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Diversité

III. Points de vue d'Europe

Allemagne : Entre scolarité et emploi : que faire ?

Nora GAUPP, psychologue, TILLY LEX, sociologue, Birgit REISSIG, collaboratrice scientifique, sont chercheuses à l'Institut allemand de la jeunesse de Munich.

À la fin de la période scolaire obligatoire qui dure entre neuf et dix ans en Allemagne, les jeunes se trouvent dans une situation difficile en raison du manque chronique et persistant d'offre d'apprentissage. De multiples questions se posent, qui impliquent des prises de décisions à la fois au plan fédéral et local :
que peut-on faire afin de pallier le manque de formation pour les jeunes et les accompagner et les soutenir ? De quelle façon s'orientent-ils ? Quels sont leurs objectifs ? Quelles voies choisissent-ils afin de les atteindre ? À quels moments de cette étape transitoire les risques d'échouer apparaissent-ils ? Que se passe-t-il avec ceux qui ne parviennent pas à obtenir une place d'apprentissage ?...

Le Deutsche Jugendinstitut (Institut allemand pour la jeunesse) a débuté au printemps 2004 une enquête représentative transversale analysant ces questions. En mars 2004 dans toute la République fédérale, on a interrogé, via un questionnaire dans le cadre des cours, 4 000 élèves en dernière année de scolarité obligatoire dans 126 écoles et collèges. Les questions ont porté sur l'origine de leur famille, les expériences faites à l'école, leurs objectifs d'apprentissage et de formation professionnelle, leur objectif pour la période après la fin de l'année scolaire en cours. Depuis novembre 2004 tous les six mois, les jeunes ont été interviewés sur leur cheminement dans le système d'éducation et de formation professionnelle.

Les résultats de cette enquête veulent répondre à trois questions :

  • Quelle est la situation des jeunes dans la dernière année de la scolarité et quels programmes d'insertion et de soutien existe-t-il ?
  • Que se passe-t-il juste après le cycle de scolarité obligatoire ?
  • Comment se déroule - à long terme - la transition de l'école/du collège à l'apprentissage ?

LES JEUNES ET LES PROGRAMMES D'INSERTION EN DERNIERE ANNEE D'ECOLE

L'âge moyen des jeunes interrogés en 2004 était de 16 ans à peine. On trouvait 58 % de garçons et 42 % de filles. Plus de la moitié étaient d'origine immigrée. Un sur quatre n'était pas né en Allemagne. De même, un sur quatre n'avait pas la nationalité allemande.

Une petite moitié avait redoublé une ou plusieurs classes. Aux difficultés scolaires représentées par ces chiffres s'oppose une relative satisfaction concernant l'école. Les élèves pour la plupart s'entendent bien avec leurs camarades de classe, se sentent respectés par leurs professeurs et la plupart aiment aller à l'école/au collège.

En mars de l'année scolaire passée, la moitié des élèves se sont orientés sur la "voie royale" allemande de la vie professionnelle : terminer l'école/le collège, faire un apprentissage et après cela, travailler. Un quart prévoit, tout d'abord, de continuer d'aller à l'école/au collège afin d'obtenir de meilleurs diplômes et avoir de meilleurs chances sur le marché de l'emploi. Seulement 2 % veulent commencer à travailler sans apprentissage, directement après l'école. Un élève sur dix est indécis ou ne sait pas ce qu'il veut faire après. Dans l'ensemble, les jeunes évaluent la situation de façon correcte en ce qui concerne les objectifs de formation professionnelle et d'apprentissage. Les jeunes savent que les diplômes scolaires et les qualifications professionnelles sont importants afin de réussir à s'insérer dans la vie professionnelle.

La question : "Que se passe-t-il après l'école/le collège ?" les préoccupe énormément. Deux bons tiers se sont déjà exercés à l'école pour savoir remplir des dossiers de candidature et savoir comment se comporter lors d'entretiens de candidature. Un sur trois s'entraîne à la maison à remplir des dossiers de candidature et un sur cinq s'entraîne à avoir un comportement professionnel lors des entretiens de candidature. La moitié de ceux qui ont posé leur candidature ont envoyé jusqu'à cinq dossiers. Environ 40 % ont envoyé entre 6 et 20 dossiers de candidature, un peu plus d'une personne sur dix a envoyé plus de 20 dossiers.

Malgré la bonne volonté des jeunes à se montrer réalistes, beaucoup d'entre eux ont été obligés entre mars et juin 2004 de remettre leurs objectifs en question.

