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Dispositifs

Collège Denis-Diderot, Besançon (Doubs)

Dispositif d'accueil et d'intégration - Année 2003-2004

Fabrice Galvez, enseignant-formateur au centre de linguistique appliquée de l'université de Franche-Comté. Fabrice.galvez@univ-fcomte.fr

Le collège Denis-Diderot, qui scolarise des élèves nouvellement arrivés en France depuis le début des années soixante-dix, a connu à partir de l'année 1997-98 une intensification des arrivées d'enfants migrants.
De cette situation d'urgence a résulté l'institutionnalisation de deux classes d'accueil, en 1999-2000, censées permettre la bonne scolarisation de trente élèves.
Comment utiliser ces moyens logistiques pour satisfaire à l'exigence de fournir un accueil adapté et pertinent pédagogiquement à chaque adolescent arrivant, tout en faisant face à des arrivées beaucoup plus nombreuses qu'il n'avait été entrevu officiellement, ces arrivées ayant lieu de surcroît à tout moment de l'année ?
Telle fut alors la question à laquelle le dispositif fut confronté.
Le descriptif qui suit présente les réponses construites pour honorer ce cahier des charges, en l'objet : des parcours d'intégration individualisés inhérents aux deux classes d'accueil dites CLA A et CLA B et leur prolongation au-delà.

PRINCIPES

La réalité la plus frappante d'une classe d'accueil est celle de l'hétérogénéité plurielle des élèves en cours de scolarisation : ceux-ci montrent bien sûr une parfois très grande diversité de nationalités, de langues maternelles et de cultures, mais aussi d'âges, de qualités de la scolarisation antérieure ou encore de conditions d'arrivée en France ou de projets personnels.

Choisir l'option d'une pédagogie différenciée pour premier principe d'organisation du dispositif fut donc une conséquence quasi mécanique de cette observation.

Une seconde conséquence de cette situation a été de prendre en considération avec beaucoup de sérieux la nécessité de ne stigmatiser aucun élève, ni dans son identité ni dans ses résultats d'apprentissage, en évitant impérativement de constituer des regroupements mono-nationaux ou encore tout autre éventuel groupe de "mauvais".

La solution entrevue dans ce contexte a donc été de recomposer la classe en sous-groupes de niveaux homogènes, différents - ce qui a paru primordial - d'une discipline à l'autre : ce fut le moyen de multiplier les rencontres et les hiérarchies au sein de la classe.

EN "CLA A"

La classe d'accueil dite CLA A représente pour les élèves nouvellement arrivés en France leur premier contact avec le collège français.

C'est ainsi une étape très délicate, autant du point de vue des élèves que de l'institution, pour laquelle se pose la question pressante de savoir comment scolariser des élèves totalement allophones et étrangers à la culture scolaire française.

L'enseignement des disciplines non linguistiques

L'objectif complexe d'un dispositif d'accueil est de faire accéder des élèves à un français de scolarisation et aux savoir-faire scolaires, et, non moins, de ne pas interrompre les apprentissages disciplinaires entamés précédemment à leur arrivée en France.

En ces objectifs réside donc la nécessité de proposer des heures d'enseignement du plus grand nombre possible de disciplines scolaires dès le début du processus d'intégration, parallèlement à un enseignement même intensif du français.

Les disciplines retenues pour cette première CLA furent l'éducation physique et sportive, la mathématique, la technologie, l'anglais, ainsi que les arts plastiques, abordés dans un atelier hors des murs du collège.

Pour mettre en oeuvre les principes évoqués ci-dessus, les heures attribuées à chaque discipline furent réparties en sorte de constituer pour chacune deux groupes de niveau. Cette répartition n'a pas été symétrique, mais proportionnelle au niveau de complexité des contenus d'enseignement : ainsi, une moindre quantité d'enseignement disciplinaire était prévue au moment de l'entrée dans le dispositif, réservant un approfondissement de ces apprentissages au moment où l'adaptation des élèves nouvellement arrivés au collège français était faite.

Quelques remarques de détail pourront souligner certains points importants en pratique :

  • L'utilisation de la salle multimédia en mathématiques (sur la base des logiciels SMAO de niveau CM 2 et plus), par-delà l'attrait créé par l'outil multimédia chez les adolescents, a permis la totale individualisation des enseignements de mise à niveau.
  • La complémentarité des cours de mathématiques et de technologie n'a pas manqué non plus d'être exploitée : la technologie, plus que la seule mise en pratique des concepts étudiés en mathématiques, peut être la présentation concrète et immédiate de ces mêmes concepts, ce qui, en langue étrangère, fait souvent de cette discipline une préparation très efficace à la mathématique.
  • Les groupes pédagogiques étaient donc identiques dans ces deux disciplines, afin d'assurer la cohérence des transferts d'une matière à l'autre.

