, 2004, Martine Aubry (dir.) ; La Tour d'Aigues, L'Aube, coll. "Proposer".
  • La Culture, pratique du monde, 2005, Francis Jeanson, Philippe Forest, Patrick Champagne ; Paris, Cécile Defaut, Association de prévention du site de La Villette.
  • Politique culturelle : la fin d'un mythe, 2005, Jean-Michel Djian ; Paris, Folio-Gallimard - Le Monde, 2005.
  • Le Théâtre et le Prince, II. Un système fatigué, 1993-2004, 2005, Robert Abirached ; Arles, Actes Sud.
  • La Culture en trompe-l'oeil, 2006, Henri-Pierre Jeudy ; Bruxelles, La Lettre volée, coll. "Essais".
  • La Culture pour qui ? Essai sur les limites de la démocratisation culturelle, 2006, Jean-Claude Wallach ; Toulouse, L'Attribut.
  • La Démocratisation culturelle, une médiation à bout de souffle, 2006, Jean Caune ; Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, coll. "Art, culture, public".
  • Les Dérèglements de l'exception culturelle, 2006, Françoise Benhamou ; Paris, Le Seuil, coll. "La couleur des idées".
  • Le Malaise de la culture, Essai sur la crise du "modèle culturel" français, 2006, Marc Bélit ; Biarritz, Séguier.
  • Voir aussi :

  • Esprit, mars-avril 2002 et mai 2004.
  • Les quatre opus de Culture publique (Mouvement) SKITe/Sens & Tonka, septembre 2004 à octobre 2005.
  • Regards sur l'actualité, août-septembre 2004 et juin-juillet 2006.
  • La Pensée de midi (n° 16, octobre 2005).
  • Quaderni, n° 58, automne 2005.
  • Le Débat, n° 142, novembre-décembre 2006.

(1) Les questions évoquées ici ont fait l'objet d'une activité éditoriale intense dans la période récente. D'abord dans des revues, puis au travers d'ouvrages dont le nombre est d'autant plus significatif que les espérances de vente en librairie de livres consacrés à un thème aussi spécifique ne peuvent être que limitées. Voir les éléments de bibliographie proposés en annexe et pour lesquels l'auteur présente par avance ses excuses à ceux de ses confrères qu'il aurait omis.

(2) Même si l'implication des professionnels de l'art et de la culture et des autres acteurs sociaux du champ est, à l'évidence, d'une nature particulière.

(3) Expression courante dans le vocabulaire propre au champ considéré ici. Dans un segment particulier de ce champ (les musiques qualifiées dites "actuelles et/ou amplifiées"), on utilise aussi l'expression "artiste en devenir" ou "en développement de carrière". Toutes ces dénominations en disent long sur l'ambivalence du regard porté sur le renouvellement des formes et des générations dans un espace social hautement concurrentiel (au plan artistique) et, simultanément, très dépendant des ressources allouées par les pouvoirs publics. Tous ceux qui évoluent dans cet espace (décideurs comme bénéficiaires) sont d'autant plus attentifs aux modalités de leur répartition que les décisions prises ont une valeur symbolique variable. Même si elle est modeste, une subvention accordée par le ministère de la Culture est perçue comme ayant une "valeur légitimant" sensiblement supérieure à celle d'un soutien, éventuellement plus important, accordé par une collectivité territoriale. Même si les choses évoluent au fil du temps (l'impact de la décentralisation), les écarts de portée symbolique évoqués ici perdurent. La stagnation (voire la réduction) des moyens publics disponibles conduit naturellement toutes les parties prenantes à être plus attentives encore aux conditions dans lesquelles les décisions d'attribution sont élaborées (les divers comités d'experts) et arrêtées.

(4) "Faire reconnaître une nouvelle manière de faire de la littérature, de la peinture ou de la science, faire homologuer une nouvelle discipline, imposer comme intéressant, important, un nouvel objet, c'est transformer les rapports de force symboliques, et aussi matériels, en instituant une nouvelle distribution des profits matériels et symboliques procurés par les pratiques correspondantes" ; in Pierre Bourdieu, "L'inconscient d'école", Actes de la recherche en sciences sociales, n° 135, décembre 2000.

