En classe

Exercices de philosophie

Oscar Brenifier & Isabelle Millon, formateurs, Institut de Pratiques Philosophiques - http://www.pratiques-philosophiques.com .

Tout enseignant de philosophie, animateur d'ateliers philosophiques, formateur ou autre, intéressé par le travail de compétences philosophique rencontre des difficultés qu'il est possible de travailler par ce qu'on pourrait appeler des "exercices intermédiaires". Ces derniers permettent de mettre en oeuvre les différentes compétences philosophiques, de les travailler et d'évaluer les difficultés des élèves. Ce même type d'exercices peut être utilisé dans les plus petites classes comme outil préparatoire aux compétences réflexives.
Dans cette perspective, nous proposons de fournir aux enseignants un certain nombre d'exercices ; les deux premiers ont été publiés dans le numéro précédent.

I/ Analyse logique

A) Explication de l'exercice

La vérité n'existe pas uniquement a priori : elle est aussi une construction. C'est-à-dire que le vrai et le faux s'établissent à travers la construction d'un ensemble cohérent et de son examen. Il s'agit de savoir si chaque étape découle ou non de la précédente, de manière légitime, afin de constituer un ensemble probant.

Dans cet exercice, travail classique de logique, une conclusion dite inférence, est extrapolée à partir d'une ou plusieurs prémisses. Les participants doivent examiner l'ensemble et déterminer si la conclusion est pertinente ou non, et justifier leur choix. Si plusieurs réponses sont proposées par le groupe, il s'agira de déterminer collectivement laquelle semble la plus appropriée et pourquoi. Il ne s'agit don pas pour l'enseignant de déterminer a priori la validité de la conclusion : il pourrait y avoir des surprises.

B) Exercice

La conclusion de ces propositions vous paraît-elle logique ?

1) Si presque toutes les pommes du marchand sont rouges, et qu'il me donne une pomme au hasard, elle sera rouge.

2) Si Paul n'est pas à l'école, il doit être chez lui.

3) Si ma mère m'a donné un euro avant-hier, deux euros hier et qu'elle me donne quatre euros aujourd'hui, elle me donnera huit euros demain.

4) Si tous les insectes volent et que la libellule est un oiseau, elle vole aussi.

5) Si plus de garçons que de filles volent dans les magasins, je dis que les garçons sont plus voleurs que les filles.

6) Si les personnes qui mettent des casquettes sont des Martiens et que Wladimir met une casquette, Wladimir est un Martien.

7) Si les Français parlent tous français, et que Juliette parle français, elle est Française.

8) Si l'on me dit que Ludovic est arrivé à l'école avant Béchir, j'en conclus que Béchir est déjà arrivé.

9) On me dit que les enfants vont à l'école tous les jours, j'en conclus qu'ils vont à l'école le dimanche.

10) Lorsque le chat est parti, les souris dansent. Alors, lorsque les souris dansent, le chat est parti.

11) Pierre me dit qu'il est menteur. Je ne le crois pas puisqu'il est un menteur.

12) Si certains oiseaux ne volent pas et que la poule ne vole pas, elle est probablement un oiseau.

13) Si la poule est le seul oiseau qui ne vole pas et que le lapin n'est pas un oiseau, alors le lapin ne vole pas.

14) Chaque fois qu'Ernest est malade, il est absent de l'école. Aujourd'hui il est absent, j'en conclus qu'il est malade.

15) Ce sont toujours les filles qui font des bêtises. Émile fait des bêtises, c'est donc une fille.

16) En classe, il est interdit de couper la parole à quelqu'un. La maîtresse n'a pas le droit de couper la parole à un élève.

II/ Objectif et subjectif

A) Explication de l'exercice

Nous posons chaque jour de nombreux jugements sur les êtres et les choses. Selon les uns et les autres, tel ou tel qualificatif attribué paraîtra un constat objectif ou une accusation subjective et injuste. Il s'agit de comprendre comment surgissent de telles contradictions : pour juger, nous basons-nous sur des faits ou sur des partis pris ?

Divers qualificatifs courants sont attribués à des personnages, des jugements sont prononcés, il s'agit de déterminer s'ils sont de nature objective, de l'ordre d'un constat possible, ou bien s'il s'agit nécessairement d'un jugement subjectif, d'un parti pris. Pour évaluer l'affirmation, il faudra peut-être produire des circonstances ou des exemples.

B) Exercice

Déterminer pour chacune de ces affirmations s'il s'agit d'un jugement ou d'un constat :

Émilie est paresseuse.

Émilie est toujours mal habillée.

Émilie est une bonne élève.

Émilie est une crâneuse.

Émilie travaille bien.

L'autobus numéro 31 passe à l'heure.

C'est de la faute de Lionel s'il a de mauvaises notes.

Je suis tombé parce qu'il m'a poussé.

Lionel est plus grand que Julien.

Lionel est plus sage que Julien.

Lionel est un meilleur ami que Julien.

Lionel est plus riche que Julien.

Lionel est plus obéissant que Julien.

Lionel a mérité d'être puni.

Les enfants font beaucoup de bruit.

Le maître est sévère.

Diotime, n°54 (10/2012)

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