Colloques

La philosophie en maternelle, 2e partie (9 et 10 septembre 2011 - IUFM Montpellier et Université Montpellier 2 et 3)

Symposium du Cerfee au cours du colloque sur la petite enfance

Coordination Michel Tozzi, professeur émérite en sciences de l'éducation, Montpellier 3.

I/ Intervention de Pascaline Dogliani, conseillère pédagogique en arts visuels, formatrice et animatrice d'ateliers à visée philosophique, créatrice du blog : http://lesenfantsdelaphilo.blog.free.fr

Pascale Dogliani est la maîtresse de maternelle du film Ce n'est qu'un début. Elle explique les dix points forts, selon elle, de la démarche qu'elle a mise en place dans ses ateliers à visée philosophique

1) Anticiper, préparer : comment ?

2) Créer un cadre ritualisé et structuré.

Un lieu identique à identifier, pour se voir, communiquer, créer un climat de confiance, une atmosphère ; un rythme à déterminer et à conserver : toujours le même jour, avec le même rythme ; fixer la durée, mais accepter des variations imposées par le groupe ; toujours le même groupe, mais des invités peuvent stimuler la réflexion. La classe entière, car les enfants identifient le rôle de chacun et ont besoin de chacun.

3) Des outils ritualisés.

La bougie, avec un climat privilégié, différent, libérateur de parole, qui marque le temps de l'échange, permet de visualiser la progression des ateliers, aide à la réflexion ; les règles d'écoute et de parole, de respect, de vie ; l'introduction de l'atelier, identification de ce que c'est que de faire de la philosophie en maternelle : "Qu'allons-nous faire ensemble ? Faire de la philosophie avec vous ça veut dire quoi ?" ; des albums : lecture commune, constitution d'un bagage commun, créateur d'images mentales, outils de distanciation ; et aussi des marionnettes, personnages qui pensent comme les enfants ou pensent des choses différentes, qui engagent ou poursuivent la réflexion.

4) Un déroulement identique.

Il y a plusieurs déroulements possibles, et il faut faire un choix : ateliers sur plusieurs semaines, ou matinée banalisée, mais les objectifs sont clairement identifiés par l'enfant et spécifiés à ce dernier.

En amont de l'atelier, penser à : des animations (couloir/cour de récréation : objets, affiches, installations) ; la lecture d'albums pour les images mentales ; une boîte aux questions ; des tracts, des affiches. Ceci pour créer du lien avec la famille ; susciter le questionnement ; offrir un bagage réflexif de départ identique pour tous.

Pendant la séance, penser à : la bougie ; les règles ; le pourquoi de la philo ; le listing ; le temps de réflexion ; les mots "outils" : "l'amour c'est...".

Prolongements possibles après la séance : les marionnettes et la bande dessinée, moment où l'on se recentre sur ce que le groupe a dit au cours de la séance, où l'on fait le lien entre ce que ces personnages disent et les réflexions du jour, mais aussi avec celles que les enfants ont encore au fond d'eux-mêmes ; le dessin, moment de réflexion individuelle, moment privilégié avec l'adulte, temps où l'on peut voir qu'on pense comme ou différemment de..., temps de mise en confiance, avec dictée à l'adulte ; la lecture d'autres albums, ouverture vers d'autres entrées réflexives sur le même thème ; des animations dans la cour ou dans le couloir, pour faire le lien avec les autres enfants de l'école, ou revenir sur des propos entendus ou dits de façon plus intimiste.

5) Quel rôle pour l'enseignant ?

Accepter les "temps de silence" ; se fixer des objectifs de questionnement progressif (cf. les outils de Marie-France Daniel : "Questions pour stimuler la pensée critique") ; pas de morale déguisée ; ne jamais porter de jugement ; prendre en compte la parole de chaque enfant avec autant d'importance ; identifier son rôle dans la séance dès le départ et l'expliciter aux enfants ; prendre des notes pour montrer aux enfants que leurs paroles ont de l'importance, pour reformuler, synthétiser, être garant du cadre, différer son regard pour orienter celui des enfants sur le groupe ; faire attention à ses tics de langage ("D'accord, ok, hochement de tête, mouvements corporels), pour ne pas orienter la réflexion ; accepter de perdre le pouvoir ; se mettre de plus en plus en retrait...

