Colloques

7ème Printemps des Universités Populaires, 22-24 juin 2012 à Ris Orangis (France)

Compte rendu par Michel Tozzi.

Après Lyon (2006), Narbonne-Perpignan (2007), Saint-Brieux (2008), Montreuil (2009), Bruxelles (2010), Aix-en-Provence (2011), le 7ème Printemps des UP alternatives fondées après l'UP de Caen en 2002 s'est tenu à Ris-Orangis, issue de la MJC de cette ville (avec son dynamique directeur Max Leguem). Etaient notamment présentes les UP de Ris-Orangis, Gavres, Narbonne, Perpignan, Roubaix, Aix, Bordeaux, Charentes, Paris 8, Ile Maurice...

N'ont pas été explicitement retravaillés comme les années précédentes les questions suivantes : l'indépendance (notamment idéologique et financière) des Universités Populaires ; l'expression "université populaire", alliant paradoxalement qualité du savoir diffusé et public "populaire" ; le qualificatif de "populaire", renvoyant tantôt à tous les citoyens (sens de l'idéologie des Lumières de la Révolution française - ouvrir les savoirs à tous), tantôt aux populations démunies ; la question de la certification des formations proposées (telles que pratiquée par l'UP de Bruxelles ou celle de Paris 8). Sur la question de faire venir dans les UP un public culturellement démuni et dominé (celui de la grande pauvreté), on a entendu le témoignage de l'UP d'ATD-Quart monde.

A réémergé dans ce Printemps la question de la territorialisation des UP : résoudre un problème de transport à l'UPC de Gavres, travailler dans et sur la banlieue urbaine à Ris et agir sur un territoire à Roubaix pour améliorer les politiques publiques concernant l'exclusion-discrimination, l'école, la santé, l'écologie urbaine. La pièce jouée par des jeunes de banlieue sur la banlieue et notamment ses problèmes (violence, rapport filles-garçons, homophobie...) en témoignait. Les clivages entre d'une part savoirs théoriques et savoirs pratiques ou d'expériences, et d'autre part savoirs académiques et savoirs critiques (permettant davantage l'émancipation) sont toujours là. Mais la question est posée de définir davantage ce qu'il en est des savoirs de transformation sociale.

L'originalité de ce Printemps fut la présentation de la démarche de l'UP de Ris-Orangis comme "laboratoire social". Basée à la MJC de Ris, elle a fait appel à Miguel Benasayag pour venir l'impulser. A partir de l'analyse critique qu'il propose du monde post-moderne actuel, il s'agit pour des groupes formés à cet effet de choisir un problème qui l'affecte et d'enquêter par interviews puis questionnaires auprès des habitants sur la compréhension du même problème (mise à jour de "savoirs assujettis" dirait Foucault), afin de proposer des solutions pratiques à mettre en oeuvre pour le résoudre. L'exemple concret donné fut celui de l'UPC de Gavres, liée à celle de Ris-Orangis, où le groupe d'action-recherche issu de cette ville souffrait d'un problème partagé par tous : l'absence de transport maritime avec Lorient. Emerge alors une nouvelle figure "upiste" : celle du "citoyen-chercheur et militant", qui à la fois construit du savoir et transforme le réel.

Un autre intérêt fut l'énoncé courageux par l'UP de Ris-Orangis des difficultés qu'elle rencontre actuellement, notamment pour trouver un problème commun qui affecte les participants du groupe. Trois questions furent ainsi posées aux participants :

  • En quoi l'organisation mise en place a favorisé la coopération, la puissance d'agir de chacun tout en émancipant le collectif, le groupe ?
  • En quoi la démarche éducative mise en oeuvre a donné envie d'apprendre, d'échanger, de partager les savoirs et savoir-faire, et a provoqué ou pas une attitude de curiosité, de créativité, d'interrogation et de questionnement ?
  • L'intention pédagogique portait-elle en elle une transformation tant personnelle que sociale et/ou une reproduction institutionnelle et/ou une reproduction de la société ?

Un éclairage fut donné à ces questions par trois témoignages : celui d'Yvan, directeur de l'école primaire coopérative de Torcy comme "laboratoire scientifique", sur la question pédagogique et éducative ; celui des jardins familiaux initiés par Gilles Melun dans une perspective systémique d'écologie naturelle et humaine, sur la question des formes d'organisation et de fonctionnement alternatives ; celui de l'UPC de Gavres, animée par Jean Le Bohec, dans ses objectifs et son fonctionnement.

P. Corcuff, de l'IEP de Lyon soulignait que les tensions voire contradictions ne devaient pas être niées, elles font partie de la complexité du réel, et peuvent même être motrices...

Comme toujours, la mutualisation des pratiques et des questionnements des UP se produisit, dans les moments informels et très conviviaux, et au moment de travaux en groupes sur les questions ci-dessus à traiter en fonction de son expérience, sans pour autant - certains l'ont regretté -, être explicitement un objectif de ce Printemps.

La réflexion a essentiellement tourné autour de la possibilité, pour des UP qui se veulent "alternatives", d'être un outil et un exemple vivant de transformation sociale, à un échelon local articulé avec le global, et des moyens nécessaires à cet effet. De ce point de vue, il a été souligné que l'on ne peut éluder : ni le type de savoir à construire (ou diffuser) ; ni le type de méthodes pédagogiques et éducatives, avec le choix de la posture de l'accompagnateur des processus d'apprentissage individuels et collectifs, avec leur démarche, procédures et dispositifs à mettre en oeuvre ; ni les formes d'organisation à promouvoir : c'est le tissage complexe d'un certain type de savoir, de méthode et d'organisation qui est donc à travailler dans et par les UP comme "micro alternatives".

Il a été souligné des mots essentiels : le courage d'oser penser et faire ; la résistance par la création ; l'institution d'espaces du possible ouvrant un instituant pour l'imaginaire social ; une convivialité créatrice de fraternité ; une transformation sociale réellement humaine ; l'importance des processus, avec leur temporalité propre ; le sens et le goût de la complexité. Michel Tozzi faisait une synthèse des travaux, et Christian Maurel rappelait à cette occasion les concepts fondamentaux de l'Education Populaire : la conscientisation, l'émancipation, le travail sur l'expérience concrète, la puissance d'agir (faire oeuvre), le processus de "s'autoriser à", et il appelait à renouveler le lien de l'intellectuel au peuple ("Tous intellectuels !").

Le 8ème Printemps a été évoqué. Il se déroulera à l'UP de Bordeaux en 2013, avec l'appui de de l'Université Populaire de Paris 8. Un groupe de coordination entre les UP a été mis en place pour travailler collectivement sur la notion de "société alternative", et il sera rendu compte au prochain Printemps des travaux réalisés.

Diotime, n°55 (01/2013)

Diotime - 7ème Printemps des Universités Populaires, 22-24 juin 2012 à Ris Orangis (France)