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Diversité

II. Représentations

Des "crypto-ZEP" en milieu rural et montagnard ?

Un exemple dans les Pyrénées-Orientales

Nadine BOUZAROU, doctorante en géographie (université de Perpignan)

Les Pyrénées-Orientales sont un département dont la hausse démographique dépend largement de l'apport migratoire2. La répartition de ces migrants sur le territoire est inégale autant sur le plan des effectifs qu'en ce qui concerne leur profil économique. La hausse du prix du foncier sur le littoral et la plaine y joue pour beaucoup. Le milieu rural et montagnard du département accueille de nouvelles populations dont de nombreuses familles en difficulté. L'arrivée de ces néoruraux n'est pas sans conséquence sur l'école1.

Depuis plusieurs décennies, les milieux ruraux et montagnards français subissent de nombreuses transformations, que ce soit d'un point de vue démographique, social, économique et même paysager. Ils redeviennent attractifs, notamment pour des populations aisées souvent retraitées venues pour construire une villa, ou en partie d'origine étrangère pour réhabiliter de vieilles maisons en pierre. Mais les nouveaux résidents des zones rurales sont aussi des familles en situation économique précaire venues d'autres régions tenter leur chance, souvent en vain, pour trouver un travail dans des régions qui bénéficient aujourd'hui d'une image attractive. Parmi ces familles en difficulté, certaines sont à la recherche d'un logement social dans les communes plus urbanisées et se sont vu proposer un logement à défaut en milieu rural ou montagnard. L'exemple des Pyrénées-Orientales est particulièrement significatif puisqu'il connaît un solde migratoire positif et particulièrement élevé sur un territoire dont la part de population précaire est déjà très importante et inégalement répartie. L'arrivée de ces néoruraux, qui n'ont pas les mêmes pratiques territoriales, les mêmes représentations ni le même attachement à la commune que les familles implantées depuis plusieurs générations, n'est pas sans conséquence sur l'école. Cumulant parfois les handicaps budgétaires des très petites communes et l'isolement géographique qui rendent les sorties culturelles trop chères, ces écoles constituent-elles des enclaves dans le territoire départemental au même titre que les quartiers difficiles ? Peuvent-elles être considérées comme des ZEP dont on ignore l'existence sur notre territoire ?

LES PYRENEES-ORIENTALES : UNE EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE SINGULIERE

L'analyse des données statistiques des derniers recensements montre des tendances qui ne cessent de s'amplifier : un vieillissement certain de la population, une agglomération perpignanaise s'étalant continuellement sans véritable planification, une occupation morcelée de l'espace rural et montagnard avec le déclin démographique de ses petites villes. De plus, même si la plaine du Roussillon concentre les quatre cinquièmes de la population du département, les zones rurales et montagnardes constituent pourtant 77 % de la superficie départementale. Ces dernières font l'objet, pour la plupart, d'un inversement des tendances migratoires historiques, elles connaissent désormais un accroissement démographique lié aux migrations qui s'amorcent au début des années 1970 (Berger 1997).

Mais, alors que le recensement de 1999 montrait que les plus petites communes se trouvaient exclues de la "renaissance rurale" observée dans de nombreuses régions, les résultats partiels (2004-2005-2006) des derniers recensements témoignent que la plupart d'entre elles connaissent aujourd'hui un relatif essor démographique. La croissance démographique s'étend toujours plus loin des villes. Elle est ici conforme aux tendances démographiques nationales avec une relative "reconquête" du milieu rural (Guilluy, Noye, 2006). La hausse de population se fait surtout à la périphérie des petits pôles urbains.

