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Diversité

II. La réussite scolaire

Le groupe de travail de l'IGEN sur les réseaux ambition réussite

Anne Armand, inspectrice générale de lettres, co-responsable du groupe IG RAR (réseaux ambition réussite), co-auteure du rapport sur l'égalité des chances

À la suite des travaux des deux inspections générales, Inspection générale de l'Éducation nationale (IGEN) et Inspection générale de l'administration de l'éducation nationale et de la recherche (IGAENR), menés de septembre 2005 à juin 2007, qui ont donné lieu entre autres au rapport sur "La contribution de l'éducation prioritaire à l'égalité des chances1", un groupe de travail permanent a été créé au sein de l'inspection générale. Ce groupe ne s'inscrit pas dans les structures habituelles de l'inspection générale : généralement, des inspecteurs appartenant aux différents groupes disciplinaires se réunissent pendant un temps limité pour réaliser ensemble une étude, un audit, rédiger un rapport, le groupe constitué pour ce travail cessant ensuite d'exister.

Dans cette décision du doyen de l'inspection générale, François Perret, de faire exister un groupe de travail permanent, on peut lire la reconnaissance de l'importance de la question des réseaux ambition réussite, en particulier des questions d'enseignement. La mission de ce groupe permanent est en effet d'apporter un soutien à la réflexion didactique et pédagogique des corps d'inspection.

Apporter un soutien ne signifie pas que les corps d'inspection territoriaux seraient en difficulté. C'est au contraire reconnaître la difficulté majeure rencontrée par l'ensemble de notre système : il faut relever le défi de garantir l'égalité des chances et de réussite scolaire à compétences égales aux élèves des milieux défavorisés qui n'ont pas nécessairement envie d'apprendre, qui n'ont pas toujours compris les enjeux de l'école, qui ne décryptent pas les implicites du système scolaire, qui n'ont pas les moyens d'apprendre (santé, sommeil, cadre de vie, soutien familial...).

DEUX AXES DE TRAVAIL

Le groupe de travail permanent est conçu comme un groupe ressource, selon les deux axes qui organisent les réseaux ambition réussite.

L'axe vertical

Cet axe est celui qui assure la continuité de l'école au collège. Le groupe est co-piloté par Viviane Bouysse, inspectrice générale du premier degré, et par moi-même, inspectrice générale de lettres. Les réflexions sur la continuité entre les cycles, sur les programmes personnalisés de réussite éducative (PPRE), sur l'aide individualisée au fil du parcours de formation sont au coeur de notre travail. En particulier, au-delà du cadre du soutien traditionnel, dans lequel on intervient après un enseignement, une fois une difficulté révélée par une évaluation, en répétant, en recommençant, la réflexion d'un groupe associant premier et second degrés permet de mieux penser l'aide que l'on apporte avant un acte d'enseignement (anticipation), pendant (accompagnement), après (remédiation/projection). Anticipation, accompagnement, remédiation : avec ces trois termes, on doit pouvoir dépasser le soutien traditionnel, savoir à quel moment un élève va buter sur une difficulté, parce que l'on connaît son parcours antérieur de formation, prévoir comment l'accompagner particulièrement pendant le moment d'apprentissage (ce que permet dans les réseaux ambition réussite la présence d'adultes supplémentaires), comment reprendre et structurer ensuite l'apprentissage pour le projeter vers la suite du cursus.

L'axe horizontal

Cet axe est celui de la transversalité des apprentissages disciplinaires, qui fait que l'on considère un élève dans l'intégralité de son parcours et non comme un élément confronté un temps à une discipline. Le groupe permanent de travail, qui s'intéresse aux compétences, aux transferts d'une discipline à l'autre, est composé d'inspecteurs généraux de mathématiques, de sciences physiques, de SVT, d'EPS, de langues vivantes, d'éducation musicale, de philosophie, de lettres, d'établissement et vie scolaire. Il comprend des inspecteurs qui ont participé à la rédaction du rapport sur les acquis des élèves, sur l'égalité des chances, sur l'évaluation des compétences. Le premier travail au sein de ce groupe est à l'image de celui qui doit être fait sur le terrain des classes : partager une culture professionnelle pour mieux la mettre au service de l'élève qui apprend.

PREMIERES ACTIVITES DU GROUPE : REFLEXION, INTERVENTION, SUIVI

Un groupe de réflexion

Les inspecteurs généraux du groupe lisent des travaux de chercheurs, réfléchissent à partir de leurs connaissances du métier, échangent sur leurs observations de terrain. Comme chaque acteur des réseaux ambition réussite a à le faire, les membres du groupe cherchent des solutions aux problèmes posés dans ces lieux d'enseignement. Chacun d'eux sait que personne n'a de solutions toutes prêtes dans la poche. Des questions telles "Socle et RAR" sont par exemple au coeur de la réflexion de l'année. En lien avec le Centre Alain-Savary, de l'INRP, à l'écoute des réflexions menées dans les quatre réunions inter-académiques des réseaux ambition réussite (décembre 2007 - janvier 2008), la réflexion se construit pas à pas, pour être mise à disposition et partagée.

