Dossier : Croiser les regards sur une séquence du film "Ce n'est qu'un début"

La boite à outils de l'animatrice

Michel Tozzi, professeur émérite en sciences de l'éducation à l'université Montpellier 3

En annexe, le verbatim établi par une étudiante québécoise (les numéros entre parenthèses à l'intérieur de l'article renvoient à ce verbatim).

Nous proposons d'analyser dans cet article une partie du verbatim de la séquence sur l'amour du film Ce n'est qu'un début, de la ligne 1 à 207. Notre analyse se situera sous l'angle des moyens didactiques utilisés par l'animatrice de la séance, du répertoire des "gestes didactiques" qu'elle mobilise, comme si, au fur et à mesure des opportunités didactiques qui se présentent ou qu'elle suscite, elle puisait dans une boite à outils pour accompagner l'émergence d'une pensée réflexive chez des enfants de cinq ans.

Nous parlons d'"analyse didactique", de moyens, de gestes ou d'opportunités "didactiques", pour signifier la spécificité de notre regard, celui d'un didacticien de la philosophie, ou plus exactement de l'apprentissage du philosopher, en référence donc à une forme culturelle déterminée dans l'histoire humaine, celle de la philosophie, qui, introduite dans un système éducatif, donne lieu à des formes diverses de didactisation suivant les pays, son degré d'institutionnalisation, l'âge des enfants etc. Nous nous plaçons ici au niveau d'une didactique descriptive, et non prescriptive-normative ou critique-prospective (selon les distinctions de J.-L. Martinand), niveau significatif pour examiner le fonctionnement d'une innovation non ou très peu normée par l'institution.

Parmi les différents objets possibles d'analyse didactique - par exemple l'organisation du cadre spatio-temporel ou procédural, les interventions des enfants, leurs interactions avec la maîtresse ou entre eux etc. - nous avons choisi une analyse descriptive centrée sur les gestes didactiques de la maîtresse et des effets qu'ils produisent, car nous pensons qu'elle peut intéresser ceux qui veulent se lancer dans des ateliers philo en maternelle. Il s'agit d'étudier la façon dont elle s'y prend pour initier une pensée philosophique, pour promouvoir une démarche du "philosopher" chez ses élèves, en les faisant réfléchir sur une notion abstraite, l'amour, dont il s'agit d'explorer la signification humaine.

I) Veiller à des exigences intellectuelles pour donner une visée philosophique à la discussion

A) Notre matrice didactique du philosopher (voir notre thèse en 1992), a mis en évidence l'intérêt, pour apprendre à des élèves à philosopher, qu'ils mettent en oeuvre un certain nombre de processus de pensée spécifiques à la réflexion philosophique.

1) L'interrogation sur leurs conceptions spontanées du monde, ou sur celles de leurs camarades, affirmées comme des évidences sans en avoir examiné le fondement rationnel, (processus de problématisation, de doute, de mise en cause).

2) La détermination du sens des mots, qui renvoient à des notions, idées générales et abstraites visant à nommer et comprendre le monde (ici l'amour), au contenu assez indéterminé pour les individus, leur définition pour savoir ce dont on parle, en relation avec d'autres notions dont il faut à la fois les distinguer et les relier au sein d'un réseau notionnel (processus de conceptualisation).

Par exemple, les enfants distinguent d'eux-mêmes dans la séquence la femme comme "maman" ("Les papas, ils sont amoureux avec les mamans" 32) et comme "fille" (" Les papas sont amoureux des filles" 37) ; ils relient l'amour au mariage ("Ils sont toujours amoureux parce qu'ils sont mariés" 38), ou pas ("Ma maman elles est amoureuse de papa, elle est pas encore mariée" 40) ; ils distinguent ou non deux notions proches, amoureux et copain (80 et 140).

3) L'étayage rationnel de ce que l'on avance pour répondre à une question que l'on se pose ou nous pose, ou pour fonder son désaccord avec l'expression d'un autre point de vue que le sien, les "bonnes raisons" pour savoir si ce que je ou les autres disent est vrai (processus d'argumentation).

Une analyse des gestes didactiques de l'enseignant en "philosophie" consistera à repérer si l'enseignant est vigilant sur ces exigences intellectuelles, et encourage les élèves à les mettre en oeuvre dans un dispositif d'échanges.

B) Ce que l'on peut constater de ce point de vue dans le verbatim, c'est l'usage permanent du questionnement de l'enseignante, soit à la cantonade (adressé au groupe-classe), soit nominatif (adressé à tel élève) pour les (ou l')amener à ces compétences philosophiques, ou "gestes d'étude" (D. Bucheton et A. Jorro).

1) définir des notions (exigence de conceptualisation : aller du mot de la langue au concept pour la pensée) :

  • "C'est quoi faire de la philosophie ?" (ligne 10) ; notons que les enfants relient penser et parler, et qu'ils sont attentifs aussi bien au fond ("Penser") et à la forme ("Il ne faut pas couper la parole" 34, "Il faut écouter" 21).
  • "C'est quoi l'amour, ça veut dire quoi être amoureux ?" (31) ;
  • "C'est quoi un divorce ?" (63). La question peut porter sur le mot en français ou la notion en philosophie, les deux étant souvent étroitement liés (Enrichir le vocabulaire pour donner plus de mots à la pensée). C'est important car certains mots ne sont pas encore connus des élèves, ce qui peut nuire à l'échange. Réponse apportée : "C'est quand on se quitte" (63) ; l'échange peut alors continuer dans la clarté d'un langage compris par tous.
  • "Comment on aime quand on est amoureux ? Comment ça fait dans notre corps et notre tête ?" (129 et 133).