Ce département est très attractif au vu du taux moyen de croissance entre les différents recensements. Il est ainsi à la fois composé d'une importante proportion d'une population très défavorisée et d'une population très favorisée. Cette observation se confirme avec les caractéristiques socioprofessionnelles des migrants venant s'installer dans le département. La majeure partie des migrants peut être répartie en quatre catégories distinctes : les personnes âgées, les chômeurs, les jeunes couples de classes moyenne et supérieure et les clandestins. Cependant, la proportion de chacune de ces catégories sociales de migrants varie d'un espace d'accueil à un autre. Le littoral, suivi de l'ensemble de la plaine reçoit les migrants les plus nombreux et les plus favorisés. Ce sont essentiellement des retraités plutôt aisés ainsi que des couples avec enfants. Quant aux chômeurs, ils s'installent par défaut là où le loyer le leur permet, c'est-à-dire essentiellement dans certains quartiers de la ville de Perpignan et dans l'arrière-pays. En effet, il existe un rapport particulièrement important entre la hausse de la population et celle du foncier, celui-ci est proportionnel. La demande est continuellement croissante et les restrictions urbanistiques (loi SRU, loi Littoral, PPRI et espaces protégés) réduisent les surfaces urbanisables de la plaine (Merlin 2002).

LES ECOLES EN MILIEU RURAL ET MONTAGNARD

La baisse démographique pendant plusieurs décennies a accéléré la disparition de nombreuses écoles en milieu rural et montagnard, et la nécessaire adaptation des communes afin de limiter les temps de transports des élèves. Ainsi, sur les 303 écoles publiques que comptent aujourd'hui les Pyrénées-Orientales, seulement 37 % se situent en milieu rural et montagnard2. Parmi les onze regroupements pédagogiques que compte ce département, dix se situent en milieu rural et montagnard avec un bassin de recrutement allant de deux à onze communes différentes. On se trouve donc face à un maillage scolaire de plus en plus lâche avec de petites structures scolaires, le département comptant désormais douze écoles à classe unique. La présence de maisons d'enfants (centres d'accueil pour enfants ayant d'importants problèmes d'allergie) en Capcir, Cerdagne et en Haut-Conflent a assuré pendant de nombreuses années de l'emploi dans les domaines médical, paramédical et scolaire (enseignement privé dans l'enceinte des locaux de ces centres médicaux). La fermeture progressive de ces maisons d'enfants a accéléré l'exode de familles et donc l'étiolement des effectifs scolaires. Mais, comme nous l'avons vu, les zones rurales et montagnardes connaissent un afflux de migrants d'origines et de statuts sociaux très variés, et l'impact sur les établissements scolaires varie également.

Par exemple, la crise économique que connaît le secteur du vin et la fermeture de quelques usines a particulièrement frappé les Fenouillèdes. Cela a poussé les femmes à trouver une activité salariée. De nombreuses familles ont effectué une démarche afin d'accueillir des enfants de la DDASS. Cette situation a parfois bouleversé les petites écoles du secteur qui durent accueillir ainsi des enfants au passé parfois douloureux.

Dans d'autres communes, particulièrement représentées dans le secteur du collège d'Ille-sur-Têt, les exploitations agricoles souffrant de manque de main-d'oeuvre locale, font appel à des familles espagnoles et portugaises pour la saison de la cueillette des fruits. Ce mode de vie perturbe considérablement le fonctionnement de l'école qui voit parfois ses effectifs augmenter de 200 % avec des élèves non francophones et présents dans son enceinte seulement pour quelques mois.

Quant à l'installation de populations européennes, surtout anglaises, elle concerne l'ensemble du milieu rural et montagnard des Pyrénées-Orientales.

PRESENTATION DE L'ENQUETE

L'analyse s'appuie sur un questionnaire portant sur divers aspects du fonctionnement, du recrutement et de l'image des écoles. Une grande majorité des questions ont été posées lors d'entretiens individuels avec les directeurs d'écoles, les autres questionnaires ont été remplis et retournés par courrier postal ou électronique. 56 parmi les 110 écoles rurales et montagnardes du département ont accepté de répondre au questionnaire et, de tous les secteurs de ces collèges, seuls les secteurs d'Ille-sur-Têt, Saint-André et Amélie-les-Bains se trouvent sous-représentés dans ce panel. Par contre, les entretiens individuels ayant été choisis par secteur de collèges, la quasi-totalité des écoles des secteurs de Font-Romeu, Saint-Paul-de-Fenouillet3, Céret et Prades est représentée. Il est à noter que plusieurs directeurs d'écoles ont refusé de répondre à certaines questions, notamment en ce qui concerne la part d'élèves de nationalité étrangère, les taux de redoublement et d'élèves en retard.

