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Diversité

I. Une histoire au grand angle

"Pas de 31."

Persistance ou réactivation d'un système discriminatoire postcolonial ?

Olivier NOËL, chercheur à l'Institut social et coopératif de recherche appliquée (lSCRA) de Montpellier, chercheur-associé à l'unité Migrations internationales et minorités de l'Institut national des études démographiques (INED)

Eclairages mutuels entre une histoire de l'immigration, considérée comme illégitime dans le champs académique jusqu'à la fin des années 19801, une sociologie des discriminations ethniques et raciales, elle-même marginale dans sa discipline jusqu'à la fin des années 1990, et un questionnement postcolonial qui émerge dans une période encore plus récente2.

Cet article vise, à partir d'une démarche réflexive, à interroger nos propres travaux sociologiques et à opérer quelques articulations heuristiques entre l'histoire des immigrations européennes, coloniales et post-coloniales et la question contemporaine des discriminations ethniques et raciales3. La mise en perspective qu'ouvre l'approche généalogique constitue une analyse originale et complémentaire d'une sociologie des systèmes discriminatoires contemporains, notamment dans le champ de l'emploi, qui étudie les pratiques sociales (comme l'usage du droit) et les configurations d'acteurs4. Nous souhaitons ainsi apporter une contribution au débat public et à la réflexion qui anime la communauté scientifique sur l'existence et les contours5 d'une "fracture coloniale6". Dans la société française, empreinte d'un "chauvinisme de l'universel7", les revendications des minorités sont généralement et hâtivement perçues à travers le seul prisme d'une racialisation de la société8 ou encore d'une montée supposée du "communautarisme9". Le mérite des auteurs de la "fracture coloniale" est d'avoir rendu véritablement publique une question "qui ne se pense pas" en cherchant à éclairer les héritages contemporains d'un passé colonial "qui ne passe pas".

Nous aborderons tour à tour les effets de la prégnance du paradigme de l'intégration sur la mise en invisibilité des systèmes discriminatoires, pour en tirer quelques enseignements sur les usages du droit (durant les périodes coloniale et postcoloniale), avant de conclure, à partir de l'exemple du Languedoc-Roussillon, sur les enjeux d'étude des contextes historiques locaux.

UN MODELE DE L'INTEGRATION FISSURE PAR UNE REALITE DISCRIMINATOIRE

C'est au début des années 1980 que les "jeunes issus de l'immigration" font leur double apparition sur la scène publique : dès 1981, les "rodéos" des Minguettes, premier signe de révolte urbaine, annoncent l'automne 2005, qui n'en sera qu'un écho lointain et amplifié ; mais aussi dès 1983, les "marches pour l'égalité et contre le racisme", improprement appelées "marches des Beurs". Face à ces revendications d'égalité, les gouvernements successifs opposent une politique dite d'intégration, sous l'impulsion de sociologues, d'historiens et de politologues qui "invitent à repenser un nationalisme républicain, non xénophobe et démocratique10". Cette "nouvelle synthèse républicaine11" s'appuie sur ce que Patrick Weil a appelé le "consensus indicible" entre la gauche et la droite : l'immigration et la présence de jeunes issus de l'immigration coloniale et postcoloniale est considérée avant tout comme un problème. L'inscription sur l'agenda de cette politique d'intégration (entendue ici dans le sens que lui donne la politique publique et non dans son sens sociologique) entraîne la création du Haut Conseil à l'intégration en décembre 1989 et la mise en place d'observatoires locaux ayant en charge l'animation de la réflexion et la production de connaissances sur les processus d'intégration, dans une perspective d'aide à la décision.

C'est dans ce contexte que notre premier travail d'étude nous conduit à interroger les modalités spécifiques d'accès au monde de l'entreprise des jeunes "étrangers ou d'origine étrangère12". La lecture officielle du problème de l'intégration consiste alors à affirmer que "l'une des difficultés actuelles de l'intégration vient du fait que, l'immigration provenant de régions plus éloignées, le système de valeurs sociales, culturelles, juridiques, religieuses des immigrés récents est plus éloigné que par le passé du système de valeurs traditionnellement dominant dans notre pays et d'ailleurs contesté à son tour par une bonne partie des nouveaux prolétaires13". Cette problématisation14met en exergue les problèmes supposés des publics visés ; l'intitulé même de notre mission : "Jeunes en difficulté d'intégration", au sein de l'observatoire de l'intégration en Languedoc-Roussillon, site pilote de la politique nationale, en est une illustration significative. Elle conduit à masquer le problème public de discriminations ethniques et raciales dissimulées et largement tolérées dans la société française.

