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Entretien

Entretien avec Anne Gotman

Entretien avec Anne Gotman (directrice de recherche au CERLIS) .

MARIE RAYNAL Anne Gotman, vous êtes connue pour avoir travaillé durant de longues années sur la notion d'hospitalité. Comment en êtes-vous venue à cette recherche particulière?

ANNE GOTMAN : Au début des années 1990, je suis arrivée comme chargée de mission scientifique au ministère de l'Équipement, plus exactement au Plan construction, architecture, aujourd'hui PUCA (Plan urbain, construction, architecture) au moment où la question de l'accueil des étrangers et des sans-abri était déjà bien présente, mais pas encore médiatisée comme elle l'est aujourd'hui, par exemple avec les tentes des Enfants de Don Quichotte. Un précédent concours architectural s'était soldé par des dispositifs urbains "anecdotiques" et même, aux dires de certains, "insultants".

À l'époque, on s'était dit en effet que, puisque les sans-abri étaient dans la ville, il fallait qu'ils puissent y vivre. Mais ce précédent concours avait donc été mal perçu et j'ai pris mes fonctions sur une commande paradoxale que l'on peut résumer ainsi : "On ne peut pas ne pas s'occuper des SDF, mais il ne faut pas que cela se sache"...

J'ai alors relu le grand classique de Nels Anderson sur les travailleurs saisonniers américains, Le Ho bo1, traduit en français avec un sous-titre inexact : "Sociologie des SDF". Car les hobos n'étaient pas des SDF, c'étaient des travailleurs mobiles qui suivaient en particulier la construction des chemins de fer aux États-Unis, y compris dans l'Ouest, dans l'entre-deux-guerres ; ils vivaient sur le bord de la voie ferrée et, quand ils n'avaient plus de travail, ils rentraient à Chicago.

Cet ouvrage est à mes yeux emblématique, parce que l'auteur faisait partie de l'École de Chicago, mais surtout parce qu'il avait été lui-même un hobo. Anderson avait donc cette particularité qu'il n'était, au départ, ni un universitaire ni un chercheur ; c'était en quelque sorte un homme de terrain qui s'est transformé en chercheur. Son livre garde cette double position, ce qui fait que, pour des chercheurs, il peut être considéré à certains égards comme politiquement incorrect, dans la mesure où l'auteur décrit ces hobos et leur mode de vie y compris avec des catégories morales et non pas scientifiques, et avec un parler vernaculaire.

Je pense pour ma part que c'est justement ce qui fait le prix et l'intérêt de cet ouvrage. Dans ce livre, Anderson élargit son propos à toute une population marginale qui vit dehors, dehors-dedans, dans cette ville de Chicago qui, à l'époque, aussi industrialisée et modernisée soit-elle, a encore des interstices, des institutions philanthropiques, religieuses, commerciales, des hôtels à un dollar la nuit, toute une infrastructure qui justement permet, comme dit très bien Carmen Bernand2, de "vivoter" en ville. Ce n'était pas tout rose, mais il y avait encore des friches, des squares dans lesquels tout le nuancier, du hobo au clochard en passant par les sans-travail, les sans-famille, etc., arrivaient peu ou prou à se trouver une place.

Cette lecture a été pour moi un déclic. L'auteur montre comment une ville, presque malgré elle, et parce qu'elle n'est pas encore entièrement investie, saturée, rentabilisée, laisse vacants des espaces interstitiels de toutes sortes qui la rendent au fond hospitalière à des marginaux, à des gens qui n'entrent pas dans la norme du logement social ou de l'autonomie économique complète.

MR Vous avez alors commencé très vite une recherche sur le thème de l'hospitalité, elle s'intitulait Ville et Ho spitalité3, je m'en souviens très bien...

AG Dans le séminaire interdisciplinaire qui s'est constitué alors, nous nous sommes posé la question à plusieurs - anthropologues, historiens, sociologues, intervenants associatifs, politiques, responsables municipaux, etc. - pour nous demander justement quelle était cette qualité-là, l'hospitalité ? Je reprends le titre du très bel ouvrage de René Schérer, qui était lui-même un intervenant assidu, Éloge de l' hospitalité4. Son ouvrage insistait sur cette qualité interstitielle de l'hospitalité ; avec ce premier paradoxe que l'hospitalité est justement résiduelle, c'est-à-dire qu'elle ne peut pas être programmée ; elle est le fait d'un espace qui n'est pas entièrement occupé, investi, et qui laisse une place à l'autre.

