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Diversité

III. Après l'école avec l'école

Le programme de réussite éducative à Courcouronnes

Frédéric BOURTHOUMIEU, chef du programme de réussite éducative de Courcouronnes, GIP Centre Essonne. gip.centressonne.fb@wanadoo.fr

Face aux problématiques complexes des habitants de la ville, les élus, les professionnels, le monde associatif se sont très tôt inscrits dans les nombreux dispositifs existants en matière d'éducation et notamment ceux élaborés dans le cadre de la politique de la ville.

Courcouronnes est une ville du département de l'Essonne qui compte un peu plus de 14 000 habitants. Elle est divisée en deux par l'autoroute, et cette véritable rupture territoriale n'est pas sans conséquences sur la perception par les habitants de leur appartenance à une seule et même ville. Le quartier du Canal, qui concentre l'essentiel de la population, se trouve enclavé entre les infrastructures et par un certain cloisonnement dans son fonctionnement interne.

La population qui y réside y est très jeune et rencontre de nombreuses difficultés : chômage, faible niveau de formation, difficultés sociales, d'accès aux soins ; mais rassemble aussi des potentiels peu exploités et des ressources associatives prometteuses.

Nombre d'enfants sont en situation de déficit d'apprentissage ; les risques de "décrochage" sont importants et l'on trouve chez les enfants une difficulté grandissante à s'inscrire par exemple dans le groupe-classe et à gérer leur relation aux adultes référents. Cependant, on notera dans le même temps une très importante solidarité entre les habitants, créant un tissu social riche, et une forte volonté de la majorité des parents de s'impliquer pour la réussite de leur enfant.

Cependant, des fragilités multiples et souvent d'origine sociale s'immiscent dans toutes les dimensions du grandir de ces enfants : leur difficulté à répondre aux exigences scolaires, la vie quotidienne avec leurs pairs et parfois même leur vie familiale peuvent les amener à adopter des comportements de défense et à élaborer des stratégies d'évitement.

Ces enfants dissimulent souvent l'ensemble des fragilités familiales ainsi que leurs difficultés conséquentes derrière une rébellion teintée d'agressivité verbale, parfois gestuelle.

La démarche de veille éducative initiée au niveau national et déclinée à Courcouronnes a matérialisé un engagement permanent en direction de l'enfance et de la jeunesse. Lorsque, en 2005, dans le cadre du Plan de cohésion sociale, est lancé le programme de réussite éducative (PRE), les acteurs du territoire s'entendent sur l'intérêt d'initier un projet local.

REPERE : Un contexte national défavorable

Cette période d'élaboration et d'âpres discussions s'est déroulée dans un contexte national peu favorable. La publication fin 2005 d'un rapport de l'INSERM sur la prévention précoce ou encore certaines dispositions de la nouvelle loi de prévention de la délinquance sont venues exacerber les craintes que pouvaient avoir certains partenaires.

Dans le même sens, des dispositifs proches de l'esprit du PRE tels les RASED, ont pu voir dans cette arrivée, alors que leurs moyens étaient à la baisse, une remise en cause de leur action, voire de leur existence.

Si ces éléments ont pu rendre complexe le travail des professionnels chargés des PRE, ces derniers n'ont pas eu la même acuité, la même résonance sur le projet que nous construisions alors. Il semble que l'action déjà ancienne de la veille éducative, qui avait permis une habitude de travail en commun et une certaine coproduction entre professionnels de champs d'intervention voisins, ait permis une installation rapide.

Il ne faut pas ignorer, sur ce point, l'importance du portage politique et de la clarté de son propos sur de tels sujets. Pouvoir assurer, en temps que technicien, que nous n'aurons pas à faire face à des demandes particulières (demandes d'information, de listes...) de la part de nos élus est un préalable à l'action.