Il ressort de cette enquête que les écoles en milieu rural et montagnard connaissent une grande diversité de situations. La grande majorité fait l'objet d'une hausse ou un renouvellement de sa population scolaire, notamment par l'arrivée de néoruraux. De plus en plus de familles en difficultés sociales arrivent du nord de la France et du Bassin parisien afin de chercher un travail dans un cadre plus agréable. Les populations d'origine étrangère, essentiellement d'Europe du Nord et du Sud, ainsi que des pays du Maghreb, continuent de s'installer dans bon nombre de communes rurales et montagnardes du département. Également, des migrants venant de la plaine sont parfois placés dans des logements HLM de l'arrière-pays faute de place en plaine, et repartent dès que possible. Quant aux arrivées de populations retraitées, elles sont très nombreuses mais leur impact est moindre sur les écoles puisqu'elles n'ont généralement pas d'enfants à charge en âge d'être scolarisés, sauf en cas de garde de leurs petits-enfants.

La comparaison avec les établissements en ZEP des écoles rurales et montagnardes n'est donc pas évidente au premier abord. Il n'existe pas d'établissement en ZEP dans les Pyrénées-Orientales hors de la ville de Perpignan alors qu'il en existe en milieu rural dans d'autres départements. Pourtant, les Pyrénées-Orientales ont un très fort taux de population en situation précaire ainsi que des résultats scolaires en dessous de la moyenne nationale. Les écoles rurales, par leur isolement géographique et la petite taille de leurs structures, ont parfois du mal à s'adapter à l'évolution de leur population scolaire. À cela s'ajoute la distance aux activités culturelles et des coûts de transports qui pèsent sur le budget de l'école pour la moindre sortie. Tout comme les établissements en ZEP, les écoles en milieu rural font face à une difficile stabilisation du personnel enseignant à cause de la charge de travail qu'imposent les classes à niveaux multiples, l'éloignement de la ville, la proximité parfois mal vécue avec les familles (les conflits peuvent prendre de l'ampleur très rapidement), et parfois l'absence de moyens dues à la pauvreté ou le désintérêt de la municipalité pour son école. Ainsi, ces difficultés font parfois disparaître les atouts reconnus des établissements scolaires en milieu rural que sont les bons résultats scolaires, l'ambiance familiale avec les élèves et leurs familles, des effectifs par classe plus légers qu'en plaine ou, encore, un cadre privilégié (Alpe, Champollion, Fromajoux, Poirey, 2001).

METHODOLOGIE

Ces écoles ne sont évidemment pas directement comparables aux établissements en quartier difficile d'une ville. Elles présentent souvent une vision conforme à la situation des familles de leur zone de recrutement, contrairement aux ZEP qui constituent un concentré des difficultés de leur quartier à cause de l'importance de l'évitement (Duru-Bellat, Van Zanten 2002). Mais un parallèle peut parfois être établi : elles cumulent à la fois des "handicaps" géographiques et des "handicaps" sociaux. Par "handicap" géographique, nous pouvons entendre qu'elles correspondent à des enclaves dans le territoire départemental au même titre que les quartiers de ZEP des villes. "Handicaps" sociaux également, en raison de la population en difficulté qu'elles recrutent pour certaines et qui constitue une grande part de leur effectif total.

Figure 1 : Nombre d'écoles concernées par type de difficulté (source : enquête)

Les critères que nous avons retenus afin de mesurer les difficultés des écoles en milieu rural et montagnard du département sont au nombre de onze et sont classés dans l'ordre décroissant selon le nombre d'écoles concernées (voir figure 1) :