MR Nous avons hésité, pour le titre de ce numéro de Diversité. On aurait pu choisir "Les lois de l'hospitalité" ou encore "Les règles de l'hospitalité". Que pensez-vous de ces nuances dans les définitions ? L'hospitalité peut-elle être considérée comme un principe?

AG L'hospitalité est une notion hétérogène. Elle relève de deux principes contradictoires, c'est ce qui fait qu'elle est dynamique.

Vous évoquez des "lois de l'hospitalité", et en effet elles ont été extrêmement bien mises en valeur, au-delà de leur infinie variété culturelle, par Julian Pitt-Rivers dans son fameux article "La loi de l'hospitalité5", où il propose trois lois simples qui valent dans tous les cas de figure - dont je reparlerai. De ce point de vue, on peut parler de lois.

Pour ma part, je parle davantage et moins radicalement de codes ; il y a des codes, des conventions et des règles de l'hospitalité qui, avec la modernité, selon les époques bien sûr, se sont transformés. Donc on peut effectivement parler de "principe", car l'hospitalité est infiniment codée, encadrée. Mais simultanément, à la différence de l'accueil ou de la réception, au sens sociologique du terme, l'hospitalité comporte toujours une part qui sort du code ; c'est en cela qu'elle relève aussi de l'économie du don, de la gratuité, avec tout ce que cela comporte de déséquilibre, de marge, d'indéfinition et d'indétermination.

L'hospitalité est vraiment ces deux choses : une série de codes auxquels il faut se conformer et toujours plus que ça: leur transgression - sans quoi ce n'est pas de l'hospitalité.

L'hospitalité c'est ce qui fait que l'on va au-delà du code, qu'on en donne un peu plus. J'allais dire, l'hospitalité est cadre et sacrifice. C'est pour cela que l'on retrouve une idée morale, certains diront chrétienne ; mais le don n'est pas du tout l'apanage de la religion chrétienne ou de la pensée chrétienne, c'est une notion qui vaut à peu près pour l'humanité entière.

MR Est-ce que l'on pourrait dire que l'hospitalité fait partie du sens commun, du sens populaire ? Les hommes, dans toutes les civilisations, dans toutes les cultures, l'exerceraient somme toute naturellement?

AG C'est un peu ce que Mauss dit sur le don, c'est une obligation paradoxalement librement consentie. Elle fait partie en effet de l'universalité anthropologique de l'échange : on ne peut pas rester entre soi, on ne peut survivre qu'en s'ouvrant à l'autre, quand bien même cet autre est au départ un danger, un ennemi.

Revenons sur les lois de l'hospitalité, infiniment simples et complexes en même temps. Pitt-Rivers a tiré ces lois de l'observation, je crois que c'était en Andalousie, d'une société que l'on appelle "d'honneur". Elles sont donc transposables dans notre société, mais avec des reformulations. Dans une société d'honneur, le maître de maison doit honneur et respect à son hôte. Il doit le traiter avec des égards. En contrepartie, l'hôte doit respect et honneur au maître de maison et, enfin, règle numéro trois, il ne doit pas prendre la place du maître de maison. Ces trois lois reposent à la fois sur la notion de réciprocité, mais également d'asymétrie : il y en a un qui est chez lui et l'autre pas.

Ce qui vaut dans une société d'honneur est précisément mal aisé à transposer dans notre société d' égaux. Les lois de l'hospitalité ne vont pas avec l'égalité, parce qu'il y a de fait inégalité, asymétrie - l'un qui est le maître de maison et l'autre qui n'est pas chez lui. On comprend que, dans la modernité, l'hospitalité n'ait pas bonne réputation - et quand j'ai initié le séminaire, le mot hospitalité n'était pas politiquement correct.

