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Diversité

II. Première chance, deuxième chance, égalité des chances

De 16 à 18 ans au Micro-Lycée de Sénart

Valérie MELIN, agrégée de philosophie, doctorante en sciences de l'éducation, professeur au Micro-Lycée de Sénart. valerie-melin@club-internet.fr

La période de vie entre 16 et 18 ans représente la dernière ligne droite avant l'accès à la majorité. Souvent riche des péripéties de l'adolescence, elle s'inscrit, pour les élèves que le Micro-Lycée de Sénart reçoit, dans un parcours sinueux, déroutant et jalonné de ruptures qui imposent de se détacher des souffrances du passé et de retisser le fil de l'existence au présent. Ces jeunes micro-lycéens incarnent les troubles, l'instabilité et la précarité de notre époque. Le Micro-Lycée se donne pour mission d'offrir des repères structurants et adaptables à ce public.

Le Micro-Lycée est une structure scolaire de l'Éducation nationale dédiée aux élèves dénommés décrocheurs, qui ont arrêté leurs études en cours de cycle et qui souhaitent les reprendre, c'est-à-dire raccrocher dans l'objectif de préparer et de réussir le baccalauréat. Il intègre des jeunes entre 16 et 25 ans.

Au Micro-Lycée, il y a deux niveaux d'études : le cycle préparatoire et le cycle de la terminale. Le cycle préparatoire se conclut par le passage des épreuves anticipées de première et ouvre sur le cycle de la terminale dont l'objectif est la préparation des épreuves finales de baccalauréat.

En général, les jeunes entre 16 et 18 ans qui arrivent au Micro-Lycée rentrent dans le cycle préparatoire dont la fonction pédagogique est multiple. Il s'agit de permettre aux jeunes de retrouver leurs marques à l'école, de se repérer dans l'univers des filières et des orientations en réfléchissant à leur projet, d'évaluer leur niveau et de repartir dans une dynamique claire d'appropriation des savoirs qui soit facteur de réussite et non pas de nouvel échec. La préparation et le passage des épreuves anticipées représentent la dernière étape du processus de raccrochage qui articule le retour à l'apprentissage scolaire et la resocialisation au sein d'une institution éducative.

LE RETOUR A LA SCOLARITE : ENTRE DESIR DU JEUNE ET ASPIRATION FAMILIALE

L'objectif poursuivi par l'équipe pédagogique, c'est de rendre possible un accompagnement individualisé qui prenne en compte le jeune et la singularité de son parcours.

Dès la procédure d'inscription qui se déclenche à la suite d'une demande du jeune lui-même, et non pas de sa famille, et qui repose sur une série d'entretiens entre le jeune et l'équipe éducative, l'accent est mis sur l'engagement volontaire et la responsabilité du futur élève. Même s'il est mineur, il est important pour l'équipe éducative que le retour à l'école soit dû à l'initiative du jeune et c'est sa motivation et son projet personnel que l'équipe éducative cherche à évaluer lors de ces premières rencontres. Il est en effet courant que le jeune manifeste moins un désir authentique d'école que sa famille qui, s'inquiétant d'une situation bloquée du fait de l'absence de formation et du repli bien souvent vécu par leur enfant, veut le voir déployer ses ailes de nouveau.

Lorsqu'un jeune mineur est inscrit au Micro-Lycée, on donne à sa famille une place qui l'implique dans la réalisation du projet scolaire de l'élève tout en la mettant à distance pour limiter projections et identifications. Ces attitudes familiales renforcent bien souvent, en effet, les angoisses et les problématiques psychologiques du jeune. C'est la mission de l'équipe éducative d'en alléger le fardeau.

Les élèves de 16 et 18 ans au Micro-Lycée : les profils et les projets

Les profils des élèves sont multiples et leurs projets reflètent la diversité de leurs parcours biographiques.

