Informations et publications

Informations et publications

I) Informations

1) C'est avec beaucoup de tristesse que nous apprenons le décès de Ann Margaret Sharp, très proche collaboratrice dès le départ de ses recherches de M. Lipman. Elle a beaucoup oeuvré pour le développement de la philosophie pour enfants aux USA et dans le monde depuis 1970.

Ann Margaret Sharp, a professor of educational foundations at Montclair State University for 36 years, passed away on July 1 at her home in Chiapas, Mexico. Ann co-founded the Institute for the Advancement of Philosophy for Children with Matthew Lipman in 1974. She published numerous books, articles and curriculum materials on Philosophy for Children (P4C), the classroom community of inquiry, and the political, aesthetic and spiritual dimensions of education. Her work has been translated into dozens of languages. Ann helped to organize the first doctoral program in Philosophy for Children at a Jesuit university (Iberoamericana) in Mexico City, and later was instrumental in establishing the first doctoral program - in pedagogy, with a specialization in Philosophy for Children - at Montclair State. She helped to establish the International Council for Philosophical Inquiry with Children in 1985, which now has over 60 member countries, and conducted conferences and workshops in nearly that many countries herself. Ann worked with numerous universities and government ministries of education around the world to organize philosophy programs in schools and professional development and university degree programs in P4C. Ann retired from Montclair State University in 2009. She was a joyful, passionate and generous person, loved and admired, and now mourned, by thousands of colleagues, students and friends.

2) L'inspection Générale de philosophie a publié un rapport sur l'enseignement de la philosophie en France, consultable dans son intégralité sur le site de l'ACIREPh : www.acireph.org

Analyse de l'ACIREPH (Association pour le Création d'Instituts de Recherche sur l'Enseignement de la Philosophie) ci-dessous.

Changer la philosophie au Lycée : une question de survie

Comme chaque année la philosophie ouvre les épreuves du bac. Le rituel est rassurant. Pourtant le dernier Rapport de l'Inspection Générale de Philosophie fait un portrait pour le moins contrasté de l'enseignement de la philosophie au Lycée, en France. S'il souligne la qualité des enseignants, leur engagement et leurs efforts pour s'adapter à des conditions parfois très difficiles, les réussites indéniables, il dresse aussi un tableau inquiétant. Sa conclusion générale est la suivante : "L'enseignement philosophique se trouve ainsi à la croisée des chemins. Vraisemblablement il se perdra si, en son attachement à une imago de lui-même, il refuse de changer sa manière d'être, c'est-à-dire sa manière d'enseigner."

Les trois Inspecteurs Généraux rédacteurs du Rapport rappellent que "l'enseignement de la philosophie a fleuri dans un contexte particulièrement élitiste", et qu'il doit aujourd'hui relever le défi de la démocratisation. Non pas en souhaitant passivement cette dernière, mais en trouvant les moyens concrets de la réaliser ! Or, le Rapport pointe un ensemble de rigidités qui empêchent cela. Notamment une vaine ambition totalisatrice, conduisant à des programmes imprécis et infaisables, avec pour conséquence que "l'élève moyen ayant travaillé ne peut pas toujours avoir l'assurance de réussir son épreuve, au moins moyennement". Notamment une valorisation aveugle de l'autonomie du jugement, au point d'oublier les connaissances qui en sont la condition, alors que "la connivence culturelle qui existait jadis entre le professeur de philosophie et sa classe d'élèves triés de Terminale L n'existe plus aujourd'hui", et qu'il revient donc au professeur d'enseigner des connaissances (en histoire de la philosophie, vocabulaire, etc.). Autre rigidité : l'attachement irrationnel à la dissertation dans sa forme actuelle, alors qu'il faut "reconnaître le fait -indéniable- qu'un trop grand nombre d'élèves échoue devant cet exercice". Sans compter le flou dans l'interprétation des épreuves du Bac, i.e. de ce qu'est une bonne dissertation ou une bonne explication de texte, qui produit un aléa dans la notation.

Le Rapport déplore aussi que les difficultés spécifiques des élèves des séries technologiques ne soient pas prises en compte, en particulier pour les types d'exercice demandés au Bac. Il en résulte "le sentiment d'un enseignement inattentif aux élèves et une image dissuasive de la philosophie". Au final, "une masse assez importante d'élèves, surtout dans certaines séries, manifeste une indifférence totale et sans nuances à l'aspect libérateur de la philosophie, et considère, à tous égards, qu'elle perd son temps en classe de philosophie".