Nous n'avons d'ailleurs pas échappé, au moins au démarrage de nos travaux (1991-1994), à la dominance de ce paradigme intégrationniste et avons tenté, non sans naïveté et maladresse, de répondre à la question d'éventuelles "spécificités d'intégration des jeunes issus de l'immigration" par la conduite d'une enquête, par entretiens semi-directifs, auprès de jeunes du quartier de la Paillade, à Montpellier. Là, nous avons recueilli des témoignages empreints de surprise et d'étonnement tant la question posée paraissait saugrenue aux jeunes enquêtés. Se sentant déjà parfaitement intégrés à la société française, ils rejetaient toute forme de traitement spécifique visant à les distinguer de l'ensemble des jeunes.

Mais, au fil des entretiens, souvent au second ou au troisième, lorsqu'une relation de confiance s'était installée, cette première affirmation de principe est plus apparue comme une volonté de jouer coûte que coûte la carte de l'intégration en minimisant les problèmes rencontrés. Les jeunes ont dévoilé la quotidienneté des "délits de faciès" comme victimes directes ou témoins : lors des sorties en discothèque le week-end, lorsque leurs parents ont souhaité déménager pour un autre quartier, à l'occasion de leur orientation scolaire ; ou encore lors d'une recherche de stage ou d'emploi.

Cette première étude empirique, soulignant l'hypothèse d'une discrimination à caractère racial récurrente dans l'accès à différents domaines de la vie sociale, n'a pas été prise en considération par les décideurs publics locaux qui n'y ont vu qu'un prétexte avancé par les jeunes pour justifier leurs problèmes d'intégration. Les "lunettes sociales" de l'intégration imposaient l'interprétation suivante de la réalité :

  • une difficulté d'accès à l'emploi constatée pour l'ensemble de la jeunesse, avec une surreprésentation des "jeunes étrangers ou d'origine étrangère" ;
  • une hypothèse explicative déterminée par la spécificité des stratégies et des comportements adoptés par les "jeunes étrangers ou d'origine étrangère".

La seconde enquête empirique, qui nous a conduit à étayer nos hypothèses et à construire un cadre d'analyse conceptuellement plus approprié s'est faite de façon incidente. En 1993, le directeur d'une mission locale du Gard nous sollicite pour analyser les offres de contrats d'apprentissage transmises par les chambres consulaires de son département (chambre des métiers, chambre de commerce et d'industrie et chambre d'agriculture) ; selon lui, l'étude de ces données va corroborer nos observations antérieures dans le quartier de la Paillade. C'est alors que nous découvrons et mettons au jour l'existence d'un codage discriminatoire qui organise une forme d'extermination sociale15 de toute une partie de la jeunesse. Ainsi, deux tiers des offres transmises précisent vouloir : un "E", un "BYB", un "BBR", un "01" ; ou au contraire spécifient : "pas de 31".

Cette véritable découverte nous conduit d'abord à décoder un système connu de tous les agents de la mission locale16: "E" signifie "un Européen" ; "01" correspond à la case "nationalité française" dans la codification de l'UNEDIC ; BBR signifie "Bleu, Blanc, Rouge", en référence au drapeau national (et aux fêtes de l'extrême droite) ; "BYB" correspond à "Blond aux yeux bleus" ; enfin, "31" correspond à la nationalité algérienne dans la codification de l'UNEDIC.

La mise au jour de ce système de codage à caractère explicitement ethnique et racial nous a alors surtout questionné sur le fait que des agents, ayant une mission de service public, puissent, malgré eux (puisqu'ils l'ont eux-mêmes dénoncé) participer à un tel système. Il a conditionné nos recherches ultérieures où nous avons étudié la "face cachée de l'intégration17" et les "systèmes de coproduction de la discrimination18". Pourtant, il apparaissait très clairement dans cette codification, dans cette catégorisation à finalité pratique, une spécification : non pas entre les descendants de natifs et les descendants d'immigrés, que ne permettaient pas de pointer les catégorisations généralisantes et imprécises de "jeunes d'origine étrangère" ou de "jeunes issus de l'immigration" ; mais bien une distinction entre les Européens et les non-Européens, avec la mention "pas de 31" visant de façon explicite les jeunes descendants d'immigrés algériens.