Nonobstant, le groupe classe était maintenu dans son intégralité pour les cours d'éducation physique et sportive et d'arts plastiques.

Plus que pour des raisons logistiques, c'était là une façon d'intégrer les élèves les plus récemment arrivés au groupe classe, et parfois même d'intégrer le groupe classe à lui-même.

Souci de l'accueil, adaptation pédagogique à chacun grâce à l'organisation de sous-groupes distincts, accélération progressive des apprentissages, mais individualisation des vitesses de progression, tels furent les impératifs que s'assigna l'enseignement des disciplines non linguistiques.

Répondre au plus près aux besoins de chaque nouvel arrivant fut également l'objectif de l'enseignement du français.

L'enseignement du français

Premier contact avec le collège, la CLA A est aussi le cadre de la première appropriation guidée du français.

Sur ce point, l'objectif général du dispositif d'accueil et d'intégration étant l'acquisition d'un français pour apprendre et pour s'exprimer, un certain nombre d'objectifs se sont imposés pour l'enseignement intensif du français dans les deux premiers niveaux.

Le premier niveau de l'apprentissage du français fut celui de l'acquisition des compétences de base.

La pédagogie mise en oeuvre fut celle du français langue étrangère (FLE) telle que présentée dans les premières unités des manuels. Il s'agissait d'entrer dans le français par les actes de présentation de soi et de son environnement, les actes de description notamment.

On notera néanmoins que, aussi utile que soit la méthodologie du FLE au premier niveau, se pose rapidement le problème de la distance de la quasi-totalité des outils existants à l'environnement scolaire des élèves - ce que devait rectifier le cours de français.

Autre composante souvent absente des manuels de FLE, l'alphabétisation et la découverte détaillée du système écrit du français, indispensable dans la perspective d'une scolarisation.

L'enseignement à l'entrée de la classe d'accueil devait également mettre un fort accent sur l'apprentissage du système phonique francophone par la réalisation de progressions de phonétique corrective.

Le second niveau faisait sortir le cours de FLE de la nécessité de l'alphabétisation pour le diriger vers les objectifs d'un cours de français langue maternelle de niveau primaire.

Il a en effet été jugé pertinent de penser que deux impératifs président à la réussite scolaire : la nécessité de la compréhension orale mais aussi la littératie en tant que capacité de lire et d'écrire.

Le cours de français a donc été axé sur l'écrit : accès au sens par la lecture comme en français langue maternelle, développement des outils de la langue et du vocabulaire, expression écrite.

L'apprentissage de l'oral ne fut pas abandonné pour autant et est resté un objectif poursuivi ,par des séances de phonétique corrective notamment.

D'une pédagogie du FLE alphabétisation à celle d'une FLE français langue maternelle, l'enseignement du français aux premiers stades du dispositif d'accueil et d'intégration participait de la même logique que celui des disciplines non linguistiques de ce niveau : une logique d'accueil attentionné, tout autant que de préparation rapide et individualisée à la vie scolaire.

La suite de cette présentation montrera que ces principes organisationnels furent maintenus pour satisfaire aux objectifs pédagogiques de la CLA B.

EN "CLA B"

Seconde division administrative du dispositif d'accueil et d'intégration du collège, la classe d'accueil dite B est l'étape de l'intégration progressive, ciblée et toujours individualisée, aux classes ordinaires.

Tout comme en CLA A, l'enseignement du français y représente une part importante des enseignements, mais l'apprentissage de disciplines non linguistiques y fut encore jugé nécessaire. Les principes organisationnels restent donc les mêmes, bien qu'en pratique leur concrétisation laisse apparaître des réalisations nettement distinctes.

L'enseignement des disciplines non linguistiques

Organisation des cours

Ainsi qu'en CLA A, la répartition des heures d'enseignement constituait pour chaque discipline des sous-groupes de niveau séparés, visant encore, dans le même contexte d'urgence, la qualité des enseignements, à travers une proximité maximale des enseignants aux apprenants.

Les disciplines non linguistiques (mathématiques, histoire-géographie et anglais) étaient cependant proposées en nombre inférieur à celles de la phase d'accueil précédente.

Cela était en effet une économie de moyens rendue possible à ce stade de l'intégration par le fait que les apprentissages des diverses disciplines avaient vocation à y être réalisés dans les cours des classes ordinaires mêmes.

Les cours de disciplines non linguistiques en CLA B, mieux que des cours de découverte, étaient idéalement des cours de suivi d'intégration.