Le pourcentage de ceux voulant commencer un apprentissage directement après l'école baisse dans l'espace de quelques mois de 9 % (de 44 % à 35 %). Entre mars et juin 2004, ce sont les jeunes qui ne sont pas nés en Allemagne qui modifient le plus leur intention de commencer un apprentissage juste après l'école ou le collège : de moins 15 % (moins de 14 % pour les jeunes nés en Turquie - pour ce dernier groupe de personnes, le pourcentage de ceux qui avaient l'intention de commencer un apprentissage a baissé entre mars et juin de 19 % à 5 %). Aussi bien pour les filles d'origine allemande que pour les filles d'origine émigrée, on constate un grand changement vis-à-vis des objectifs d'apprentissage prévus (pour chaque groupe moins de 11 %).

Objectifs - Comparaison mars/juin 2004 (N=1624)

QUELS PROGRAMMES D'INSERTION ? QUELLES MESURES A PRENDRE ?

Dans les villes de l'ouest de l'Allemagne, il y a une grande majorité de jeunes de familles émigrées. Le pourcentage des jeunes qui ne sont pas nés en Allemagne est frappant. Ce contexte est assez surprenant, d'autant plus que les programmes d'aide linguistique spécialement créés pour ce groupe cible ne sont pas considérés comme importants par ces jeunes, alors qu'ils reconnaissent, en même temps, les problèmes linguistiques comme étant un des obstacles majeurs à un apprentissage et que, dans d'autres matières, ils bénéficient souvent de cours de rattrapage en petits groupes (pour à peu près un quart d'entre eux).

Cette enquête démontre tendanciellement que la majeure partie des parents s'intéressent aux apprentissages et formations professionnelles de leurs enfants.

Parallèlement, il manque à ces parents de jeunes n'étant pas nés en Allemagne la connaissance et l'expérience du système d'éducation et de formation professionnelle allemand, qui leur permettraient de participer à la réussite scolaire de leurs enfants jusqu'à une formation/un apprentissage. Jusqu'à présent il n'y a pas de stratégie pour soutenir ces parents de façon systématique.

Les jeunes savent que sans formation ou qualification ils n'auront que peu de chance sur le marché de l'emploi. Seulement 2 % veulent travailler sans qualification. La majeure partie veut suivre la filière "scolarité obligatoire, apprentissage - emploi". Dans leurs objectifs professionnels, ils essaient d'être réalistes. Ils entreprennent diverses démarches afin d'obtenir une place d'apprentissage. Contrairement à l'opinion générale, il y a beaucoup d'offres dans les écoles afin de préparer les jeunes à la transition de la scolarité à une place en apprentissage : entraînement pour remplir des dossiers de candidature, organisation de stages... Les professeurs, en dehors des parents et amis, sont les "aides principales pour la recherche de formation".

QUE SE PASSE-T-IL A LA SORTIE DE L'ECOLE ?

Entre mars et juin, beaucoup de jeunes ont modifié - ont dû modifier ? - leurs objectifs car les étapes suivantes n'étaient pas réalisables. Si on se demande où en étaient vraiment les jeunes en novembre 2004, il devient clair que les processus d'adaptation de juin 2004 ne sont pas arrivés à terme. Au contraire, jusqu'au placement définitif en novembre 2004, beaucoup d'entre eux ont dû se réorienter.

En juin 2004, un bon tiers avait prévu de commencer immédiatement une formation professionnelle. Seulement un sur quatre avait atteint son objectif en novembre de la même année. Les jeunes de familles émigrées ont dû remettre en question encore une fois leurs objectifs de formation prévus en juin au profit d'alternatives réalisables, et cela beaucoup plus que les jeunes d'origine allemande. Très souvent les jeunes n'étant pas nés en Allemagne ont dû remettre à plus tard leurs objectifs de formation/apprentissage. Jusqu'à novembre 2004, beaucoup plus de garçons que de filles (29 % contre 22 %) et beaucoup plus de jeunes d'origine allemande que de jeunes immigrés (35 % contre 20 %) ont commencé une formation professionnelle. Ceux qui ont réussi le plus souvent à commencer une formation professionnelle sont les garçons d'origine allemande (39 %), le plus rarement, les jeunes nés en Turquie (7 %).

Objectifs et réalisations - Comparaison mars/juin/novembre 2004 (N=1624)

Les filles, plus particulièrement, ont dû remettre en question leurs objectifs de continuer l'école/le collège et, là encore, les filles d'immigrés encore plus que les filles d'origine allemande. En novembre 2004, il y avait plus de filles que de garçons qui continuaient l'école/le collège (38 % contre 33 %) et beaucoup plus de jeunes immigrés que de jeunes d'origine allemande (39 % contre 29 %). Ceux qui continuent le plus à aller à l'école/au collège sont les filles d'origine immigrée (40 %) et les jeunes immigrés n'étant pas nés en Allemagne (41 %), ceux qui retournent le moins à l'école sont les jeunes d'origine allemande (25 %). Le retour à l'école/au collège - et pas un collège professionnel - est la voie principale et significative à la fin de la période scolaire obligatoire.

