Témoignage

Pratiques philosophiques avec des enfants

Stany Deruyver, animateur, Bruxelles

J'anime une petite heure tout les quinze jours. La quinzaine d'enfants a entre 8 et 12 ans. Nous essayons quand le nombre de participants est suffisant de scinder le groupe en deux sous groupes d'âges différents.

J'anime le débat, Michael ou sa collègue Maryam prennent les notes ; ils préfèrent se mettre en retrait pour observer les enfants. Un enfant est maître de la parole en donnant un bâton à celui qui a peu parlé (ce système a été choisi par les enfants).

Les premiers sujets concernaient les règles au sein et en dehors de l'école des devoirs. Puis nous avons tenté de nous rapporter au contenu des livres Philo-fables, mais bien vite nous nous sommes aperçus que les enfants préféraient réfléchir à des sujets choisis par eux. Nous avons donc organisé en deux groupes d'âge une animation sur les questions dont ils voulaient débattre. A ma grande surprise, les questions étaient à peu de chose près les mêmes et ce, indifféremment de l'âge : "Pourquoi on bat les enfants ?", "Jusque d'où venons-nous ?" ou "Pourquoi l'armée ?".

Nous avons donc à chaque séance entrepris de répondre à une question, à moins que l'actualité ne nous rattrape et que les enfants ne se questionnent sur par exemple : "la rumeur" (suite à un fait divers Bruxellois à propos d'enlèvement d'enfants pour vol d'organes).

Les premières séances, les enfants étaient fixés sur les devoirs scolaires à faire après l'animation philosophique. La pression familiale est très forte à ce sujet, les parents ne parlent que très peu le français et ils ne peuvent donc les aider dans leur parcours scolaire.

En cette fin d'année, la séance débute à l'heure exacte, les enfants sont moins turbulents, les idées mûrissent et nous terminons le plus souvent sur une réflexion. Sur l'éducation des enfants par exemple: "J'éduquerai mes enfants comme on m'a éduqué, mais en tenant compte de l'évolution de la société" clôture une fillette de 10 ans.

Michael organise fin juin une rencontre avec les parents pour clôturer l'année et recevoir les observations sur toutes les activités. Je suis invité à les rencontrer et à recueillir leur perception de ce travail de réflexion si bien sûr l'enfant en parle, ou en fait part à la maison.

Diotime, n°50 (10/2011)

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