En classe

Les petits philosophes de Pomme d'api : brève présentation d'une rubrique

Jean-Charles PETTIER

Le journal Pomme d'api, destiné à l'origine au jeune enfant dans son cercle familial, avait développé il y a plusieurs années une bande dessinée à destination de ce public. La demande insistante d'enseignants de l'école maternelle qui souhaitaient développer des activités à visée philosophique dans leur classe a conduit sa rédactrice en chef de l'époque, A-C. Beurthey, à solliciter "pédagogue" et "philosophe" pour répondre à cette demande.

Ce qui fait l'originalité du travail désormais proposé tient à plusieurs éléments. D'abord, la complémentarité entre la bande dessinée, une grande image avec question comme support d'un usage de classe, et un accompagnement pédagogique sous des formes variées. Par ces trois propositions complémentaires, il s'agit de permettre à un enseignant débutant, néophyte en philosophie, d'avoir la possibilité d'une première pratique guidée exonérée de certains risques inhérents à l'exercice en classe.

La bande dessinée

La bande dessinée, actuellement développée en deux pages, décrit les actions et interactions de petits personnages, chacun avec ses particularités, confrontés concrètement à des problématiques d'ordre philosophique. Leurs interactions suggèrent des problématisations possibles, des pistes vers l'approche de concepts, d'arguments. Cette bande dessinée est le fruit d'un échange entre le conseiller philosophique et la scénariste, en charge de faire des problématiques philosophiques un scénario possible. Elle appuie son approche du sujet sur ces échanges avec le conseiller, d'une part, et d'autre part sur des interventions dans les classes qui lui permettent de mieux apprécier ce que de jeunes élèves peuvent saisir de la question.

En général, l'utilisation de la bande dessinée en classe se fera plutôt après l'échange entre les élèves. L'enseignante peut par exemple (c'est le cas de P. Dogliani, professeure des écoles filmée dans le film Ce n'est qu'un début) jouer avec des marionnettes représentant les personnages, et faire vivre ainsi le scénario et ses problématiques, à l'issue de la réflexion.

Un support visuel avec question

Un support visuel avec question est par ailleurs proposé aux enseignants : il s'agit d'une (ou deux) grande(s) image(s) fournie(s) aux enseignants en complément du journal. La taille de cette image lui permet d'être vue par tous dans la classe. Il ne s'agit pas avec ces supports d'imposer aux élèves une vision du sujet par une image fixe qui leur indiquerait la bonne solution à la question posée. L'image fournit un premier support concret à la réflexion. Elle est conçue pour soulever des interrogations chez les élèves par la nature de la situation proposée, l'observation de certains détails. Elle vient renforcer le poids de la question par une entrée spécifique. Elle convient mieux à certains élèves qu'une question juste entendue. Image et question sont également construites à l'issue d'un échange entre scénariste et conseiller, avant la réalisation du dessin par une illustratrice. L'image met en scène un ou plusieurs personnages de la bande dessinée, ce qui permettra ultérieurement à l'enseignant de faire le lien avec celle-ci, lors de la reprise finale et le jeu avec les marionnettes. Une version de l'image est présente dans le journal. Elle est placée avant la bande dessinée, pour mettre en évidence l'aspect d'abord problématisant de la réflexion proposée.

Un accompagnement pédagogique et philosophique

L'originalité de la proposition faite vient par ailleurs d'un accompagnement pédagogique et philosophique important. On en trouvera trois exemples accessibles gratuitement sur le site de l'éditeur :

http://www.bayardeducation.com/category/intro-ressources-enseignants/intro-pomme-d-api/pomme-dapi.

Il a pour fonction de permettre à chacun de trouver des points de repère, se lancer selon des directions pertinentes, tout en s'exonérant de certains risques possibles dans une activité que l'on connaît mal, y compris par imprégnation, puisqu'elle n'existait pas lorsque les enseignants étaient élèves. L'accompagnement permet aussi à chaque enseignant de se préparer à l'échange, de donner à la thématique et au sujet un premier sens personnel et professionnel. L'enseignant pourra ainsi identifier dans ces pratiques de classes ce qui lui permettra d'aider les élèves à construite du lien entre leur réflexion et leur vie quotidienne. Comment se présente-t-il ?