Notons ici deux difficultés des enfants :

a) Ils répondent par un exemple ("Les papas ils sont amoureux avec les mamans" 32), pris dans leur expérience personnelle. Ils entrent dans la définition par une exemplification de la notion, par son champ possible d'application, on dira en logique qu'ils explorent l'extension du concept. C'est intéressant chez de jeunes enfants, car cela leur permet de faire le lien entre une notion abstraite (l'amour), et un vécu concret (le langage permet ici de dire et donc de commencer à penser le réel de l'expérience humaine). Mais il n'y a pas de définition en compréhension, qui permettrait, en nommant les attributs du concept, de comprendre le contenu de la notion - et non seulement ce à quoi elle s'applique (Ce pourrait être : "L'amour, c'est avoir du coeur pour quelqu'un"). Tout le travail de l'enseignent pourrait être alors de faire chercher la caractéristique commune à plusieurs exemples...

b) Ils répondent souvent par un mot : faire de la philosophie, c'est "réfléchir" (12), "penser" (16), "parler" (19). Il peut être utile, devant ce type de réponse minimaliste, de demander une phrase, de faire expliciter ce qui vient d'être dit pour aller plus loin, de faire compléter par d'autres, comme un élève le fait en 23 : "Apprendre à se poser des questions"...

L'enseignante cherche aussi, pour les aider à définir la notion, à leur faire préciser des distinctions conceptuelles, processus de conceptualisation d'une notion par discrimination avec une autre : "Tu l'aimes comme amoureux ou copain ?" (121) ; "Un copain, un amoureux, c'est pareil ?" (124 et 126) ; "C'est quoi la différence ?" (129). L'intervention est ici efficace, puisque les deux mots-notions sont d'abord confondus (en 80), puis distingués (en 122).

Notons que la maîtresse propose comme thème à la discussion un mot-notion (amour), et non une question alternative (du type par exemple : "Peut-on aimer quelqu'un toujours, ou non ?"), choix didactique qui engage l'échange dans une voie conceptualisante ("C'est quoi l'amour ?"), et non argumentative comme dans la question alternative précitée.

2) Elle leur demande aussi souvent de justifier leur point de vue (exigence d'argumentation) :

  • "Pourquoi c'est bien ?" (d'être amoureux 42) ; "Pourquoi c'est pas bien de se marier ? Pourquoi tu dis ça ?" (47, 86) ; "Pourquoi il faut pas se marier toujours ?" (50) ;
  • "Est-ce qu'on peut s'aimer pour toujours ?" (66) ;
  • "Pourquoi ?" (93) ;
  • "Alors pourquoi ?" (176), "Alors pourquoi non ?" (181).

Interventions efficaces, puisque les enfants répondent à ces demandes réitérées de justification par des "parce que" (en 44, 54 94, 137, 143, 165, 170, 173, 177, 182).

3) Elle leur demande encore d'expliciter un propos, de le développer, de l'expliquer, ce qui rejoint en partie les deux exigences précédentes de définition et d'argumentation :

  • "Vas-y, explique-nous !" (53) ;
  • à propos de l'homosexualité, "C'est quoi le code ? (Pour une fille d'être en amour avec un garçon, non une fille)" (97) ; "C'est quoi ce code ?" (100) ; "Il y a quelqu'un qui peut m'expliquer le code de l'amour ?" (103) ;
  • "Pourquoi on devient rouge ?" (136) ; "Pourquoi ça t'énerve ?" (170) ; "Explique-moi alors" (186).

4) Elle les amène aussi à se positionner sur une question, à s'engager intellectuellement sur un problème, pour assumer rationnellement sa position :

  • "C'est bien ou ce n'est pas bien d'être amoureux ?" (41) ;
  • "On peut quand même les aimer même s'ils sont morts ?" (75) ;
  • "C'est possible ou pas possible ? (que deux filles soient amoureuses)" (90). " Vous en avez déjà vu des filles qui sont amoureuses des filles ?" (113). "Un garçon amoureux d'un garçon, c'est possible ou pas ?" (116).
  • "On doit forcément se marier quand on est amoureux ?" (178).
  • "Est- ce quand on devient vieux on n'aime plus ?" (195), "On aime ou on n'aime plus ?" (202).

Peuvent naître ainsi des controverses entre les enfants à partir de réponses contradictoires, surtout quand la formulation de la question contient une alternative. Exemple de controverse :

  • "C'est bien" (42), "C'est pas bien" (46).
  • Ou : "C'est pas possible", et "C'est possible" dans deux brouhahas. A noter que ce désaccord n'est pas exploité : dans l'ensemble, la maîtresse ne travaille guère à partir des objections des enfants, ou de celles qu'elle pourrait introduire elle-même. Elle laisse par exemple ici les enfants dans des idées convenues sur l'homosexualité, alors qu'une controverse naissante était possible...
  • Ou en 193 et 201, puis "Si, non, si, je te dis que non" (204 à 207).