6) La famille, clef de la réussite.

On peut mettre en place un café philo, pour la compréhension de la démarche, la mise en confiance, le dialogue ; faire un cahier de vie, lien entre l'enfant, la famille et l'école ; utiliser des animations : affiches, tracts, boîte aux questions, pour accompagner le questionnement, la curiosité, éveiller la réflexion, délivrer des sujets tabous, des coutumes, accompagner les cultures différentes...

7) Le corps est le premier outil : premier outil d'argumentation, passage obligé pour certains enfants ; premier regard de l'enseignant posé sur l'enfant.

8) Le regard, atout majeur et évolutif.

Il change le regard de l'enfant sur l'école et ses apprentissages car il donne du sens ; il change le regard de l'enseignant sur ses élèves, sur les élèves en difficulté ; il change le regard de la famille sur l'école : confiance, sens ; il change le regard des parents sur l'enfant ; il change le regard de l'enfant sur sa famille ; il change le regard de l'enfant sur le monde ; il change le regard de l'enseignant sur sa pédagogie.

9) Les temps d'analyses, d'échanges et de rencontres sont indispensables.

Avec l'équipe enseignante ; avec des partenaires ; avec des philosophes ; avec des chercheurs. Ils sont nécessaires pour éviter l'isolement et l'abandon (fonctionner en binôme est plus simple et motivant) ; construire sa démarche et la faire évoluer ; élaborer une culture philosophique.

10) Le temps, partenaire et ami.

Les apprentissages sont construits sur l'année ou sur un cycle, avec des étapes de progression incontournables (voir le document de Marie-France Daniel sur l'évaluation dans la progression des échanges : du stade de l'anecdotique au monologique etc.) ; le langage est en construction ; la connaissance des pairs, du groupe est nécessaire ; de même la compréhension de la démarche (élèves et enseignants) ; il faut apprendre à écouter, et à prendre de la distance.

II/ Intervention d'Isabelle Duflock, directrice d'école, animatrice d'ateliers philo et formatrice

Isabelle Duflock, directrice de l'école du film Ce n'est qu'un début, énonce ensuite les sept points forts relevés dans l'expérience. Il n'y a pas d'ordre chronologique ou d'importance dans les points retenus.

1) La motivation pour l'expérimental, pour l'innovation. La notion du défi, du pourquoi pas ?

Une attitude : l'idée de faire autrement. C'est aussi en changeant sa pratique que l'on peut répondre aux besoins des élèves d'aujourd'hui et favoriser leur réussite. Une prise de risque, accepter d'être déstabilisé, remis en question (ne plus être celui qui détient la bonne réponse mais celui qui guide...)

2) Le lien avec la didactique de la discipline (la philosophie) : chercheurs, professionnels de la discipline, lectures, colloques, séminaires, stages... tout ce qui a pu accompagner, soutenir les questions que l'on s'est posées. Ce qui nous a permis de rebondir. Cette partie d'autoformation, de recherche personnelle a été très importante, elle a construit un réseau professionnel. Ce lien a aussi donné de la légitimité au projet

3) Les rencontres avec des partenaires (volonté d'ouverture, capacité à s'ouvrir) : l'éditeur Bayard, pour tester des outils ou utiliser des outils prêts à l'emploi (faisabilité) ; les échanges avec d'autres professionnels (regards différents, nécessité de se positionner, d'être au clair sur nos convictions et nos objectifs). Mais aussi avec l'équipe de tournage du film, "Ciel de Paris", avec un contrat qui a soutenu et interdit le "J'abandonne".

