Le réseau Canopé Le portail educ-revues
 
Diversité

Points de vue d'Europe

Tour de table : Access and social inclusion

Discussion comparative par les représentants du cluster "Access and Social Inclusion" de la Commission européenne

Cette table ronde s'est tenue lors d'un voyage organisée par Laura Cassio, unité de la cohésion sociale à la Direction générale de l'éducation et de la culture de la Commission européenne et responsable du programme Access and Social Inclusion1.
Les questions suivantes ont été posées au préalable à l'ensemble des participants :

  • Quel est l'âge de la fin de la scolarité obligatoire dans votre pays ?
  • Quel est l'âge de la majorité civile ?
  • Y a-t-il des difficultés particulières pour les jeunes qui quittent l'école à la fin de la scolarité obligatoire et qui ne sont pas majeurs civilement ?
  • Des mesures publiques d'accompagnement sont-elles prévues pour cette catégorie d'âge ?
  • Existe-t-il des études sur les jeunes de cette tranche d'âge dans votre pays ?
La commission a chargé un groupe d'experts de mener une étude comparative des mesures prises dans les écoles primaires et secondaires pour favoriser l'insertion des élèves. L'étude est conduite dans 10 pays européens : la France, l'Allemagne, la Hongrie, l'Italie, les Pays-Bas, la Pologne, la Slovénie, l'Espagne, la Suède et le Royaume-Uni. Elle consiste à recenser les recherches, rapports et bonnes pratiques afin de les diffuser.

JUDIT SZIRA, HONGRIE

La question n'est pas nouvelle pour nous. Nous en avons beaucoup discuté justement à propos de cette génération. Nous n'avons pas, comme vous, le problème de migration, par contre, nous avons évidemment celui des élèves très en retard qui viennent de familles pauvres, et particulièrement de la minorité rom. La question de l'égalité des chances, pour nous, est bien posée.

Nous avons eu beaucoup d'idées, de projets, de programmes... Nous avons essayé de voir quelle formation professionnelle offrir, comment améliorer les compétences, mais nous avons réalisé assez rapidement que ça ne marchait pas et que ces minorités restaient isolées.

Nous avons alors demandé une étude à un économiste pour essayer de calculer le coût de tous les projets qu'on pouvait lancer et le comparer à la solution qui consiste à élever l'âge obligatoire de la scolarité. Et nous nous sommes rendu compte qu'augmenter l'âge obligatoire de 16 à 18 ans revient moins cher qu'organiser des programmes ou des projets spécifiques. La solution de l'extension de l'école obligatoire est moins coûteuse.

Ce que ça change, bien sûr, c'est uniquement pour ceux qui étaient en retard, qui ne s'en sortaient pas à l'école, car ceux qui marchent bien continuent, de toutes façons, leurs études jusqu'à vingt-quatre, vingt-cinq ans, voire plus. Donc ils ne représentent pas un coût supplémentaire...

C'est ainsi que le gouvernement a pris la décision de prolonger la durée de l'école obligatoire jusqu'à ce que les élèves ou les étudiants atteignent l'âge de la majorité.

Il est trop tôt pour dire ce qui va se passer -?c'est une mesure relativement récente -, si cela va réussir ou pas, mais en tous cas, c'est la solution que nous venons d'adopter pour essayer de régler ce problème.

Cette décision a été prise et votée il y a trois ans. Son introduction est progressive. Elle s'appliquera aux enfants qui, entrant à l'école maintenant en quatrième ou troisième, ont treize ou quatorze ans. L'introduction en est progressive parce qu'il a fallu que l'on tienne compte d'un certain nombre de choses. D'abord, de la baisse démographique et du nombre d'élèves - il a fallu que l'on calcule cela par rapport aux places disponibles dans les écoles, parce qu'il ne s'agit pas, non plus, de construire de nouvelles écoles...

Est-ce que les programmes qui seront prolongés entre 16 et 18 ans sont les mêmes ? Parce que si ces jeunes sortent de l'école c'est parce que justement les programmes ne sont pas adaptés à leur problème. Est-ce que ce sont des programmes spécifiques ?

