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Diversité

III. Points de vue d'Europe

Danemark : la politique de la jeunesse et l'éducation des 16-18 ans

Carsten YNDIGEGN, président du Conseil universitaire des études européennes, coordinateur du réseau de recherche "Jeunesse & Génération" (ESA), Université du Danemark du Sud, Sønderborg. cy@sam.sdu.dk

La génération des 16-18 ans au Danemark est une génération très couvée avec de grands problèmes à la marge. Son taux de représentation au sein de la population totale est passé de 4 % à 5 % durant la première moitié du siècle jusqu'à son niveau actuel de 3 % qui, selon les prévisions, devrait rester stable. Face à d'autres défis démographiques qui pointent à l'horizon (diminution de la force de travail et augmentation relativement de la population plus âgée) les attentes sociétales que cette génération devra supporter seront énormes. Cela se reflète dans la politique actuelle de la jeunesse qui met l'accent à la fois sur l'efficacité et les résultats du niveau acquis au cours de l'éducation.

La situation actuelle est comparable à celle des baby boomers des années 60, mais radicalement différente de celle des générations intermédiaires. La crise économique des années 70 a touché d'abord les jeunes et a modifié les incitations de la politique de la jeunesse. L'expansion continue de l'éducation secondaire a été accompagnée d'une politique active de l'emploi.

L'éducation secondaire professionnelle a été touchée de plein fouet par la crise et le gouvernement a dû pallier l'incapacité du secteur privé à fournir les filières d'apprentissages nécessaires pour le commerce et l'industrie, en mettant en place des unités d'apprentissage dans l'enseignement professionnel. Cela n'a été, cependant, qu'une initiative parmi d'autres. La législation a été en permanence révisée pour éviter d'établir les jeunes dans une situation de chômage permanent avec des mesures d'incitation, elles-mêmes continuellement révisées et renforcées.

Aujourd'hui l'image globale qui en ressort montre que le chômage des jeunes a été ramené à un niveau très bas. La majorité des jeunes suivent un cursus secondaire général et le reste est en formation professionnelle. Néanmoins, à y regarder d'un peu plus près, des problèmes se posent encore dans certains domaines. Ils concernent les jeunes qui manquent de motivation ou de compétence pour suivre un cycle secondaire ou un apprentissage. Ils sont liés à des désavantages sociaux dus à la classe sociale, à l'origine ethnique et ils se révèlent dans la délinquance et la toxicomanie.

LES POLITIQUES D'INCITATION

Le Danemark a une longue tradition de politique de la jeunesse. Elle remonte aux années 40 lorsque a été institutionnalisé un soutien aux activités de loisirs et s'est intensifiée dans les années 50 lorsqu'une commission à la jeunesse d'après-guerre a esquissé un plan (road map) à la fois pour la formation professionnelle et l'éducation secondaire. Ces politiques ont été conceptualisées dans le cadre de la politique sociale danoise de l'État-providence (Esping-Andersen G. 1990). Leur caractère visionnaire, qui s'est montré très efficace au cours du boom économique des années 60, a fait la transition d'une éducation d'élite à une éducation de masse.

La politique actuelle de la jeunesse s'attache exclusivement à l'aspect sociétal que représente l'éducation des jeunes de 16 à 18 ans. Le travail non qualifié ne représente pas une véritable option comme activité principale bien qu'il soit particulièrement important comme activité supplémentaire par ce groupe d'âge : 66 % des 16 ans et 82 % des 18 ans ont un travail pendant leur temps de loisirs. Et on ne repère aucune différence sociale ou de sexe entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas.

La législation sociale reflète encore plus l'accent mis sur l'éducation en faisant une obligation, pour tous les jeunes en dessous de 25 ans, d'entreprendre une formation s'ils sont incapables de subvenir à leurs besoins, à moins d'être reconnus en butte àdes problèmes sociaux ou de santé. C'est là un élément de la transformation du système de sécurité sociale intervenue au cours des dix dernières années. L'objectif est fixé sur le marché du travail : dès lors que les gens ont la capacité de travailler - même la moindre - la politique est de les amener sur le marché du travail, ou de les empêcher d'en être exclus.