Pour ceux qui n'ont pas pu réaliser leurs objectifs de formation professionnelle, de juin à novembre, un cycle préparatoire à la vie professionnelle est devenu le recours le plus important (en quantité). Ce nombre était plus élevé pour les garçons que pour les filles. De même ce nombre était aussi plus élevé pour les jeunes d'origine immigrée que pour les jeunes d'origine allemande. La quote-part des émigrés ayant participé à un cycle préparatoire à la vie professionnelle entre juin (planification) et novembre (placement) a pratiquement doublé (de 17 % à 33 %). La quote-part d'un cycle préparatoire à la vie professionnelle la plus basse se trouve parmi les filles d'origine allemande (19 %) et la plus haute parmi les jeunes immigrés (33 %). Dans l'ensemble, en novembre, 26 % des jeunes suivent un cycle préparatoire à la vie professionnelle, donc le même nombre que ceux qui ont commencé un apprentissage. On peut donc comparer un cycle préparatoire à la vie professionnelle, après la période de scolarité obligatoire, à un apprentissage.

La majeure partie des jeunes essaient donc d'attendre le plus longtemps possible au cours de cette phase de grande incertitude, qui dure plusieurs mois. Le fil conducteur de leur action est : plutôt avoir une place quelque part que d'être dans la rue. Les institutions d'orientation (orientation professionnelle, orientation via enseignants dans les collèges techniques et professionnels) sont surtout préoccupées par des problèmes de quantité : une consultation d'orientation évalue systématiquement le pour et le contre entre les chances ou les risques des jeunes qui prennent une décision trop rapide. Par conséquent, il y a une grande part de "mauvaises" consultations (détours inutiles, voies sans issues, trajectoires qui exploitent trop ou pas assez les capacités) qui entraînent plutôt des problèmes pour les étapes éducatives. Lors de cette phase d'orientation, une consultation améliorée serait un meilleur investissement pour l'avenir de ces jeunes.

L'alternative la plus importante - quantitativement - et la moins appréciée des aspirants à un apprentissage est un cycle préparatoire à la vie professionnelle. La façon dont la préparation à la vie professionnelle gère les déceptions des jeunes qui n'ont pas pu réaliser leurs objectifs risque d'être primordiale pour leur formation professionnelle. Va-t-on leur remonter le moral ? Découvrent-ils de nouvelles perspectives ou se contente-t-on de les "parquer" quelque part ? Leurs chances d'aboutir à une solution s'aggravent-t-elles ? Pour la majeure partie des jeunes, participer à un cycle préparatoire à la vie professionnelle signifie une prolongation inutile de leur carrière scolaire.

QUELLES VOIES A LONG TERME ?

À peine la moitié des jeunes qui veulent commencer un apprentissage après l'école/le collège arrivent à atteindre leur but. Une autre partie a dû continuer à aller à l'école/au collège. La plus grande partie a dû essayer, par le biais d'un cycle préparatoire à un apprentissage, soit d'améliorer les conditions d'admission à une place d'apprentissage soit, pour le moins, de boucher temporairement un trou jusqu'à ce qu'ils aient une place d'apprentissage. Finalement la plupart des jeunes interrogés avaient l'intention, déjà en mars de leur dernière année scolaire obligatoire, de continuer à aller à l'école/au collège, d'obtenir de meilleurs diplômes, ou au minimum un diplôme, afin d'améliorer leurs chances d'obtenir une place d'apprentissage.

L'enquête faite auprès de ces jeunes montre qu'ils ont, pour la plupart, besoin d'une formation professionnelle dans le cadre d'une entreprise s'ils veulent par la suite obtenir un diplôme reconnu pour pouvoir débuter leur vie professionnelle. Les formations dans des collèges professionnels et techniques menant à des diplômes similaires (par exemple, dans les soins infirmiers ou soins de personnes âgées) ne sont pratiquement pas disponibles. En ce sens, suivre d'autres cours au collège après la période scolaire obligatoire et dans un cycle préparatoire à la vie professionnelle n'est une étape intermédiaire valable que si cette démarche ouvre les portes pour une place d'apprenti. On peut donc se poser la question : "de quelle façon la période transitoire continue-t-elle ?" Une comparaison entre la période de novembre 2004 et celle de novembre 2005 nous donne quelques points de repère.