Un premier groupe est constitué d'élèves qui ont mal vécu le passage du collège au lycée. Ils se sont trouvés en échec scolaire en seconde et, suite à des redoublements infructueux, ont perdu le goût des études et se sont arrêtés faute de motivation. Après un temps de décrochage, ces jeunes veulent sortir de l'impasse et reprendre le chemin de l'école. D'autres, sortant de BEP, ont du mal à basculer dans le monde du travail ou sont mécontents de leur orientation. Ils veulent revenir aux études générales. Certains jeunes peuvent être en grande difficulté à l'égard de leur famille et dans une situation de précarité sociale qui fragilise la poursuite d'un projet de formation. Ils décident malgré tout ou pour ces raisons d'affronter leurs difficultés en revenant aux études. D'autres, encore, ont arrêté leurs études au début du lycée du fait de conduites addictives ou parce qu'ils ont été exclus de plusieurs établissements pour motif de violence et veulent se confronter de nouveau à l'institution qui les a rejetés. Certains souffrent de graves problèmes psychologiques qui les rendent incapables d'agir, de se projeter dans le monde et de se socialiser. Ils ont cessé de fréquenter leur ancien établissement, se repliant sur eux-mêmes et vivant reclus dans leur chambre parfois pendant une, voire plusieurs années. Ce sont souvent les parents qui initient le processus de retour aux études, en proposant à leur enfant, auquel appartient en dernier ressort la décision, la rencontre avec une nouvelle structure éducative différente de ce qu'ils ont connu et offrant davantage de soutien. Certains, enfin, ont choisi l'arrêt temporaire des études du fait de projet personnel, la naissance précoce d'un enfant, par exemple, et les reprennent une fois leur situation stabilisée.

Ce dernier type de profil pour lequel l'arrêt des études est la simple péripétie d'un parcours qui se déroule sans problématique existentielle majeure est peu fréquent parmi les jeunes de 16-18 ans au Micro-Lycée. On constate que dans cette classe d'âge, la déscolarisation est en général associée à une rupture biographique qui a eu des effets traumatiques ou au moins déstabilisants sur la structure identitaire du jeune. Le processus de raccrochage exige par conséquent un travail d'analyse des représentations du jeune concernant l'école, le monde adulte et lui-même pour qu'il puisse opérer une forme de réparation rendant possible la restauration d'une continuité biographique. La rescolarisation est donc inséparable d'un travail de reconfiguration de soi qui permet de donner de nouveaux contours à l'avenir en se réconciliant avec l'école, les adultes et soi-même.

La fonction de médiation assurée par l'institution scolaire

Ces jeunes encore mineurs sont sous tutelle, soit de leur famille, soit de l'État ou sous la responsabilité d'une association. De grandes tensions fragilisent bien souvent les relations avec la famille minée par l'inquiétude et par un sentiment d'échec. Le suivi opéré par une structure d'accueil est en général très exigeant à l'égard du jeune qui se trouve sous pression. Il doit rendre des comptes réguliers et affronter les conséquences de ses manquements indissociables d'un processus de raccrochage qui ne va jamais de soi. L'équipe éducative du Micro-Lycée joue donc un rôle de médiation qui établit une distance constructive entre le jeune et ceux qui en sont responsables. Certains bénéficient d'un accompagnement extérieur. Ils sont suivis par des psychologues ou par des médecins. L'équipe éducative doit donc travailler en collaboration avec ces partenaires qui jouent un rôle déterminant auprès du jeune en conditionnant la réussite effective de son retour aux études. D'autres encore sont dans le refus d'une aide. Ils sont souvent dans une haine de soi, révoltés contre leur passivité mais demeurant dans l'impuissance. Ils réclament la liberté, mais aspirent à davantage d'encadrement. L'équipe éducative a pour mission de les aider à réfléchir sur leurs conduites et sur leurs contradictions et à les inciter avec douceur et fermeté à rencontrer les interlocuteurs nécessaires.

La reconstruction d'une relation de confiance avec l'adulte

Dès l'arrivée au Micro-Lycée, l'élève se voit attribuer un référent, membre de l'équipe éducative, qui assurera son accompagnement individuel pendant toute sa scolarité. La référence est un dispositif particulier mettant en relation un élève avec un adulte, sans le lien de subordination que peut supposer la notion de tutorat. La référence repose sur le principe selon lequel un élève peut être aidé dans son raccrochage s'il est acteur dans son projet de rescolarisation et s'il s'approprie le nouveau cadre scolaire dans lequel il s'engage. Cette notion d'égalité signifie bien que le cadre de la relation est celui d'une rencontre entre deux personnes et que la structuration que ce lien rend possible n'est pas fondée sur une autorité injonctive mais sur la confiance mutuelle et le dialogue.