L'ORGANISATION DU PRE DE COURCOURONNES : UN PROJET, UNE LIGNE EDITORIALE

Les principes

La question des parents dans le dispositif

Le premier principe est l'affirmation commune que les parents délèguent l'éducation de leur enfant sur un temps précis pour une mission précise, mais n'y renoncent pas. Ainsi, l'implication des parents dans le projet proposé constitue un premier pas dans la réussite. Il s'agit alors, en s'appuyant sur leurs compétences, de les inscrire dans une dynamique de projet.

De façon opérationnelle, la place des parents est prioritaire au démarrage de tout accompagnement : il est demandé à l'auteur de la saisine d'en informer préalablement la famille.

Elle est facilitée lors de la présentation au cours de laquelle les parents participent au diagnostic de la situation de leur enfant, lors de la recherche d'adhésion aux actions proposées, en cours de parcours et, enfin, lors de l'évaluation.

REPERE : Comment les parents associent-ils les professionnels à l'éducation de leurs enfants ?

L'appui et l'accompagnement des parents occupent une place importante dans la création de liens de proximité entre les familles, de nature à conforter les parents dans leur rôle, avec pour objectif principal de renforcer les compétences des parents à être les premiers éducateurs de leur(s) enfant(s) en s'appuyant sur leur savoir-faire et leurs capacités à s'entraider.

Cette entraide est rendue possible dans des espaces collectifs d'échange, de dialogue et d'écoute entre parents, qui peuvent s'aider mutuellement à fixer des repères ou à mieux trouver des réponses à leurs interrogations, et/ou à s'apporter un soutien réciproque.

Le soutien à la parentalité participe donc à la valorisation des compétences des parents, afin qu'ils puissent assurer leurs droits et obligations, et leur apporte un appui, un accompagnement dans l'éducation et le développement de l'enfant.

Il ne s'agit pas de suppléer les parents, mais bien de les aider dans leur rôle parental.

Expérience : Le bus des parents

Le groupe-projet piloté par la réussite éducative a souhaité développer une action singulière de soutien à la parentalité. Pour le dispositif de réussite éducative, il s'agit de proposer aux parents des enfants et des jeunes accompagnés le soutien le plus large possible.

Le groupe propose de mettre en place un espace dédié pour les parents où chacun puisse s'exprimer selon sa position, où l'on puisse évoquer ses doutes, ses maladresses, parler de son rapport à l'autre sans être jugé. Cet espace permet la mise en commun des compétences, favorisant ainsi un phénomène de co-éducation. Le principe d'action est que les réponses s'élaborent à partir des questionnements.

Notre intention est d'être visible des parents habitant le quartier. L'expérience de chacun démontre l'importance, dans un tel projet, d'être proche de ces familles, d'aller à leur rencontre. Dans ce sens, le choix d'utiliser un bus comme moyen d'action permet d'être dans la proximité.

Véritable "poste avancé" de notre action de soutien à la parentalité, le bus des parents développe des modalités d'actions innovantes, conviviales et dynamiques. Il est un relais pour permettre l'accès à des actions nécessitant une plus grande discrétion, qui se dérouleront au centre social.

La non-subsidiarité

Dispositif issu de la politique de la ville, le programme de réussite éducative n'a pas pour vocation de couvrir les missions habituellement assumées par le droit commun. Il se doit, à l'inverse, d'interpeller le droit commun sur le service rendu aux habitants des quartiers concernés.

Cette question a pu se poser de façon différente en fonction des territoires et de leur densité associatives et institutionnelles. Dans certains territoires, le PRE a pu, petit à petit, remplir les missions qui incombaient à un autre en son absence ou par manque de moyens de ce dernier. Nous pouvons alors légitimement nous demander si le PRE est bien à sa place.

VIGILANCE : Les moyens du droit commun

Alors qu'il reste légitime de rechercher au préalable la mobilisation des moyens de droit commun, force est de constater que, le succès du PRE aidant, ce dernier entraîne une augmentation importante des demandes, posant alors, en creux, la question de l'augmentation de ces moyens de droit commun.