Furent donc mis en place des sortes de soutien intégrant le paramètre de la langue étrangère, dans une collaboration avec les cours de même matière suivis dans les classes francophones ordinaires.

Principes d'orientation et d'intégration des élèves

Soulignons encore ici que les intégrations d'élèves néo-francophones furent les mieux réussies quand elles se fondaient sur un processus d'orientation individualisé, ciblé et progressif.

Les choix opérés de modification d'emploi du temps (passage dans un groupe de niveau supérieur, intégration dans une nouvelle discipline hors classe d'accueil) se faisaient sur la base de compétences individuelles évaluées et étaient donc distincts d'un élève à l'autre : ils ne concernaient pas automatiquement les mêmes disciplines et n'étaient pas faits au même moment pour tous les élèves.

Ainsi, le processus d'intégration individuelle à une classe ordinaire commençait par l'immersion dans les disciplines où la maîtrise de la langue française n'est pas rédhibitoire. Il abordait ultérieurement les cours francophones de mathématiques et d'histoire-géographie. L'intégration aux cours de français était la dernière étape du processus et sanctionnait le succès de l'intégration d'un élève à une classe ordinaire.

L'enseignement du français

Dans la continuité des objectifs de la CLA A, l'enseignement du français en CLA B se faisait toujours dans un souci d'adaptation aux besoins de chaque apprenant en vue de la réussite de son intégration aux cours ordinaires du collège.

Cette adaptation aux compétences des élèves a donc conduit l'enseignement à se faire dans deux directions : un élargissement des connaissances, pour construire l'autonomie des élèves nouvellement arrivés en classe ordinaire d'une part, une seconde tentative d'alphabétisation et de soutien à l'orientation post-collège pour les élèves les plus en retard, d'autre part.

Le cours de FLSco

Troisième étape de l'enseignement du français dans le dispositif d'accueil et d'intégration, des cours de français langue de scolarisation (FLSco) étaient proposés aux élèves dans les interstices laissés libres dans leurs emplois du temps par leurs cours d'intégration en classe ordinaire.

Du fait de la diversité des types d'intégration à ce niveau et de l'individualisation des emplois du temps, le public de ces cours de français, encore plus qu'hétérogène, était variable en nombre et en présence des participants. Ainsi, la seule opportunité de continuité pédagogique dans ce contexte de rotation des effectifs était celle d'une continuité individuelle.

Les cours de FLSco et de suivi d'intégration se basaient donc sur une pédagogie différenciée et sur la mise en place de parcours d'apprentissage individuels en autonomie guidée, suivis indépendamment des moments de présence.

Il s'agissait de traiter, sous le tutorat de l'enseignant, du français des disciplines scolaires, dans une méthodologie très proche de celle du français sur objectif spécifique, individualisée, et de spécialisation scolaire.

Du fait du nombre croissant d'heures d'intégration en classe ordinaire, le nombre d'heures de français suivies dans le dispositif d'accueil diminuait au fil de l'année, puisque les horaires des heures de français étaient inévitablement et progressivement consacrés aux disciplines des classes francophones du collège.

Loin d'être le symptôme d'un échec du français, il y avait là le signe du succès de l'intégration progressive des élèves nouvellement arrivés.

Le second parcours d'alphabétisation

Parallèlement aux cours de français de scolarisation proposés aux élèves en cours de réussite, un second parcours d'alphabétisation devait être prévu pour les élèves qui, avancés en français oral, n'avaient pas réussi à ce moment de la sortie du dispositif à construire de véritable compétence à l'écrit.

Il s'agissait de reprendre l'étude des fondements du système scriptural francophone. Des heures de cours étaient également utilisées pour l'accompagnement de l'orientation post-collège des élèves âgés de 15 ans.

Sur ce point, des partenariats étaient construits avec des organismes extérieurs au collège, dont notamment la Chambre de métiers départementale, relais précieux pour l'obtention de mini-stages en entreprise et pour l'entraînement à la recherche de formation et d'emploi.

Ce second parcours d'alphabétisation, face au constat de la difficulté de certains élèves, plus que l'intégration scolaire de ses usagers, visait donc surtout à la construction de leur autonomie en dehors du périmètre protecteur du collège.

La CLA B se composait au total d'une diversité de parcours et d'emplois du temps individuels et intégrait de nombreux cours des classes ordinaires d'intégration.

L'enseignement des disciplines non linguistiques et celui du français tentaient de répondre au mieux aux besoins d'apprentissage de chaque élève de façon distincte, puisque les cibles et les stades d'intégration étaient eux aussi distincts pour chacun.

C'était là une démarche exigeante et administrativement complexe qui visait à garantir la meilleure qualité d'accueil dans l'établissement.