L'exercice de la référence repose sur une exigence d'authenticité, un effort d'ouverture et de compréhension, condition de possibilité de l'instauration de la confiance, en particulier quand la figure de l'enseignant et de l'adulte a été abîmée dans l'esprit de l'élève.

Si cette relation s'inscrit dans un cadre scolaire, elle ne réussit pleinement que si elle parvient à se développer en quelque sorte hors contexte, l'élève étant considéré pour lui-même et non pas relativement à son statut d'élève. Le temps de l'écoute et de la disponibilité à l'autre en est un facteur essentiel. Cela demande beaucoup de vigilance pour éviter l'écueil d'une empathie psychologique installant l'élève dans une forme de toute-puissance et pouvant le détourner de ses objectifs scolaires évidemment prioritaires pour les enseignants. C'est en établissant des relations avec des partenaires institutionnels comme le psychologue, l'assistant social et le médecin, qui sont associés à l'accompagnement des élèves du Micro-Lycée, que le référent réaffirme sa mission première qui est d'enseigner tout en prenant en compte la globalité de la personne.

Dans la référence, la clarification du projet occupe une place centrale. Il s'agit grâce aux échanges formels et informels de favoriser chez l'élève l'émergence de véritables objectifs dans lesquels il puisse à la fois se reconnaître en tant qu'individu tout en s'intégrant dans une certaine norme scolaire et sociale.

Le référent aide le jeune à restaurer l'image en général dégradée qu'il a de lui-même, à reconstruire une représentation positive de soi, requise pour se projeter dans l'avenir, et entreprendre de réaliser ses objectifs. La référence est un travail qui s'inscrit dans la continuité, car si l'adulte incarne la confiance, il est aussi le point de référence de la stabilité du projet de l'élève. En construisant son projet, c'est son identité elle-même que le jeune remodèle. Le référent est un miroir qui permet à l'élève de réfléchir son identité, de se mettre au défi en affrontant ses contradictions à travers la confrontation constructive et le dialogue avec l'adulte.

LE PROCESSUS DE RACCROCHAGE

Le temps fort du commencement

Un certain nombre de périodes organisent et rythment le processus de raccrochage. La reprise d'études s'inaugure par ce qu'on appelle la période d'intégration. Lorsque le jeune arrive au Micro-Lycée, les six premières semaines sont consacrées à son intégration dans la structure. Il s'agit de l'aider à retrouver une place dans une institution scolaire, à nouer des liens avec ses pairs et de tester la pertinence de son projet d'élève en rentrant en interaction avec l'équipe éducative. Cette période concerne en premier lieu les élèves de prépa qui doivent construire un projet scolaire à long terme, tenir l'effort dans la durée et entretenir le sens de l'apprentissage. Les commencements sont assez décisifs puisqu'ils doivent réamorcer, dans la cohérence, une dynamique de formation et de coopération et poser les fondations du retour au métier d'élève. L'accent est mis sur la relation à l'autre, et à l'adulte en particulier, de même que sur l'expérience de cadres structurants et créatifs. Les activités sont multiples et mobilisent toute la communauté scolaire, élèves et professeurs. Certaines sont sportives et permettent de coopérer avec les autres en relevant un défi individuel qui mobilise les ressources de confiance en soi.

D'autres concernent l'accès à la culture et à des pratiques d'expression. On peut citer en particulier un stage de théâtre qui ouvre sur l'univers des métiers du spectacle, offre une expérience esthétique, intéressante pour réfléchir sur la littérature théâtrale, objet d'étude en classe de première, et confronte le "stagiaire" à la réalisation d'une oeuvre collective à travers un spectacle monté en clôture.

Une semaine est consacrée aux langues. Les professeurs d'anglais et d'espagnol sont les chefs d'orchestre d'un temps où il s'agit de faire l'expérience positive et ludique de la communication en langue étrangère. Sont organisées des demi-journées dénommées "trans-inter" dont le but est de construire un objet de savoir à partir de plusieurs disciplines proposant chacune leur perspective que les élèves ont pour mission de tisser ensemble.