LA TRANSITION DE L'EDUCATION OBLIGATOIRE A L'EDUCATION SECONDAIRE

La durée de l'éducation obligatoire est de neuf ans au Danemark. La majorité des enfants suivent une première année de maternelle non obligatoire. Il n'y a pas différentes filières durant les années d'éducation obligatoire mais au cours de la dernière année les élèves peuvent choisir des matières supplémentaires. À la fin de la neuvième année ils sont face à différentes options. Ils peuvent faire une année de plus dans une école publique, ce qui leur donne des meilleures chances qu'en quittant l'école après neuf ans. Mais cela n'est vraiment une option que pour ceux qui ne se sentent pas sûrs d'eux pour réussir au lycée ou en formation professionnelle. Cette dernière année a vu sa fréquentation baisser : ceux qui la suivent sont généralement inscrits dans une école privée à but non lucratif (continuation school).

Environ neuf élèves sur dix commencent leur cycle de lycée. La formation professionnelle, à ce stade, a beaucoup perdu de ses effectifs au cours des dix dernières années, passant de près d'un tiers à pratiquement un quart alors que l'enseignement général les a accrus dans la même proportion. Aujourd'hui, environ deux tiers des jeunes commencent le lycée.

Figure 1 : poursuite des études après la 9e et 10e année obligatoire (source : ministère de l'Education)

LA POLITIQUE EDUCATIVE POUR LES 16-18 ANS

La politique éducative suit deux directions principales : les études générales et l'enseignement professionnel.

Les études générales, la filière traditionnelle et trois variantes, englobent le plus grand nombre d'élèves. L'une des récentes options, une filière plus courte (HF) est spécialement destinée à ceux qui n'ont pas l'intention d'entreprendre des études universitaires plus exigeantes. Les élèves y sont généralement un peu plus âgés.

L'enseignement professionnel propose des variantes de l'enseignement général avec une orientation commerciale (business) et technique. Il permet d'accéder à toutes les spécialisations même si, par la suite, les élèves restent généralement dans le domaine de leur choix.

Le système des études générales a été réformé par le Parlement en 2003. La division traditionnelle entre filières littéraire et scientifique a été supprimée. À la place, un semestre de tronc commun a été instauré à la suite duquel les élèves choisissent entre différentes sections qui comprennent toutes au moins l'anglais (niveau moyen) et les mathématiques. Langue, littérature et histoire constituent la colonne vertébrale culturelle de l'éducation. La coopération entre enseignants de différentes matières a été introduite comme nouvel objectif. Ces changements reflètent l'influente de la mondialisation et veulent renforcer le pôle des sciences exactes.

LES JEUNES HORS DU SYSTEME SCOLAIRE

Bien que la plupart des jeunes terminent l'enseignement secondaire (environ 80 %), il en reste un petit nombre qui ne le font pas. L'objectif du gouvernement est d'atteindre 85 % en 2010 et 95 % en 2015. Cette ambition suppose de nouvelles mesures d'incitation destinées à franchir l'obstacle de certaines barrières.

Il n'y a pas de véritable modèle (pattern) représentant les élèves qui n'entrent pas au lycée. Certains font montre d'une faible sociabilité, d'autres d'une très forte. Certains ne trouvent pas d'appui dans leur famille, d'autres, tout au contraire, sont très bien entourés. Certains viennent de familles à faible capital social et culturel, d'autres plus élevé.

Les jeunes qui ne veulent pas poursuivre leur éducation motivent leur décision par leur souhait de travailler et de gagner de l'argent, ce à quoi ils ne parviennent généralement pas. Ils vivent d'allocations sociales. Et alors que le revenu et le niveau culturel des familles influencent la décision et le choix de l'enseignement, il semble que ceux-ci n'aient aucune influence sur la tendance à sortir du système.

Seuls 2 % des élèves quittent le lycée sans diplôme, mais 12 % n'achèvent pas leur formation professionnelle. Différents facteurs personnels peuvent influencer la décision d'arrêter : le manque de compétence, l'insécurité, la faible capacité à prendre des risques, le fait d'être un parent isolé. Si certains de ceux qui abandonnent restent motivés et on des capacités à s'exprimer, d'autres en sont très démunis. Et dans les deux groupes d'autres facteurs interviennent, parmi lesquels les facteurs de risque social.