Cette codification était suffisamment précise et explicite pour ne pas être réduite à une seule discrimination sociale, liée à un défaut de qualification, comme pouvait le laisser penser une grille d'analyse alors dominante : "J'ai d'emblée béni le hasard (j'ai ensuite compris que c'était un effet de l'amitié) qui m'a fait rencontrer ensemble Ali et François. Comment ceux qui liront leurs propos pourraient-ils ne pas voir qu'ils ont en fait tout en commun, hormis l'origine ethnique, à laquelle, d'ailleurs, ils ne font jamais référence, et à quel point sont absurdes ceux qui introduisent dans le discours politique, et dans le cerveau des citoyens, la dichotomie immigrés/nationaux ? Ali est seulement une sorte de passage à la limite de François : le stigmate ethnique qui est inscrit, de manière indélébile, dans le teint et les traits du visage, et aussi dans le nom propre, vient redoubler ou, mieux, radicaliser le handicap lié au défaut de diplômes et de qualification, lui-même lié au défaut de capital culturel et tout spécialement linguistique19." Il s'agissait dès lors, dans la perspective ouverte par Abdelmalek Sayad, de développer une approche combinant l'invariance des conditions sociales de cette jeunesse (âge, niveau de formation, taux de chômage) et un certain nombre de spécificités construites par une communauté d'expérience20 des humiliations et vexations racistes et des discriminations fondées sur l'origine ethnique. Aussi nous soulignons ici l'importance qu'ont eu pour nous les rares travaux21 qui ont construit dès lors un rapport critique au paradigme dominant de l'intégration22. Parmi ces chercheurs, Abdelmalek Sayad a joué un rôle d'importance en invitant la communauté scientifique française à réfléchir à la tendance ethnocentrique de ses travaux et à interroger ses propres trous de mémoire : "L'espèce d'irénisme (social et politique) qui s'attache au mot "intégration" porte non seulement à magnifier l'histoire des "intégrations" passées, déjà accomplies, et, corrélativement, à "noircir" l'histoire des conflits présents, mais aussi à s'imaginer que le processus sociologique d'intégration peut être le produit d'une volonté politique, peut être le résultat d'une action consciemment et décisivement conduite au moyen des mécanismes d'État23."

D'UN DROIT DISCRIMINATOIRE A L'INEFFECTIVITE D'UN DROIT ANTI-DISCRIMINATOIRE

Lorsque l'on aborde la question des discriminations, il importe de prendre au sérieux "le droit [qui] a souvent servi à légitimer l'inégalité [...] et cette situation d'un droit qui discrimine pendant plusieurs siècles a marqué les esprits, [...] elle marque les représentations culturelles24". Comme le rappelle Emmanuelle Saada, "la discrimination fut évidemment la règle dans tout l'Empire et les pratiques qui en ont été le support, élaborées en un point - en Algérie le plus souvent - ont diffusé ailleurs. Pour autant, elles ont varié dans le temps et dans l'espace : par exemple, le code de l'indigénat, résultat d'une longue expérience de répression des indigènes en Algérie, devenu loi en 1881 pour ce territoire, a servi de modèle pour le reste de l'Empire ; mais les différents régimes de l'indigénat ont comporté des listes spécifiques d'infractions, connu des modalités et des durées d'application diverses, en fonction de ce que les administrateurs appellent des "contingences locales", c'est-à-dire les modalités régionales des rapports de domination25". Ce souci de contextualisation historique vaut aussi pour une sociologie des systèmes discriminatoires contemporains qui visent de manière singulière les "jeunes issus de la colonisation" et, de façon plus large, des individus "racisés".