Une demi-journée a tout particulièrement une valeur emblématique, celle qui porte sur la question de l'identité. Ce sont les professeurs de français, de droit, de sciences naturelles et de philosophie qui l'animent en proposant des axes d'étude à partir de portraits croisés réalisés par les élèves. Cette demi-journée permet d'aborder la problématique identitaire qui concerne au plus haut point ces jeunes. Revenir aux études implique un changement de statut qui pose la question de la transformation de soi. Dans le cadre de cette activité, les élèves peuvent scénariser cette question, la mettre à distance, en jouer et la travailler collectivement. Il s'agit aussi d'essayer un autre rapport au savoir qui les sollicite davantage et les mette dans une dynamique de réflexion opérée à plusieurs et qui se matérialise in fine par une oeuvre collective qui associe des productions écrites à des productions plastiques.

L'engagement et le contrat de rescolarisation

À l'issue de la période d'intégration, si le projet scolaire se confirme, l'élève s'engage de façon volontaire dans un processus de rescolarisation. Un contrat permet de donner un cadre un peu objectif à une démarche essentiellement subjective. Il s'agit de donner un sens institutionnel à un processus tellement singulier qu'il en devient vite un peu arbitraire.

Le contrat définit ce vers quoi l'élève doit tendre pour considérer qu'il a raccroché. Il s'agit pour l'élève de réaliser 80 % des productions scolaires demandées, d'être présent à 80 % des cours qu'il est censé suivre, de participer aux activités collectives et d'être en lien avec son référent. Il y a une possibilité de négocier le contrat et de l'aménager en fonction des impératifs de la vie extérieure du jeune et de ses projets. Lorsque l'élève ne le respecte pas, il devient le miroir qui reflète ses difficultés de rescolarisation et qui permet en les objectivant de les travailler avec son référent et en lien avec toute l'équipe.

La question des addictions

Les jeunes qui arrivent au Micro-Lycée ont bien souvent connu une addiction qui a pu les mettre en situation de désinvestissement à l'égard des études et/ou d'illégalité qui a pu entraîner une exclusion de l'école. Le discours de l'équipe éducative se veut aussi clair que possible : l'incompatibilité entre une consommation excessive de substances néfastes et les études est affirmée. Un accompagnement pour les aider à décrocher afin de raccrocher aux études leur est proposé. Le Micro-Lycée s'appuie sur les compétences d'une psychologue clinicienne attachée à la structure et sur l'institution du Carrousel de Melun, dispositif médical et psychologique spécialisé dans la prise en charge des comportements addictifs. L'accompagnement de l'équipe éducative repose sur la distinction explicitée entre la liberté du dire et les exigences du faire. Si l'équipe parle avec le jeune de ses comportements addictifs dans la confiance et la transparence, elle reste ferme sur les interdits associés à la présence du jeune à l'école. L'équipe éducative et, en particulier, le référent tâchent de renvoyer à l'élève le miroir de ses attitudes pour lui faire comprendre qu'on se soucie de lui et le conduire à réfléchir sur les liens entre certains comportements qui handicapent sa reprise de scolarité (défaut de concentration, endormissement en cours, par exemple) et sa consommation de produits. Il s'agit pour les enseignants d'être présents et soutenants, tout en se retenant de se substituer au soignant. L'équipe éducative revisite régulièrement son rôle et son type d'accompagnement lors d'échanges avec les psychologues et les médecins du Carrousel de Melun afin d'éviter les écueils qui guettent les enseignants en relation avec des jeunes ayant ces difficultés.

L'implication du corps et la prise en compte de la globalité de la personne

Certains enseignants sont formés à la relaxation et à la gestion du stress et proposent aux élèves des séances de pratique corporelle pour les aider à surmonter certaines difficultés d'apprentissage et pour les aider à développer une attention à eux-mêmes dont la finalité est le bien-être du corps et de l'esprit, condition de bonnes performances et de réussite. Il s'agit de les sensibiliser à leur corps qu'ils malmènent bien souvent, en adoptant des conduites à risques dont la prise de drogues fait partie, et en négligeant la satisfaction de ses besoins élémentaires. Se préoccuper de l'alimentation et du sommeil des élèves, organiser, par exemple, des repas multiculturels pour les aider à se réconcilier avec la nourriture par le partage et la convivialité, leur faire rencontrer des praticiens du corps (tai chi chuan, aïkido, chi kung) pour leur donner des clés en termes de détente et de maîtrise de la vitalité, fait partie intégrante du processus de raccrochage pour l'équipe éducative.

DISCIPLINES SCOLAIRES ET RACCROCHAGE

Certaines disciplines jouent un rôle majeur dans le processus de raccrochage parce qu'elles offrent une articulation entre la liberté individuelle et la norme, la créativité et le respect des règles.