Établir des passerelles est un des moyens d'assurer la transition entre l'éducation obligatoire et le lycée. Un nouveau programme est introduit dans ce but à partir de 2008, avec pour objectif explicite d'aider les élèves qui connaissent des difficultés.

Celui-ci est composé de trois éléments : conseiller, enseigner et aider au travail scolaire. Au cours de la huitième année de scolarité obligatoire, une semaine par an est consacrée à des cours de présentation des matières (deux au cours des neuvième et dixième années). Ce programme peut être étendu à six semaines pour les jeunes de moins de 19 ans qui ont terminé leur scolarité obligatoire.

ÉCOLES EN ALTERNANCE

Mais avant la question de l'enseignement général, on s'est attaché au problème des jeunes qui sont incapables de maîtriser les exigences de l'apprentissage. Des écoles en alternance (schools of production) ont été développées depuis la fin des années 70, avec comme idée sous-jacente de motiver les jeunes qui ne sont pas capables d'entrer au lycée ni de trouver du travail. L'accent est mis sur une combinaison de formation professionnelle pratique sous le contrôle d'un artisan et d'enseignement de l'expression écrite.

La première loi en ce sens a été adoptée en 1985 et a été modifiée par la suite pour refléter le changement de la politique gouvernementale envers les jeunes.

Les recherches montrent que ces jeunes sont caractérisés par l'absence de réussite dans le système scolaire obligatoire et un grand nombre de problèmes familiaux ainsi que par la fréquentation de plusieurs établissements scolaires.

CASSER LA LOI DE L'HERITAGE SOCIAL

Les incitations destinées à intégrer presque tous les jeunes dans un système d'éducation ont attiré l'attention sur ceux qui cumulent les obstacles à leur réussite. Les sciences sociales au Danemark ont établi depuis longtemps que la classe sociale est le premier déterminant dans la distribution de l'éducation. L'héritage social laisse apparaître une distribution quasiment mécanique de l'éducation parmi les différents groupes sociaux. Des recherches plus récentes l'ont cependant remis en question. Elles montrent que la classe sociale est de moindre importance dans le choix de l'éducation et qu'elle tend à devenir un facteur moins significatif. Le facteur le plus important est le capital social et culturel de la famille. La maîtrise d'un capital culturel est le principal indicatif du choix d'une filière d'éducation générale, alors que le capital social entraîne plutôt le choix d'une filière professionnelle (Jæger et Holm 2007).

On comprendra, de là, que les jeunes qui surmontent leur héritage social soient devenus l'un des principaux sujet de la recherche et de la politique de la jeunesse, autant en ce qui concerne les jeunes Danois de souche (native) que ceux qui viennent de familles immigrées ou réfugiées.

Un projet important a mis en évidence que la réussite de ces jeunes dépendait de leurs expériences scolaires précédentes, du soutien de leur famille et de leur attitude personnelle. On repère de grandes chances de succès lorsque les parents soutiennent les choix d'éducation, lorsque les résultats d'acquisition et d'expérience faites au cours de l'éducation obligatoire étaient positifs et lorsque les attitudes personnelles visaient à acquérir cette éducation. Ces élèves étaient orientés vers un but et l'atteignaient. La plupart des jeunes à l'esprit novateur issus de minorités ethniques partageaient ces caractéristiques. Lorsque les expériences scolaires ont été moins réussies mais que les jeunes trouvent un soutien auprès de leurs parents, ils pourront encore se battre et réussir. Il s'agit dans la plupart des cas de filles. Une majorité de jeunes d'origine danoise sont à la recherche de quelque chose : ils ont les compétences nécessaires, leurs parents les soutiennent et veulent pour leurs enfants ce qu'ils souhaitaient pour eux-mêmes, mais ces enfants ne réussissent jamais. Ils doutent toujours que le résultat soit à le haureur de l'effort nécessaire.

Et enfin, un dernier groupe se bat, contre toute attente, sans trouver ni soutien ni reconnaissance familiale et sans avoir non plus les compétences nécessaires.

Le projet a déterminé que le soutien scolaire est le premier besoin de ceux qui disposent des compétences nécessaires. Un soutien plus substantiel est nécessaire pour les autres s'ils doivent poursuivre et achever leurs activités scolaires. Guider les élèves est néanmoins difficile à réussir car plusieurs de ces groupes s'en méfient, même si les guider et les conseiller font partie des initiatives sur lesquelles l'accent a été mis ces dernières années.