La modernité néanmoins reformule ces lois à sa manière, ce qui veut dire en effet qu'elle égalise davantage les statuts et, en ce sens, qu'elle tend à donner davantage d'initiative à l'accueilli et à désamorcer la relation de pouvoir, de maîtrise sur l'autre ; elle s'affiche volontiers comme une relation égale dans laquelle chacun peut prendre l'initiative, se sentir libre. Quand on regarde comment se passe l'hospitalité dans nos sociétés, on voit bien que toute la question est là, c'est-à-dire jusqu'où l'autre, l'hôte, est libre quand on lui dit : "Tu es ici chez toi" ; c'est un voeu, c'est un "devoir être", mais qui ne peut jamais s'accomplir totalement. Cela crée une tension, c'est tout le piège et la difficulté de l'hospitalité dans notre société : on tend vers cette égalité mais l'égalité ne peut pas être.

On connaît donc, dans nos villes contemporaines, une hospitalité plus décontractée, plus informelle, plus égalitaire, mais qui est cependant toujours bornée par une asymétrie. L'hôte n'est pas chez lui. Quelqu'un qui habite chez soi et à qui on a donné les clés donnera en général un petit coup de sonnette avant d'entrer avec les clés, il n'est pas chez lui...

MR Vous avez, dans ce séminaire, puis dans vos travaux ultérieurs, envisager comment l'hospitalité est traitée dans les différents pays ; y a-t-il une spécificité européenne, française?

AG Les codes culturels varient bien sûr. Dans certaines sociétés, on ne mélange absolument pas l'hôte à l'espace intérieur, surtout s'il est féminin, et l'endroit où l'hôte séjourne est séparé. Dans d'autres, au contraire, on lui donne sa chambre. Toutes les variations existent. Ce qui me paraît être la différence fondamentale - je fais ici allusion à ce que l'on entend un peu partout au sujet de la sacro-sainte hospitalité arabe - réside dans la question de la division du travail social, c'est-à-dire tient au fait que, dans les sociétés où il y a une différenciation des sexes, où l'homme est le maître de maison, l'hospitalité est pratiquée par les hommes dans des espaces d'hommes. De même, là où le travail n'est pas un travail avec la séparation habitat/travail, les relations que l'on dirait, nous, professionnelles sont en fait les relations sociales, statutaires, de clientèle, etc., et se négocient, se traitent dans la maison. L'hospitalité est une forme de sociabilité, de relation sociale, comme d'ailleurs dans les sociétés du XVIIe ou du XVIIIe siècle, où l'hospitalité est une institution sociale majeure. C'est là que se traite la position sociale de l'individu ; et donc, bien sûr, son hospitalité est généreuse parce que de la générosité vient le statut social du maître de maison.

Dans une société où le statut social vient du travail, l'hospitalité a un aspect beaucoup moins important, elle est résiduelle, et d'ailleurs ne se pratique plus qu'entre membres de la famille ou entre amis. Dans la société de cour, les espaces de réception étaient les premiers espaces, les appartements étaient à l'arrière, seconds. Aujourd'hui, on est dans la situation inverse. On dit que l'on a perdu le sens de l'hospitalité, mais c'est en fait sa fonction qui a changé.

Le refrain du déclin de l'hospitalité, comme de toutes les valeurs morales d'ailleurs, est une antienne. J'ai étudié les textes de toutes les époques, l'hospitalité, dès lors que l'on se place sur le plan de la vertu, y est toujours en déclin. En fait, l'hospitalité se transforme, comme la division sociale du travail se transforme. Dans notre société, elle ne s'est pas perdue, elle est entrée dans les moeurs à travers d'autres agents. Il ne s'agit plus d'hospitalité privée, elle a été remplacée par la solidarité : il y a des foyers, des hôpitaux, etc.

MR Il est vrai que la solidarité est devenue - avant d'être un slogan - une règle. Si la solidarité a pris le relais, c'est peut-être qu'il s'agit désormais d'une question sociale, institutionnelle?

AG Le problème de la solidarité est qu'elle est valable pour les membres de la société. Dans un État-providence, on a des institutions solidaires pour autant que l'on cotise ; il y a donc fermeture de la solidarité sur les membres d'une entité...

MR Donc, en passant de l'hospitalité à la solidarité, on perd l'étranger...

AG Oui. C'est la raison pour laquelle l'hospitalité revient aujourd'hui comme un principe de réouverture de la solidarité. Lors des manifestations pour les sans-papiers, le mot d'hospitalité est publiquement sorti dans la rue parce que l'on commençait à contrôler, justement, le fait que des particuliers puissent héberger des sans-papiers. L'hospitalité était compromise par des lois qui visaient à renforcer le contrôle de l'accueil des étrangers.