Une activité d'intervention

En tant que groupe ressource, les inspecteurs généraux ont été présents dans les huit journées des réunions inter-académiques (Lille, Marseille, Créteil, Versailles). Ils ont participé à la préparation de ces rencontres et participeront à la journée de bilan nationale. Ils interviennent aussi à la demande d'une académie particulière (Lille, Rouen, Reims, Créteil), d'un réseau particulier (RAR Arthur-Rimbaud à Amiens, RAR Léopold-Sedar-Senghor - Les Tarterets à Corbeil-Essonnes, RAR André-Malraux à Asnières, RAR Albert-Jacquard à Caen, RAR Les Provinces à Cherbourg).

Une activité de suivi

Le groupe permanent participe au suivi de la politique d'éducation prioritaire, en particulier celle des réseaux ambition réussite, pour informer les instances nationales, mesurer les disparités nationales, mutualiser les avancées (on peut avoir expérimenté à Lille ou à Marseille, ce qui intéressera d'autres académies).

TROIS THEMES PRIORITAIRES

L'accès au langage

Dès le début de la scolarité (à l'école maternelle) et jusqu'à la fin du collège, l'accès au langage de l'école, c'est-à-dire au langage de la pensée, au langage du raisonnement, au langage des échanges sur les objets de savoir, doit être la préoccupation centrale de tous les acteurs. Bien au-delà des questions posées par les élèves non francophones, la langue de l'école, qui se pratique constamment mais ne s'apprend probablement nulle part pour le moment, reste souvent inaccessible aux élèves des milieux défavorisés. Ainsi, des travaux de chercheurs montrent que certains élèves en 3e n'ont toujours pas compris que l'école fait référence à elle-même, que la question "Selon-vous, est-il important de voyager ?" ne renvoie pas au vécu de l'élève mais au texte que l'on a sous les yeux, à la séquence d'enseignement que l'on vient de vivre, et que "selon vous" ne veut pas dire "selon vous", mais signifie quand même, sur un plan rhétorique, sur le plan de la construction d'un discours, "selon vous"... Ce n'est pas facile à expliquer quand on n'a pas appris chez soi, depuis l'enfance, à manier ce langage. Le langage d'évocation, celui qui permet de parler de ce qui n'est pas "ici et maintenant", avec un ou des interlocuteurs qui ne partagent pas le même univers de référence, les mêmes mots, et qui nécessite que l'on sorte de la connivence et de l'implicite pour entrer effectivement en communication et pour utiliser vraiment les mots, est l'enjeu majeur des apprentissages que seule l'école fait effectuer pour beaucoup d'élèves. Ajoutons que les évaluations internationales, qui ont porté sur les acquis scientifiques pour cette session, mettent en lumière dans les enseignements scientifiques les difficultés résultant du maniement de la langue du raisonnement.

L'action pédagogique au coeur de la classe

Il ne s'agit pas de nier l'importance des activités périscolaires, des actions en partenariat, des sorties culturelles, des pôles d'excellence. Mais seule l'action pédagogique au coeur de la classe, tous les jours, dans toutes les séquences d'enseignement définies par les programmes, peut faire changer l'apprentissage au quotidien et garantir un objectif de réussite scolaire. On ne peut se contenter de travailler sur le mieux être personnel et social à l'extérieur de la classe. C'est le changement dans la façon de préparer un cours, dans la façon de le mener, dans la façon d'organiser le travail de l'élève avant, pendant et après le cours, dans la façon d'évaluer les acquis des élèves, qui représente le levier majeur des changements pédagogiques et didactiques dont les réseaux ambition réussite ont besoin.

Le diagnostic scolaire de la difficulté

Cette question est au coeur des deux journées de réflexion des réunions inter-académiques, parce que l'on ne sait pas encore suffisamment bien lire la difficulté scolaire, l'identifier comme telle, avec précision. L'école peut agir sur la difficulté scolaire, qui n'est pas un simple équivalent de la difficulté sociale. Il s'agit de passer d'une indication comme "ne maîtrise pas la langue" à "est en difficulté sur telle capacité de lecture dans tel type de texte", "n'a pas compris telle notion précise" vue un, deux, trois ans plus tôt et qui conditionne la compréhension de ce que l'on apprend dans le cours d'aujourd'hui... Bien lire la difficulté scolaire, c'est savoir sur quoi exactement on décide d'agir et sur quoi on peut agir, quand on est un enseignant. Seul le diagnostic précis de la difficulté scolaire permet d'évaluer l'efficacité des actions mises en oeuvre, à court comme à moyen terme.

L'inspection générale est donc mobilisée, aux côtés des acteurs de terrain, pour les accompagner dans la réflexion, dans les décisions à prendre et les transformations à mettre en oeuvre, comme dans les évaluations à conduire.


(1) Anne Armand et Béatrice Gilles, "La contribution de l'éducation prioritaire à l'égalité des chances", ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement et de la Recherche, Paris, La Documentation française, 2006 (disponible en version pdf).

Diversité, n°152, page 103 (12/2008)

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