C'est une question excellente. Je peux vous dire que cela a donné lieu à des débats interminables au gouvernement et au Parlement. Vous avez, d'une part, les tenants d'une formation fondamentale, c'est-à-dire l'acquisition des compétences fondamentales - savoir compter, avoir un minimum de connaissances informatiques, des compétences sociales, relationnelles ainsi qu'un apprentissage de la citoyenneté - et, d'autre part, les partisans de la formation professionnelle. J'avoue que je change moi-même d'avis toutes les semaines lorsque j'entends les débats des uns et des autres. En fin de compte ce sont les politiques qui décideront. En Hongrie, nous avons l'habitude de choisir la pire des solutions lorsqu'il y en a plusieurs, c'est-à-dire une solution de compromis qui prend un peu des deux. Personnellement je pense que ce n'est pas très efficace et que ça ne marchera pas. Mais on verra...

ELLEN ABRAHAM, ALLEMAGNE

Je pourrais peut-être vous donner l'exemple de ce qui se passe à Hambourg, dans ce qu'on appelle une classe "9-plus". Dans notre système, les élèves acquièrent leur premier certificat, ou diplôme, au bout de neuf ans d'études. Un certain nombre d'entre eux, ayant obtenu ce diplôme, ne parviennent néanmoins pas à trouver de place dans un établissement de formation professionnelle. À ceux-là, on offre la possibilité d'une année complémentaire, la "9-plus", avec une combinaison de travail sur les formations fondamentales et de stages en entreprise.

Lors d'une discussion, le directeur des ressources humaines d'une grande entreprise disait que le gros problème était d'arriver à encourager les familles à inciter leurs enfants à continuer l'école. Nous avons une communauté turque assez importante en Allemagne, et si c'était en Turquie, on ne pousserait pas les enfants à aller à l'école. C'est là un problème particulier chez nous.

DOMINIQUE BARGAS, DGESCO

Je vous ai parlé de l'obligation faite au système éducatif de donner les qualifications à tous les jeunes qui sortent à plus de seize ans sans cette première qualification. C'est une obligation pour les établissements mais pas pour les élèves. Les jeunes peuvent partir. Ils ont le droit de partir. Le système éducatif récupère une partie d'entre eux mais pas tous.

Quel est l'âge de la fin de l'obligation scolaire en Allemagne ?

ELLEN ABRAHAM

Quinze ou seize ans. Ça dépend de l'âge d'entrée dans le système scolaire, car c'est le nombre d'années dans le système scolaire et non l'âge qui compte. La majorité est à 18 ans.

MARIA MENDRINO, GRECE

Je crois que je ne serai pas en mesure de vous fournir des détails en ce qui concerne la toute dernière question, à savoir s'il y a eu des études concernant ce groupe d'âge. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'en Grèce nous avons un système éducatif qui est structuré de manière telle que les élèves restent scolarisés jusqu'à environ dix-huit ans. Tout en sachant que ce qui est vraiment obligatoire, ce sont neuf années d'étude : une première tranche de six années suivie de trois autres années. À la fin de ces neuf années, les élèves ont de quatorze à quinze ans. Ils ont alors le choix entre un lycée général et un lycée technique ou professionnel.

En fait, ce n'est pas le système éducatif qui pousserait les élèves à sortir de la scolarité mais plutôt un certain nombre de facteurs, tels que le coût d'entrée à l'université. On sait que les élèves qui ont choisi d'entrer dans un lycée général sont amenés à entrer à l'université. On sait aussi que les frais de scolarité à l'université, notamment s'il s'agit d'un enseignement supérieur privé, sont très élevés pour certaines familles et peuvent les amener à abandonner leurs études. C'est pour cela que dans la majeure partie des cas, les gens préfèrent s'orienter vers des lycées techniques ou professionnels car ils savent que c'est un peu plus facile d'accéder à des formations supérieures techniques par opposition aux formations supérieures générales.