La présence importante d'associations et de services dédiés à l'accompagnement socio-éducatif des populations les plus fragiles, et une certaine habitude d'une coproduction éducative avec des démarches telles que la veille éducative ont pu favoriser ce type d'approche. Ainsi, c'est bien dans la complémentarité, dans une recherche de plus-value, que nous avons construit notre projet.

Nous avons traduit cette recherche de synergie par la formule "1+1 = 3".

L'individualisation des parcours

Le programme de réussite éducative issu de la politique de la ville garde une entrée par le territoire. Mais il introduit également, et au même niveau, une entrée par le public, en mettant l'accent sur les parcours individualisés des jeunes.

VIGILANCE : L'individualisation en question

Soulignons ici le risque d'une forte responsabilisation des enfants concernés et de leur famille. Ayant tout fait pour le sortir de sa situation, il serait facile de rejeter sur l'enfant et sa famille la responsabilité d'un éventuel échec : une lecture stricte, qui a pu faire dire à certains que l'on abandonnait toute action collective. Les professionnels, au fil du temps, ont préféré garder le terme d'individualisation pour ce qui est du repérage. Il s'agit bien d'identifier un enfant, un jeune rencontrant des signes de fragilités. On lui préfère ensuite le terme de "personnalisé", qui induit une recherche de contenus correspondant aux difficultés rencontrées, du sur-mesure en quelque sorte.

Ce qui fonde l'intervention de la réussite éducative, c'est l'individualisation. Pourtant, cet individu vit, grandit dans son territoire, il est donc nécessaire de le resituer dans son environnement.

Nous avons traduit cette dichotomie de la façon suivante : du territoire à l'individu/l'individu dans son territoire. (Graphique ci-après.)

Ajoutons que, sur les trois niveaux de l'intervention qui se succèdent (repérage, action, évaluation), c'est le premier qui se doit d'être individualisé. Par la suite, nous parlons plutôt de personnalisation, qui permet la mise en place d'une action sur mesure.

Organisation du PRE de Courcouronnes : illustration graphique

L'organisation

Le public concerné

Le public est constitué de tout enfant rencontrant des difficultés pouvant gêner sa construction d'identité, son épanouissement personnel ou son accès à la citoyenneté - s'agissant tout autant de ses apprentissages, de ses comportements, de ses relations à l'autre... - et qui peuvent se traduire par des troubles dans les domaines social, scolaire, de la santé, éducatif, les uns n'empêchant ni n'obligeant la présence des autres.

EXPERIENCE : Une base de données de la réussite éducative

Les professionnels engagés dans le programme de réussite éducative ont souhaité bénéficier d'outils facilitant le suivi des enfants et des familles accompagnés et permettant de réunir des informations utiles ou encore de disposer d'une connaissance suffisamment précise des projets.

Très vite, le principe d'une base de données s'est imposé pour répondre à ces exigences.

C'est dans cette perspective que plusieurs villes de l'Essonne, engagées dans le programme ont souhaité s'équiper d'une "base de données des accompagnements proposés". Cet outil favorise aujourd'hui le travail de capitalisation de l'information, indispensable dans le cadre d'accompagnements qui peuvent durer plusieurs mois.

Le temps de l'évaluation venu, si de telles bases de données peuvent constituer un point d'appui pour l'évaluation de la mise en oeuvre du programme de réussite éducative sur les territoires, elles ne pourront en revanche suffire à délivrer une information qualifiée sur les effets du dispositif et, par conséquent, sur son efficacité. Tel n'est pas leur objet.

Enfin, la mise en oeuvre d'une telle base de données, quelle soit locale ou nationale, requiert de prendre impérativement en compte les deux points de vigilance suivants : la tenue de ce type de fichier nominatif doit faire l'objet d'une déclaration à la Commission nationale informatique et liberté ; tout dossier doit rester consultable par l'usager concerné (loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique et aux libertés).

L'accompagnement

Nous n'empruntons pas le mot "suivi", généralement employé par l'action sociale, nous lui préférons celui "d'accompagnement" En référence aux propos de Dominique Glasman, l'accompagnement mise sur les capacités des personnes à développer leur autonomie : capacités d'initiative, de choix, de construction, de projet. Il est une démarche entreprise conjointement par une personne en difficulté et des professionnels coordonnés...