  • L'instabilité des familles : les arrivées et départs en cours d'année perturbent le fonctionnement (37 écoles parmi les 49 de l'enquête). Au mieux, elles s'installent provisoirement là où les loyers sont les moins chers et partent dès qu'elles ont trouvé du travail ailleurs puisqu'il y en a très peu sur place. L'importance du travail saisonnier, l'instabilité des familles en HLM qui ont parfois du mal à se faire à la vie en milieu rural, les familles monoparentales qui "disparaissent" dès qu'elles craignent d'être inquiétées par les services sociaux constituent l'essentiel des situations problématiques.
  • La part des enseignants en poste depuis moins de trois ans dans l'école : elle représente 50 % et plus du nombre total des enseignants, ce qui provoque une instabilité néfaste pour l'école. (37 écoles sont concernées).
  • Les axes de projets d'établissements : ils sont souvent les mêmes que ceux des écoles en ZEP : résorber la violence, vivre ensemble, la discipline, la réussite des élèves en difficulté, l'apprentissage de la langue française, la socialisation, l'intégration des primo-arrivants, la mise en place d'une nouvelle équipe enseignante (33 écoles interrogées).
  • L'isolement : qu'il s'agisse d'un d'isolement "d'un point de vue culturel" ou d'un "manque de lien avec l'extérieur" (33 écoles).
  • La part d'élèves étrangers, notamment de primo arrivants (31 écoles).
  • L'importance des professions en catégories sociales défavorisées (PCS 3) (chômeurs, RMIstes et emplois précaires) concerne 27 écoles.
  • Des résultats scolaires inférieurs à la moyenne nationale constituent également un élément d'appréciation de la situation des écoles.
  • Les violences scolaires.
  • Une implication jugée inadaptée des familles : insuffisante, trop pesante, rapports tendus ou inexistants.
  • L'âge moyen des enseignants. Si celui-ci est inférieur à 35 ans, on peut penser que l'école n'est pas recherchée dans le milieu enseignant.

Pour finir, il a été demandé clairement aux directeurs d'écoles s'ils considéraient que leurs écoles pourraient faire partie du dispositif ZEP. Seulement sept d'entre eux ont répondu de manière positive. Il est intéressant de noter cependant que, même parmi les écoles les plus en difficulté, la réponse peut être négative si l'enseignant a déjà travaillé dans une "vraie" ZEP.

Ces critères correspondent pour la plupart aux difficultés propres aux établissements en ZEP, excepté celles concernant l'isolement géographique (Chauveau, Rogovas-Chauveau 1999). Chacun de ces critères est considéré comme une difficulté qui rapproche l'école de ce que l'on pourrait appeler un établissement "crypto-ZEP"4.

DES "CRYPTO-ZEP" EN MILIEU RURAL ?

Se côtoient donc, sans logique apparente et à travers le département, des écoles ayant un nombre plus ou moins important de difficultés. Il semble pourtant que les pôles d'emploi de l'espace rural soient un peu plus concernés. Cela peut s'expliquer par le fait que ce sont les communes où s'est construit le plus grand nombre de logements sociaux, et que l'évitement par les familles les plus favorisées y est facilité par la plus grande proximité d'autres établissements scolaires, notamment privés. L'exemple des établissements ruraux et montagnards les plus en difficulté montre à quel point la diversité des situations est grande. Seules trois écoles cumulent entre neuf et onze difficultés, elles sont toutes les trois dans les situations totalement différentes.

La seule école cumulant les onze difficultés est une classe unique de neuf élèves avec de grosses fluctuations d'effectifs en cours d'année et d'une année sur l'autre. Elle est située sur le secteur montagnard d'Arles-sur-Tech et souffre d'un isolement géographique jugé "pesant" avec des enfants "sauvages, qui ont peur de tout". Cette école a connu l'année précédente l'arrivée de cinq élèves primo arrivants de nationalité anglaise qui ont largement pesé sur ses petits effectifs. Les familles de cette école sont issues d'un milieu défavorisé, très peu de parents travaillent. La directrice déplore l'absence d'implication de la part des parents et l'absentéisme récurrent des élèves.

La seconde école cumulant le plus de difficultés se situe dans le secteur de Prades. Elle est particulièrement caractérisée par un grand nombre de familles en difficulté. Contrairement à la plupart des écoles de l'enquête, cette école ne souffre pas de son isolement géographique puisqu'elle est située à proximité de la ville de Prades. Les difficultés sont ailleurs : chômage, familles en structure monoparentale, et ayant un emploi précaire ou saisonnier. Les situations des familles font qu'il y a beaucoup de départs et d'arrivées d'élèves, les effectifs sont instables. Les élèves de nationalité étrangère sont surtout ceux du foyer d'accueil, souvent d'origine africaine. L'équipe enseignante est particulièrement jeune et instable, elle change chaque année. Cette rotation montre que cette école est évitée par les enseignants. Cette école est particulièrement concernée par les violences scolaires même si elles tendent à diminuer, les enfants étant suivis par le Réseau d'aides spécialisés pour élèves en difficulté (RASED).