C'est à la suite du sommet de Florence le 21 octobre 1995 et de la déclaration commune en faveur de la lutte contre les discriminations de l'ensemble des partenaires sociaux européens que toute une série de travaux de recherche26 seront conduits en France, soutenus à la fois par le Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés et leur famille (FAS) et l'Union européenne. À la confidentialité des travaux du début des années 1990 succède un timide début de reconnaissance publique et médiatique27. Il faudra donc attendre l'année 1998 pour que le gouvernement français reconnaisse enfin l'existence sur son sol de discriminations raciales, sous la pression conjointe de travaux sociologiques et surtout des nouvelles contraintes normatives imposées par l'Union européenne (Traité d'Amsterdam en 1997). Avec les directives européennes de 2000 et la loi de lutte contre les discriminations du 16 novembre 2001, une politique effective commence à porter ses fruits, favorisant la prise de conscience du caractère massif et systémique des discriminations.

Nos recherches de 1996 à aujourd'hui montrent que le système de coproduction de la discrimination dans le champ de l'emploi implique tour à tour l'employeur, son directeur des ressources humaines, les clients ou encore les équipes de travail. Dans ce système, les intermédiaires de l'emploi (agents d'intérim ou du service public de l'emploi) répondent aux injonctions28 contradictoires de leurs institutions d'appartenance. Ces dernières donnent la priorité à l'objectif économique du placement à l'emploi au détriment de l'objectif juridique de lutte contre la discrimination, et ce malgré le déploiement de programmes européens EQUAL tel ESPERE (Engagement du service public de l'emploi pour restaurer l'égalité). Force est de constater que, depuis sa reconnaissance officielle en 1998 et le vote de la loi de 2001, le traitement des discriminations est aujourd'hui à l'oeuvre. Pour autant, si le processus de changement est entamé, il est loin d'être abouti, comme nous ont permis de le constater nos travaux d'enquête les plus récents qui nous conduisent à penser avec Nacira Guénif-Souilamas que c'est dans le fait que les discriminations "existent, se déploient, se réitèrent, suscitant un sentiment de déjà vu, de "toujours déjà là", d'évidence donc, que se reconnaît la marque de fabrique de pratiques devenues instituantes sans être instituées29".

Il serait infondé de postuler une reproduction à l'identique des pratiques discriminatoires instituées par le droit durant la période coloniale. Pour autant, ces pratiques instituantes qui conduisent à admettre, à tolérer et à banaliser des pratiques discriminatoires pourtant illégales (loi Pleven de 1972, puis loi du 16 novembre 2001) autorisent une conceptualisation analogique30 d'une forme de réactivation d'un système discriminatoire postcolonial, dans la mesure où ceux qui sont visés sont, en grande partie, des descendants des immigrés coloniaux et postcoloniaux. Pour exemple, une affaire qui a été révélée au niveau de l'intérim, où le recrutement d'agents commerciaux se faisait sur la base de la codification suivante :

  • PR1 : "très bonne présentation" ;
  • PR2 : "bonne présentation" ;
  • PR3 : "assez bonne présentation" ;
  • PR4 : "noir ou arabe".

La découverte de cet autre système discriminatoire visant à écarter des candidats à l'emploi sur une base ethnique et raciale doit être mis en résonance sinon en lien avec un vécu partagé entre celles et ceux qui en subissent les effets. Ainsi dans une enquête31 conduite en 2005 à Nevers, un jeune nous interpellait en ces termes : "Dans les magasins, il n'y a que des blancs. Il n'y a que des fromages blancs. Mais la France, s'il n'y a pas les Arabes et les noirs, elle tombe ! C'est qui les maçons ? C'est qui les éboueurs ? C'est qui les plombiers ? Ce sont les Français ? C'est vrai, non ? C'est pas vrai ? Et c'étaient qui les tirailleurs quand la France, elle avait besoin de nous ?" La même année, dans une autre enquête conduite à Rennes32, une jeune femme apportait le témoignage suivant : "Quand j'étais enfant, ma mère et moi étions les seules métisses du village et on appelait ma mère "Négrita". Moi, on m'appelait "Blanche-Nègre" et ce n'était pas affectueux !" Il semble donc impératif de redonner toute sa crédibilité à la menace de la sanction juridique pour construire une réponse véritablement à la hauteur de ce fléau et de ses puissants effets de fragmentation sociale.