Parmi ces initiatives, aider les élèves à faire leurs devoirs s'est révélé très efficace dans le cas d'enfants de familles peu alphabétisées. Ils sont aidés par des collègues de leurs enseignants habituels, car là où certains peuvent recevoir l'aide de leur famille, leurs frères et soeurs plus âgés, ceux-là sont entièrement dépendants du cadre scolaire.

LES STRATEGIES DE PREVENTION DE LA DELINQUANCE

Le souci du public concernant la délinquance des jeunes est certain. La couverture médiatique en est élevée, beaucoup moins en ce qui concerne de nombreuses initiatives gouvernementales prises pour prévenir la délinquance et s'occuper des délinquants.

Après une augmentation continuelle au cours de la période de 1960 à 1980, le niveau de délinquance s'est stabilisé pour les plus âgés et a diminué pour les plus jeunes. Mais bien que le nombre de délinquants ait diminué, les délinquants sont devenus plus criminels. Au cours des dernières dizaines d'années le nombre de jeunes issus d'une immigration ethnique a augmenté dans les statistiques et a contribué à réactualiser la délinquance juvénile sur l'agenda politique avec un taux de délinquance sensiblement plus élevé que le taux moyenque l'on observe dans la jeunesse en général, même en tenant compte statistiquement de l'origine sociale dans les analyses.

La politique envers la délinquance juvénile a été fondée à la fois sur la prévention et le traitement. Au début des années 50 un comité gouvernemental a défini des principes qui, depuis, ont été maintenus, développés et précisés. La prévention comprend une variété de moyens allant d'initiatives visant tous les jeunes à d'autres plus ciblées, menées par des bureaux pédagogiques et psychologiques et les instances sociales compétentes.

Les initiatives sectorielles spécifiques ont été suppléées par une coopération intersectorielle. Depuis 1977 la coopération entre école, sécurité sociale municipale et police (ESP) a établi des forums formels de coopération dans toutes les municipalités où il a été décidé de développer des efforts de soutien des jeunes à problèmes graves. Une législation particulière autorise l'échange d'informations entre ces forums. Cette initiative a été doublée d'une initiative ESP+, visant les jeunes de plus de 18 ans.

Au cours des années 90, un contrat jeune a été introduit sur une base expérimentale. C'est devenu un outil permanent depuis 1998. Une étude montre que le contrat jeune a des meilleurs résultats que les sanctions qu'il remplace. En 2001 de nouvelles mesures ont été introduites sous le nom de "sanction jeune" visant les jeunes de 15 à 17 ans qui ont été condamnés à la prison. La sanction consiste à remplacer la peine par un programme de traitement de deux ans qui s'étale sur trois phases : d'abord une période dans une institution fermée et sécurisée, puis une période dans une institution ouverte et, enfin, une période où le jeune peut vivre chez lui tout en restant en traitement.

Des évaluations critiques ont entraîné des améliorations mises en place à partir d'août 2007. D'autres efforts visent l'éducation et l'emploi futurs. Un coordinateur est attaché au jeune. Il est responsable du déroulement des trois phases de la période de sanction et des relations à établir entre le jeune, les professionnels et les parents.

En décembre 2007 le gouvernement a mis en place un comité chargé de faire un rapport sur l'état de la délinquance juvénile et de faire des propositions pour renforcer la coordination entre toutes les agences concernées.

