En classe

Sensibiliser au tragique de l'existence

Alain Peyronnet, Psychanalyste et docteur en philosophie à l'I.U.F.M. de Clermont-Ferrand (France)

L'homme, notre grand familier, conserve des visages inquiétants. La modernité, malgré son pari d'évolution, en fait toujours les frais. La société doit réagir en renouvelant son programme d'éducation. Le dialogue philosophique avec des enfants apparaît une initiative intéressante1. L'enseignant a cependant la responsabilité d'y cultiver une vision réaliste du prochain. Stimuler l'intellect et favoriser la communication ne suffisent pas à faire grandir. Il faut encore dialoguer avec la présence du négatif, avec la fragilité essentielle de l'être. Certaines œuvres de peintre peuvent y préparer, pour peu que l'on accepte puis que l'on instrumente leur lucidité. Notamment, les productions appelées " vanités " autorisent des occasions complémentaires d'accompagnement. L'accueil de la mort devient alors une première étape pour apprivoiser le mal et encourager au devoir de mémoire.

DES ÉCHOS CHEZ LES PLASTICIENS : L'INTERPELLATION DES " VANITÉS "

Les " fictions à idées " de l'équipe Lipman sont une invention didactique à ne pas négliger2. Elles encouragent l'adaptation à la vie en développant une pensée de qualité, critique, créatrice et... citoyenne. Néanmoins, certaines réalités demeurent escamotées (le pâtir, la perdition, le partir...). Pareille esquive ne saurait se justifier philosophiquement, ni s'accepter en pédagogie. On n'invite pas quelqu'un à se construire et à parler vrai dès lors que l'on omet de lui apprendre à ne rien oublier. En revanche, il est possible de recourir à des témoignages picturaux. Sollicitant le narcissisme pour mieux dévoiler la transparence de l'issue, ils créent une opportunité. Avant de les convoquer, il convient sans doute d'apporter quelques précisions.

Un langage bien vite oublié :

Commençons par présenter le support en restituant son contexte d'apparition et ses principales caractéristiques3.

On peut avancer qu'une préoccupation majeure de la spiritualité chrétienne a traversé l'Occident. C'est le destin pathétique de l'homme. À la Renaissance, son thème se voit conforté par la redécouverte des maximes stoï ciennes4. Parallèlement, les livres d'emblèmes vont fournir aux artistes le moyen de conjuguer pensée morale, religieuse et image. Les vanités, compositions reflétant diversement l'orgueil et la finitude, sont à l'honneur. Leur message s'appuie dans les pays latins sur la représentation du saint ou sur l'allégorie antique. Les écoles du Nord de l'Europe, sous l'influence de la Réforme, recourent davantage aux " choses " du quotidien.

Le tableau se présente souvent comme un amoncellement de figures et d'objets dont la possession apparaît vaine. L'homme est absent. Toutefois, le symbole de la tête de mort continue d'en faire clignoter la présence. Souvent, un phylactère ou un billet reproduisent les mots célèbres de l'Ecclésiaste : " Vanitas Vanitatum et omnia Vanitas ". La nature, via les fleurs, les insectes..., y rappelle le caractère précaire et transitoire du passage ici-bas. Des attributs, tels que le sablier, la clepsydre, la montre..., participent à l'évocation du temps qui passe. La bulle, suite à une comparaison heureuse de Varron5, circonscrit un vide aux multiples facettes6.

D'après le tableau d'A. WOLFFORT (attri. à), Saint-Jérome, 1630.

Nous sommes devant le pénitent, référence pour l'homme pieux qui se prépare à la mort. Il est victorieux d'un corps ayant lutté pour la quête de l'ascèse. Son esprit est concentré sur l'itinerarium mentis grâce à l'étude assidue du livre de la Sagesse.

D'après le tableau de H. GOLTZIUS, QVIS EVADED?gravure, 1594.

Le putto, appuyé contre un crâne souffle des bulles de savon. Devant lui, un lys sort de terre. Derrière lui, une épaisse fumée s'échappe d'un vase. Les vers qui commentent la scène expliquent la brièveté de la vie. Qui en réchappe? La réponse : personne!

La fortune de ces peintures s'explique par le besoin de supports pour une méditation personnelle et solitaire. Au milieu du XVIIe siècle, elles voient cependant leur fonction symbolique s'amenuiser. Cela se produit au moment même où leur effet décoratif se développe. Avec l'affirmation des genres pour classer les sujets de la peinture, ces toiles de dévotion rejoignent les natures mortes (du hollandais stilleven, " vie coye "). Cette dénomination tendra à faire oublier leur portée spirituelle.

Allons maintenant plus avant en considérant comment elles s'adressent à celui qui les découvre et ce qu'elles traduisent foncièrement.