Ce qui domine dans l'accompagnement, ce sont les interactions sociales dans lesquelles on invite les personnes à s'inscrire tout en les aidant à les maîtriser à leur avantage.

Fondé sur l'écoute, un dialogue incitatif et une relation de confiance, l'accompagnement doit permettre l'émergence du désir, moteur actif de la démarche à entreprendre, et permettre à l'autre de trouver des moyens de réaliser ses objectifs individuels.

VIGILANCE : Le tropisme scolaire?

Ce projet s'appuyant à son démarrage sur une forte participation de l'Éducation nationale, nous assistons majoritairement à des saisines de la part de cette institution, montrant en un sens une prise de conscience de la nécessité de replacer la situation individuelle dans son contexte. Cela provoque également un tropisme scolaire dans les fragilités repérées qui peut avoir pour conséquence de n'explorer dans nos propositions que ce seul champ d'intervention. Soulignons enfin une tendance qui pourrait voir l'externalisation par l'école de toutes les difficultés posées.

Nous pouvons également regretter que, posant l'importance notamment de l'accès à la culture, aux loisirs, de la reconnaissance de leur potentiels, les professionnels des PRE se sont très peu souvent appuyés sur l'expérience des mouvements d'éducation populaire.

Les différentes fonctions

Pour le repérage, nous avons souhaité favoriser l'orientation du plus grand nombre d'enfants. Nous ne demandons pas aux professionnels (école, infirmière, animateurs, éducateurs...) de définir précisément les champs d'intervention requis. Ils peuvent nous saisir dès qu'ils ont à connaître des situations de fragilité.

Démarche de coopération, la cellule de veille éducative propose un espace dédié au sein duquel des partenaires peuvent échanger leur connaissance des publics et rechercher ensemble des solutions. Elle se compose d'un nombre de professionnels plus restreint qui interviennent particulièrement sur les champs d'intervention couvert par le dispositif de réussite éducative (Protection judiciaire de la jeunesse, centre communal d'action sociale, club de prévention...). Elle remplit la fonction d'orientation.

Composée en fonction des besoins repérés et pouvant venir en addition de ce qui est proposé par les autres partenaires, l'équipe pluridisciplinaire de soutien - composée d'intervenants salariés par le dispositif (référente de parcours, psychologue, animatrice soutien à la parentalité) et de nombreux partenaires associatifs - est chargée de l'accompagnement personnalisé des enfants orientés par la veille éducative.

En fonction des situations, une équipe idoine est composée et chargée de la mise en oeuvre d'un programme d'accompagnement personnalisé.

Nous parlons ainsi d'équipe à géométrie variable.

VIGILANCE : "Qui, de l'oeuf ou de la poule ?..."

La question fondamentale est de savoir si ce sont bien les besoins identifiés qui ont déterminé la nature des actions proposées, ou bien, à l'inverse, si l'offre disponible a influé sur les actions qui ont été proposées. En effet, le PRE peut être affecté par : la disponibilité d'une ressource dans le paysage local, qui l'invite à la mobiliser, ou, à l'inverse, la difficulté à trouver une ressource, qui peut conduire à ignorer telle ou telle fragilité (par exemple l'orthophonie).

LE PRE EN ACTIONS

Individuelles ou collectives, les actions ont pour objet de couvrir les champs de la petite enfance, de l'enfance et de la jeunesse. La palette d'interventions mise ainsi à la disposition des professionnels doit permettre la souplesse, l'adaptabilité et la personnalisation des parcours proposés.

Comme nous souhaitons construire un dispositif qui permette cette personnalisation, cette souplesse des accompagnements, le programme d'actions élaboré en début d'exercice ne peut être que prévisionnel.