DE LA GESTION COLONIALE DE LA MAIN-D'OEUVRE IMMIGREE A LA PROMOTION DE LA DIVERSITE

Notre étude des systèmes discriminatoires à l'emploi nous a conduit à différencier et à étudier les combinaisons possibles entre les représentations racialisantes (notamment coloniales) et les pratiques discriminatoires qui peuvent en découler.

Cette analyse croisée des représentations et des pratiques nous permet de souligner une différence fondamentale entre :

  • La période des "Trente Glorieuses de l'immigration", durant laquelle neuf immigrés sur dix sollicités pour honorer les carnets de commande de l'industrie ont commencé leur carrière comme ouvriers sans qualification. Au début des années 1980, la mobilité sociale de cette génération qu'Abdelmalek Sayad a définie comme "le premier âge" d'une immigration n'a guère évolué, en raison d'une absence de promotion et de formation au sein des entreprises. La communauté d'expérience de cette première génération est marquée par l'exploitation économique, l'habitation dans des logements dégradés, la précarité du statut juridique et le maintien de l'illusion d'un possible retour au pays. Cela s'est traduit, à une certaine période, par un mode de gestion coloniale de la main-d'oeuvre appuyé sur des représentations racistes, comme a pu l'étudier l'historienne Laure Pitti à partir de l'exemple des Algériens de la Régie nationale des usines Renault33;
  • La situation d'une modalité contemporaine de discrimination, frappant les descendants de cette première génération immigrée, fondée sur un racisme de type différentialiste, qui conduit à éliminer massivement des candidats de l'accès à un emploi au motif de traits culturels supposés différents.

Les perspectives ouvertes par l'étude des systèmes discriminatoires contemporains montrent bien l'importance de ne pas s'attacher seulement aux représentations et aux idéologies racistes, mais aussi à leurs effets pratiques. Cette perspective d'étude a été privilégiée à partir de 2000 dans les travaux du Groupe d'études et de lutte contre les discriminations (GELD). Par ailleurs, la reconnaissance du phénomène discriminatoire a donné lieu à quelques procès, notamment de grandes entreprises.

L'année 2004 va cependant marquer un tournant dans la récente politique de lutte contre les discriminations. Au moment même où deux responsables de cette politique publique pointent que "les partenaires sociaux, notamment le patronat, se sont peu impliqués sur ce sujet et le déni reste encore très fort34", une campagne médiatique affiche un soudain engagement autour de la "promotion de la diversité". Mais que masque ce subtil glissement sémantique ? Au premier abord, on pourrait penser que c'est la même chose. Pourtant, lorsque l'on y regarde de plus près, le glissement n'est pas seulement sémantique, il est éminemment politique et n'est pas sans conséquences pratiques. Il serait donc abusif de considérer que "la lutte contre les discriminations ethnico-raciales, qui était auparavant l'apanage de la gauche et des organisations antiracistes, est devenue un thème consensuel35". En substituant à la lutte contre les discriminations, fondée sur l'égalité de traitement et les principes de l'État de droit, la promotion de la diversité, la politique publique s'appuie désormais sur la notion consensuelle d'"égalité des chances" inspirée par les principes de l'économie libérale. Ce tournant est largement accompagné et suscité en France par le lobbying de l'Institut Montaigne36, une importante médiatisation de son premier rapport paru en janvier 200437 et la mise en place d'une Charte de la diversité qui prône d'"ouvrir l'accès à l'élite aux candidats maghrébins, noirs ou asiatiques38". La promotion de la diversité et l'égalité des chances présentent l'avantage indéniable de séduire les acteurs les plus réticents à la prise en compte des discriminations, notamment les chefs d'entreprise. Cet engagement, légitime du point de vue de ses initiateurs, qui font valoir leurs propres intérêts (enjeu d'image et limitation du risque juridique pour les entreprises), n'en est pas moins critiquable sur au moins deux points s'il est envisagé comme seul axe de la politique publique :

  • Le premier est que les notions d'égalité des chances et de diversité n'ont aucun fondement juridique. Le risque est donc grand de relativiser le caractère illégal des pratiques discriminatoires.
  • Le deuxième risque, qui lui est corrélé, est de participer ainsi à une nouvelle forme d'occultation de la réalité discriminatoire et d'ignorer la souffrance quotidienne, l'atteinte à la dignité de ceux et de celles qui vivent dans l'insécurité quotidienne en se confrontant à cette logique d'élimination sociale. Peut-on sérieusement, face à un tel enjeu, se contenter de substituer aux vertus supposées de la République celles du marché ? Peut-on sans risques mettre entre parenthèses une politique publique de prévention et de lutte contre les discriminations39? Peut-on raisonnablement considérer que la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE) parviendra, à elle seule, au regard des moyens qui sont actuellement les siens, à faire face à un problème d'une telle ampleur ? En quoi l'histoire de l'immigration peut-elle contribuer à mieux comprendre la genèse des systèmes discriminatoires ?

