Editorial

Editorial du n° 43

La question a été posée, au dernier colloque sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques qui s'est tenu à l'Unesco en novembre 2009, sur ce que pourrait être un cursus de l'apprentissage du philosopher tout au long de la scolarité primaire et secondaire. Un groupe de travail international a été créé pour explorer cette voie à titre d'hypothèse réflexive. Celle-ci soulève de nombreuses questions, dont il faut faire dans un premier temps l'inventaire. L'une, et non des moindres, est celle de la progressivité, celle de l'acquisition de connaissances et de développement de compétences au cours d'une scolarité. Ce concept a-t-il un sens en philosophie ? Peut-on y parler, dès lors qu'il s'agit d'une activité de type scolaire, où est en jeu un apprentissage dans le temps, de commencement, d'initiation, de progression, de perfectionnement ? Et dans ce cas comment le penser et le mettre en oeuvre didactiquement ?

Il y a déjà des réponses institutionnelles, lorsque la philosophie est enseignée durant plusieurs années : en Italie, on commence en première année par étudier la philosophie dans l'Antiquité, pour terminer en 3e année par la philosophie contemporaine ; en Algérie, on traite la première année pour les séries littéraires la philosophie musulmane ; en Belgique francophone, le cours de morale non confessionnelle commence en début de primaire, avec une dimension éthique fondamentale dès le départ, qui devient à dominante philosophique les deux dernières années du secondaire. On sait par ailleurs que dans la méthode de M. Lipman, les sept romans philosophiques couvrant l'ensemble du curriculum de 4 à 18 ans s'appuient sur les stades de développement de Piaget (par exemple le maniement des règles de la logique est abordé vers 10-12 ans).

La question n'a guère été abordée jusqu'ici en France, notamment parce que la philosophie n'y est enseignée qu'une seule année, la dernière de l'enseignement secondaire. C'est l'éventualité d'une extension en première qui a soulevé la question. Mais même au cours d'une seule année, il faut bien se poser la question méthodologique du premier cours, de la construction de l'enchaînement des séances, et de la progression du développement des compétences pour préparer à la dissertation ou à l'explication de texte que les élèves affronteront à l'examen... Devant ce chantier correspondant au voeu de l'Unesco d'étendre la philosophie dans le parcours des élèves des systèmes scolaires des États membres, il devient nécessaire de mener une réflexion didactique approfondie, confrontant les approches variées de différents pays, en y associant étroitement praticiens de terrain, formateurs et chercheurs...

Diotime, n°43 (01/2010)

Diotime - Editorial du n° 43