Il serait en effet paradoxal de fixer définitivement cette programmation avant d'avoir rencontré les familles auxquelles nous serons susceptibles de proposer un accompagnement. Il ne serait pas non plus efficient de devoir reporter une action qui s'avère nécessaire en cours d'année au seul prétexte que nous n'avons plus les moyens financiers disponibles.

Cela ne semble pas correspondre à l'esprit du dispositif.

VIGILANCE : Le temps dans les parcours

Lorsque l'on s'inscrit dans un accompagnement en matière de santé, la question du temps durant lequel la famille devra poursuivre l'intervention considérée doit être posée au préalable. En effet, bien souvent, le traitement qui sera proposé sera lourd financièrement mais surtout demandera un investissement durable de la part de la famille.

En ce sens, un accompagnement par la réussite éducative qui n'a pas pour vocation de durer peut "aider" la famille à mettre en oeuvre une action, mais, parce qu'il ne se poursuivra pas toujours sur la durée effective du suivi médical, pourra mettre la famille en difficulté, voire entraîner l'arrêt de ce suivi.

La relation privilégiée lorsqu'elle a été investie par une famille est un facteur rassurant et peut contribuer à mettre en oeuvre l'action, mais ne doit pas rendre la famille dépendante.

Le travail d'accompagnement requiert la participation effective de la famille, et la reconnaissance de la prise en compte de l'action nouvelle dans ses préoccupations et son organisation quotidiennes.

Notre programme d'action se décline en quatre axes qui sont : l'appui à la scolarité, le développement personnel, l'appui à la fonction parentale et la santé et le mieux-être.

EXEMPLE : La sante et le mieux-être

Nous reprenons dans notre approche la définition de la santé formulée dans la Charte d'Ottawa : "Pour parvenir à un état de complet bien-être physique, mental et social, l'individu, ou le groupe, doit pouvoir identifier et réaliser ses ambitions, satisfaire ses besoins et évoluer avec son milieu ou s'y adapter."

Il s'agit bien ici d'un concept positif mettant l'accent sur les ressources sociales et personnelles, et sur les capacités physiques. "La promotion de la santé ne relève donc pas seulement du secteur de la santé [...], son ambition est le bien-être complet de l'individu."

Bien souvent, certaines familles en situation de fragilité renoncent à une couverture complémentaire par manque de moyens. De ce fait, certains soins sont abandonnés, parce qu'il leur faut arbitrer avec des dépenses de première nécessité. On peut pourtant craindre que les soins curatifs que nécessiteront ces personnes, en cas de maladie, n'excèdent largement les dépenses de prévention auxquelles elles auront renoncé.

Certes, ces familles sont, en droit, couvertes par une assurance, ou le sont avec la CMU. Mais pour elles, ce qui est en jeu, c'est leur capacité à exercer leurs droits. Afin de garantir aux personnes défavorisées l'accès et l'exercice de la plénitude de leurs droits, les actions multidisciplinaires doivent permettre d'innover dans les modes d'accompagnement et d'intervention administratif, social et médical.

On peut également noter que le manque d'information, que ce soit sur le fonctionnement du système de soins, sur les filières de soins, sur les possibilités de traitement des maladies et sur les progrès médicaux, est une source d'inégalités en matière d'accès aux soins. Il concerne aussi la prévention.

Les personnes d'origine étrangère qui maîtrisent mal le français peuvent rencontrer des difficultés à la fois pour être informées et pour dialoguer avec le corps médical ; elles peuvent avoir des attentes différentes vis-à-vis du système de soins et des représentations différentes de la santé. À un moindre degré, les personnes de milieux populaires sont dans une situation voisine : la distance culturelle est moins grande, mais elle existe néanmoins, avec les médecins en particulier.

En outre, la souffrance psychologique est, selon les acteurs de terrain, le premier problème de santé des jeunes. Les nombreuses actions de prévention, d'écoute et de rencontre montrent en effet que la santé mentale des jeunes est une préoccupation constante pour ces acteurs.

Les adolescents en souffrance se signalent de plus en plus tôt, par des plaintes somatiques, des troubles de conduite qui ne sont pas toujours reconnus comme des signaux d'alarme.

