Formation

Questions et remarques de stagiaires sur la philosophie avec les enfants

Un des critères de réussite d'une formation, c'est la prise en compte du questionnement des formés face à une nouvelle activité en classe proposée. Il est souhaitable même de solliciter ces questions et de les recueillir. Exemples.

Philosophie avec les enfants : réticences et "dangers"

Le bagage linguistique, culturel et rationnel des enfants est-il suffisant ?

Leur jeune âge leur permet-il d'aborder des questions abstraites et complexes ?

Est-ce un âge où l'on peut déjà raisonner ?

Est-ce qu'ils sont capables d'écouter les autres ?

N'est-ce pas dangereux (vécu familial et social) ?

Ne va-t-on pas provoquer de jugement sur la personne ou de la moquerie ?

Ne serai-je pas incompétent sur le contenu des débats ?

Si les questions sont trop difficiles, alors que répondre ?

À libérer ainsi la parole, ne vais-je pas voir échapper mon autorité déjà fragile ?

Comment concevoir liberté de parole, discipline et régulation ?

Ne serais-je pas dépassé par l'affectivité générée par une question trop existentielle ?

Est-ce une activité légitime, puisqu'elle n'est pas au programme ?

Que vont penser l'inspecteur, les collègues, les familles, de ces discussions plus ou moins "oiseuses"?

Doit-on perdre du temps en bla-bla souvent stériles alors qu'on n'a déjà pas le temps de finir le programme ?

Est-ce qu'en pratiquant ainsi, on n'est pas en train de priver les enfants de leur part de rêve, au détriment de leur imagination et de leur sensibilité ?

N'est-ce pas risqué de soulever des problèmes qui ne les concernent pas encore ou pas tous ?

Ne crée-t-on pas de l'insécurité à soulever de telles questions aux multiples solutions alors qu'ils attendent la réponse qui les rassurerait ?

Doit-on aborder des sujets "tabous" (religion, politique, sexualité, vie familiale) avec tous les risques que cela comporte ?

Ne peut-il y avoir des dérives psychologiques (intrusion dans la vie personnelle) ou des manipulations idéologiques (endoctrinement) ?

A quoi ça sert ?

Peut-on trouver un intérêt à pratiquer la philosophie avec les enfants?

Permettre aux élèves de s'exprimer sur des sujets rarement abordés par les programmes afin qu'ils s'expriment plus librement, donnent leur opinion et en discutent.

Développer des attitudes qui permettent de "grandir".

Etablir de nouveaux rapports entre élèves comme pairs, entre élèves et enseignant.

Rompre une logique verticale.

M'aider à devenir l'enseignant que j'aspirais : accompagner l'enfant dans des questions qu'il se pose pour qu'il entre par lui-même en recherche de réponse, c'est-à-dire apprenne.

Ouvrir à une démarche de questionnement qui donne du sens à l'activité.

Dédramatiser en se rendant compte qu'on n'est pas tout seul à se poser certaines questions angoissantes.

Apprendre à s'exprimer devant le groupe, à développer une idée personnelle.

Acquérir de l'autonomie.

Développer son esprit critique et en même temps la tolérance devant la pluralité des réponses et des opinions.

Structurer sa pensée (maîtriser son langage oral)

Apprendre à débattre démocratiquement sans s'affronter.

Rejaillissement positif de ce type de dispositif sur la vie de la classe

Grand étonnement suscité par la richesse et la profondeur des débats enfantins

Sur quoi faire porter la discussion à visée philosophique en classe ?

Est-ce qu'il y a des sujets à proscrire ? Et des sujets qui "marchent" ?

Si on laisse tout dire sur le sujet, ne risque t-il pas d'y avoir confusion entre les faits et les opinions ?

Comment faire si le sujet amène à des questions trop déstabilisantes (existence du Père Noël ou de Dieu ?)

Les thèmes choisis ont-ils besoin d'être abordés en classe avant, dans d'autres disciplines ?

Faut-il nourrir la réflexion des enfants (apports littéraires, scientifiques, historiques, documentaires) ?