APRES LA "CLA B"

Le dispositif d'accueil et d'intégration fut donc bâti sur la base des deux classes d'accueil dont avait été pourvu l'établissement.

Le fait a néanmoins été évoqué que le nombre d'élèves pour lequel cette structure avait été prévue était structurellement dépassé par la réalité des arrivées, avec pour conséquence d'accélérer les orientations de chacun vers les groupes de niveau supérieur, de façon parfois prématurée. La période d'accueil et d'intégration passée dans le dispositif était donc toujours minimale, ce qui avait pour conséquence notable le fait que les élèves étaient majoritairement intégrés aux classes ordinaires avec des compétences a minima qui ne leur garantissaient pas de franchir cette dernière et très haute marche de l'intégration avec une nette réussite.

Par conséquent, le dispositif d'accueil et d'intégration ne pouvait s'arrêter à la sortie de la seconde classe d'accueil ; des parcours de suivi devaient donc être instaurés jusque dans les cours des classes ordinaires mêmes.

Qu'a-t-il été possible de faire, pour les élèves en réussite et pour les élèves en retard ?

Le suivi d'intégration totale des élèves

Idéalement, un suivi linguistique et disciplinaire était prévu après la sortie des cours spécifiques du dispositif, pour le premier semestre de la première année de classe ordinaire des élèves nouvellement arrivés.

En pratique, trouver les moyens nécessaires à ce suivi s'est avéré très ardu.

Face à l'impossibilité d'organiser des suivis individualisés, une seconde option était celle de cours de soutien en grand groupe hétérogène.

C'est l'option qui a été retenue, avec le recours à une pédagogie différenciée et à un français sur objectif spécifique scolaire tel que décrit pour les enseignements de la CLA B.

Il est à regretter qu'une présence accompagnatrice n'ait pas été assez forte à ce moment décisif pour la réussite du processus d'intégration. Relâcher l'engagement institutionnel à ce moment crucial revenait en effet à remettre en question la pertinence du travail de préparation fait en amont.

Le suivi d'orientation

Après avoir évoqué la difficulté d'organiser un suivi en classe ordinaire à l'intérieur même de l'enceinte du collège, on comprendra la quasi-impossibilité matérielle de réussir une telle organisation de soutien hors du cadre de l'établissement initial.

Ainsi, aucune ramification du dispositif d'accueil et d'intégration n'était développée en lycée professionnel pour les élèves arrivés les plus âgés et en difficulté face au français écrit.

Cette faiblesse du dispositif souligne la nécessité de l'organisation de structures d'accueil pour élèves migrants en lycée également.

CONCLUSIONS ET PERSPECTIVES

Le dispositif d'accueil et d'intégration du collège Denis-Diderot, à Besançon, se basait ainsi sur les moyens horaires de deux classes d'accueil.

Loin d'organiser des progressions d'enseignement imperméables, il constituait un écheveau de continuums pédagogiques pluriannuels, pour l'enseignement des disciplines d'une part - en mettant en oeuvre des progressions du niveau primaire jusqu'à un niveau collège -, pour l'enseignement intensif du français d'autre part, en pratiquant successivement, au fil de la progression des élèves, des pédagogies de type français langue étrangère - alphabétisation, français langue étrangère - français langue maternelle et français langue étrangère - français sur objectif spécifique.

Ce dispositif parvenait ainsi à assurer à chaque élève migrant un accueil, une orientation et une intégration ciblés, progressifs et individualisés.

Prévu pour trente élèves, le dispositif parvenait en fait à scolariser plus de soixante élèves par an ; prévu pour deux classes, il se constituait en pratique de vingt groupes pédagogiques de huit disciplines distinctes et touchait au total seize classes ordinaires d'intégration aux quatre niveaux pédagogiques du collège.

Coordonné par ses enseignants de français sous l'autorité du chef d'établissement, ce dispositif était de fait présent partout dans le collège et avait noué plusieurs partenariats à l'extérieur de l'établissement. En dépit de son allure complexe et tentaculaire, il s'agissait d'une organisation administrative et pédagogique très réactive et très attentive aux besoins de chaque élève, apte à respecter les rythmes d'apprentissage et les objectifs de chacun, tout en développant chez tous le sentiment d'appartenance à un groupe original.

Ce dispositif d'accueil et d'intégration présentait au total un mode de fonctionnement atypique au sein du système éducatif national, dont le modèle pourrait s'avérer très enrichissant pour une réflexion qui viserait à l'évolution des fonctionnements généraux de l'institution.

Diversité, n°153, page 112 (06/2008)

Diversité - Collège Denis-Diderot, Besançon (Doubs)