4) Le travail d'équipe, au moins deux dans le quotidien de l'école. Il y a eu un temps très important passé aux analyses de situations vécues pour aider à se confronter aux difficultés, à surmonter les obstacles, à construire de nouvelles stratégies. Ce besoin de verbalisation du vécu et de l'action a permis de prendre conscience du comment et de réussir à construire notre pratique. S'est construit une capacité à inventer sur le plan matériel, organisationnel, relationnel, en s'appuyant sur un autre point fort de la posture d'enseignant de maternelle "Le Géo trouve tout".a été possible

5) Le dispositif était possible à mettre en oeuvre, il y avait une nécessité de faisabilité (temps, organisation, finance, cadre institutionnel...). Il est transférable dans n'importe quelle école, sans dépense supplémentaire et sans besoin pour débuter de l'adhésion de toute l'équipe (Même si cette pratique aura des répercussions sur l'équipe). Il suffit en fait d'un peu d'imagination pour modifier le cadre (affiche, déplacement des bancs, lutrin...).

6) Le passage par l'écrit, la diffusion orale et écrite a été très important : écriture d'un article dans le cadre des innovations, d'un livre à 3 mains, nombreuses interviews, débats...).D'où un double effet de cette écriture : l'analyse des pratiques (personnelle et collective) ; la valorisation : reconnaissance, pas forcément toujours pédagogique mais qui fait plaisir, met en valeur les élèves, l'équipe, les familles, et donne une certaine légitimité.

7) Cette fameuse relation école/famille, dont on parle dans tous les textes institutionnels a été renforcée ; elle a trouvé une nouvelle dimension basée sur l'échange constructif : construction d'un enfant citoyen, reconnaissance de l'enfant comme un interlocuteur valable. Tout cela a pu se faire concrètement autour à la fois du cadre des ateliers et des thématiques... Nous avons découvert les parents autrement, avec une reconnaissance mutuelle.

Puis elle raconte l'aventure du Rallye Défi Philo (RDP)

Le Rallye Défi Philo

Pourquoi cette expérience? (voir aussi dans Diotime n° 49).

Pour essayer de répondre à deux problématiques rencontrées par les enseignants désireux ou curieux de pratiquer des activités à visée philosophique : "Comment oser se lancer, passer le cap difficile des premiers ateliers ?" et "Comment sortir de l'isolement de sa pratique en classe, partager ses ressentis, émerveillements, questions ?"

Ce rallye est né d'une part de besoins exprimés par des enseignants : besoin de sortir de l'isolement, de créer du lien, besoin d'être accompagnés, de se former, de (re)trouver de la motivation et de l'énergie, de partager la réflexion... de pouvoir s'engager dans les ateliers sans craindre de prendre trop de risques

Avec qui ?

Un projet ambitieux mais encadré par des formateurs et entourés de partenaires fidèles et engagés. Proposé et encadré par trois formateurs différents appartenant au même réseau de formateurs IUFM (un chercheur, référent didacticien et philosophique - qui peut apporter les contenus de la discipline -, une directrice, observatrice, référente formatrice tournée vers l'analyse des pratiques - qui peut apporter un questionnement, une réflexion avec recul, méthodologique, une praticienne, porteuse du vécu, référente pédagogique - qui peut apporter ses ressentis, et des exemples du terrain.

Un lieu put être investi, le château de Vaux le Vicomte, qui offre un cadre historique et culturel propice au questionnement - Histoire de Nicolas Fouquet avec le roi où l'on retrouve des symboles de beauté, de jalousie, du secret, de la convoitise, (autant de sujets d'échanges possibles : le beau, la fête, l'amitié) ; lieu adapté à un grand nombre d'enfants, 300 à 350 par jour ; avec des espaces de réflexion et un cadre avec différentes caractéristiques (parterre, sous-bois, escaliers, jardins, statues...) qui apportent une ambiance ; et la gratuité de l''entrée dans le domaine offerte pour la journée avec la possibilité de visiter le château et ses jardins : atouts pour réussir le dernier temps fort du RDP

Bayard presse offrait par ailleurs, à partir de son site www.bayardeducation.com, des outils d'accompagnement pédagogiques pour démarrer et accompagner les trois premières séances ; avec un support testé et efficace : les documents pédagogiques conçus par Jean-Charles ; Pettier ; une diffusion facile par abonnement (un abonnement mensuel gratuit au journal Pomme d'Api) ; et enfin une valorisation des pratiques de classe, avec participation des classes volontaires à une rubrique "paroles d'enfants".

