Le réseau Canopé Le portail educ-revues
 
Diversité

I. La réussite "versus" échec : un renversement significatif

3 questions à...Fadéla Amara

Entretien avec Fadéla Amara (secrétaire d'État chargée de la politique de la ville) .

Fadéla Amara, quel sens donnez-vous au mot réussite quand il s'agit d'éducation ? et comment le raccrochez-vous à votre expérience personnelle ?

FADÉLA AMARA Soyons clair. Pour moi, la réussite ne passe pas nécessairement par les grandes écoles, ENA ou HEC. On peut réussir en allant à la fac. On peut réussir sans aller à la fac. On peut réussir en faisant des études plus courtes. Et on peut réussir en quittant l'école à 16 ans : il suffit d'avoir la volonté, un peu de chance et surtout un dispositif qui vous permette de rebondir.

L'essentiel est que chaque jeune de notre pays puisse avoir les moyens de réaliser ses ambitions, ses envies, ses rêves. Notre République doit donner à chacun de ses enfants la possibilité de réaliser ses rêves. C'est pourquoi le président souhaite la généralisation des dispositifs dits de deuxième chance.

Et puis, il n'y pas que la réussite scolaire. Les savoirs dits "académiques" ne sont pas les seuls.

Quand on parle "éducation", on pense en général à "éducation nationale", à "parcours scolaire". Et quand on associe "éducation" et "réussite", on pense à "réussite scolaire". Moi, je veux parler de réussite éducative. Les mots sont importants. La réussite éducative permet notamment d'inclure l'éducation artistique, la culture et tous les autres savoir-faire.

Vous faites référence à mon parcours personnel. Je n'ai pas fait des études longues. Personnellement, j'ai en quelque sorte connu l'échec scolaire. C'est sûrement pour cela que je suis profondément attachée au concept de "deuxième chance". J'en suis en quelque sorte un exemple. L'engagement associatif et politique ont été pour moi une chance.

Tout le monde souhaite la réussite pour tous les enfants de France, mais pouvez-vous nous dire comment vous pensez pouvoir contribuer à améliorer le sort des enfants des quartiers, de ceux qui justement peinent à réussir ?

FADELA AMARA J'ai l'ambition de faire de nos quartiers populaires le vivier des élites et des compétences de notre pays. C'est la volonté du président et celle du Premier ministre. Je veux faire émerger l'élite des banlieues. Parce que je pense très sincèrement que l'avenir de la France ne peut se concevoir sans la mobilisation des énergies de nos quartiers populaires. Les jeunes y ont, plus qu'ailleurs, la "rage", la volonté, la détermination de s'en sortir.

Je veux que chaque enfant des quartiers puisse bénéficier d'un parcours d'excellence éducative sécurisé. Je veux casser les "ghettos scolaires" et faire venir l'excellence dans les quartiers.

Le programme "Espoir banlieues : une dynamique pour la France" est très ambitieux. Le président de la République, Nicolas Sarkozy, a donné, le 8 février dernier, une feuille de route à l'ensemble des ministres. En matière d'éducation, il faut agir de manière permanente sur tous les points de fragilité de l'éducation des jeunes, tout au long de leur parcours scolaire. Cela veut dire agir sur tous les leviers, sur l'école de la "première chance" comme sur les écoles dites de la deuxième chance.

Nous avons présenté, avec Xavier Darcos, les actions qui vont venir compléter et renforcer les bonnes pratiques ou dispositifs qui existent déjà. Je pense notamment aux programmes de réussite éducative du plan Borloo.

À l'école primaire, par exemple, à l'automne prochain, l'ensemble des enfants de nos quartiers pourront bénéficier de l'accompagnement éducatif mis en place actuellement dans les collèges. Concrètement, cela veut dire qu'ils pourront bénéficier après l'école d'une aide aux devoirs et d'activités culturelles et sportives.

Dès la rentrée prochaine toujours, nous allons expérimenter le "busing", pour favoriser la mobilité des enfants de CM1 et de CM2 dans des écoles de centre-ville en dehors de leur quartier.

Autre mesure : les internats d'excellence permettront aux enfants des milieux défavorisés qui ne peuvent pas étudier chez eux dans de bonnes conditions d'être pris en charge et accompagnés. Nous allons dès la rentrée prochaine doubler le nombre de places labellisées.

Nous n'oublions pas les 150 000 jeunes qui quittent chaque année le système éducatif sans diplôme, ni qualification. Ce chiffre est énorme. Il représente près de 20 % d'une même classe d'âge.

Notre République ne peut plus accepter une telle situation. Nous allons redonner une deuxième chance à cette jeunesse. J'ai souhaité étendre et élargir les dispositifs dits de la deuxième chance, avec les écoles de la deuxième chance notamment.

Dans son discours, le président de la République s'est engagé à mobiliser tous les moyens pour que les jeunes qui le souhaitent puissent s'inscrire dans une école de la deuxième chance.

Il a utilisé des termes forts : il veut faire du développement de la deuxième chance l'une des priorités de son quinquennat. Il veut faire de l'école de la deuxième chance ce que l'école primaire a été sous la Troisième République.

Pensez-vous qu'il faille seulement injecter beaucoup d'argent - même si c'est évidemment nécessaire - pour accroître la réussite de tous ? N'y a-t-il pas des voies finalement plus difficiles ?

FADELA AMARA Là aussi, il faut être clair : les quartiers ont besoin de moyens, c'est sûr.

Mais, surtout, la politique de la ville a besoin d'une nouvelle méthode. Il faut une vraie mobilisation de ce que l'on appelle le droit commun. En fait, la dynamique qu'a lancée le président de la République le 8 février est une dynamique de mobilisation. C'est une condition sine qua non pour ne plus répéter les erreurs du passé et traiter l'ensemble des questions.

C'est pourquoi je me réjouis des engagements forts pris par le président de la République en demandant aux ministres responsables des politiques touchant la vie quotidienne des habitants des quartiers de présenter, chacun, un programme, chiffré sur trois ans, de mobilisation de leurs services en faveur des quartiers populaires.

En matière d'éducation, tout n'est pas qu'une question de moyens financiers. Vous avez raison. Il faut faire changer les représentations, les mentalités, y compris dans les quartiers. Et ça, cela va demander du temps...

Diversité, n°152, page 17 (12/2008)

Diversité - 3 questions à...Fadéla Amara