LES JEUNES DE SECONDE GENERATION D'IMMIGRANTS

Les immigrants et leurs descendants constituent 7,4 % de la population totale (2001) et on s'attend à ce que ce pourcentage passe à 13,1 % en 2021. Une étude a montré que les valeurs et les attitudes des immigrants et de leurs descendants offrent certaines similarités avec certaines valeurs et attitudes de base de la population d'origine. Le tableau général montre une occidentalisation des valeurs et des attitudes bien que des différences persistent. Parmi les immigrants, certaines nationalités affichent des valeurs et des attitudes décalées voire opposées aux valeurs et attitudes couramment adoptées par la société. Ces différences signifiantes concernent particulièrement l'égalité entre les hommes et les femmes et la présence des femmes sur le marché du travail. Autre différence signifiante : l'influence des parents sur les choix des enfants quant à leur éducation et leur mariage. Un comité de réflexion gouvernemental a conclu que l'origine nationale est l'explication la plus significative des différences de valeurs et d'attitudes et que ces différences ne peuvent pas être surmontées par l'intégration économique. Cet organisme insiste sur le fait que les immigrants sont responsables de leur adaptation aux normes de la société de manière à pouvoir y fonctionner et il recommande au gouvernement de fonder sa réglementation et les droits à l'aide publique (welfare) sur les valeurs et attitudes nationales. C'est en suivant ces recommandations que le gouvernement a adopté une politique d'assimilation.

LA POLITIQUE D'ASSIMILATION DU GOUVERNEMENT

Le gouvernement et la majorité parlementaire qui le soutient ont conclu en 2005 un accord intitulé "Une nouvelle chance pour tous" qui a défini l'objectif d'une politique d'intégration des immigrants à la société danoise, accord qui met l'accent sur l'égalité ethnique et sexuelle (gender) en formulant quatre objectifs politiques :

  • les préjugés fondés sur le sexe ne doivent pas empêcher le droit (free right) à prendre une pleine part à la société,
  • la scolarité obligatoire doit permettre aux filles et aux garçons d'acquérir les compétences nécessaires à leur éducation,
  • des chances égales pour l'emploi doivent être offertes aux femmes et aux hommes,
  • des chances égales doivent être assurées aux femmes, aux hommes, aux filles, aux garçons pour participer à toutes activités sportives, civiques et de loisirs.

Cette approche générale ne fait qu'encadrer une politique concrète d'assimilation des hommes et des femmes d'origine non occidentale à la société danoise.

Le premier point met l'accent sur la perception du rôle patriarcal et de la mise à l'écart des femmes dans les familles immigrantes. Il vise, par le biais de campagnes d'image, de story telling d'immigrations réussies et l'utilisation de personnages modèles, à modifier les perceptions, les attitudes et les comportements dans les familles immigrées.

Le second point vise à permettre aux jeunes, dans le cadre de l'enseignement public, d'achever leur éducation et d'acquérir les qualifications nécessaires. Cela comprend un soutien au travail scolaire, une coopération accrue entre écoles et familles, une écoute renforcée pour assurer l'achèvement de l'éducation. Les méthodes relèvent de l'écoute, du suivi, du conseil par des contacts réguliers avec les enseignants, les éducateurs ainsi que de nouveaux modèles d'apprentissage.

Le troisième objectif s'attaque à la perception des barrières liées au sexe qui empêchent les femmes migrantes de s'approprier des opportunités d'emploi. Il s'agit de modifier la situation actuelle où seuls 52 % des hommes et 39 % des femmes d'origine non occidentale sont employés sur le marché du travail. Les moyens mis en oeuvre d'adressent tout spécialement aux femmes depuis longtemps sans emploi, aux femmes entrepreneurs auto-employées et aux entreprises qui emploient des immigrants.

Quatrième point, enfin : soutenir les associations qui intègrent activement la jeunesse d'origine étrangère, développer les réseaux de volontariat social et les activités de loisirs s'adressant spécialement aux jeunes femmes.

ACQUISITION DE LA LANGUE ET ACQUIS SCOLAIRES

On a pu observer au cours de la dernière décennie un développement positif des acquis en terme d'éducation à la fois des jeunes immigrants et de la seconde génération des jeunes d'origine non occidentale. Pour tous les paramètres mesurés, la différence avec les Danois d'origine a diminué mais des différences restent notables, avec des variations selon les nationalités et selon le type d'immigrants. La seconde génération, née au Danemark, a de plus hautes aspirations que ceux qui y sont arrivés après leur naissance.

La part de jeunes immigrants d'origine non occidentale qui ont abandonné l'école secondaire sans l'achever est très importante. Pour les études universitaires, un quart d'entre eux abandonnent en chemin, ce qui représente le double de la population d'origine danoise. Parmi ceux qui entreprennent une formation professionnelle, le nombre d'abandons est d'environ 6 sur 10, c'est-à-dire encore le double de la population d'origine danoise. Les jeunes immigrants, qui ne sont pas nés au Danemark, abandonnent deux fois plus le cycle du lycée alors que le taux n'est plus que de un et demi pour ceux de la deuxième génération. Cela représente un petit - mais prometteur - renversement de tendance.