30 enseignants de maternelle et de l'élémentaire, et plus de six-cents cinquante enfants se sont engagés.

Pour l'accroche au projet, nous avons démarré au plus tôt dans l'année : se présenter, donner envie aux enseignants de prendre le risque en présentant à la fois le cadre mais aussi les enjeux pour l'élève, les objectifs pour l'enseignant. Il était important d'être d'accord sur les enjeux pour l'enfant, et de permettre l'engagement des enseignants avec un contrat moral sur la base du volontariat. Le passage par l'institution était incontournable, avec présentation sur le site d'une circonscription, et relai de l'information.

Trois rencontres formatives et évaluatives entre enseignants ont eu lieu : une pour débuter, avec présentation du projet, mise en place du cadre, des actions et du calendrier, et une sensibilisation à la pratique des ateliers à visée philosophique ; une en cours de projet, pour constater son avancement, répondre aux questions et réflexions, vivre un nouveau temps d'échanges et d'apports de connaissances sur "le questionnement du maître" ; et en fin d'année, avec des échanges de pratique et un apport de connaissance sur "le compte Rendu" pour faire un bilan de cette aventure

Des ateliers de réflexion philosophique ont été menés en classe toute l'année, avec des documents pédagogiques conçus par Jean-Charles Pettier, le magazine Pomme d'Api (Bayard) et des documents complémentaires (albums de jeunesse, Journal belge Philéas et Autobule).

Il y a eu des rencontres réflexives entre les élèves : en début d'année, choix d'un binôme (correspondance entre deux classes de la même commune, de la même école ou de communes voisines ; des élèves du même âge ou d'âges différents) avec deux rencontres au minimum organisées. L'une entre septembre et décembre, l'autre entre février et avril. Et un débat mené en extérieur.

La grande rencontre, une journée défi philo a eu lieu en mai pour toutes les classes (sur deux jours) au château de Vaux le Vicomte avec la mise en place de deux "Débats philo" interclasses, un le matin, un l'après-midi.

Un blog a été créé, stratégie pour construire une mutualisation, une coopération pédagogique, et pour favoriser le développement de l'utilisation des nouvelles technologies. Il a été utilisé pour la lecture des informations, la documentation, pour exposer des traces écrites, des témoignages qui enrichissent, des expériences diverses, des propositions d'autres façons de faire. Ce fut aussi l'occasion de faire une comparaison entre les méthodes employées, de mutualiser les pratiques, de piocher des idées pour la reprise d'outils (comme des tracts pour les parents), de se rassurer et ne pas se sentir seul.

Quelques chiffres éloquents sur les deux jours : 28 classes engagées, 16 le premier jour, 12 le second ; 730 enfants et adultes présents lors du rallye au château ; 56 débats en deux jours ; 2 sujets débattus : le beau et l'amitié ; 42 heures de réflexions ; 100°/ de présence...

Les enseignants ont rivalisés d'imagination pour aider leurs élèves à s'investir, se concentrer dans un lieu nouveau, en extérieur. Sur le Beau, des points de départs de la réflexion : apporter dans sa poche un objet de chez soi que l'on trouve beau ; retrouver les dessins réalisés en classe ; découvrir des reproductions artistiques très différentes, disposées dans le parc : partir de ses ressentis, ses impressions en découvrant le château. A la fin de chaque débat les enfants votaient pour un mot.