UNE NECESSAIRE CONTEXTUALISATION DE L'HISTOIRE LOCALE DE L'IMMIGRATION

Sous l'impulsion et la démultiplication des travaux académiques sur l'histoire de l'immigration et d'entreprises mémorielles "à la frontière entre recherche universitaire et militantisme associatif40", les pouvoirs publics ont décidé la création d'une Cité nationale de l'histoire de l'immigration (CNHI). La déconstruction des systèmes discriminatoires passera sans doute aussi par l'écriture et la diffusion d'une histoire "susceptible d'aider à résoudre les conflits de mémoire, ou de modifier, à terme, les représentations erronées qui peuvent encore aujourd'hui en résulter41" et qui ouvrirait en même temps des "perspectives historiques authentiquement postcoloniales, qui pourraient permettre de saisir les transformations à l'oeuvre et de dépasser le manichéisme de ces positions (celle des défenseurs d'une positivité de la colonisation et celle qui souhaite que soient reconnus l'oppression, l'exploitation et les crimes coloniaux)42".

Comment dès lors inscrire nos observations sociologiques dans une histoire nationale, régionale et locale de l'immigration ? Comment opérer une articulation heuristique sans pour autant postuler d'un lien de causalité immédiate entre la réactivation de codification du type "pas de 31", les propos récents du président de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, qui a qualifié les harkis de "sous-hommes" et l'analyse de Benjamin Stora qui postule qu'"avec la guerre d'Algérie, le racisme colonial [a] commenc[é] sa traversée de la Méditerranée43" ?

Comment mesurer l'impact singulier de l'histoire de la décolonisation, des rapatriements, des camps et des effets de la guerre d'Algérie dans une région comme le Languedoc-Roussillon ? Même sans entrer dans une étude de ce contexte historique44, nous pouvons faire l'hypothèse qu'un certain nombre de faits historiques ont modelé la configuration actuelle. La région a tout d'abord occupé une place importante dans l'organisation nationale de la politique d'internement des indépendantistes algériens (camp du Larzac, de Rivesaltes, de Saint-Maurice-l'Ardoise - ce dernier situé à quelques kilomètres de la mission locale où nous avons découvert les codes discriminatoires). À partir de 1961, ces indépendantistes y ont parfois été remplacés par des militants de l'Organisation armée secrète (OAS). La région Languedoc-Roussillon est ensuite singulièrement traversée par le voyage sans retour de 120 000 "Français musulmans" (appelés "harkis") vers la métropole au lendemain des accords d'Évian du 19 mars 1962, dans un contexte politique pour le moins ambivalent45. Tous ceux qui parvinrent à traverser la Méditerranée, notamment jusqu'à Port-Vendres (Pyrénées-Orientales), regroupés dans un premier temps dans le camp Joffre de Rivesaltes à la fin de l'été 1962, seront ensuite dirigés dans des camps de reclassement : sur le Larzac (12 000 harkis y ont été "accueillis" dans des tentes de fortune à partir de l'été 1962), à Saint-Maurice-l'Ardoise, dans le Gard, orientés dans des hameaux de forestage (situés en grande partie en Languedoc-Roussillon), ou dans des cités urbaines (dont Lodève et Montpellier, dans l'Hérault). L'autre vague migratoire, celle du "retour des pieds-noirs", expression sujette à caution, masque une réalité plus complexe, celle du rapatriement des Européens d'Algérie où la minorité d'origine française côtoyait des Espagnols, des Italiens, des Maltais, des Allemands, des Suisses, les juifs d'Algérie... D'ailleurs, une des conséquences de l'événement traumatique de 1962 est d'avoir contribué à la reconnaissance d'une communauté "pied-noir"46: l'exode et l'exil vécus renvoient beaucoup plus à un processus de déracinement que de rapatriement. Face à un accueil frileux et soupçonneux des métropolitains, les "pieds-noirs" vont chercher une place dans la société française en construisant des lieux de mémoire. La "protectrice" d'Oran, Santa Cruz, installée depuis 1964 dans la modeste église de Courbessac, près de Nîmes, symbolise cette démarche. Elle réunit depuis, chaque année, des milliers de personnes pour la fête de l'Assomption, le 15 août. Cette perspective mémorielle est actuellement réactivée par des projets de musée à Montpellier sur l'"histoire de France en Algérie de 1830 à 1962" et d'un "centre de la présence française en Algérie", à Perpignan.

