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Des cimaises où accrocher des oeuvres d'art

La cité Tony Garnier, à Lyon

Eddie GILLES-DI PIERNO, président de l'association Patrimoine rhônalpin et trésorier du musée Tony-Garnier

La cité Tony-Garnier est née en 1930 au coeur du quartier des États-Unis, à Lyon, dans le 8e arrondissement. Cet ensemble monumental de 1 630 logements a été construit par l'architecte lyonnais Tony Garnier, considéré par ses pairs comme le pionnier de l'architecture du XXe siècle.

Les 6 000 habitants de cet ensemble de logements sociaux sont très attachés à leur quartier, nombreux y demeurent depuis les années 1930 et quatre générations de la même famille vivent souvent ici.

Depuis sa construction, cette cité n'avait jamais été rénovée. Lorsque, dans les années 1980, s'est posée la question de son avenir, la première réaction des élus et des techniciens fut d'entreprendre une démolition-reconstruction. Mais c'était sans compter avec l'attachement des habitants, non seulement à leur lieu de vie, mais aussi aux racines de leur histoire familiale.

Une incroyable aventure allait naître. Comment sauver cette cité ? comment lui donner la possibilité de poursuivre sa mission : "loger" des familles modestes au coeur de Lyon ?

Toutes les idées furent étudiées par les habitants - y compris celle de brûler des voitures. Mais les locataires étaient avant tout des citoyens respectueux du quartier dans lequel ils vivent. Tous approuvèrent l'idée d'utiliser la renommée de Tony Garnier pour sauver son oeuvre et de construire ici le patrimoine du XXIe siècle, celui de la diversité culturelle, sociale et humaine qui manque cruellement à la France.

Décision fut prise de transformer ce quartier en musée en plein air, afin de le rendre accessible gratuitement à tous en permanence, l'idée étant de faire venir des touristes qui, par leur présence, seraient le meilleur bouclier contre les démolisseurs. Ce sont donc les murs construits par le maître qui devinrent des cimaises où accrocher des oeuvres d'art : pas l'art des salons, mais l'art de la rue, celui que tout le monde comprend, car il parle au plus profond de notre âme.

Bien évidemment, nous avons eu a subir et nous subissons les railleries des beaux penseurs, ceux-là mêmes qui depuis des décennies oeuvrent pour maintenir nos quartiers dans un grand désert culturel. Nous avons dû aussi combattre toutes ces entreprises qui vivent et qui s'enrichissent sur la construction, la démolition et la reconstruction des logements sociaux ; et oser brandir un étendard vantant le bien vivre au coeur d'une cité HLM.

Cette expérience unique en France est une réponse à toutes les procédures mises en place par les différents gouvernements depuis plus de vingt ans : Banlieues 89, développement social des quartiers (DSQ), développement social urbain (DSU)... et à toutes celles qui ne tarderont pas à voir le jour.

Aujourd'hui, ce sont plus de 20 000 visiteurs par an qui viennent non seulement découvrir un musée en plein air, mais avant tout porter un autre regard sur le logement social, qui reste un des plus importants acquis social de notre société.

L'histoire de cette cité est loin d'être unique en France et, en Europe, des cités comme la nôtre sont nombreuses ; malheureusement, seules les plus "problématiques" sont médiatisées.

Nous continuerons notre combat.Nous avons ouvert une fenêtre sur ce que peut être notre avenir et celui de nos enfants et nous ne laisserons personne la refermer.

Texte associé : L'appartement musée des années 30

Diversité, n°152, page 201 (12/2008)

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