Sur le plan conceptuel, certains enfants relient fortement amour et mariage, mariage et bonheur, amour et hétérosexualité, amour et non vieillesse. D'autres non. Il y a là matière à controverses fécondes, pour donner à l'échange une tournure argumentative, et pas seulement conceptualisante...

5) On peut noter aussi la reprise de la même question sur le coup ou plus tard dans l'échange, pour focaliser la discussion sur une question et la creuser. Exemples : aimer pour toujours en 66, 78 et 189 ; amoureux et copain, en 121, 124 et 126 ; comment ça fait l'amour dans la tête et le corps en 130 et 156 ; est-ce qu'on peut aimer quand on est vieux en 195, 200 et 202. Il y a là une insistance particulièrement pour que la question de la maîtresse soit bien entendue et prise en compte par les enfants, ce qui se passe...

6) Par contre, on constate qu'elle n'engage guère ses élèves à poser eux-mêmes des questions, ce qui engagerait l'échange dans une tournure problématisante (Ce pourrait être : "Quelles questions vous vous posez sur l'amour ?"), ce qui peut se faire par exemple à partir d'une histoire d'amour qui leur est lue (album, mythe) : "Quelles questions vous vous posez sur (ou vous pose) cette histoire ?". C'est certes difficile pour des enfants de formuler à la demande une question, quand elle ne vient pas spontanément : mais cela peut aider les enfants à (se) questionner...

II) Veiller à la progression de la discussion

A) Les échanges entre enfants sont souvent problématiques pour le maître quand on a l'impression que la discussion stagne : répétition de ce qui vient d'être dit sans idée nouvelle (l'écholalie est souvent fréquente chez les jeunes enfants) ; silence prolongé de la classe ; accumulation d'exemples qui vont dans le même sens (ex : "J'aime ma maman, mon papa, ma soeur etc."), engluement dans le concret sans montée en abstraction de la discussion, juxtaposition d'interventions sans véritables interactions, interventions hors sujet et dérive par rapport à la question travaillée etc.

Le maître se demande alors comment passer de l'exemple à la définition, de l'affirmation fondée sur un simple vécu à un argument, comment susciter de l'interaction etc. C'est là où s'avère utile l'enrichissement de la boite à outils : les types de questionnement du maître que nous venons de voir pour amener les élèves à questionner, définir, argumenter, par exemple la demande d'un contre exemple pour contrecarrer un exemple (le contre exemple reste concret mais a valeur de preuve), d'un attribut commun à plusieurs exemples pour définir (méthode d'induction guidée par contraste de B.-M. Barth), la possibilité d'une controverse pour confronter plusieurs réponses argumentées à la même question etc. Et les maîtres sont souvent démunis : comment lancer ou relancer la question, la recadrer ou la recentrer, quelles questions poser sur ce thème pour que le groupe rebondisse, sorte du marasme intellectuel qui le gagne (Une préparation de questions est ici très utile, à utiliser si nécessaire).

B) L'animation est donc déterminante pour accompagner les élèves dans leur réflexion.

Quels sont les moyens didactiques utilisés ici par la maîtresse ?

Remarquons que l'entrée dans la discussion est progressive, en trois temps : celui du rite de la bougie (L'éclairer pour institutionnaliser le commencement de l'atelier philo - comme l'éteindre pour signifier symboliquement son achèvement) ; celui du rappel de la nature de l'activité de ce moment spécifique (Faire de la philosophie) ; et celui du rappel du thème de la séance du jour (L'amour).

Pour faire avancer la discussion, la maîtresse utilise essentiellement le questionnement en vue de la production par les élèves d'une pensée structurée. Mais aussi trois autres procédures indispensables à la progression d'une discussion :

1) la reformulation presque systématique de ce qui vient d'être dit, et la plupart du temps mot à mot, en écholalie. Elle a plusieurs fonctions : montrer à un élève que sa parole a été entendue et comprise (ou incomprise : un élève rectifie en 185 "Non je n'ai pas dit ça !) ; qu'elle est jugée importante puisque reprise, et considérée comme un élément du bâtiment construit ensemble par la communauté de recherche philosophique. Elle a une fonction collective, et pas seulement individuellement narcisissante, de validation du propos, de récapitulation d'une brique apportée, de bilan partiel de l'échange en cours ;

2) la reformulation suivie d'une question, qui relance individuellement et collectivement la discussion : après le bilan la relance, l'association du couple reformulation + question est très efficace pour organiser une progression.

3) la proposition de nouvelles pistes de réflexion :

  • "Est-ce qu'on peut s'aimer tout le temps ?" (66) ; et dans le prolongement : "S'aimer quand on est vieux ?" (194, 200, 202), en rebondissant sur un propos d'enfant, en sautant sur le kairos qui émerge ;
  • "ça fait quoi dans la tête et le corps quand on est amoureux ?" (156) ;
  • "Faut-il forcément se marier quand on est amoureux ?" (178) ;
  • "Filles amoureuses des filles ?" ( ).