Notre association d'enseignants en philosophie, l'ACIREPH, voit dans ce rapport une confirmation de ses propres constats. Plus que jamais, elle continue donc à souhaiter des changements, notamment dans les séries technologiques où l'échec est le plus flagrant. Par ailleurs, il nous semble que de plus en plus de collègues sont ouverts à de tels changements : eux-mêmes font ces constats et sont prêts à tirer les conclusions qui s'imposent.

3) Le 13 mars 2010, l'APPEP (Association des Professeurs de Philosophie de l'Enseignement Public), a organisé de 14h à 18h à la Sorbonne une réunion sur "La situation de la philosophie dans l'enseignement supérieur". Argumentaire : le nombre dérisoire de postes de Maîtres de conférences offerts chaque année contribue à affaiblir les départements de philosophie. La chute libre du nombre de postes aux concours de recrutement conduit les étudiants à choisir d'autres études. Cette fragilisation sans précédent s'inscrit dans un contexte plus général de défiance à l'égard de la recherche et conduit les UFR de philosophie à présenter des résultats quantifiables et des parcours "professionnalisants". Quelle place la philosophie peut-elle trouver dans ce cadre ? Les discours actuels contre les classes préparatoires risquent de réveiller des antagonismes artificiels avec l'Université, qui oublieraient ce que ces deux voies ont de complémentaire. Mais se concentrer sur l'Université et les classes préparatoires, c'est omettre que la philosophie a aussi sa place dans certains BTS, dans les études de médecine, de droit dans des écoles d'art, d'ingénieurs, dans les I.E.P., les I.U.F.M., au C.N.R.S., au C.I.Ph., et bien sûr dans les Grandes écoles. On peut croire qu'il y a entre tous ces lieux des intérêts différents et même divergents. C'est pour tenter de dégager ce qu'il y a de commun à ces multiples situations que l'APPEP a invité tous les professeurs de philosophie de l'enseignement secondaire et supérieur à cette journée de réflexion. Principales interventions 14 h - Introduction, Du secondaire au supérieur, Simon Perrier, président de l'APPEP. 14h15 - Du droit de la philosophie à disposer d'elle-même - L'expérience du Collège international de philosophie, Pierre Carrique, directeur de programme au C.I.Ph. 14h30 - Philosophie en BTS, Nicolas Millet, professeur de philosophie, lycée Choiseul, Tours. 14h45 - L'enseignement des sciences humaines et sociales en faculté de médecine, Jean Marc Mouillie, maître de conférences en philosophie à l'université d'Angers, responsable du département de sciences humaines de la faculté de médecine d'Angers, vice-président du Collège national des sciences humaines en médecine. 15 h - Discussion : la philosophie "hors les murs". 15h30 - La classe préparatoire dans la continuité de la terminale : singularité du Lycée français, Jean-Marie Frey, professeur en CPGE à Angers, président de la Société des Professeurs de Philosophie. 16h45 - Cursus pluridisciplinaires à l'Université et en classes préparatoires - un paradoxe français, Pierre-Yves Quiviger, maître de conférence à l'université Paris I. 16 h - Discussion : les classes préparatoires et l'Université. 15h45 - Des rapports entre spécialisation et professionnalisation dans les études de philosophie à l'Université, Emmanuel Picavet, professeur des universités en philosophie politique, Université de Franche-Comté. 17h - Perspectives sur la présence de la philosophie dans les universités françaises, Arnaud Macé, maître de conférences à l'université de Franche-Comté, coordinateur de la coordination nationale des départements, sections et UFR de philosophie. 17h15 - Discussion : la philosophie à l'Université. 17 h 45 - Conclusion, Nicolas Franck, vice-président de l'APPEP, chargé des relations avec l'enseignement supérieur.

4) La clownanalyse consiste, lors d'une réunion, un colloque, un congrès, à un moment donné (spontané ou programmé), de renvoyer aux participants de façon clownesque (habit de clown, nez rouge etc.) une image humoristique, souvent un rien grinçante, du contenu et de la forme des échanges qui se sont tenus. Une distanciation salubre qui facilite bien des prises de conscience par rapport au sérieux de la réunion...