Ces éléments de contexte historique épars et incomplets ne visent nullement à tirer une conclusion hâtive mais sont une invitation :

  • à étudier de façon fine les contextes locaux, pour pallier le risque d'échafauder des hypothèses trop généralisantes au moyen de concepts buldozzers qui viennent plus écraser qu'éclairer la réalité ;
  • à étudier de façon pluridisciplinaire47 les articulations heuristiques entre l'histoire de l'immigration coloniale et postcoloniale et la question contemporaine des discriminations ethniques et raciales.

En parlant des "enfants illégitimes48" et en déconstruisant la catégorisation générationnelle - "C'est paradoxalement cette génération qu'on est convenu d'appeler "deuxième génération" qui, par l'adjectif ordinal qui lui est associé, fait exister, a contrario et a posteriori, cette autre génération, "première" qui n'existe pas ou ces autres "générations premières" oubliées et dont on ne parle pas49" -, Abdelmalek Sayad, à partir de l'exemple algérien qu'il considérait comme exemplaire, a offert une multiplicité de pistes heuristiques pour favoriser les ponts disciplinaires entre la sociologie et l'histoire, même si la transférabilité à d'autres histoires coloniales (que celle de l'Algérie) mérite d'être vérifiée.

CONCLUSION : LES FRACTURES COLONIALES

Pour conclure, et au regard d'une expérience sociologique nécessairement partielle, il nous semble tout aussi difficile de nier l'existence d'une fracture coloniale que d'affirmer un quelconque caractère unitaire à celle-ci. Il nous semble aujourd'hui opportun de travailler l'hypothèse de fractures coloniales en les articulant à chaque fois que possible avec d'autres grilles de lecture explicatives (sociale, générationnelle, urbaine) à partir de travaux de terrain communs croisant les regards disciplinaires, les approches méthodologiques et les sources. En 2005, le directeur d'une mission locale, originaire du Sénégal, nous a confié qu'une habitante lui avait demandé : "Alors, comme ça, vous venez des colonies ?"... Un effort salutaire est encore nécessaire pour ajuster nos lunettes sociales et construire une société pleinement égalitaire.

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(1) Voir Gérard Noiriel, 2001, p. 67-86. [Le lecteur trouvera toutes les références bibliographiques en fin d'article, p. 46.?NdlR.]

(2) Voir Patrick Weil et Stéphane Dufoix (dir.), 2005.

(3) Cet article est une contribution au programme de recherche pluridisciplinaire "Au-delà de la question immigrée : les nouvelles frontières de la société française" (ANR, 2006-2008), sous la direction de Didier Fassin.

(4) Ce regard vient en complément d'une approche qui privilégie l'étude des représentations coloniales à travers les discours ou les images,

(5) Emmanuelle Saada, "Un racisme de l'expansion. Les discriminations raciales au regard des situations coloniales", in Didier Fassin et Éric Fassin (dir.), 2006, p. 55-71.

(6) Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire (dir.), 2005.

(7) Abdelmalek Sayad, 1994a, p. 14.

(8) Une racialisation le plus souvent produite par ceux qui prétendaient la dénoncer lors des révoltes urbaines de l'automne 2005, comme le montrent bien Didier Fassin et Éric Fassin (dir.), op. cit. 2006, p. 5-16.

(9) Pour une critique de cette grille de lecture, nous renvoyons ici les lecteurs à l'essai de Fabrice Dhume-Sonzogni, 2007.