Quelques remarques enfin, sur les choix didactiques opérés :

  • L'enseignante ne dit jamais son point de vue personnel. C'est très important : les enfants ne sont pas influencés sur le fond de leur pensée, et disent ce qu'ils ont dans leur tête.
  • D'autant que la maîtresse ne juge jamais ce qui est dit. Dans l'atelier philo, on n'est pas dans la logique traditionnelle de bonne ou mauvaise réponse. Les enfants ne sont pas dans le désir du maître, mais dans leur propre désir de penser. C'est d'autant plus nécessaire qu'elle leur pose beaucoup de questions, donc qu'elle est en attente de leur réponse. Ce non jugement met les enfants dans un climat de sécurité et de confiance en leur propre parole : ils se sentent considérés comme des "interlocuteurs valables" (J. Lévine) auxquels on demande leur point de vue sur les affaires humaines...
  • La maîtresse encourage une fois l'interaction entre enfants : "Tu veux répondre peut-être à ce qu'un tel a dit ?" (59), moyen très utile pour assurer un échange entre enfants eux-mêmes, et briser avec le système de communication très récurrent dans la séance : question de l'enseignante/réponses des élèves. Cela pourrait se faire plus systématiquement, pour qu'il y ait davantage dévolution de la discussion aux élèves, pour accroître la densité sociocognitive des échanges, favorable au déplacement de sa pensée et à la cohésion psychosociologique du groupe...
  • Autre choix didactique : c'est la maîtresse qui gère elle-même la parole. Il n'y a pas de président de séance comme chez Alain Delsol, ou de tour de table comme dans les ateliers Agsas. Elle donne la parole aux élèves qui lèvent la main. Ce faisant, elle favorise les élèves impulsifs, ceux qui répondent spontanément aux questions de la maîtresse, et ont une grande tolérance à l'erreur... Mais quid des petits parleurs, ou des muets, que l'on pourrait davantage solliciter ?
  • Remarquons aussi qu'elle s'appuie beaucoup sur le vécu personnel de certains enfants : "Quand tu vas au cimetière, tu vas voir des personnes qui sont enterrées ?" (68) ; "Toi tu es amoureux de Sébastien. Alors raconte-nous..." (121) ; "Est-ce que tu as un amoureux ? (144) : question qui peut paraître indiscrète posée à une personne devant ses camarades. Surtout quand on ajoute : "Comment ça se voit qu'ils sont amoureux ?". "Avec Abigail pourquoi c'est différent ?" (164). On est ici aux frontières, à la limite entre philosophie et psychologie, quand un élève dit que ça l'énerve que son amoureuse le regarde tout le temps et se mette tout le temps à côté de lui. Le tabou de l'inceste émerge d'ailleurs : "Les enfants ne sont pas amoureux de leurs parents" (175), avec réponse au pourquoi : "Parce que les enfants c'est petit"

Il y a ici une pente délicate pour l'atelier philo. On n'est pas ici dans le genre du "Quoi de neuf ?" de Freinet, où un élève volontaire fait une narration d'une tranche de sa vie. Ni dans un atelier psycho de l'Agsas tel que formalisé par J. Lévine, où l'élève met des mots sur ses sentiments. Mais dans un atelier philo, il s'agit non de se raconter mais de penser, de travailler le concept et non l'affect, parce que celui-ci peut toujours submerger la raison, focaliser la réflexion sur un exemple particulier et contingent, peu généralisable.

Comment alors le vécu personnel, sans lequel le jeune enfant décrochera vite devant trop d'abstraction, peut ne pas parasiter l'exercice de la réflexivité, mais plutôt le stimuler ? Comment l'exemple personnel peut-il être un point d'appui pour la raison ? Quand le vécu lui-même peut être explicitement le support de la réflexion : "Tu m'as dit, répondant à ma question personnelle, dit en substance l'enseignante, que tu aimais Sébastien. Mais - question déclenchant la réflexion plus qu'appelant à la confidence - "Tu l'aimes comme un amoureux ou comme un copain ?" (121) : car l'intérêt philosophique de l'échange, c'est de faire cette distinction conceptuelle pour définir la notion d'amour, et non de fouiller la vie privée d'un élève...

De même, "Qu'est-ce que ça fait dans le corps et la tête ?" (130 et 156) appelle à une définition descriptive de l'amour, et non à une enquête psychologique sur une personne. "On devient rouge" (135) répond d'ailleurs l'élève. L'usage du on est significatif : il cache le je mais émet aussi une généralisation qui décrit phénoménologiquement la physiologie de l'émotion. De même "C'est lui qui me fait le plus de bisous" (159) donne un indicateur objectif d'être aimé etc. Le traitement réflexif du vécu de l'élève par l'enseignant fera ici toute la différence - bien mince il est vrai - entre psychologie et philosophie...