La clownanalyse philosophique, genre peu développé en France, fonctionne sur le même objectif et le même principe. On pourra s'en faire une idée avec Véronique Clarysse, professeur de philosophie et clown, en allant sur la page internet : http://www.dailymotion.com/video/xdiwvn_veronique-clarysse-clown-analyse-la_fun

5) Les premières Rencontres philosophiques d'Uriage, ouvertes par Thierry Ménissier, Président de la Société Alpine de Philosophie, auront lieu du 17 au 19 septembre 2010. Elles porteront sur "Les promesses du futur". Quatre rendez-vous sont fixés, avec des philosophes, sur "Les enjeux technologiques du futur : la disparition de l'humain ?", "La politique du progrès : vers une non politique ?", "L'évolution des relations d'autorité", et "Quelle utopie pour demain ?

Outre deux déjeuners et un banquet philosophiques, des ateliers de philosophie pour enfants et adolescents seront animés par des étudiants du master du département de philosophie de l'Université Mendès France de Grenoble 2.

Toutes les informations sur : http://societealpinedephilosophie.over-blog.com

6) Le parc Jean-Jacques Rousseau est un site exceptionnel. C'est l'un des tous premiers jardins paysagers créés en France au XVIIIe siècle. Son créateur, le Marquis de Girardin, un aristocrate physiocrate adepte des idées des Lumières, a fait aussi de ce parc un jardin philosophique. Le monument le plus emblématique du parc avec le cénotaphe de Jean-Jacques Rousseau est notamment le Temple de la philosophie dédié à Montaigne et à la philosophie moderne. Ce contexte historique a amené tout naturellement les responsables du Parc à repositionner leurs actions culturelles et éducatives. D'où le projet de petits rendez-vous dans le parc au printemps, pour créer au cours de la promenade des visiteurs, des rencontres et temps de dialogue : "les pauses philosophiques". Le projet est aussi de mettre en place des goûters philosophiques pour le jeune public (Les "Goûters de l'Emile" sur le temps scolaire et extrascolaire), et aussi des cafés et ciné philo en plein air à destination du grand public.

Contact : Fabrice Boucault, Chef de service du parc J.-J. Rousseau, Direction de la Culture, Pôle culture et communication. Mail : fabrice.boucault@cg60.fr

7) L'Institute for the Advancement of Philosophy for Children et l'Austrian Center of Philosophy with Children ont organisé du 17 au 25 mai 2010 un Séminaire de Philosophie pour enfants à St. Marie`s Retreat House, à Graz, en Autriche.

The advanced seminar takes place each May. This time it will be in Austria. This seminar is for graduate students, teachers, professors and others from around the world who have previous experience using the P4C curriculum and methodology. In this session we focus on some of the theoretical dimensions of Philosophy for Children, community of inquiry studies, and P4C curriculum construction. In addition to facilitating workshop sessions, participants are invited to create philosophical stories with accompanying exercises and discussion plans that aim to foster philosophical inquiry.

Who Attends IAPC/ACPC Summer Seminar?

The IAPC/ACPC Summer Seminar in Philosophy for Children (P4C) brings together P4C specialists, faculty and graduate students from Montclair State University (Montclair, USA) and from Karl-Franzens-University (Garz, Austria), school teachers, professors and other visiting scholars from around the world for eight days of intensive study, dialogue and production. The workshops are designed to provide school teachers with professional development and to provide P4C specialists a venue for reporting on their work; to assist international scholars to bring P4C to their countries; and to provide all involved with experience in an academic community of inquiry.

Contact : Klara Gruber, ACPC Austrian Center of Philosophy for Children, 8010 Graz, Austria

Email: kinderphilosophie@aon.at

II) Formations

1) 2e session 2010 de Formation à l'éducation citoyenne des jeunes par la pratique de la philosophie en communauté de recherche, du lundi 25 au vendredi 29 octobre 2010, en résidence à Albi. Elle sera animée par Michel Sasseville, professeur de philosophie à l'Université Laval (Québec). Cette session s'adresse en premier aux personnes qui ont déjà participé à la session de l'année dernière, mais elle est aussi ouverte aux personnes qui ne l'ont pas fait. Une préformation sera notamment proposée fin septembre à Toulouse sous forme de deux ateliers les mercredis 22 et 29 septembre à 20h à la Maison de la philosophie à Toulouse, 29 rue de la digue. L'inscription se fait avant le 30 septembre auprès de l'organisatrice Danièle Dupin de St Cyr (professeur de philosophie puis inspectrice de l'Éducation Nationale). Contact : daniele.b.ddsc@free.fr

2) L'atelier 29, de Marie-Christine Gilles, a organisé, dans le cadre de la philosophie en entreprise, du 26 au 29 août, un séminaire de philosophie du travail, animé par Bernard Benattar, philosophe du travail et psychosociologue.