La progression de la connaissance du danois est remarquable bien qu'il y ait encore des différences. Une analyse détaillée des tests Pisa ont montré que les jeunes dont les parents sont d'origine non occidentale sont en retard par rapport aux autres. Les capacités de lecture et les compétences en mathématiques et en sciences sont beaucoup plus basses, avec une moyenne inférieure de 80 %. Une analyse effectuée par l'Institut de recherche Rockwool montre que, pour plus de la moitié des élèves, la faiblesse de l'expression écrite est un obstacle pour toute éducation ultérieure. L'élève type recouvre une large diversité de cas. Une minorité ont des parents qui les soutiennent activement alors que la majorité ont des parents qui les aident peu dans leur travail scolaire, même si certains trouvent une aide auprès de leurs grands frères ou soeurs1.

Différentes études ont cerné les principaux problèmes auxquels sont confrontés les jeunes immigrants par rapport ausystème d'éducation et au marché du travail. Ces problèmes sont centrés sur le manque de soutien familial pour le travail scolaire et sur les faibles performances linguistiques permettant de participer à leur éducation. Ces difficultés des jeunes immigrants ne sont pas différentes de celles que rencontrent les jeunes d'origine danoise. C'est le capital culturel économique et social des parents qui augmentera les chances d'entreprendre et de réussir son éducation secondaire.

Trois facteurs semblent déterminer le choix et le résultat de l'éducation des jeunes  : le niveau d'éducation et le type de profession des parents, l'arrière-plan ethnique et le sexe. Une étude2 insiste sur le fait que la maîtrise de la langue nationale est le point crucial pour réussir une éducation. Elle fait ressortir différents facteurs - le groupe, les petits boulots, les activités de loisir, le manque de soutien familial - qui contribuent à désavantager les jeunes d'origine ethnique différente dans leur éducation. Les auteurs montrent que la présence d'un conseiller d'éducation, particulièrement quand elle vient pallier le manque de soutien familial, et les périodes de stage représentent les moyens les plus efficaces pour renforcer les résultats scolaires des jeunes d'origine immigrée.

D'autres propositions visent à les préparer au marché du travail et à développer leur maîtrise linguistique. Elles comprennent une introduction à la formation professionnelle dès le stade de l'école obligatoire, plus d'apprentissage, plus de cours de langue faisant appel à des conseillers spécialisés et des tuteurs formés à cet effet et une formation des enseignants prise sur leur temps de travail.

LES 16-18 ANS

La génération des 16-18 ans est à la fois privilégiée et très protégée au Danemark. Elle a l'habitude d'une prospérité, d'une richesse et d'une ouverture sur la vie sans commune mesure avec les générations précédentes. Cela pèse d'un certain poids sur ces jeunes qui vivront l'échec comme un problème individuel. La réussite de ceux qui réussissent met en relief la situation de ceux qui n'arrivent pas à tirer de bénéfices du développement.

Les défis que représente l'intégration de cette partie restante des jeunes dans le système éducatif sont sérieux. Un grand effort a été entrepris pour y répondre même si de réels obstacles doivent être surmontés. L'expérience d'une longue période de prospérité économique a renforcé un discours politique selon lequel la levée de ces obstacles est à la fois de plus en plus possible et ressort d'une obligation individuelle.

Mais aujourd'hui le développement économique est à un tournant et on ne peut que rester très interrogateur.

Références bibliographiques

  • ESPING-ANDERSEN G. (1990) The Three Worlds of Welfare Capitalism. Cambridge.
  • JæGER M. M. ET HOLM A. (2007) "Does parents' economic, cultural, and social capital explain the social class effect on educational attainment in the Scandinavian mobility regime?" in Social Science Research 36(2), p. 719-744.

Une bibliographie plus complète est disponible sur le site :

http://www.cndp.fr/vei


(1) Rockwool Foundations Research Unit, Copenhague 2008.

(2) Think-Tank sur les défis de l'intégration au Danemark, AKF Educational career of foreigners [en danois]. Copenhagen 2004

Diversité, n°154, page 168 (12/2008)

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