Conclusion de notre analyse

Dans un dispositif ritualisé et où elle donne elle-même la parole à ceux qui la demandent, l'enseignante mène, à partir d'un mot-notion inducteur, une séance à entame conceptualisante, globalement peu problématisante, avec quelques phases qui initient des moments argumentatifs. S'abstenant de formuler un point de vue personnel et de juger, elle utilise essentiellement le questionnement collectif ou individuel, pratique des reformulations écholaliques suivies de questions, et lance périodiquement de nouvelles pistes de réflexion pour assurer une avancée de la réflexion. Des enfants de grande section de maternelle, malgré leur jeune âge, sont ainsi amenés à réfléchir, par un guidage de la maîtresse à pression modérée, qui accompagne leurs processus de pensée...

Annexe - Extrait de la séance sur l'amour (lignes 1 à 207)

EPourquoi tu ne réfléchis pas s'il n'y a plus la bougie?1
0M05FRJe ne sais pas2
ETu ne sais pas? Tu n'est pas capable encore? Tu en a encore besoin?3
0M??FRMoi aussi quand il n'y a plus la bougie je.4
EDe toute façon on a dit la dernière fois que la bougie qu'on la gardait. Ça c'est ce qu'on avait dit. D'accord? Donc vous savez pourquoi on est à nouveau ensemble aujourd'hui?5
6
7
0M??FRParce qu'on va faire de la philosophie.8
0???FROn va parler de l'amour.9
EAlors ça c'est le sujet mais alors ça veut dire quoi faire de la philosophie? Alors 0F19FR?10
11
0F19FRRéfléchir12
EOn va réfléchir.13
0M??FROn peut on peut il ne faut pas couper la parole quand les enfants ils parlent.14
EOuais ça c'est une règle. 0F02FR?15
0F02FRPenser.16
EOui on va penser.17
0F??TOOn va réfléchir.18
0M??TOOn va parler.19
EOn va parler.20
0M??FRIl faut écouter.21
EOui on va écouter. 0M05FR?22
0M05FROn va apprendre à se poser des questions.23
EOui on va apprendre à se poser des questions. Des questions sur quoi d'après vous?24
25
0M05FRSur l'amour.26
EAlors aujourd'hui c'est sur l'amour mais on ne se pose des questions que sur l'amour?27
28
0F18FRDes fois on change de sujet.29
EDes fois on change de sujet. Alors aujourd'hui c'est le sujet de l'amour. Alors la question du jour la voici. C'est quoi l'amour. Ça veut dire quoi d'être amoureux.30
31
0M??FRParce que les papas ils sont amoureux avec les mamans. Et après ils sont toujours amoureux parce qu'ils sont mariés.32
33
E0F09FR?34
0F09FREt ben on doit aimer sa famille ses amis même ceux qui sont pauvres et puis tout le monde.35
36
0M??FRY a toujours les papas qui sont amoureux des filles.37
EDes filles? Les papas sont toujours amoureux des filles.38
0M05FRSi on n'est pas marié on est quand on est pas amoureux ben ma maman elle n'est pas encore mariée elle est amoureuse de papa hein?39
40
EC'est bien ou ce n'est pas bien d'être amoureux?41
0F01FRC'est bien.42
EAlors 0F01FR pourquoi c'est bien?43
0F01FRParce que il y en a qui sont mariés et après ils sont heureux.44
EIl y en a qui sont mariés et après ils sont heureux. C'est tout 0F01FR? 0M12FR?45
0M12FRC'est pas bien de se marier.46
EC'est pas bien de se marier? Alors pourquoi c'est pas bien de se marier? Pourquoi tu nous dis ça?47
48
0M12FRParce que il faut pas se marier toujours.49
EPourquoi il faut pas se marier toujours?50
0F01TOSi.51
0M12FRNon. Arrêter de parler je parle.52
EVas-y explique nous.53
0M12FRIl faut pas toujours se marier parce que il faut le faire une fois et après quand on est pas tout le temps marié et ben on revient se marier.54
55
E0F??FR, 0M12FR il est en train de nous expliquer que pour lui il faut se marier une fois. Vas-y 0M13FR à toi.56
57
0M13FRLe papa et la maman s'ils sont mariés ils vont se battre pour avoir le bébé.58
ETu veux répondre peut-être à ce que 0M13FR a dit 0F09FR?59
0F09FREt ben quand il se bat et le bébé il pleure et ben après et ben il va pleurer le bébé et après il vont se battre et la maman elle va se fâcher elle va dire et ben j'ai changé d'avis je vais déménager on va se divorcer.60
61
62
EMais c'est quoi un divorce. Parce que je pense que c'est de ça que tu voulais peut-être parler 0M13FR63
64
0M13FC'est quand on se quitte.65
EC'est quand on se quitte. Alors est-ce que on peut s'aimer pour toujours?66
ClasseEnfants parlent en même temps67
EQuand on va au cimetière. Quand toi tu vas au cimetière? Tu vas voir des personnes qui sont enterrés?68
69
0M??TOOn peut les voir.70