Site : http://www.penser-ensemble.eu/

Qualité de vie au travail... Entre bien-être, désir et puissance d'agir, qu'est-ce qui dépend de nous ? Penser autrement le monde du travail, soutenu par une démarche philosophique. Prendre soin de sa pensée, sans se laisser prendre aux illusions. Explorer résistances et issues d'un monde du travail quelquefois rêvé, souvent fustigé, redonner de l'épaisseur aux exigences et du relief aux désirs... Partager le réel, les questions de la souffrance au travail, les tensions entre l'individuel et le collectif, faire l'expérience d'échanges où les mots mêmes peuvent être réhabilités. Autant de moments où philosopher le travail, ses conditions ses conséquences, donne des pistes pour ramener de la condition humaine à travers luttes et contradictions ... Une recherche commune où se questionner justement, penser ensemble utopies et raisons critiques pour affirmer nos légitimités et réinventer nos responsabilités. Une philosophie en marche sur les chemins de halage, des débats/échanges coopératifs, des pas de coté au propre et au figuré, des entretiens socratiques, écritures et lectures partagées...

Contact : Marie-Christine Gilles, 4 rue des Cerisiers 78290 Croissy.

3) L'Université Populaire de Bruxelles a organisé du 3 au 5 mars, puis le 24 juin 2010 une formation pour animer un café philosophique et des ateliers philo.

On trouvera une certaine conception de la "philothérapie" sur le site :
http://www.evolute.fr/approche-therapeutique

III) Publications

Dans Côté philo, revue de l'ACIREPH, on trouvera un intéressant dossier sur "L'évaluation en philosophie" : notamment une introduction à la problématique de Cécile Victorri, un article de P. Merle sur "La notation de la compétence philosophique", de C. Nélaton sur "Les grilles d'évaluation en philosophie : contenu, enjeux et limites". Notons aussi de H. Boillot "La genèse de la doctrine de l'enseignement de la philosophie", approche historique et sociologique de "l'idéologie dominante" de cette discipline.
Site : www.acireph.org

Pratiquer la philosophie dès l'école primaire Pourquoi ? Comment ?

Nicolas GO - Hachette Education 2010

Depuis une dizaine d'années, on s'est progressivement habitué à voir périodiquement paraître des ouvrages décrivant des pratiques "à visée philosophique" dans l'école, proposant des supports et posant des jalons didactiques. Ici, l'auteur nous propose un ouvrage d'un genre nouveau. Une nouveauté liée à ses ambitions. Ambitieux, l'ouvrage l'est en effet. D'abord par la diversité des publics visés : des philosophes, des praticiens débutants ou confirmés. Ambitieux ensuite par le sujet : il s'agit pour l'auteur de défendre philosophiquement l'idée que ces pratiques peuvent, pour certaines, être précisément "philosophiques", et non plus de se contenter de toutes les regrouper par leur "visée", qui peut ne pas dire grand chose de leur nature particulière, pas forcément philosophique.

Ambitieux alors par le discours : Nicolas Go va, dans une première partie théorique, fonder philosophiquement son travail, en proposant des distinctions permettant de caractériser une nature possiblement "philosophique" d'une activité scolaire. Il va inscrire son propos, par des distinctions progressivement affinées, dans un réseau conceptuel où recherche du sens, connaissance et nécessité de permettre au désir d'exercer sa puissance doivent viser la recherche d'une vie meilleure à l'école, et posent la nécessité du recours à la philosophie. Une philosophie du commencement, à la recherche de la vérité. Il va par ailleurs émettre l'hypothèse d'un lien, dans l'école, entre philosophie et coopération des élèves dans la classe. Un propos qui, si l'on comprend bien ses conséquences implicites, viendrait alors refonder théoriquement cette pédagogie coopérative dont l'auteur est une référence nationale reconnue.