Du point de vue des formateurs et organisateurs, sept points forts ont été relevés :

  • La motivation pour un projet expérimental, innovant : appel au volontariat, site de l'Inspection, bouche à oreille. Ces enseignants allaient être les premiers à vivre cette expérience et servir de référence pour la suite, dans une pratique hors du cadre institutionnel obligatoire, du prescriptif. L'adhésion personnelle et volontaire, sur la base du volontariat, renforçait la réussite de l'engagement, du contrat passé... Avec un mélange d'experts, d'enseignants chevronnés et de novices
  • La proposition et l'encadrement par trois formateurs différents et complémentaires.
  • L'accompagnement de deux partenaires : les supports de Bayard Presse, et le domaine de Vaux le Vicomte.
  • L'obligation de travail avec une classe en binôme (choix, partage, engagement). Il y a eu de ce fait autoformation de proximité, au quotidien de la vie de classe, pour construire des ateliers à deux, mettre en mots son vécu de classe, co-analyser, s'auto-confronter en s'appuyant sur un collègue en qui l'on a confiance.
  • La facilité de la mise en oeuvre sans bouleverser l'école (faisabilité). Il y a eu organisation sous la responsabilité du maître de la classe, inscription dans l'emploi du temps, décision en septembre (pas d'autorisation, de dépôt de projet...).
  • La communication régulière de son expérience, et le passage par l'écrit (article dans Diotime, compte-rendu "Mots d'enfants", tournage pour l'émission "Les maternelles", blog). La valorisation est un moteur. L'utilisation des TICE est un incontournable - on a vu à la fois les réticences à oser montrer son travail comme les problèmes techniques posés.
  • Le partage avec les familles, les retours des parents. Ce qui permet d'être reconnu, de trouver sa place à ses propres yeux et aux yeux des autres (Les moments de tension avec les parents ont souvent pour base un sentiment de manque de reconnaissance, de confiance...). Avec des changements de regards. La valorisation de l'enseignement, du maître. Et du bonheur du côté des parents. Ceux-ci se sont montrés intéressés, avec des discussions sur le "trottoir", et un impact dans des situations particulières et personnelles (en cas de séparation, décès...).

III/ Intervention de Jean-Charles Pettier, professeur de philosophie à l'IUFM de Créteil

Jean-Charles Pettier conclura les interventions par la façon dont il accompagne par fiches les enseignants à partir de la revue Pomme d'api : "Dans le prolongement de la bande dessinée Les p'tits philosophes, proposée aux jeunes lecteurs, la revue Pomme d'Api a décidé de développer un projet spécifique pour permettre aux enseignants de développer les activités à visée philosophique dans les classes maternelles.

Quels supports ?

Prenant en compte d'une part l'idée que les jeunes enfants ont spontanément une représentation plutôt "binaire" et contrastée du monde, le choix a été fait d'insérer dans le journal, autour de la bande dessinée, deux grandes images pour réfléchir : elles illustrent une question ouverte et servent de premier support concret à la réflexion des élèves. Cela présente un risque : enfermer la réflexion des élèves dans le choix proposé, d'autant que si l'enseignant n'a aucune formation spécifique, et ne maîtrise pas les concepts philosophiques, il ne peut se référer à une imprégnation antérieure pour éviter ces écueils. La revue n'étant pas en mesure de développer des formations en présentiel, il fallait donc proposer des accompagnements.

Le cadre de l'accompagnement.

Il est conçu principalement sous forme de fiches. Elles n'ont pas seulement pour but d'informer, d'aider, mais aussi plus largement de faciliter une autoformation. Un enseignant ne pratiquera correctement le travail demandé que s'il a intégré les perspectives du travail qu'on lui propose, de façon à gérer correctement les situations inattendues qui ne vont pas manquer de se produire dans la réalité du fonctionnement de la classe. L'organisation des fiches proposées s'est inscrite dans une conception spécifique selon laquelle un processus de formation n'est pas un processus de rupture : comment, à de rares exceptions près, accepter d'abandonner ce que l'on fait, ce que l'on est ? Former consiste surtoutà faire évoluer un enseignant en lui permettant de s'appuyer sur des points forts, des connaissances, des pratiques déjà intéressantes. On a cherché par ces fiches à partir de l'enseignant même, ses préoccupations professionnelles, ce qu'il est, ce qu'il sait, ses propres représentations, pour l'aider à s'inscrire dans ce processus d'évolution progressive à partir de la revue Pomme d'api.On a donc cherché par ces fiches à développer ses compétences. Il s'agit ici de lui permettre à la fois de se lancer, et de faire en sorte que cet essai ne se fasse pas au détriment des élèves, confrontés sinon à un enseignant perdu, au détriment alors de la qualité d'éducation à laquelle ils ont droit.