À partir de quinze ans, il est tout à fait possible pour certains élèves de s'orienter vers des établissements d'enseignement professionnel privés. Il y a également un système de cours du soir. L'idée de ces cours, qui existent au niveau du lycée, est de permettre à des gens qui sont obligés de travailler de poursuivre néanmoins leurs études tout en travaillant.

Nous ne nous focalisons pas beaucoup sur cette question des 16-18 ans, sauf, peut-être, pour ce qui est de la délinquance. Nous avons un secrétariat ministériel qui se charge d'élaborer un certain nombre de programmes pour s'occuper des jeunes qui se trouveraient dans une situation de délinquance.

Il faut savoir aussi qu'il y a deux sortes de majorité. Une majorité pour certaines choses, par exemple pour avoir une carte d'identité, cela peut se faire à l'âge de seize ans ; et une autre à dix-huit ans, où l'on a, par exemple, le droit de voter.

Mais une fois de plus, la tranche d'âge 16-18 ans n'est pas celle sur laquelle nous nous focalisons. Je dirais qu'à cause de raisons culturelles ou familiales, cette tranche d'âge nous préoccupe uniquement en ce qui concerne la délinquance. Et, d'une manière ou d'une autre, en ce qui concerne la scolarité, les élèves se retrouvent dans des écoles, privées ou publiques, ou restent inscrits dans leurs établissements.

DOMINIQUE BARGAS

Mais les études confirment jusqu'à 15,9 % d'enfants non scolarisés !

MARIA MENDRINOU

Je suis la première à m'inquiéter à propos de ce chiffre qui, en fait, inclut les 18-24 ans. Et donc je pense qu'une des conclusions pourrait être de demander qu'il y ait une évaluation intermédiaire pour les 16-18 ans. Mais je me pose quand même des questions quant à votre résultat de 15,9. Nous, nous sommes à 13,1 % et nous en sommes très malheureux ! Le problème de la non scolarisation peut se poser dans des régions très spécifiques. On sait qu'il y a une grande différence entre les zones rurales et les zones urbaines. On a vu également très récemment le cas de certains villages, en Crête, où la criminalité est assez élevée, où il y a des problèmes de trafic de stupéfiants. Dans ces situations-là le taux d'abandon scolaire est assez élevé par rapport à la moyenne générale. Mais il faut considérer qu'il s'agit se situations spécifiques et les mesures prises pour contrer ces phénomènes sont également des mesures spécifiques. Une fois de plus les statistiques ne font que refléter une moyenne en cachant les situations les plus particulières.

GERMAN BERNAL RIOS, COMMISSION EUROPEENNE

Je ne représente pas l'Espagne ici, je représente la Commission européenne mais parmi mes tâches il y a le suivi et l'interface avec les autorités éducatives en Espagne.

L'âge obligatoire de l'éducation, en Espagne, est de seize ans. Cela date des années 80. Auparavant c'était quatorze ans. Il y a eu une première réforme importante pour élever l'âge de l'éducation obligatoire jusqu'à seize ans. Il est intéressant de savoir qu'une grande opposition à cette réforme venait précisément du monde de l'éducation, des enseignants. Pourquoi ? Parce qu'ils se sont retrouvés avec des élèves de quatorze, quinze ou seize ans qui ne voulaient pas rester à l'école mais qu'ils étaient obligés de garder.

Cette opposition continue vingt ans plus tard, de sorte qu'on ne parle pas de l'augmentation de l'âge de l'éducation obligatoire jusqu'à dix-huit ans. C'est toujours difficile en Espagne où le secteur privé de l'enseignement est très important et voit les choses d'une façon différente.

Concernant l'âge légal en Espagne : la majorité est à dix-huit ans, mais l'âge légal pénal, ainsi que l'âge pour travailler, est de seize ans. Donc, un élève qui quitte l'école à seize ans peut, théoriquement, travailler. Évidemment ce sont des travaux de basse qualification et cela pose des problèmes pour l'apprentissage de ces élèves qui ont quitté l'école.