Le total des chiffres ne redonne pas 100, Cela provient du fait qu'on n'a pas pris en considération certains parcours (service militaire, service civil, volontariat pour une année sociale ou écologique, stages, séjour à l'étranger), le pourcentage de ces chiffres étant minimal.

En novembre 2004 le groupe le plus important était à l'école/au collège. Un an plus tard, en novembre 2005, 60 % sont encore à l'école/au collège. Après un séjour d'un an, 21 % avaient commencé un apprentissage, 11 % étaient en année préparatoire professionnelle et 5 % n'étaient ni à l'école, ni dans un apprentissage. Ils n'avaient pas, non plus, d'emploi et donc étaient, en fait, au chômage.

Parmi ceux qui jusqu'en novembre 2004 avaient commencé un cycle de formation professionnelle, 88 % y étaient encore en novembre 2005. Ce chiffre montre une certaine stabilité dans le cycle de formation professionnelle.

Parmi les jeunes qui , en novembre 2004, se trouvaient en année préparatoire professionnelle, un bon tiers (35 %) avaient commencé un apprentissage en novembre 2005, un autre tiers (29 %) étaient encore en année préparatoire. En novembre 2005, après cette année préparatoire 15 % n'étaient pas à l'école/au collège et n'avaient trouvé, ni emploi, ni place d'apprenti, c'est-à-dire rien leur permettant de combler la période de transition. Et 11 % sont retournés à l'école/au collège.

En novembre 2004, pratiquement un jeune sur dix n'était ni à l'école/au collège, ni en apprentissage ou avec un emploi. Du groupe précédent, une personne sur cinq ne se retrouve ni à l'école ou au collège, ni en apprentissage, ni au travail - c'est-à-dire qu'elle n'est intégrée nulle part. Ce groupe de jeunes commence à se distancer du système d'éducation et de formation professionnelle et sans doute aussi du marché du travail.

Si on compare le parcours des jeunes d'origine allemande et les jeunes d'origine immigrée, l'analyse montre que, en novembre 2004, ce sont les jeunes d'origine immigrée qui se retrouvent le plus souvent à l'école/au collège afin d'obtenir des diplômes de culture générale. On observe que cette tendance des jeunes à continuer un cycle scolaire reste la même quand on compare les groupes en novembre 2004 et novembre 2005. En conclusion, en novembre 2005, donc seize mois après la fin de la période scolaire obligatoire, 35 % des jeunes d'origine immigrée (et seulement 22 % des jeunes d'origine allemande) vont encore à l'école/au collège. Parallèlement, dans la même période, 36 % des jeunes d'origine immigrée se retrouvent en apprentissage (contre 52 % des jeunes d'origine allemande). La part de ceux qui terminent une année préparatoire professionnelle en novembre 2005 (parmi eux, un tiers à peu près pour la deuxième fois) est pour les deux groupes pratiquement identique (14 % et 13% respectivement), de même que pour ceux qui en novembre 2005 ne vont pas à l'école/au collège, n'ont pas de place d'apprenti ni d'emploi (8 % et 9 %).

L'analyse du groupe des "rapatriés"1 donne des résultats frappants. En mars 2004, seulement une personne sur cinq avait prévu de continuer l'école/le collège. Quelques mois plus tard, presque 40 % se retrouvent à l'école/au collège et un an plus tard 30 %. En mars 2004, une personne sur deux avait prévu de commencer un apprentissage, mais en novembre 2005 seulement une personne sur cinq se retrouve vraiment en apprentissage. Jusqu'en novembre 2005, ce pourcentage va monter à 40 %. En novembre 2004 et novembre 2005, la quote-part des jeunes "rapatriés" qui sont en année préparatoire professionnelle est bien au-dessus de la moyenne du groupe total des jeunes d'origine immigrée.

Les jeunes nés en Turquie se trouvent dans une situation particulière. En novembre 2004, ils atteignent un niveau de crête de 52 % à être dans une école/un collège et en novembre 2005 ils sont encore pour la majeure partie á l'école/au collège (39 %). Seulement 7 % sont en apprentissage en novembre 2004. En novembre 2005, ils sont déjà 30 %. En novembre 2004, pratiquement un tiers a accepté une offre de formation professionnelle. En novembre 2005, la part des jeunes acceptant cette offre est en dessous de 10 %. Les jeunes nés en Turquie représentent avec 15 % le groupe le plus important parmi ceux qui, en novembre 2005, ne vont pas à l'école et n'ont ni place d'apprenti ni travail.