Le mot hospitalité revient donc d'une façon beaucoup plus massive avec la question de l'immigration et il a en effet cette valeur de réouverture de la solidarité vers une communauté élargie, avec cette question : ne doit-on pas élargir le cercle des solidaires, s'ouvrir vers les non-membres, les non encore membres ?

MR Cette évolution vers la notion de solidarité en quelque sorte déresponsabilise, décharge le citoyen sur l'État-providence et sur des règles qui relèvent de la collectivité. Si l'on considère les quarante dernières années, en France, concernant la question de l'étranger, qui n'est pas liée à la seule question de l'immigration, y a-t-il un changement vraiment très important?

AG Je reviens sur ce que l'on disait concernant la solidarité. L'hospitalité est devenue un droit, ce sont les droits sociaux. C'est un progrès qui a son envers et, comme disait d'ailleurs René Schérer, ce devenir droit de l'hospitalité est-il encore de l'hospitalité ?

L'avantage du droit sur l'hospitalité est qu'il est stable, qu'il n'est plus arbitraire, qu'il n'est plus du ressort de l'initiative individuelle (laquelle est très belle : on prend en charge des pauvres, etc., mais le jour où l'on n'a pas envie on ne le fait pas) ; par définition, l'économie du don est instable, elle s'use inévitablement avec le temps. Le droit a l'avantage de donner de la stabilité aux ayant-droits et donc de les garantir. C'est en ce sens que s'exerce la dynamique de sociétés qui ouvrent des garanties à davantage, ou au contraire les ferment.

Vis-à-vis de l'immigration, d'une part les droits de l'étranger sont renforcés au titre des droits de l'homme et, d'un autre côté, on se ferme économiquement à l'immigration. L'Europe est une entité élargie qui se dote de frontières de plus en plus sécurisées. On peut dire qu'il y a fermeture, mais il faut la mesurer au flux des immigrants. On sait pertinemment que les murs que l'on met, qu'ils soient informatiques ou physiques, n'empêchent pas l'immigration de se faire ; simplement, comme le disait Maurice Aymard6, cela rend l'immigration plus coûteuse pour les immigrés : en argent et en vies humaines. Actuellement, en France, on expulse les sans-papiers et on appelle à une immigration planifiée, mais on sait très bien que nos économies ne marcheraient pas sans l'immigration. Je crois, même si cela se traduit par des lois que l'on peut juger calamiteuses, que des dispositifs tels que les centres de rétention représentent surtout une volonté d'affichage politique et que les pratiques sont tout à fait autres.

MR On entend bien ce double langage : à la fois les étrangers sont dangereux, il y en a trop, ils sont menaçants et, de l'autre, nous en avons besoin. Il existe une peur réelle et une peur entretenue des étrangers. En ce sens, l'hospitalité pourrait justement être utile, puisqu'elle peut être considérée non seulement comme une vertu, mais comme un intérêt. On aurait intérêt à être hospitaliers, d'une certaine manière.

AG L'hospitalité est une gourmandise, une gourmandise de l'autre. Je n'ai plus le texte exact - je le déforme, la citation est beaucoup plus belle que cela -, mais Rousseau dit que l'on est d'autant plus hospitalier que les étrangers sont moins nombreux. Pour des régions enclavées, isolées, rurales, l'étranger fait peur, mais, en même temps, c'est une richesse événementielle et une richesse relationnelle, c'est quelqu'un qui circule, qui peut apporter des relations, des recommandations, des ouvertures. Je crois que les intérêts sont inverses dans les villes et dans les régions surpeuplées qui, elles, peuvent se sentir submergées. La gourmandise de l'autre peut être rapidement saturée et on a tendance à résister plutôt à l'envahissement, à toutes les échelles. Quand on habite une capitale, si l'on fait maison ouverte, on risque d'avoir beaucoup de monde tout le temps. Encore une fois, dans les régions rurales ou en Patagonie, ce devoir d'humanité, de ne pas laisser l'autre dans l'hostilité, dans l'impossibilité de survivre, est plus "naturel", entre guillemets.

