Témoignage

Une discussion a visée philosophique aux Rencontres du Crap-Cahiers Pédagogiques avec des enfants de 8-13 ans (août 2010)

Comme à chaque Rencontre d'été des Cahiers pédagogiques, Michel Tozzi proposait aux enfants cette année encore un atelier de philosophie à l'occasion de la soirée d'initiatives. Les enfants ont au préalable choisi comme thème "Bien-mal, juste-injuste". Un bien vaste sujet... Le temps étant limité, les enfants et Michel se sont mis d'accord pour se limiter à une question : "Quand une chose est-elle juste ?".

Afin de ne pas empêcher un enfant d'apporter sa contribution au débat, le rôle de présidente de séance a été attribué à un adulte, et Tarik prenait quelques notes.

Pour lancer le débat, Michel pose la question suivante aux enfants : dans quel contexte dites-vous "c'est pas juste" ? Réponses : lorsque les uns n'ont pas autant que les autres ou bien quand dans un jeu, une équipe est plus forte que l'autre. Cela ne serait pas équitable.

La justice serait alors la situation dans laquelle tout le monde aurait la même chose ? Il nous faut pourtant un gagnant et un perdant...

La question reste entière : qu'est ce que la justice ? Michel emmène alors les intervenants à une petite fête. C'est l'anniversaire de l'un d'entre eux. Comment coupe-t-on le gâteau ? "Avec un couteau" répond l'un des enfants. Mais encore ? En quarts, puis en huitièmes. Problème : il y a neuf convives à cet anniversaire, la situation est clairement injuste, on s'apprête donc à couper le gâteau en neuf. Mais un nouveau problème se pose : celui dont c'est l'anniversaire ne devrait-il pas recevoir une part plus grosse que celles des autres ? C'est son anniversaire après tout. Quelques-uns donnent leur accord en vertu de la spécialité de ce jour pour lui, mais d'autres refusent. Ils pensent que cela ne créerait que de la jalousie parmi les convives. D'ailleurs, puisqu'ils lui ont déjà offert des cadeaux, il devrait recevoir une part plus petite ! Une fois de plus, on se retrouve face à une injustice... Le compromis proposé serait alors de donner une part égale à celui dont c'est la fête avec la petite plaque de chocolat portant l'inscription "joyeux anniversaire".

Un autre enfant propose que l'on donne finalement une part plus grosse à celui dont c'est l'anniversaire sous garantie qu'on en fera de même pour l'anniversaire de chacun. Tout le monde est bien né un jour, tout le monde à son anniversaire dans l'année, tout le monde aura reçu la même quantité de gâteau à la fin de l'année. Les enfants jugent cette solution à la fois juste (à la longue) et injuste (à chaque anniversaire, un seul d'entre eux sera gâté). Un des enfants résumera cette solution ainsi : "l'injustice d'un seul fait la justice de tous". La justice est donc le moment où tout le monde a la même quantité. Cependant, cette solution comporte un risque : l'oubli de la "dette" contractée. La quantité totale de gâteau ne serait donc plus la même et ce serait une injustice.

Les enfants étudient alors l'autre manière de distribuer les parts : en donner une plus petite à l'hôte. Refus en bloc cette fois : les cadeaux et le gâteau ne sont pas liés.

Une nouvelle distribution est proposée : il s'agirait de donner la plus grosse part au meilleur de la classe. Nouveau refus. Cette fois il faut distinguer les fêtes entre copains qui sont amusantes et les cours qui le sont moins. De plus, le meilleur de la classe devrait déjà avoir été récompensé à l'école.

Un compromis à la situation où la part la plus grosse serait donnée à celui dont c'est l'anniversaire est proposé : il faudrait donner des petits cadeaux aux invités. Cela équilibrerait les choses et remercierait les invités d'être venus.

Enfin, une idée neuve de découpe est soumise : on ferait des petites et des grosses parts pour que chacun ait la part qu'il veut. Il faudrait demander à l'avance à chacun quelle part il souhaite et il faudrait que chacun soit sur de ce qu'il veut pour ne pas avoir à redécouper le gâteau et enfin il faut s'assurer que le gâteau suffit à l'appétit de tous. Mais la justice prend alors une nouvelle définition : être juste, c'est donner à chacun ce dont il a besoin ou ce qu'il demande.

Le temps du café philo étant compté, les enfants fixent à ce moment la conclusion de leur débat : lorsque chacun est content de ce qu'il a, c'est que c'est juste. Le gâteau d'anniversaire est découpé au moment où on le mange en demandant à chacun la taille de la part qu'il veut. De plus on doit prendre en compte ce que chacun veut, une obligation est contraire à ce qui est juste.

La justice c'est donc la liberté de chacun de choisir ce qu'il veut et que l'on prenne en compte chacun sans aller à l'encontre de personne.

Satisfaits de cette conclusion, les enfants sont interrogés sur leur ressenti vis-à-vis du café philo :

"Le temps passe trop vite quand on fait de la philosophie parce qu'on s'ennuie pas."

"La conclusion est satisfaisante pour tout le monde parce qu'on a tous mis nos idées en commun."

"L'exemple du gâteau aide beaucoup."

"C'est intéressant d'écouter les autres quand on est pas d'accord, ça nous fait chercher une solution pour être d'accord."

"Ne pas avoir la parole tout de suite est un peu gênant, mais du coup on écoute les autres."

"Merci Michel !"

Diotime, n°50 (10/2011)
Résumé de la discussion par Tarik Abdelgader, moniteur.

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