Finalement les données de cette enquête transversale montre que, mois après mois, après la fin de l'école/du collège, un groupe croissant se retire de plus en plus du système d'éducation de formation professionnelle. Les mois critiques se situent après la fin de la période scolaire quand aucune perspective acceptable ne se présente, ainsi qu'après la fin des démarches intermédiaires, lorsqu'il n'y a pas d'offre immédiate adéquate. Cela aboutit à la rupture du cycle de formation qui avait été commencé à contre coeur. Cette enquête a identifié à la fois les périodes critiques et les groupes de jeunes dans une situation "dangereuse". Si on n'intervient pas dans cette situation, on va perdre, en premier lieu, ces jeunes. Le coût social risque d'en être très élevé.

LES ENQUETES TRANSVERSALES COMME BASE DE DONNEES POUR LA POLITIQUE LOCALE

Des enquêtes à l'échelon fédéral nous donnent des informations sur le développement et la nécessité d'actions menées dans toute l'Allemagne. Au cours des derniers mois, les communes et cantons se sont fortement intéressés à cette enquête. La question est de savoir si par le biais de cette enquête, faite au niveau d'une commune ou d'un canton, on a pu mettre en lumière d'autres informations, jusqu'à présent lacunaires, qui permettraient une coordination plus efficace entre la politique et les offres au plan local. En bref, si une politique transitoire est nécessaire.

En ce moment les communes et circonscriptions développent de plus en plus la stratégie d'un "management de transition" local et régional (Fondation Bertelsmann 2007). Les périodes de transition entre scolarité et la vie professionnelle doivent être soutenues parallèlement de façon à ce que les jeunes puissent les gérer activement et de manière responsable.

De cette enquête transversale du Deutsches Jugendinstitut, nous savons que les possibilités de transition des jeunes vers un apprentissage ou une formation diffèrent énormément. Elles dépendent du groupe social des élèves, des mises en oeuvre locales des systèmes d'éducation et de formation professionnelle et des dispositifs locaux de programmes d'insertion des jeunes. Jusqu'à présent, on ne disposait pas de telles données au plan local, sauf rares exceptions. Sans connaissance réelle du dénombrement et du genre d'étapes transitoires par lesquelles les jeunes doivent passer pour avoir une place d'apprentissage et/ou un emploi, on ne peut pas savoir quels mesures ou projets seront efficaces. On ne peut donc ni mettre en évidence les structures et programmes d'insertion dont on va avoir besoin ni savoir lesquelles de ces structures ou programmes vont être efficaces.

Pour cette raison, afin de soutenir la politique locale du marché du travail, d'éducation et de formation professionnelle, nous proposons de mener des enquêtes représentatives transversales analysant, d'une part, les étapes transitoires des jeunes à travers le système d'éducation, de formation professionnelle et de rémunération et, d'autre part, leurs buts, leur motivation et leur milieu familial.

Une telle enquête doit apporter des données et informations sur :

  • les objectifs et la période transitoire des jeunes entre l'école/le collège et la formation professionnelle : de cette façon il serait possible de mettre rapidement des données de planification à disposition ;
  • la situation typique des jeunes lors de ces transitions en montrant clairement : quelles sont les transitions couronnées de succès, quels sont les détours ou voies sans issue, à quels moment de cette transition et pour quels jeunes apparaît le risque de glisser en dehors du système de formation, à quels moments, et à quels jeunes, il est nécessaire d'apporter un soutien et des programmes d'insertion. De surcroît, dans les régions avec un grand taux de migration de jeunes, il faudrait savoir dans quelles conditions ces étapes transitoires amènent les jeunes à prendre la décision d'émigrer, car les jeunes interprètent ces périodes transitoires comme étant une absence de perspectives professionnelles dans la région ;
  • l'efficacité de ces cycles de formation, de ces offres et programmes d'insertion : en suivant pas à pas le cheminement des jeunes dans les institutions de formations diverses et programmes d'insertion, on pourra accumuler des informations sur les effets que ces derniers ont eu pour amener les jeunes à une intégration couronnée de succès dans la formation professionnelle et l'emploi.

(1) Ausssiedler : il s'agit d'un groupe particulier, les immigrés d'origine allemande, dont les ancêtres ont émigré vers les pays de l'est de l'Europe (Russie, Roumanie ...) il y a souvent plusieurs siècles et qui peuvent obtenir la nationalité allemande. L'un ou leurs deux parents ne sont pas nés en Allemagne et leur langue maternelle n'est pas l'allemand.

Diversité, n°154, page 222 (12/2008)

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