EPourquoi toi tu n'a pas vu le cimetière? Quand les gens sont au cimetière.71
0M05FROn les aime quand même.72
EOn les aime quand même. Mais qu'est quand ils sont au cimetière ça veut dire quoi? Ça veut dire qu'ils sont morts. Alors on peut quand même les aimer même s'ils sont morts?73
74
75
0M05FROn peut leur parler même.76
0F??TOOn peut prier pour leur parler dans la terre.77
EOn peut leur parler donc. Est-ce que on peut aimer toute sa vie? Qui veut essayer de réfléchir à ça là? 0F09FR?78
79
0F09FREt ben c'est bien d'aimer toute la vie parce que et ben comme ça et ben comme ça on sera copine toute la vie et copain toute la vie et puis on va s'aimer toute la vie même quand on va avoir un amoureux qu'on va déménager on va s'aimer aussi.80
81
82
0M??FRParce que une fille ça peut être amoureux et un garçon c'est pas amoureux. C'est que les filles qui est amoureux de de d'une autre fille.83
84
ClasseParlent en même temps.85
EAh pourquoi tu dis ça ?86
0F22FRTu veux dire que deux filles ils sont amoureux?87
EAttends 0F22FR tu peux recommencer?88
0F22FRIl veut dire deux filles qui sont amoureux.89
EC'est possible ou c'est pas possible.90
ClasseQuelques possibles - pas possibles.91
0F22FRC'est pas possible.92
EPourquoi?93
0F??FRParce qu'il faut être en amour avec un garçon.94
ClasseParlent en même temps.95
EAttends attends attends. Qu'est-ce que tu as dit?96
0M??TOC'est le code.97
EC'est quoi le code?98
0M05FRC'est comme le code de la route.99
EC'est comme le code de la route. Mais alors c'est le code de quoi? C'est quoi ce code?100
101
0F??FRC'est le code de l'amour.102
EC'est le code de l'amour. Il y a quelqu'un qui peux m'expliquer ce que c'est le code de l'amour?103
104
0M05FRMoi je ne sais pas.105
EQui t'en a parlé du code de l'amour?106
0M05FRC'est moi qui l'a inventé.107
EC'est toi qui l'a inventé?108
0M05FRXXX109
EAlors c'est possible ou c'est pas possible?110
ClasseC'est possible - ce n'est pas possible.111
EExpliquez vous, parlez. Pourquoi? Attendez, attends ma puce. Vous en avez déjà vu des filles qui sont amoureuses des filles ou des garçons qui sont amoureux des garçons?112
113
114
0M??FRCe n'est pas possible.115
EEt un garçon amoureux d'un garçon c'est possible ou pas?116
ClasseGénéralement non.117
0M05FRMoi je suis amoureux de Sébastien.118
EToi tu es amoureux de Sébastien. Alors raconte-nous. Je croyais qu'il y avait un code, alors explique-nous. Alors tu l'aimes comme un amoureux ou tu l'aime comme un copain?119
120
121
0M05FRJe l'aime comme un copain.122
EAh alors on en revient à la même question. Est-ce que un copain et un amoureux c'est pareil? Non, alors expliquez-moi un petit peu que je comprenne. 0M12FR?123
124
0M12FRMais moi je suis amoureux de 0M04FR.125
ETu es amoureux de 0M04FR? Tu l'aimes comme un amoureux ou tu l'aime comme un copain?126
127
0M04FRJe l'aime comme un copain.128
EAlors c'est quoi la différence? Comment on aime quand on est amoureux. Comment ça fait dans notre corps ou notre tête? Comment on aime quand on est amoureux? Ça fait des guilis dans le ventre.129
130
131
0M??FRÇa fait des petits guilis.132
EÇa fait des guilis dans le ventre? Et ça fait comment encore quand on est amoureux? Comment on voit?133
134
0M05FROn deviens rouge.135
EOn devient rouge. Pourquoi on devient rouge?136
0F??FRParce qu'on a un coeur dans le ventre.137
EParce qu'on a un coeur dans son ventre.138
0M??TOParce que on.139
0F09FREt ben moi je ne suis pas amoureux de Abigail mais j'aime Abigail.140
EElle n'est pas amoureuse d'Abigail mais elle l'aime quand même. Alors explique-nous ça.141
142
0F09FRParce qu'une fille ça ne peux pas être amoureuse d'une autre fille.143
EAlors tu l'aime comment Abigail? Est-ce que tu as un amoureux?144
0F09FRBen oui.145
EC'est qui?146
ClasseC'est 0M05FR.147
EAlors tu n'aimes pas Abigail comme tu aimes 0M05FR? Quand tu aimes 0M05FR c'est comment dans ta tête? Comment vous savez qu'elle aime 0M05FR?148
149
ClasseParlent en même temps.150
EAlors c'est 0M05FR qui vous l'a dit. Mais comment ça se voit qu'ils sont amoureux? Comment vous l'avez vu?151
152
0M05FRTu l'as deviné tout seul?153
0???FROui.154
0M05FRPfffff.155
EComment ça fait dans ta tête et dans ton corps 0F09FR quand tu es amoureuse?156
0F09FRBen ben ben 0M05FR aussi il m'aime.157
E0M05FR aussi il t'aime.158
0F09FRC'est lui qui me fait plus de bisous.159