L'étranger est perçu comme quelqu'un d'inconnu, donc de dangereux, mais on peut dire aussi, jusqu'à un certain point, que l'hospitalité est un moyen de retourner cette peur, de la surmonter, et de la retourner en intérêt. C'est pour cette raison que l'hospitalité a des codes si sévères : l'hospitalité n'est pas la maison ouverte, cette fameuse ouverture à laquelle on l'assimile, c'est en réalité une série de chicanes. C'est plein de codes d'entrée, de seuils, de rites, de séparations, de rapprochements, de distances, qui font que l'étranger est encadré, canalisé, surveillé. On le traite avec honneur, mais il ne va pas n'importe où ; c'est donc un dispositif d'encadrement, une façon de contenir. Mais aussi, justement, ce contenant est une façon de lui annoncer où il est, de l'ouvrir donc, aussi, à la maison, au lieu où il est accueilli, et de l'intégrer.

MR L'hospitalité serait une notion très nécessaire à expliquer, à diffuser dans les écoles.

AG Vous évoquez l'école. Je suis dans une université et je suis estomaquée de l'absence d'accueil, au sens le plus simple du terme. Il y a des accueils administratifs, des informations bien sûr, mais c'est autre chose dont je parle. Il s'agit de permettre à ceux qui arrivent en terrain étranger d'être autonomes, donc de leur donner toutes les ressources d'informations, de donner la clé de l'endroit pour pouvoir le comprendre. Ce n'est pas seulement un mot d'accueil - déjà un pot d'accueil serait mieux... Il faut expliciter les règles de la communauté, en donner l'ambition, engager à y participer. Dans les grandes écoles ou les universités anglaises, c'est ce qui a lieu, avec les promotions, les baptêmes, etc., et cela donne une identité qui fait que l'on fait partie d'un lieu et que l'on en est aussi responsable ; ce n'est pas ce supermarché, ce self-service dans lequel on entre, on sort...

MR ... en n'étant personne.

AG Des enseignants me racontaient que leurs étudiants leur envoient des mails, ce qui est normal ; mais les jeunes ont des boîtes aux lettres électroniques qui sont des boîtes aux lettres de jeunes justement, c'est-à-dire qu'ils changent très souvent, au gré de l'offre. Ils se donnent des noms de jeunes, non professionnalisés, des noms absolument improbables : Butterfly, etc. Les enseignants reçoivent ces mails et, pour les plus scrupuleux d'entre eux, ils les ouvrent ; mais d'autres les mettent à la poubelle en pensant que ce sont des spams. Nombre de ces mails n'ont pas non plus d'objet. Si c'est Butterfly qui vous adresse un mail et qu'il vous dit : "mon mémoire de...", ça va encore, mais beaucoup de ces mails n'ont pas d'objet, beaucoup ne sont pas signés. Je me demande comment il se fait que l'on ne donne pas aux étudiants quand ils arrivent les codes d'usage qui feront qu'ils seront désormais dans un lieu spécifique dont ils n'ont pas la responsabilité certes, mais que, en faisant vivre, ils perpétueront dans un intérêt supérieur.

MR C'est peut-être ça une école, un endroit où le premier principe est celui de l'hospitalité, de l'échange : qui est-on ? qui est celui qui reçoit ? qui est celui qui arrive?

AG Ce serait un début...

ANNE GOTMAN est directrice de recherche au Centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS, CNRS), université René-Descartes - Paris V.

Parmi ses principaux ouvrages :

  • "Le Sens de l'hospitalité. Essai sur les fondements sociaux de l'accueil de l'autre", Paris, PUF, 2001.
  • "Villes et Hospitalité : Les municipalités et leurs "étrangers"", Paris, Éditions de la Maison des sciences de l'homme, 2004.

(1) Paris, Nathan, 1993. Paru aux États-Unis en 1923, Le Hobo est l'une des enquêtes d'ethnologie urbaine qui fit la réputation de l'École de Chicago.

(2) Spécialiste de l'Amérique latine, Carmen Bernand a notamment raconté l'histoire de sa ville dans : Buenos Aires (Paris, Fayard, 1998).

(3) Villes et Hospitalité : les municipalités et leurs "étrangers ", Paris, MSH, 2004.

(4) Zeus hospitalier : éloge de l'hospitalité, Paris, Armand Colin, 1993.

(5) Les Temps modernes, n° 253, juin 1957, p. 2153-2178.

(6) Directeur à l'EHESS et auteur de la préface de Villes et Hospitalité, op.? cit.

Diversité, n°153, page 7 (06/2008)

Diversité - Entretien avec Anne Gotman