La question du décrochage scolaire prématuré est aussi un problème très important en Espagne. C'est le troisième pays de l'Union européenne en matière de décrochage : cela concerne environ 30 % des élèves, avec de très fortes différentes régionales. L'arc méditerranéen et le sud ont des taux très élevés alors qu'ils sont plus bas, dans la moyenne européenne, dans le nord. Il est possible que le fait qu'il y ait un grand nombre d'emplois de basse qualification dans le secteur touristique, d'emplois en fait bien rémunérés, conduise les élèves à quitter l'école. Je serais curieux de savoir si au Sud de la France, dans les régions les plus touristiques, c'est la même situation.

Une petite note sur l'immigration : la population espagnole a augmenté de 5 millions environ depuis l'an 2000, mais presque entièrement à cause de l'immigration. Il n'y a pas d'accroissement démographique naturel. C'est même presque le contraire.

Et on n'a pas de perspectives à long terme. C'est pour cela que l'expérience française est intéressante pour l'Espagne. Dans les écoles, chaque semaine, arrivent des élèves qui ne connaissent pas l'espagnol ou les langues régionales et qui viennent avec des problèmes de scolarisation tout à fait différents. C'est une immigration provenant surtout de pays très pauvres et on ne s'intéresse qu'à une solution à court terme pour que le système puisse continuer à fonctionner.

BAUDOIN DUELZ, BELGIQUE

Eh bien ! pour la Belgique, ça va aller vite, puisqu'en Belgique, comme vous le savez, il n'y a pas de problèmes. (Rires)

Au départ, l'âge de la majorité civile et l'âge de l'obligation scolaire coïncident. C'est dix-huit ans. Cela date d'il y a vingt ans. Il est vrai que parfois certains voudraient qu'on revienne en arrière mais on sait que lorsqu'on est passé de seize à dix-huit ans, la plupart des jeunes poursuivaient déjà l'école jusqu'à dix-huit ans. Le taux de scolarisation était très élevé, souvent même au-delà, jusqu'à vingt ou vingt-deux ans, ce qui n'est pas nécessairement une qualité, car nous souffrons surtout d'un très haut taux d'échec scolaire, de redoublement. Nous essayons de battre les Italiens sur ce plan-là. (Rires) Et donc à dix-huit ans, malheureusement, beaucoup de jeunes n'ont pas terminé le parcours de l'enseignement secondaire.

Entre seize et dix-huit ans, tout le monde devrait être à l'école, quelque part, dans une des nombreuses filières que nous entretenons. Il y a cependant des drop outs cachés, particulièrement évidemment dans les grandes villes où il est possible d'échapper au contrôle social. C'est un problème que nous ne savons pas du tout mesurer, bien évidemment.

À Bruxelles des chiffres circulent, qui sont parfois assez impressionnants - plusieurs milliers de jeunes qui, soit ne sont pas inscrits à l'école, ce qui est possible parce que certains d'entre eux sont des migrants qui n'ont pas de statut légal ; soit y sont inscrits mais n'y vont pas régulièrement.

Y a-t-il des moyens ou des mesures pour ces jeunes-là ? Évidemment il y a d'abord des mesures à l'intérieur du parcours scolaire. Ce sont surtout des mesures qui touchent l'enseignement professionnel, puisqu'à force de redoubler et d'échouer, il y a l'escalier descendant vers l'enseignement professionnel - je suppose que c'est comparable à d'autres pays.

Et le dernier étage de notre descente est ce que nous appelons les Cefa (Centres d'éducation et d'enseignement en alternance), en principe destinés à des jeunes qui vont deux jours à l'école et trois jours en entreprise.

Depuis toujours on constate que ces Cefa accueillent des jeunes qui sont là non pas parce qu'ils ont envie de cette forme-là d'apprentissage mais parce qu'ils n'en trouvent pas d'autres. Et donc les Cefa ont été obligés de développer des modules personnalisés d'accueil de ces jeunes très déscolarisés.


(1) Présentation du cluster en ligne :
http://www.docabureaus.nl/Presentation%201.pdf

Diversité, n°154, page 159 (12/2008)

Diversité - Tour de table : Access and social inclusion