EAh on parle de bizous tiens on n'en avait pas parlé. Alors quand on aime on fait des bizous?160
161
0M??FRLe matin quand on a mis notre chaussure juste elle a dit 0F09FR elle est amoureuse de 0M05FR et moi.162
163
EAlors avec Abigeal avec Abigail pourquoi c'est différent?164
0F09FRBen parce que à chaque fois on n'est pas amoureuse d'une fille on est que amoureuse d'un garçon.165
166
EAlors toi tu nous as tu disais quelque chose dans ton coin dans ta barbe. Quand tu es amoureux ça ?167
168
0M05FRÇa m'énerve.169
EÇa t'énerve, pourquoi ça t'énerve?170
0M05FRParce que elle me regarde tout le temps.171
EParce qu'elle te regarde tout le temps. Et donc?172
0M05FRElle se met tout le temps à côté de moi.173
0F??TOLes papas et les mamans sont amoureux mais les enfants ne sont pas amoureux de leurs parents174
175
EAlors pourquoi?176
0F??TOParce que les enfants c'est petit.177
EParce que les enfants c'est petit. Mais est-ce qu'on doit forcément se marier quand on est amoureux?178
179
0M05FROui + Non180
EAlors pourquoi non?181
0M05FRParce que après on se sépare peut-être.182
EParce que après on se sépare. Donc on ne se marie jamais parce qu'on a peur de se séparer?183
184
0M05FRNon je n'ai pas dit ça.185
EAh ben explique-moi alors?186
0M05FRJ'ai dit que si on ne se marie pas tout le temps parce que si on se marie tout le temps on va au bout d'un moment on va plus s'aimer.187
188
EEst-ce qu'on peut s'aimer pour la vie alors? On en revient à la question de tout à l'heure.189
190
0M05FRNon.191
E0F07FR?192
0M05FRYa des gens qui n'aiment pas quand ils sont vieux.193
EYa des gens qui n'aiment pas quand ils sont vieux. Est-ce que quand on devient vieux on n'aime plus? Quand on est vieux on n'aime plus personne?194
195
0M05FRBen y a des gens qui les gens méchants ils sont comme ça.196
ELes gens méchants ils sont comme ça. Tiens on en parlait tout à l'heure avec 0F09FR197
198
0M20FRSi les papis et les mamis ils sont vieux.199
EEt quand on est vieux on n'aime plus? C'est ça que vous êtes en train de.200
0M20FRSi.201
EEh ben alors, on aime ou on n'aime plus?202
0M20FROn aime.203
0F??FRSi.204
0M20FRNon.205
0F??FRSi.206
0M20FRJe te dis que non. Ma grand-mère en Algérie207
EQu'est ce qu'elle a ta grand-mère en Algérie?208
0M20FRMa grand-mère en Algérie elle me voit souvent d'accord? Et elle ne se marie pas.209
EElle n'est pas mariée?210
0F??FRSi211
0M20FRSi elle s'est mariée mais quand elle est devenue vieille et elle ne se marie plus. Je te dis que ma grand-mère en Algérie XXX j'ai ma grand-mère en Algérie.212
213
EÉcoute il est en train d'expliquer.214
0M20FRJe te dis qu'en Algérie j'ai ma mamie et mon papie je suis partie le voir souvent avec mon papa et ma maman avec mon 4-4 (?) on est parti. Ils étaient déjà mariés avant que j'étais né parce que quand je n'étais pas né maman et papa étaient partis à la piscine et puis quand j'étais pas né et eh j'étais pas avec maman et papa.215
216
217
218
EAttendez, est-ce qui sont encore amoureux ton papi et ta mamie?219
0M20FRNon.220
EPourquoi?221
0M20FRParce que.222
EParce que quoi?223
0M20FRParce que.224
EParce que quoi?225
0M20FRParce que mon grand-père et ma mamie ils ne veulent pas être amoureux.226
EEst-ce que tu sais pourquoi?227
0M20FRNon228
ENon tu ne sais pas? Tu ne sais pas pourquoi? Pour qu'on puisse t'écouter il faut que tu te tiennes tranquille.229
230
0m??FRSi il le dit 0M20FR c'est que c'est vrai.231
0F01FRBen moi je dis que non.232
ClasseSi et Non.233
EAttendez attendez.234
0M??FRJe suis plus grand que 0F01FR et puis je suis plus grand que toi.235
ClasseTout le monde parle en même temps.236
0M22FRJe peux parler?237
EAller 0M22FR. 0F19FR a dit on ne peut pas parler tous en même temps elle a bien raison. 0M22FR vas-y.238
239
0M22FR0F19FR 0F19FR il te dit 0M20FR il a sa mamie en Algérie et son papi.240
EEt alors?241
0M22FRMais ça ne te regarde pas hein? Attends. La sa mamie en Algérie il est parti la voir tu vois?242
243
EEt par rapport à l'amour. Vous pouvez. Et par rapport à l'amour. Revenez un peu sur le sujet244
245
0M20FRLe bled.246
ELe bled pardon. C'est quoi le bled?247
0M20FRLe bled c'est l'Algérie248
ELe bled c'est l'Algérie mais au départ au départ 0M20FR il nous disait tout ça il nous a parlé de l'Algérie parce que sa mamie n'est plus amoureuse de son papi. C'est ça 0M20FR? 0M20FR est-ce que c'est ça? Ta mamie n'est plus amoureuse de ton papi. Pourquoi tu le sais?249