Le propos théorique, s'il est accessible, n'est pourtant pas ici immédiatement donné. Il demandera au lecteur d'accepter de prendre le temps d'examiner la pertinence des propos tenus. Convaincu théoriquement à l'issue de la première partie, ne doutera-t-il pas pourtant qu'en réalité, la philosophie ne peut être présente dans une classe dès l'école primaire ? La deuxième partie de l'ouvrage va permettre d'identifier ce que cela peut signifier dans les faits. S'appuyant sur le compte-rendu et l'analyse très précise d'une séance philosophique dans une classe de CM1-CM2, l'auteur va donner un sens pratique à ses propos. Il ne s'agit pas en effet de laisser penser au lecteur que tout échange serait spontanément philosophique, l'enseignant se contentant d'observer avec bonheur ses élèves philosopher ensemble. Ses rôles sont décrits, analysés, notamment dans la relation coopérative qu'il va permettre aux élèves de développer, pour les aider à construire leur pensée. À nouveau, l'ambition du travail proposé est manifeste, mais c'est de l'ambition de l'enseignant pour ses élèves qu'il s'agit à présent, une ambition basée sur leur mise en activité intellectuelle.

Un ouvrage ambitieux, possible et nécessaire. Possible par la familiarisation progressive du public aux perspectives d'activités philosophiques avec des enfants, lui permettant d'en envisager avec précision leur compréhension philosophique. Nécessaire par les errements et contresens auxquels elles peuvent conduire, que Nicolas Go permet à présent d'identifier.

Jean-Charles Pettier, professeur de philosophie à l'IUFM de Créteil

A signaler aussi de N. Go un article sur "L'art de penser" dans Les cahiers pédagogiques n° 479.

Chouette ! Ils philosophent. Encourager et cultiver la parole des écoliers,Emmanuelle Auriac-Slusarszyk et Martine Aufrais, Sceren-Crdp Auvergne, 2010.

Cet ouvrage s'inscrit dans la littérature didactique de l'apprentissage du philosopher à l'école primaire. Fruit de la rencontre entre une chercheuse et une enseignante du primaire, il tente ce que J.-P. Astolfi appelle un "texte intermédiaire" : un écrit qui met le plus clairement possible de récentes recherches universitaires, avec leurs théories et concepts, à disposition des professeurs d'école (et plus largement de tous les animateurs de discussions à visée philosophique), dans un double but : éclairer le travail d'enseignants experts en animation de ces discussions (ce n'est pas parce qu'on fait qu'on sait comment on fait), et proposer des pistes pertinentes d'animation aux débutants, en déjouant les pièges possibles. C'est ce que J.-L. Martinand nomme la "didactique critique et prospective" : critique par son analyse serrée des pratiques, prospective parce que, sans être aucunement prescriptive, elle fournit des outils et fourmille de suggestions pratiques... C'est l'articulation entre des propos théoriques et de nombreux extraits de discussions en classe issus d'un corpus très riche qui permet de relever ce challenge : allier la rigueur de l'analyse à la fécondité de la proposition.

L'ouvrage ne développe pas un point de vue directement philosophique, comme par exemple en France F. Galichet, S. Queval, J.-C. Pettier, N. Go, E. Chirouter ou P. Usclat, appuyé sur la définition et la mise en oeuvre de démarches problématisantes, conceptualisantes ou argumentatives. Il adopte, dans la perspective par exemple de G. Auguet à Bordeaux ou C. Calistri à Nice, une autre entrée, très prometteuse : l'approche pragmatique des discours.

Celle-ci est très sensible à la façon dont l'enfant et l'élève construisent une posture d'"interlocuteur valable", dans un genre d'"oral argumentatif", où les enjeux de construction de sa pensée dans et par le langage et de sa personnalité dans un vivre ensemble citoyen sont forts. Cette posture dévoile, dans la finesse du grain, la façon dont d'une part les élèves s'y prennent pour construire leur pensée par une mise en mots, une parole en contexte interlocutoire au sein d'une communauté de recherche ; et d'autre part la manière dont le maître peut les accompagner, par des styles spécifiques d'intervention, dans ce cheminement langagier, social et cognitif, à la fois singulier et collectif. On voit ainsi comment les sciences du langage peuvent contribuer, avec l'apport spécifique de la philosophie et celui des sciences de l'éducation, à la formation initiale et continue des enseignants aux nouvelles pratiques philosophiques, à l'école primaire et au-delà.