(5) Olivier Donnat, "La question de la démocratisation dans la politique culturelle française", article paru (en français) dans la revue Modern & Contemporary France, volume XI, n° 1, February 2003.

(6) Il s'agit de :

  • la résolution (dont Aragon a été le principal rédacteur) adoptée par le comité central du Parti communiste français à Argenteuil le 13 mars 1966,
  • la déclaration adoptée le 25 mai 1968 par les "directeurs des théâtres populaires et des maisons de la culture réunis en comité permanent" à Villeurbanne.

(7) Françoise Tétard, "L'Éducation populaire : l'histoire d'un rattachement manqué", in Les Affaires culturelles au temps d'André Malraux, 1959-1969, la Documentation française (Comité d'histoire du ministère de la Culture), Paris, 1996.

(8) Philippe Urfalino, L'Invention de la politique culturelle, la Documentation française (Comité d'histoire du ministère de la Culture), Paris, 1996.

(9) Haut-commissaire, puis secrétaire d'État à la Jeunesse et aux Sports.

(10) L'Éducation nationale.

(11) Françoise Tétard, op. cit.

(12) Le champ des arts plastiques étant une victime particulièrement expiatoire de ces phénomènes.

(13) "Les locutions qui comportent l'épithète magique de "populaire" sont protégées contre l'examen par le fait que toute analyse critique d'une notion touchant de près ou de loin au "peuple" s'expose à être immédiatement identifiée à une agression symbolique contre la réalité désignée - donc immédiatement fustigée par tous ceux qui se sentent en devoir de prendre fait et cause pour le "peuple" et de s'assurer ainsi les profits que peut aussi procurer, surtout dans les conjonctures favorables, la défense des "bonnes causes"." In Pierre Bourdieu, "Vous avez dit "populaire" ?", Actes de la recherche en sciences sociales, n° 46, mars 1983.

(14) "Le sociologue pouvait anticiper l'échec relatif d'une politique de démocratisation de la culture à la Malraux. Distribuer à la volée la culture légitime à travers la politique des maisons de la culture reposait sur l'idée présociologique selon laquelle les oeuvres de haute culture n'étaient absolument pas marquées par les caractéristiques sociales de ceux qui les créaient, ni par celle des publics qui les consommaient ou les monopolisaient. L'idée était en somme qu'elles contiendraient intrinsèquement une qualité telle qu'elles rayonneraient d'elles-mêmes sur tout public possible. Dans cette conception de l'art comme miracle culturel, il suffit de mettre les publics qui prennent un plaisir subalterne à de petites sornettes au contact des grandes oeuvres pour que la force mystérieuse de l'oeuvre les convertisse au grand plaisir de l'art." In Jean-Claude Passeron, "Quel regard sur le populaire ?", entretien avec Joël Roman, Esprit, mars-avril 2002 (ce qui est souligné ici l'a été par nous).

(15) Et cela même si les conditions de cette émergence sont difficiles à cerner, comme nous l'avons indiqué plus haut.

(16) Délégation à l'aménagement du territoire et à l'action régionale, administration transformée en Délégation interministérielle à l'aménagement et à la compétitivité des territoires (DIACT) par le décret n° 2005-1791 du 31 décembre 2005.

(17) André Malraux, discours prononcé à l'occasion de l'inauguration de la Maison de la culture d'Amiens le 19 mars 1966 (source : André Malraux, La Politique, la Culture.?Discours, articles, entretiens, 1925-1975, présentés par Janine Mossuz-Lavau, Paris, Gallimard, coll. "Folio essais", 1996).

(18) Georges Pompidou et Pierre Bourdieu sont des illustrations quasi paradigmatiques de ce mouvement : grands-parents (modestes) agriculteurs, parents instituteurs et l'École normale supérieure à la troisième génération.

(19) Au moment où Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron posaient les bases de la sociologie de la culture contemporaine tout en explorant les phénomènes évoqués ici, d'autres auteurs abordaient des thèmes complémentaires. Voir notamment :
Il n'est pas inintéressant de signaler que la collection "L'économie en liberté" est alors dirigée par Jacques Attali et Marc Guillaume.