En outre, si elle traverse toutes les catégories de personnes précarisées, la souffrance psychosociale est difficilement mesurable et ne se range pas dans le champ classique de la pathologie. Elle s'exprime en dehors des lieux traditionnels de la santé mentale, par des comportements d'isolement, d'échecs répétés, des conduites à risques, de conduites additives, de violence contre soi-même et contre autrui.

LES ENSEIGNEMENTS, LES PERSPECTIVES

Le PRE a eu pour conséquence de dynamiser le partenariat local autour de la politique éducative. Aucun partenaire n'est indifférent, chacun est conduit à se positionner. Le PRE mobilise les énergies des partenaires, il réinterroge les pratiques partenariales autour de la question de l'individualisation lorsque d'autres dispositifs collectifs fonctionnent.

Proposant une action sur différents leviers, le PRE a véritablement favorisé l'émergence d'une coproduction éducative.

VIGILANCE : Éviter l'empilement des dispositifs

Il s'agira de toujours veiller, à l'avenir, lors de la mise en place de nouveaux dispositifs, à ne pas marquer un retour à l'empilement et à une segmentation de l'action publique. À ce titre, l'action des PRE a contribué sur certains territoires à mettre en exergue les compétences existantes et à en "fluidifier" la mise en synergie.

Le travail d'évaluation nécessaire qui devrait généralement intervenir sur les territoires en PRE à mi-parcours et en fin de dispositif devra s'assurer de sa pertinence, de sa cohérence et de son efficacité réelle. Une évaluation qui devrait à la fois porter sur les conditions de mise en oeuvre définies dans la loi de cohésion sociale (soutien individualisé, pluridisciplinarité, approche globale...), mais également sur les effets et les impacts des actions mises en oeuvre au bénéfice des publics accompagnés. "Les actions menées dans les différents domaines de l'éducatif, du scolaire, du socio-éducatif, du social et du médico-social, du culturel, du sportif, de la parentalité ont-elles produit ou non les impacts et les résultats attendus en termes de changement et d'évolution par rapport aux situations initiales des publics visés ? Et à quelles conditions ces résultats ont été obtenus1?"

Cette évaluation viendra étayer une question, celle de la pérennisation, qui, à Courcouronnes et sur nombre de territoires, est déjà posée par les différents acteurs impliqués.

EXPERIENCE : La création de l'Anaré

En Essonne, sous l'égide du Centre de ressources politique de la ville en Essonne, et dans différents autres départements (Seine-Saint-Denis, Val d'Oise, Nord...), les professionnels qui font les projets locaux de réussite éducative ont pris l'habitude de se réunir. Au démarrage du dispositif, il s'agissait d'échanger sur les modalités de mise en oeuvre pratique du dispositif.?Aujourd'hui les échanges portent plus souvent sur les enjeux posés par telle ou telle modalité de fonctionnement.

Avec le temps, ce réseau, bénéficiant d'une plus grande visibilité, est devenu l'interlocuteur de partenaires institutionnels tels que la préfecture, l'Éducation nationale ou bien encore le conseil général, s'associant parfois à eux pour définir certains aspects du PRE (exemple : le travail sur l'évaluation financé par la préfecture a abouti à l'élaboration d'une méthode et d'un canevas commun aux PRE de l'Essonne).

Dans ce même sens - échange de pratiques, formalisation - mais également dans un objectif de participation aux réflexions sur les politiques éducatives en général, certains professionnels engagés dans l'éducation en général et dans des PRE spécifiquement ont souhaité se réunir et proposer la création de l'Association nationale des acteurs de la réussite éducative (Anaré).


(1) Guide-méthode de l'évaluation PRE-Essonne, préfecture de l'Essonne, réseau des coordonnateurs PRE de l'Essonne, Centre de ressources politique de la ville en Essonne et J.-F. Bernoux consultant.

Diversité, n°152, page 185 (12/2008)

Diversité - Le programme de réussite éducative à Courcouronnes