Le praticien comprendra par exemple l'intérêt de discuter en classe pour examiner et pas seulement de débattre pour combattre, de susciter l'articulation entre des exemples ou contre exemples concrets et des idées plus abstraites, de s'abstenir de juger dogmatiquement des paroles émises, de stimuler la réflexion sans se substituer aux élèves, d'être patient, de rebondir à bon escient, de modaliser ses propos. Il trouvera des supports utiles pour susciter le questionnement et déclancher la discussion (romans de M. Lipman, albums de jeunesse, mythes, images...), et la façon de les comparer pour les sélectionner avec pertinence ; des exercices (ex : les dilemmes moraux) ; des outils (le plan de discussion, le carnet de philosophie)...

Au seuil d'un 21e siècle à l'avenir incertain, avide de sens, la demande sociétale de philosophie s'exprime désormais dès l'école primaire. Les nouvelles pratiques à visée philosophique sont un moyen essentiel de contribuer à faire grandir en humanité les enfants, dans un monde où il faut qu'ils apprennent à penser par eux-mêmes, face aux manipulations idéologiques, prosélytes, publicitaires qui les menacent. Nous avons besoin sur ce terrain d'une association étroite entre l'enseignement, la formation et la recherche pour relever ce défi. Ce livre témoigne avec conviction et rigueur d'un tel projet.

Michel Tozzi

Pour une didactique de l'éthique et de la citoyenneté. Développer le sens moral et l'esprit critique des adolescents, par Claudine Leleux (en collaboration avec Chloé Rocourt), Bruxelles, De Boeck, 2010, 304 pp.

Enseigner la morale non confessionnelle et la citoyenneté démocratique repose sur une méthodologie spécifique : le présent ouvrage décrit et justifie les onze objectifs d'apprentissage propres à la didactique de la moralité (morale non confessionnelle et citoyenneté) selon les quatre phases d'un déroulement pédagogique socioconstructiviste et par compétences. Celui-ci est complété par un tableau récapitulatif de la démarche didactique, un outil de préparation de leçon (l'EPL), une grille (un schéma) de préparation de leçon et dix-neuf leçons pour l'enseignement secondaire qui illustrent le propos.

Les auteurs enseignent la didactique de l'éducation à la citoyenneté et de la morale non confessionnelle à la Haute École Pédagogique de Bruxelles. Outre ces auteurs, les leçons sont signées par Caroline Dewit, Daniel Luciani et Leïla Mebarki.

La grenouille qui ne savait pas qu'elle était cuite... et autres leçons de vie, Editions JC Lattès, 2005 ; Marabout et France-Loisirs, 2008. Traductions en allemand, anglais, italien, coréen, chinois, russe, roumain, espagnol et portugais.

Même lorsqu'elle recule, la rivière avance : Neuf histoires à vivre debout, Editions JC Lattès, 2010.

Deux ouvrages de Olivier Clerc, écrivain, directeur de collection, traducteur, dont les métaphores et allégories sont utilisées dans le cadre de "dialogues philosophiques" destinés aux enfants du canton de Genève.

"L'expérience m'a montré que les métaphores, les analogies sont des outils puissants pour développer la pensée des enfants (et des adultes), comme d'ailleurs pour assimiler certaines notions. Ces outils développent les fonctions du cerveau droit, apprenant l'enfant à relier entre elles des choses que l'enseignement habituel tend à dissocier, à penser de manière synthétique et pas seulement analytique, à trouver l'idée, le principe qui sous-tend un phénomène, derrière l'une de ses manifestations".

Contact : oclerc@olivierclerc.com

Le scribarium : http://www.olivierclerc.com

Le conteur philosophe, Michel Piquemal, Albin Michel, 2010.

Cet ouvrage propose un voyage philosophique à travers soixante fables inédites. Des histoires amusantes ou graves, pleines d'espoir, de générosité et de malice, dites sur un ton vif et enjoué. S'adressant à des enfants de 9/10 ans, elles permettent de réfléchir à des notions que l'on rencontre habituellement en philosophie. La brièveté des histoires, dites par un vieux sage à un groupe de jeunes filles et jeunes gens, appellent la curiosité et le questionnement sur l'amour, la liberté, la destinée, le chaos, les lois, le respect...

Qu'est-ce qu'un Homme ? Dialogue de Léo, chien sagace, et de son philosophe, Cécile et Jean Robelin, Gallimard Jeunesse, 2006.