La directrice considère d'ailleurs l'éventualité, pour son école, de faire partie du dispositif ZEP. (À l'exception d'un projet de plongée sous-marine, tous les axes du projet d'école concernent la gestion des élèves en difficulté et la discipline, la mise en place d'une nouvelle équipe, le développement de l'oral et des activités sur la lecture et l'écriture.)

L'autre école se situe dans le secteur de Saint-Paul-de-Fenouillet. L'équipe enseignante de cette école était particulièrement jeune puisque les cinq professeurs avaient moins de trois ans d'ancienneté et que le renouvellement se faisait continuellement. Cette école avait alors la réputation dans le milieu enseignant d'avoir un public assez difficile en raison d'une part importante de familles au chômage et d'enfants de la DDASS. La directrice, qui venait d'une école en ZEP de Perpignan, faisait de nombreux parallèles, notamment du point de vue de la relation tendue à l'école de bon nombre de parents, avec un manque de respect pour l'institution. Le projet d'école avait pour principal axe l'objectif de résorber la violence verbale ou physique.

Cette école fait partie de la circonscription Perpignan-Ouest et obtient les résultats les plus faibles après une des écoles en ZEP de Perpignan. Toutefois, la municipalité considère l'école comme une priorité et lui alloue un budget assez conséquent, mais l'école souffre tout de même de son isolement. Elle essaie de s'ouvrir un maximum vers l'extérieur avec, entre autres, la mise en place d'un projet d'échange avec l'Algérie, la création d'une radio d'école et des actions humanitaires.

Ces exemples montrent la fragilité de l'équilibre de ces écoles en milieu rural et la diversité des situations dans lesquelles elles peuvent se trouver. Il n'y a pourtant pas de logique géographique régissant le nombre de difficulté sdes écoles en milieu rural et montagnard. Les écoles cumulant plus de six difficultés ont en commun de faire l'objet d'une grosse fluctuation des effectifs, d'avoir une importante proportion de familles en difficulté, un grand nombre de familles monoparentales, des arrivées régulières de primo-arrivants et de faire l'objet de méfiance de la part des parents envers l'institution scolaire.

Le milieu rural et montagnard n'est finalement plus aujourd'hui à l'abri des problèmes que l'on retrouve en milieu urbain. Il est important de prendre en compte ces évolutions, notamment dans la formation des enseignants. Certains établissements connaissent un grand nombre de difficultés mais ces écoles sont heureusement minoritaires. Cela correspond à une évolution récente qui s'explique partiellement par des constructions d'HLM pour atteindre les 20 % exigés par l'article 55 de la loi SRU. Mais aussi, l'attractivité des Pyrénées-Orientales provoque une hausse des prix du foncier dans la plaine du Roussillon.

Ainsi, les populations défavorisées s'installent là où leurs moyens le leur permettent, c'est-à-dire les quartiers défavorisés de Perpignan et l'arrière-pays. Le milieu rural se différencie de plus en plus entre le rural "recherché", celui à proximité des stations balnéaires ou de sports d'hiver, et le rural "subi", le plus isolé et accueillant de plus en plus de familles précaires.

On se focalise toujours sur les "quartiers" mais la misère sociale se cache aussi dans les zones rurales. Les ZEP sont pour la plupart en ville parce que la concentration des familles en difficulté est plus grande et touche plusieurs écoles proches. Or, certaines de ces familles choisissent de migrer vers les campagnes. On observe une évolution de la distribution des populations en difficulté alors que la carte des ZEP semble figée depuis sa création (Oudot 2004). La proportion de ces familles est certes moins importante que dans les quartiers difficiles mais elle s'ajoute à d'autres problématiques liées au milieu rural, ce qui fait que ces écoles souffrent également d'un "effet de contexte".