Deux types de fiches ont été élaborés :

- les fiches générales, proposées sur un site spécifique (www.bayardeducation.com, rubrique "enseignant"). Il y en a trois : les compétences travaillées ; comment préparer son travail (avec la description d'un maître médiateur, s'appuyant sur des perspectives socioconstructivistes de l'apprentissage, qui laisse d'abord ses élèves s'exprimer, peut intervenir ensuite, essentiellement sous forme de questions) ; les rôles du maître (préparer la séance, organiser le cadre de la séance dans la classe, organiser la réflexion, organiser la prise de parole, permettre à chaque élève de ressaisir ce qui a été dit, faire le lien).

- La fiche spécifique à chaque sujet. Elle accompagne chaque mois les grandes images et permet à l'enseignant d'identifier les éléments nécessaires à son travail. On y trouve d'abord ses enjeux : en quoi aborder ce sujet peut avoir de l'importance. Il trouvera ensuite dans la fiche les principales notions abordées par les grandes images, de façon à pouvoir utiliser au mieux le support proposé, ouvrir la lecture qu'il pourrait avoir a priori de ces images, et lui permettre de comprendre les premières bases philosophiques sur lesquelles elles ont été construites. Enfin, sera mise en évidence l'utilisation de ses compétences acquises et réflexions personnelles : des questions souvent simples et concrètes vont lui permettre de se saisir du sujet au regard de son expérience propre, et de son expérience professionnelle, pour identifier des situations de classe en écho avec le sujet.

On trouve aussi le type de questions qu'il pourra poser. On lui donne ici des propositions de questions catégorisées, pour qu'il puisse organiser facilement des interventions pertinentes.

Deux grands axes guident ces propositions :

- Par rapport aux plus ou moins grandes facilités des élèves pour s'engager dans la parole, on propose d'abord des questions descriptives, s'appuyant sur l'observation de l'image support, peu implicantes pour la personne. Viendront ensuite des questions qui le conduisent à s'impliquer davantage, à émettre un jugement, à donner une appréciation ou faire des hypothèses.

- Par rapport aux axes "conceptuels" exploitables à partir de l'affiche, et expliqués précédemment, on proposera d'abord des questions portant directement sur l'affiche On passera alors par des questions faisant le lien entre le thème et la vie personnelle et scolaire de l'élève. Les questions chercheront ensuite à s'inscrire dans les logiques de pensée d'un enfant, favorisant un premier pas vers le concept dans la logique d'une construction par contraste des questions procédant essentiellement par opposition stricte ou, plus nuancées, par comparaisons (Concernant cette idée de contraste, voir B-M. Barth, L'apprentissage de l'abstraction, Paris : Retz, 1987). On proposera parfois alors des questions impliquant un effort de définition plus générale.

Pour que l'enseignant puisse permette aux élèves de ressaisir l'échange, il trouvera alors des propositions d'activités collectives, et des propositions vers une ressaisie individuelle par chaque élève. Des livres permettant de travailler sur la thématique sont proposés et permettront d'accompagner les élèves au-delà de l'échange.

L'enseignant qui s'engage devra progressivement apprendre à inscrire ce travail dans une logique didactique, par exemple ouverte à la question de la prise en compte des intelligences multiples à l'école maternelle (voir Garas V., Guide pour enseigner autrement selon la théorie des intelligences multiples). Au-delà, sa réflexion pourrait le porter à considérer les apports notables d'une pédagogie d'initiation, telle que proposée par Germaine Tortel. Mais dans ce domaine, il n'y a sans doute pas de fiche à espérer...

Diotime, n°51 (01/2012)

Diotime - La philosophie en maternelle, 2e partie (9 et 10 septembre 2011 - IUFM Montpellier et Université Montpellier 2 et 3)