Cet ouvrage est publié dans la collection Chouette penser, dirigée par la philosophe M. Revault d'Allones, pour les enfants à partir de 11 ans. Un philosophe solitaire fait la rencontre pour le moins inattendue de Léo, un grand chien roux... qui parle. Après bien des réticences, le dialogue s'engage entre l'homme et la bête. Le philosophe est convaincu de la supériorité de l'homme, seul être capable de parler, de raisonner, de travailler et de vivre en société. Face à l'érudit entouré de ses livres, Léo saura-t-il faire entendre sa voix de chien errant, libre et heureux ? Pas à pas, au fil du dialogue, le chien nous montrera que la philosophie n'est pas une affaire réservée aux spécialistes, ni même aux adultes...

Le bébé philosophe, Alison Gopnik (professeur de psychologie cognitive et de philosophie à l'Université de Berkeley), traduction S. Gurcel, édit. Le Pommier, Paris, 2010.

Psychologues et neuroscientifiques ont découvert que la capacité des bébés et des jeunes enfants non seulement à apprendre mais encore à imaginer, à compatir et à éprouver le monde, dépasse tout ce que nous avions envisagé. Cette révolution a pour la première fois conduit certains philosophes à prendre les bébés au sérieux. Ils ont découvert que les enfants ne sont pas des adultes défectueux ou primitifs qui atteignent progressivement la perfection et la complexité de leurs aînés. Mieux, ils se sont rendus compte que des concepts philosophiques comme la vérité, la conscience, l'identité, l'amour et la moralité gagnaient là une nouvelle jeunesse. La double capacité des bébés pour l'amour et pour la loi - être capable de prendre soin des autres et d'obéir aux règles - explique la combinaison de profondeur morale et de flexibilité qui fait le propre de l'être humain... Chez le même éditeur, l'auteur, pionnière en psychologie du développement, a déjà publié Comment pensent les bébés ?, où elle défend l'idée que les enfants apprennent de la même façon que les scientifiques...

Ce dernier thème a été traité récemment dans le numéro 38 d'avril 2010 de Philosophie Magazine.

Thèmes traités dans les derniers Philosophie Magazine :

janvier 2010 - Le singe descend de l'homme ! La question de l'origine relancée. Cahier central : W. Benjamin.

Février - Le socialisme peut-il renaître ? Cahier sur Freud, et controverse M. Onfray/A. Miler.

Mars - La télé nous rend-elle mauvais. Cahier sur Pascal.

Avril - Comment pensent les enfants ? Cahier sur Proudhon.

Mai - Le travail nuit-il à la santé ? Cahier sur Marc-Aurèle.

Juin - Qu'est-ce que être beau ? Cahier sur M. Foucault.

Juillet - Peut-on changer de vie ? Cahier sur le marquis de Sade.

Les Petits Platons, Edition Les petits Platons, Diffusion Dilisco, 2010.

Une nouvelle collection pour adolescents et adultes, est sortie en 2010 : Socrate, Descartes, Leibniz, Kant, Lao-Tseu, Saint Augustin, Marx, Ricoeur..., racontés à partir des histoires qui traversent leurs oeuvres, dans des albums illustrés.

Sur le site www.lespetitsplatons.com  : des jeux en flash, des histoires, des surprises philosophiques, et le club Les petits Platons.

Des dossiers pédagogiques en ligne, avec adaptation vidéo pour les enseignants. Plusieurs clefs d'entrée : l'histoire, les illustrations, l'humour, la philosophie...

La Mort du divin Socrate

Socrate va par les rues d'Athènes, interpellant ceux qu'il trouve sur son chemin : connais-toi toi même ! Ne te soucie pas des richesses, cherche la vérité et deviens philosophe ! Ce n'est pas du goût des Athéniens. Au terme d'un procès, Socrate est condamné à boire la ciguë. Va-t-il s'enfuir ? Un philosophe doit-il craindre la mort ?

Le malin génie de Monsieur Descartes

Par une froide nuit d'hiver, alors que toute la ville était plongée dans la torpeur, Monsieur Descartes doutait : se pourrait-il que 2 et 3 ne fassent pas cinq ? Qu'une sorte de Malin Génie me trompe en toutes choses ? Et que le monde ne soit qu'un rêve ?

Le meilleur des mondes possibles

Au soir de sa vie, Leibniz, génie universel, avait achevé de décrire l'univers. Mais aux yeux de son jeune ami Théodore, la question du mal restait incompréhensible : pourquoi les hommes peuvent-ils commettre de si grands crimes ? Répondre à cette question, c'était plonger dans la pensée même de Dieu...