L'objectif n'est pas ici de stigmatiser ces écoles mais de prendre conscience du fait que l'équité territoriale en matière d'éducation est de moins en moins une réalité. La géographie accentue les écarts sociaux et les chances de réussite scolaire ne sont pas partout identiques.

De plus, la décentralisation a rendu les écoles de plus en plus dépendantes de la richesse et de la bonne volonté des municipalités. Il est bon de rappeler que, historiquement, les campagnes étaient plus pauvres et moins instruites que les villes et de veiller à ce que nous ne revenions pas à cette situation.

Références Bibliographiques

  • ALPE Y., CHAMPOLLION P., FROMAJOUX R.-C., POIREY J.-L. (2001), L'enseignement scolaire en milieu rural et montagnard, tome I : Espaces ruraux et réussites scolaires, Presses universitaires de Franche-Comté.
  • BERGER A. (1997), Nouveaux espaces ruraux en Languedoc-Roussillon, Territoires en mutation, 1er?janvier 1997, Presse universitaire de l'université Paul-Valéry, Montpellier.
  • CHAUVEAU G., ROGOVAS-CHAUVEAU E. (1999), "ZEP et Pédagogie de la Réussite", Ville-École-Intégration, n°117 : Éducation prioritaire et Politique de la ville, juin 1999, CNDP, Paris.
  • DURU-BELLAT M., VAN ZANTEN A. (2002), Sociologie de l'école, Colin, Paris.
  • GIBAND D., HOLZ J.-M. (2001), "Constructions scolaires et reconstruction du territoire dans un département en mutation démographique, l'exemple de la plaine du Roussillon", Revue d'Économie Méridionale, vol. 49, n° 196, 4/2001, pp. 305-328.
  • GIBAND D., LACQUEMENT G. (2001), "Les Pyrénées-Orientales au recensement de 1999 : le "paradigme catalan en question", Revue d'Économie Méridionale, vol. 49, n° 196, 4/2001, pp. 281-303.
  • GUILLUY C., NOYE C. (2006), Atlas des nouvelles fractures sociales en France, Ed. Autrement, Paris.
  • HOERNER J.-M., LEMARTINEL B. (1991), "Perpignan, le désert catalan et la renaissance rurale au recensement de 1990", Revue Géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 62-1, pp. 19-31.
  • MERLIN P. (2002), L'aménagement du territoire, PUF, Paris.
  • OUDOT F. (2004), "Guide de l'Éducation. École, communes, territoires", Ville-École-Intégration, Hors-série n° 9, CNDP, Paris.

(1) Nous utilisons le préfixe "crypto" pour parler de ces écoles afin de mettre en relief leur côté caché, non pas volontairement, mais dans le sens où l'on ignore leur existence.

(2) Partie élaborée à l'aide des articles suivants :
Giband D., Lacquement G., "Les Pyrénées-Orientales au recensement de 1999 : le "paradigme catalan en question", Revue d'économie méridionale, vol. 49, n°196, 4/2001, pp. 281-303. >
Hoerner J.-M., Lemartinel B., "Perpignan, le désert catalan et la renaissance rurale au recensement de 1990", Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, 62-1, 1991, pp. 19-31 ; ainsi que les résultats partiels du recensement de 2005.

(3) Le découpage est effectué ici par bassin de recrutement des collèges selon la carte scolaire. Ainsi, nous considérons comme montagnardes, toutes les écoles des secteurs de Bourg-Madame, Font-Romeu et Arles-sur-Tech. Les écoles rurales sont celles des secteurs de Prades, Estagel, Saint-Paul-de-Fenouillet, Ille-sur-Têt et Saint-André. Les autres secteurs du département se partagent entre les écoles en ZEP de Perpignan, celles hors-ZEP de Perpignan, la première couronne périurbaine de Perpignan, la seconde couronne périurbaine, et enfin le littoral.

(4) Seuls trois entretiens avec des directeurs d'écoles du secteur de St-Paul de Fenouillet ont été effectués dans l'année scolaire 2003-2004.

Diversité, n°155, page 96 (12/2008)

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