D'une part, quelques fiches générales sont mises à disposition gratuitement, sur un site spécifiquement dédié aux enseignants. Chacun comprendra mieux ainsi comment cette activité s'inscrit dans la logique des programmes, ses rôles possibles dans l'échange, l'organisation du travail de la classe.

Par ailleurs, il recevra une fiche d'accompagnement spécifique à chaque image, qui lui permettra de comprendre :

  • les enjeux possibles du travail proposé. Il ne s'agit pas de prétendre lui fixer un et un seul objectif, mais d'identifier les diverses possibilités ouvertes par les échanges sur ce sujet, le sens qu'ils peuvent prendre pour des élèves si jeunes, à leur niveau ;
  • comment la grande image a été conçue. Confronté à un produit "fini", il peut en effet ne pas en percevoir immédiatement richesse, complexité, utilisations possibles pour initier ou faire rebondir l'échange ;
  • une approche des concepts à l'oeuvre dans le sujet proposé. Chaque enseignant n'est pas forcément philosophe, l'idée est ici de lui permettre d'avoir de premières pistes, qui lui permettront de saisir le sens des questions suggérées (voir la suite de l'accompagnement) pour une utilisation de classe.

On va ensuite lui permettre de préparer le travail de la classe :

  • En favorisant sa réflexion personnelle sur le sujet. On lui suggère de s'interroger pour donner un sens concret et personnel qu'il peut prendre. Non pas pour qu'il l'utilise en classe comme "la bonne parole", mais plutôt pour qu'il saisisse lui-même la complexité des perspectives qui seront évoquées. Professionnellement, on lui demandera par ailleurs de réfléchir à certains liens possibles entre le sujet et sa pratique de classe, pour préparer un éventuel ancrage concret du travail proposé ;
  • En lui proposant des pistes de questions, et en lui permettant d'identifier qu'elles ne se valent pas toutes, qu'elles peuvent ne pas avoir la même fonction dans la classe. L'art de questionner est souvent peu travaillé dans la formation initiale des enseignants. Avant même que l'enseignant inscrive l'échange directement dans la question posée, on lui proposera alors des questions prenant en compte un rapport possible des élèves à la langue, plus ou moins facile. On trouvera des questions destinées à faciliter la parole d'élèves "petits parleurs", essentiellement des questions descriptives sur l'image. Puis des questions plus engageantes : l'élève devant donner son avis à propos de ce qui est représenté sur l'image.

On proposera ensuite à l'enseignant des questions pour interroger sur la thématique du sujet. D'abord des questions croisant thématique et lecture de l'image, puis des questions permettant à l'élève de faire le lien entre l'image, la thématique, et son vécu quotidien : vécu scolaire (un vécu commun avec les autres élèves de la classe, peu difficile à expliquer), vécu social dans le milieu proche (connu souvent des autres), vécu familial (inconnu des autres, qu'il va falloir expliquer). Enfin, des questions d'approche spécifique du concept seront proposées. Elles s'appuieront souvent sur une approche par opposition (ne pas dire ce qui est juste, mais décrire une situation injuste par exemple), par comItemison (ne pas dire ce qu'est l'amitié, mais comparer un copain et un amoureux par exemple), par induction (trouver des points communs à partir d'exemples). Il ne s'agit pas qu'il utilise toutes les questions, mais qu'il puisse éventuellement y recourir, après l'expression plus spontanée des élèves ;

  • En lui proposant des pistes pour des synthèses collective et individuelle. Par exemple réaliser des dessins qui reprennent deux aspects contradictoires de la thématique (représenter une activité que l'on fait avec un ami, une activité que l'on ne fait pas avec un ami) ;
  • En lui proposant des ouvrages de littérature pour enfants en lien possible avec la thématique, permettant de réexploiter la réflexion ultérieurement.

Il ne s'agit pas de prétendre qu'on aura là définitivement toutes les clés pour une pratique. L'enseignant évoluera, ses questions et ses exigences se préciseront au cours du temps. Il aura cependant par cette proposition les éléments suffisants pour se lancer et se situer dans la dynamique voulue...

Site de Bayard presse à consulter :
http://www.bayardeducation.com/category/intro-ressources-enseignants/intro-pomme-d-api/pomme-dapi.

Diotime, n°50 (10/2011)

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