La folle journée du professeur Kant

Que puis-je connaître ? Que dois-je faire ? Que m'est-il permis d'espérer ? A Königsberg, le sévère professeur Kant répondit à ces questions, et à quelques autres, au cours d'une journée si folle qu'il devait en manquer sa promenade...

Lao-Tseu ou la voie du Dragon, de Miriam Henke et Jérôme Meyer-Bisch

La naissance de Lao-Tseu fut annoncée par une comète. Ce petit homme aux traits de vieillard,

archiviste à la cour impériale, reconnut la vanité de la science. Témoin de la corruption du pouvoir, il s'en éloigna pour chercher la véritable voie de la sagesse.

La confession de Saint-Augustin, de Jean Paul Mongin et Marion Jeannerot

Augustin, premier rhéteur de Rome, avait le coeur vide et inquiet. Il cherchait Dieu dans le monde, mais c'est en lui-même que Dieu l'attendait. Qui était ce Dieu, venu à sa rencontre? Pour parler de Lui, ne fallait-il pas Lui parler?

Contact : v.spinelli@lespetitsplatons.com

A signaler deux articles de Pierre Usclat :

  • "La constitution d'une communauté de recherche dans la discussion à visée philosophique", dans Penser l'éducation, n° 26 de décembre 2009 ;
  • "Un concept Habermassien de l'éducation", dans Carrefours de l'éducation, n° 29, 2010.

Le Nouvel Observateur a publié au mois d'août 2010 un hors série sur "Rousseau, le génie de la modernité". Il a inventé l'enfant, la nature, l'égalité, la démocratie, le culte du moi...

Philéas et Autobule, revue philosophique belge pour les enfants de 6 à 12 ans.

N° 19 : réflexion sur les mots.

N° 20 : réflexion sur l'amour, un peu, beaucoup, passionnément...

Contact : info@phileasetautobule.be

Site, avec dossiers pédagogiques : www.phileasetautobule.be

Équations - Variations sur un même thème, de Jacqueline Wautier.

Le monde en tableaux, les tableaux en mots - et ceux-ci au service d'images produisant ou éveillant une palette d'émotions... Où l'homme en son humanité, parfois tendre, parfois violente, se livre en équations complexes...

Accessible dès 14/15 ans, l'ouvrage recouvre onze nouvelles. En toile de fond, la condition humaine ; en première donne pourtant, ce sont autant de couleurs, d'odeurs, de sensations - qui déboulent et chamboulent. Petits moments de vie, grands événements, coups de coeur ou de folie - et les paysages défilent, et les lieux changent avec les règles. Des anonymes parmi les anonymes, des hommes-dieux, des esclaves, des monstres... Et puis la Terre, ici, hier ou demain... Avec ses désespoirs et avec l'espérance ; avec l'impossible et les peut-être...

L'intrépide tour des mondes d'un voyageur entreprenant... et son héros, Glu 23 - globe-trotter par vocation... Une "fantasy philosophique", emmenant ceux qui s'y prêtent (à partir de 10 ans) en des univers multiples où les différences parlent de ressemblances ; l'ouvrage peint une humanité de chair et d'émotions.

Les deux ouvrages, parus aux Éditions Edilivre en 2010, existent en version papier et en livre électronique.

"Anciennement enseignante, je fus souvent confrontée à la difficulté d'introduire diverses notions abstraites ou hyper concrètes : la condition humaine, le sens et le statut du corps, la sociétalité, la responsabilité... Mais aussi, la liberté, l'identité, la temporalité, la tolérance, la relativité ou la transcendance... Et encore, l'écologie, le sens de l'histoire, les valeurs... Notions importantes situant l'individu dans les différentes sphères existentielles, sociales et mondaines. Par la suite, outre deux essais de philosophie bioéthique et anthropologique (Ce petit rien, ce petit lien ou l'identité humaine face à l'opérativité technoscientifique, essai, Ed. Le Manuscrit, 2007 ;

Du désir d'enfant au désir de soi ou l'homme à l'épreuve de la génétique et des technosciences, essai, Ed. Le Manuscrit, 2007.), je pris la décision d'écrire différents recueils de contes, fables et nouvelles associant aventures, émotions ou poésie, évasion et humour. Un premier ouvrage parut aux Editions Les 2 encres (L'homme qui savait, 2007), qui s'adressait aux 12/13 ans".

Contact : jacqueline.wautier@belgacom.net

Diotime, n°46 (10/2010)

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