Que fait-on si un élève parle de son problème personnel (divorce, maltraitance) ?

N'y a t-il pas dans ce cas ingérence dans la vie des familles ?

Peut-on discuter de tout à l'école primaire ?

A partir de quoi choisit-on les questions que l'on va traiter (connaissances, événement, actualité, boîte à questions, support écrit...) ?

Faut-il instaurer des moments métacognitifs où l'on réfléchit sur le fonctionnement et l'intérêt de la discussion (et non plus sur le fond) ?

Comment gérer pédagogiquement une discussion ?

Organise-t-on des moments institutionnalisés (prévus à l'emploi du temps, ateliers réguliers) ?

Comment commencer et finir une séance ? Faut-il mettre en place des rituels ?

Combien de temps dure une séance ? A quel moment de la journée ?

Faut-il une progression dans le débat ou laisser dériver ?

Quand deux élèves dialoguent, comment ramener la discussion au groupe entier ?

Comment distribuer la parole quand beaucoup la demandent en même temps ?

Comment être à la fois rigoureux et convivial ?

Faut-il attribuer des fonctions particulières aux élèves (secrétaire, animateur, régulateur de parole, observateur, responsable du silence ou des règles, reformulateur, donneur de micro, synthétiseur, objecteur etc.) ?

Faut-il questionner les élèves qui ne s'expriment pas ? Que faire avec les enfants silencieux ?

Faut-il faire des synthèses partielles, finales ?

Garde-t-on une trace (enregistrement, écrit) de ce que l'on dit ?

Faut-il reformuler ce qui vient d'être dit ? Dans quel intérêt ?

Travaille-t-on avec la classe entière ou en petits groupes ?

Qui anime ? L'enseignant ? Un élève ?

Doit-on réinvestir les pratiques de la discussion philosophique dans le fonctionnement habituel de la classe ? Si oui, comment ?

Quelles sont les règles de fonctionnement du débat (imposées, proposées, co-élaborées, explicitées, rappelées à chaque fois, écrites ou affichées...) ?

Quelles sont les règles pour prendre la parole (lever la main, tour de table, tour des muets, volontariat, sur ordre d'inscription, par réaction spontanée, par désignation, avec un capital-temps d'intervention défini...) ?

A-t-on le droit de se taire ?

Faut-il donner la parole à tous ?

Faut-il ou pas un "bâton de parole" (objet symbolique qui donne le droit de parler) ?

L'enfant qui parle est-il assis, debout ? Reste t-il à sa place ? Se déplace t-il ?

Faut-il concevoir une disposition particulière de la classe ?

Est-ce que tous ces détails ont une importance sur la discussion ?

Faut-il des supports écrits pour démarrer ? Si oui, lesquels ?

Comment met-on un terme à la discussion ? Faut-il conclure ?

Quel est le rôle du maître dans la discussion ?

L'enseignant doit-il intervenir sur le fond (dire ce qu'il pense, redresser une erreur ou des faits inexacts, des raisonnements incorrects, objecter...) ?

Ou rester en retrait ? Ou ne rien dire ? Ou se contenter de gérer le débat ?

Doit-il reformuler, synthétiser, résumer ?

Si le maître se tait, quels renvois physiques autres que verbaux (hochement de tête, grimace, soupir, sourire, gestuelle... ) peut-il s'autoriser ?

Faut-il évaluer (et comment) ? Ou déscolariser au maximum ces moments sans jugement ?

Comment évaluer l'intérêt de ces discussions pour les élèves ? Et leur efficacité ?

Faut-il préparer les débats ? L'enseignant doit-il avoir un fil conducteur ?

Qui choisit les questions retenues (enseignant, élèves) et comment (ex : vote) ? En cas de vote, comment voter ?

Le maître doit-il corriger le langage oral ?

Faut-il se donner un certain nombre de compétences à développer ? (problématiser, conceptualiser, argumenter...) ou d'objectifs à atteindre ?

Faut-il établir un programme ou une progression ?

Diotime, n°50 (10/2011)
Source : les formations dispensées par Michel Tozzi.

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