  • Claude Gilbert et Guy Saez, L'État sans qualités, Paris, PUF, coll. "L'économie en liberté", 1982.
  • Catherine Bidou, Les Aventuriers du quotidien, Paris, PUF, coll. "L'économie en liberté", 1984.

(20) "Tu seras pharmacien parce que papa ne l'était pas" chantait Jacques Brel qui, pour autant, n'était pas sociologue !

(21) Sylvie Octobre, "Comment mesurer la démocratisation ? Proposition de cadre interprétatif", in Olivier Donnat et Sylvie Octobre (dir.), Les Publics des équipements culturels, méthodes et résultats d'enquêtes, Paris, ministère de la Culture et de la Communication, coll. "Les travaux du DEP", 2001.

(22) Voir, par exemple, Isabelle Charpentier et Emmanuel Pierru, "Les pratiques culturelles : quelle démocratisation ?", Les Cahiers français, n° 312, janvier-février 2003.

(23) Bernard Lahire, La Culture des individus, dissonances culturelles et distinction de soi, Paris, La Découverte, coll. "Textes à l'appui", 2004.

(24) "La constitution du goût n'est pas un conformisme, un jeu social d'étiquetage de soi ou un apprentissage musical de compétences établies, mais une co-formation : elle s'appuie sur des constructions collectives et personnelles, des dispositions intimes et des dispositifs techniques, des façonnages corporels et des manipulations d'objets divers". In Antoine Hennion, Sophie Maisonneuve et Émilie Gomart, Figures de l'amateur. Formes, objets, pratique de l'amour de la musique aujourd'hui, La Documentation française (coll. "Questions de culture"), Paris, 2000.

(25) Cette observation n'est pas seulement liée au fait que ce texte est écrit en période électorale. La vague évoquée ici est aussi celle qui a rendu impossible un traitement satisfaisant du conflit de 2003 consécutif à la mise en cause du régime particulier d'indemnisation du chômage des "intermittents du spectacle".

(26) Marie-Thérèse François-Poncet, entretien avec l'auteur, automne 2005.

(27) Jean-Gabriel Carasso, au cours d'une réunion de travail, printemps 2005.

(28) Philippe Henry, au cours de la même réunion de travail.

(29) Jean-Claude Wallach (voir annexe).

(30) Au sens fort que cette expression peut prendre.

(31) À l'exception relative, compte-tenu du contexte et de la difficulté à infléchir significativement l'action du ministère du fait des contraintes propres au champ dont il a la responsabilité, de Jacques Duhamel, de Catherine Trautmann et de Michel Duffour (qui, n'étant pas ministre de plein exercice, n'avait pas les mêmes marges de manoeuvre que celles des deux autres personnalités citées).

(32) Dans le champ du spectacle vivant (le théâtre tout particulièrement), on peut considérer que cette orientation globale de l'action du ministère de la Culture a conduit à une sorte de crise de surproduction. Sur ce point, voir Bernard Latarjet (dir.), Pour un débat national sur l'avenir du spectacle vivant (rapport de mission destiné au ministre de la Culture et de la Communication), Paris, avril 2004 disponible sur le site Internet www.culture.gouv.fr

(33) "Tout se passe comme si la priorité des politiques culturelles était d'élargir le public de quelque chose qu'on ne nomme pas. La démocratisation de rien en quelque sorte". In Michel Simonot, "Une politique sans art", Frictions, n° 11, premier trimestre 2007.

(34) Philippe Guibert et Alain Mergier, Le Descenseur social, enquête sur les milieux populaires, coédition Fondation Jean-Jaurès et Plon, Paris, 2006. Voir aussi (entre autres) Louis Chauvel, Les Classes moyennes à la rive, Paris, Le Seuil (coll. "La République des idées"), 2006.

(35) Jacques Rancière, Le Partage du sensible. Esthétique et politique, Paris, La Fabrique éditions, 2005.

Diversité, n°148, page 91 (03/2007)

Diversité - Où en est la démocratisation culturelle ?