(10) Françoise Lorcerie, "Les sciences sociales au service de l'identité nationale : le débat sur l'intégration en France au début des années 1990", in Denis-Constant Martin (dir.), 1994.

(11) Patrick Weil, 1991.

(12) Olivier Noël, 1992.

(13) Haut Conseil à l'intégration, 1991, p. 18.

(14) Michel Foucault, "Polémique, politique et problématisations", in Michel Foucault, 1994, p. 591-598.

(15) Fethi Benslama, "La discrimination : mode d'extermination sociale", in Jean-Michel Blier et Solenn de Royer (coord.), 2001, p. 20-22.

(16) Olivier Noël, 1996.

(17) Olivier Noël, 2000, p. 106-116.

(18) Olivier Noël, 1999.

(19) Pierre Bourdieu, 1993, p. 129.

(20) Ahmed Boubekeur, 2003.

(21) Nous pensons ici surtout à l'important article de Françoise Lorcerie (op. cit. 1994) ainsi qu'à un article de Saïd Bouamama : "De l'assimilation à l'intégration : genèse d'une mystification", in Saïd Bouamama, Albano Cordeiro et Michel Roux, 1992, p. 171-196.

(22) Dominique Schnapper, 1991.

(23) Abdelmalek Sayad, 1994b, p. 8-14.

(24) Michel Miné, 2005, p. 11.

(25) Emmanuelle Saada, op. cit., p. 59.

(26) Michèle Tribalat, 1995 ; Véronique De Rudder, Maryse Tripier et François Vourc'h, 1995 ; Olivier Noël, 1997 ; Mouna Viprey et Luc Deroche, 1998 ; Fabrice Dhume et Muriel Maffessoli, 1997.

(27) Ce qui a été le cas du travail d'enquête conduit par le CADIS en collaboration avec la CFDT : Philippe Bataille, Le Racisme au travail, Paris, La Découverte, 1997.

(28) Olivier Noël, 2004.

(29) Nacira Guénif-Souilamas, 2005, p. 8.

(30) Jean-Claude Passeron, 1982.

(31) Olivier Noël, 2005 ; téléchargeable sur le site www.iscra.org.

(32) Suzana Dukic et Olivier Noël, 2005.

(33) Laure Pitti, 2004, p. 61-76.

(34) Patrick Aubert et Nourredine Boubaker, 2004, p. 8.

(35) Gérard Noiriel, 2006, p. 167.

(36) L'Institut Montaigne créé à la fin de l'année 2000 par le président du conseil de surveillance du groupe AXA, M. Claude Bébéar, se définit comme "un laboratoire d'idées, Think tank indépendant et pionnier en France, dépourvu de toutes attaches partisanes [dont] les recommandations font ensuite l'objet d'un lobbying actif auprès des décideurs publics".

(37) Yazid Sabeg et Laurence Méhaignerie, 2004.

(38) Claude Bébéar [ancien patron d'AXA] et Yazid Sabeg, Charte de la diversité dans l'entreprise - la différence est une richesse, p. 4.

(39) Un des signes de cette évolution est la transformation, par la loi de 2006 sur l'égalité des chances, du FASILD, principal outil de la politique de lutte contre les discriminations, en Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances (ACSE).

(40) Philippe Dewitte, 2004, p. 6.

(41) FASILD, marché n° 2006 33 DED 02 : "Histoire et mémoire des immigrations en régions et dans les départements d'outre-mer".

(42) Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, op. cit., p. 23.

(43) Benjamin Stora, 2004, p. 72.

(44) Nous conduisons actuellement à l'ISCRA une étude [Suzana Dukic (coord.), "Histoire et mémoire des immigrations en Languedoc-Roussillon", ACSE/IRIS, 2006-2008], étude qui vise à rassembler et à ordonner les matériaux pour la conduite ultérieure de recherches régionales de base (base de données statistiques, inventaire des sources, bibliographie).

(45) Catherine Withol de Wenden, 1990.

(46) Jean-Jacques Jordi, 2002.

(47) Pascal Blanchard (dir.), 2006.

(48) Abdelmalek Sayad, 2006b.

(49) Abdelmalek Sayad, ibid., p. 177.

Diversité, n°149, page 39 (12/2008)

Diversité - "Pas de 31."