250
251
252
0M20FRFait non de la tête.253
EAlors on arrête là. Je vous pose la dernière question. Écoute. On va régler ça dans la cour ça veut dire quoi? Ça veut dire il va se passer quoi?254
255
0M??FROn va se parler.256
ETu vas parler ou tu vas te disputer? Tu vas te disputer avec 0F01FR? Pourquoi? Pour quelle raison? Est-ce que quand il y a quelqu'un qui n'est pas d'accord avec quelqu'un d'autre ça veut dire qu'on va se disputer forcément? Alors on ne s'entend plus.257
258
259
260
0F??FRAlors 0F01FR arête de parler.261
EIl semble on ne s'entend plus. Allez on baisse d'un petit ton. 0M20FR il dit moi quand je vais être dans la cour je vais crier. 0F01FR elle n'est pas d'accord avec toi. Quand on n'est pas d'accord avec toi ça veux dire que tu dois te disputer?262
263
264
0M20FROui.265
EOui, pour quelle raison? Et tu vas te disputer avec 0F01FR?266
0M20FR0F01FR elle a une X sur sa tête.267
E0F19FR qu'est ce qu'il faut faire au lieu de se disputer tu peux le redire un petit peu aux copains? Peut-être que tu as une autre solution.268
269
0F19FRSi on se dispute. Je ne peux pas entendre parce qu'ils parlent trop.270
EOui alors quelle solution ils peuvent trouver au lieu de se disputer dans la cour pour régler le problème? 0F09FR?271
272
0F09FREt ben et ben il faut être d'accord. Moi je suis d'accord avec 0F01FR et je ne suis pas d'accord avec 0M20FR parce que il doit être d'accord eux deux comme ils sont amoureux.273
274
275
EOn a on est obligé d'être d'accord. Tu as entendu 0F01FR ce qu'à dit 0F09FR. 0F09FR a dit que tu dois être d'accord avec 0M20FR. On est toujours obligé d'être d'accord avec son amoureux?276
277
278
ClasseNon279
EOu parfois on peut ne pas être d'accord on peut se disputer on peut. Alors tu n'a rien entendu. Qu'est ce que tu as dit 0F09FR?280
281
0F09FRIl doit dire pardon pour s'aimer.282
EOn doit dire pardon pour s'aimer? Qu'est ce que vous en pensez de ça?283
0F18FRSi ils se disent pardon ils s'aiment encore mais si ils ne se disent pas pardon ils ne s'aiment plus mais si on s'aime encore mais si on ne dis pas on ne s'aime plus et on cherche quelqu'un d'autre.284
285
286
ETu as entendu 0F02FR?287
0M05FRÇa ne veux pas dire qu'on ne s'aime plus c'est juste qu'on se dispute.288
EQuand on se dispute ça veut pas dire qu'on n'aime plus.289
0M20FR0F19FR a dit que si on se pardonne ça veut dire qu'on va s'aimer encore.290
ETu es d'accord avec ça?291
0M20FROui de la tête.292
EOuais ou pas? Tu es d'accord ou tu n'es pas d'accord?293
0M20FRJe suis d'accord. Mais comme 0F01FR ne veux pas me pardonner je vais crier dans la cour294
295
E0F01FR tu vas lui pardonner ou pas?296
0M20FRX de crier.297
EPourquoi tu ne vas pas pardonner 0F01FR? Hey c'est 0F01FR qui parle d'abord. Pourquoi tu ne vas pas pardonner 0F01FR?298
299
0F01FRParce qu'on va disputer.300
EMais est-ce que on peut se disputer et s'aimer toujours?301
ClasseNon et oui.302
EDonc après votre dispute est-ce que vous allez encore vous aimer? Mais tu t'appelles 0F01FR toi. 0F01FR est-ce que après t'être disputé avec 0M20FR tu vas encore l'aimer?303
304
305
0M20FRNon de la tête.306
ENon c'est fini pour la vie?307
0M20FR0F01FR la dernière fois tu m'a dit est-ce que tu peux encore être mon amoureux, et maintenant tu me dis quoi? Quoi petite pomme?308
309
0F09FRJe sais que c'est 0M20FR qui ne veux pas pardonner 0F01FR parce que 0F01FR aussi elle ne veux pas pardonner 0M20FR mais c'est parce qu'elle n'a pas le temps de pardonner à 0M20FR et 0M20FR il se gronde parce que il fait exprès que il ne veux pas pardonner 0F01FR alors que 0F01FR il veut pas se pardonner les deux.310
311
312
313
ETu as une solution? Tu as une solution pour eux 0F09FR? C'est quoi la solution?314
0F??TOCe n'est pas trop tard315
0M20FRSi c'est trop tard316
EElle a une idée 0F09FR pour vous.317
0F09FREt ben 0M20FR il peut faire un bouquet de fleur pour 0F01FR.318
0M20FRN'importe quoi 0F09FR. Tu dis n'importe quoi.319
 Tout le monde parle320
0F09FRSinon il peut dessiner des petits bonhommes qui s'aiment.321
EQui s'aiment. Mais peut-être on va écouter nos petits philosophes on va voir ce qu'ils en pensent. Alors cet atelier est terminé.322
323

Diotime, n°53 (07/2012)

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