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Diversité

I. Normes linguistiques et enjeux sociaux

La connivence linguistique comme objectif (Résumé)

Élodie OURSEL, doctorante en didactique du français langue étrangère à l'université de Paris III (Cediscor/Syled) et à l'université de Nancy II (ATILF)

Cet article1 évoque ce que recouvre et implique le concept de connivence linguistique dans la pratique de la langue, tant en production qu'en réception. L'auteur compare les conditions de communication d'un apprenant de français comme langue étrangère débutant avec celles d'un apprenant de français dont la maîtrise de la langue est déjà avancée. Elle se penche en particulier sur la façon dont le Cadre européen commun de référence pour les langues (adopté par le Conseil de l'Europe en 2001) envisage les compétences communicatives dans cette perspective, ainsi que sur la progression du niveau de compétence en langue, afin d'étudier les tendances européennes en la matière.

Le concept de connivence linguistique est né d'un travail sur les allusions discursives, segments d'un discours qui éveillent l'idée d'un autre sens, discours ou schéma discursif dans l'esprit d'un récepteur, procédés très couramment utilisés dans les sketchs humoristiques. Par exemple, dans le sketch de Coluche intitulé "L'ancien combattant", lorsque Coluche dit "Il [un ami de l'ancien combattant] avait été blessé au front... non, pas à la tête, au pied", le même mot "front" éveille tantôt un sens, tantôt un autre. L'humoriste fait allusion au front comme zone avant au combat ("Il avait été blessé au front"), ce que le récepteur comprend par le contexte ; puis, par précision, allusion est faite à la partie supérieure du visage ("non, pas à la tête"), mais, niant cette interprétation, l'humoriste renvoie au sens identifié en premier lieu.

Dans cette série d'allusions, il est nécessaire de posséder quelques connaissances que nous qualifierons d'"encyclopédiques" sur l'organisation stratégique d'une guerre (le front, l'avant, l'arrière, les civils et les combattants...) et sur le nom des parties du corps, en particulier celle du visage que l'on appelle le front. Ces savoirs relèvent déjà, selon nous, d'un niveau qui n'est pas accessible à tous. Non pas que tous ne sont pas assez éduqués ou cultivés pour savoir cela, mais plutôt que certains savent s'exprimer au sujet de certains thèmes dans une langue, et sur d'autres thèmes dans une autre. Dans ces conditions, maîtriser la polysémie des mots d'une langue n'est pas aisé.

Le sentiment d'appartenance à une communauté linguistique est très fort lorsque les individus ont une langue commune, et le défaut de connivence n'est alors repérable que dans certaines situations particulières et ponctuelles : lorsque des accents régionaux sont pris en considération, ou bien lorsque des spécialistes d'un domaine parlent entre eux. La connivence comporte certains intérêts non négligeables : elle conforte le sentiment d'appartenance à un groupe et développe le sentiment d'appartenance au groupe chez ses membres ; elle développe une forme d'intimité entre les individus du groupe ; les individus participant à la communication ont les données nécessaires pour comprendre les productions langagières sans fournir d'efforts particuliers (ils ont un bagage linguistique suffisant pour comprendre le sens des énoncés auxquels ils sont exposés), d'où une économie d'énergie cognitive ; etc.


(1) L'article complet d'Élodie Oursel est disponible sur le site du centre de ressources Ville-École-Intégration (www.cndp.fr/vei) et a pour titre "La connivence linguistique comme objectif dans l'enseignement-apprentissage du français langue étrangère".

Diversité, n°151, page 75 (12/2008)

Diversité - La connivence linguistique comme objectif (Résumé)