L'enseignement des arts plastiques est inscrit à l'emploi du temps des élèves du cycle prépa.

Mettre en avant les arts plastiques, c'est considérer l'expression de soi, la libération de la créativité, l'implication du corps, comme des facteurs déterminants de la reprise d'études. Cette confrontation douce à soi-même, où l'on apprend, à la fois dans l'immobilité et dans le mouvement, en faisant des recherches et en échangeant avec autrui sans être prisonnier de cadres formels et en s'appuyant sur sa subjectivité dans ce qu'elle peut avoir de plus singulier, est bien souvent le levier du raccrochage. Le jeune se met à apprivoiser l'école à la fois par le corps et par la pensée. Il y trouve ainsi des marques à la fois motrices, sensibles et psychologiques et commence à reconstruire une relation avec un enseignant qui, progressivement, le confronte à des règles, à des exigences normatives en apprenant au jeune à se décentrer de lui-même pour se recentrer sur un savoir.

L'enseignement de la philosophie fait aussi partie intégrante de l'emploi du temps. L'objectif poursuivi est d'y apprendre à penser par soi-même et avec les autres, dans un esprit de liberté et de respect mutuel pour revaloriser le savoir et l'appartenance à une communauté scolaire. Il s'agit d'initier à la philosophie dans le cadre d'un débat collectif où une grande place est accordée à la subjectivité individuelle, où le travail de réflexion s'appuie sur le contexte informel de la relation et de la dynamique de groupe. La liberté de s'exprimer est donnée aux élèves avec pour objectif de construire une rigueur de la pensée qui, n'étant pas donnée d'emblée, se cherche afin de produire sa propre structuration au lieu de se conformer à un modèle extérieur. Les élèves portés par les échanges apprennent à déconstruire un accord immédiat ou à dénouer des conflits de représentations issus d'un défaut de clarté conceptuelle. Ils apprennent à construire ensemble un désaccord sur lequel ils s'entendent ou à construire un accord, non plus fondé sur une confusion subjective mais sur l'objectivité distanciée des raisons. Le temps de philosophie permet au jeune de trouver sa place en tant que sujet pensant, à la fois autonome vis-à-vis du savoir dont il devient responsable et en relation avec les autres membres de la communauté scolaire avec lesquels il apprend à dialoguer.

Compétences transversales et individualisation

Pour mettre en place une individualisation plus nette de l'apprentissage, qui apparaît comme un facteur déterminant d'un engagement à long terme en formation et qui donne son sens au cycle prépa, l'équipe travaille - et c'est un gros chantier de réflexion - à dégager les compétences requises pour accéder dans de bonnes conditions à la terminale. Il s'agit de les définir pour chaque discipline, et aussi de façon transversale, afin de clarifier les exigences du métier d'élève, de consolider les méthodes et de supprimer autant que possible les implicites qui caractérisent l'apprentissage scolaire. L'équipe éducative s'est donné comme objectif d'alléger les programmes disciplinaires en conservant exclusivement les acquis nécessaires à la terminale pour donner à l'élève un temps spécifique durant lequel il pourra s'assurer auprès des enseignants qu'il s'est approprié les compétences requises en apprenant à les reconnaître et à s'évaluer.

ENTRE PROJET SCOLAIRE ET PROJET DE SOI

L'équipe éducative a appris des huit années d'existence du Micro-Lycée à quel point il était important d'être attentif à la construction et à la reconstruction identitaire du jeune en situation de raccrochage, en vue d'obtenir un baccalauréat. Il s'agit de l'accompagner en donnant un sens plein au temps, c'est-à-dire en étant à l'écoute d'un cheminement qui n'est pas linéaire mais qui s'efforce d'intégrer des contradictions, en revenant en arrière, en suivant des voies de traverse, et en se perdant comme une rivière souterraine pour émerger de nouveau. L'équipe éducative doit savoir gérer cette angoisse d'un temps qui passe et qui semble ne pas être productif, alors qu'il constitue un temps de nécessaire maturation déroutant souvent l'adulte. Il s'agit avant tout d'offrir au jeune un contenant psychique, un étayage qui lui permette de tester le sens de son projet scolaire dont le moi est l'enjeu.

Diversité, n°154, page 147 (06/2008)

Diversité - De 16 à 18 ans au Micro-Lycée de Sénart