Une contrainte à réfléchir sur soi :

Il y a d'emblée une sorte de paradoxe7. On représente l'inexorable mouvement vers la mort par un procédé jouant essentiellement sur la mise en valeur de l'objet. En fait, c'est une nouvelle dynamique qui est instaurée, entre le peintre, la toile et le spectateur. Il faut d'abord se confronter à un ordre du Temps. On doit suspendre toute activité afin de considérer la fin de son existence, anticiper la mort, et voir resurgir le passé. Ce trio scande une identification avec l'auteur, à partir d'une stupeur comparable. Ensuite, il se produit comme une projection hors de soi, vers un ailleurs. C'est l'entrée dans la région transcendantale des valeurs morales et spirituelles8.

Pour inviter au culte des vertus comme à la recherche de la spiritualité, les références philosophiques et théologiques abondent. Outre l'héritage humaniste de la Renaissance empreint de néo-stoïcisme, on retrouve la tradition du Mépris du monde issue des Pères de l'Église. S'y manifeste encore la croyance en la prédestination des réformateurs. On constate que les paroles de l'Ecclésiaste et les Psaumes, de même que l'histoire de Job, restent les références classiques. Au final, le spectateur doit écrire la légende de l'image selon les trois temps qu'il aura parcourus, malgré lui9. Se comportant comme un véritable spéculum, la " vanité " renvoie au dénominateur commun : la Mort!

D'après le Soldat mort, XVIIe siècle, École italienne (?)

Rien n'est enlevé au héros de sa dignité (main sereinement posée sur la poitrine) ni de sa bravoure (il tient encore son épée). Crâne, ossements, lampe à huile, ne font qu'évoquer les circonstances du décès. Seules les demi-bulles venant mourir sur le sol incitent à méditer sur la brièveté de la vie et la fragilité de la jeunesse. Avec cette expression de la Vanité, le peintre se défait des emblèmes et attributs. Il représente un moment du monde visible qui signifie en même temps l'idée de la mort.

D'après le tableau de Ph. de CHAMPAIGNE, Madeleine pénitente, 1657.

Archétype d'une sainte, impassible, repliée sur elle-même, à la chevelure défaite, recouvrant la chair. Sur son visage coulent des larmes, sans affectation, attributs discrets de sa participation au sacrifice du Christ. Deux mondes sont posés en vis-à-vis, complémentaires et en dialogue spirituel. Le crâne semble n'avoir qu'un rôle annexe de pupitre.

Avec les figures allégoriques de saint Jérome et de sainte Madeleine, un mode de survie transparaît. Un troisième niveau s'entrouvre, initiant son contemplateur à la vie même de l'âme qui participe de l'immortalité. L'ascétisme ou le repentir sont donnés à voir comme tremplin d'une espérance10.

Ainsi, la vanité conduit de l'autre côté du miroir, dans une traversée qui aboutit à la mort réelle. Au-delà de celle-ci s'ouvre pour certains la perspective d'une autre vie.

Bref et Passerelle :

Nous avons soulevé une problématique du tout de la présence puis appelé à contre-peser dès le plus jeune âge un refoulement. Si l'on peut exploiter les sentes du dialogue philosophique, il faut pouvoir provoquer jusqu'au tragique du vivre-là. Avec la vanité picturale, nous avons vu que le spectateur, autant séduit que sidéré, verse inéluctablement du côté de la pensée. Il nous semble judicieux de rendre un pareil canal opératoire, afin de rapprocher l'existant de sa condition, de la contradiction qui le travaille. La mort, marqueur d'un pathos, de l'épreuve à subir, du mal omniprésent, se fait ici plus proche. Contraignant à en rabattre et exhortant à venir à la vérité de soi-même, elle dévoile. Transparaît alors une part nocturne de l'être humain.

UN TREMPLIN POUR LES DIDACTICIENS : REBONDIR JUSQU'AU NÉANT

Un support permettant tôt de la " réfléchir ", parallèlement à d'autres révélateurs11, devrait aider à l'apprivoiser, à moins déraper. Il n'y a pas de niveau scolaire directement visé. Ce travail est envisageable à partir du cycle 3 de l'école élémentaire. Il demeure compatible avec la méthode Lipman12.

Évitons toute confusion en affirmant clairement ne servir aucune église. En son temps, la société néerlandaise, calviniste, répudiait déjà toutes les formes de l'art religieux. Son influence a d'ailleurs largement favorisé la laïcisation de la peinture13. Là, afin de pointer les défenses du prochain, la dévotion de certaines toiles peut être à décoder. Mais ce qui importe surtout est l'expression de la caducité, son insupportable écho pour l'homme, les détours pour interdire la fuite, le retour au Rien de sa provenance. Notre option pour éduquer mieux est d'interpeller en spéculaire des dimensions trop tamisées. Ayant des points d'appui, il convient de parler des outils et d'ouvrir sur quelques propositions concrètes.

Pour cette rencontre avec le double qui murmure l'inanité de l'existence, trois viatiques sont rapidement disponibles.

Tout d'abord, nous bénéficions d'une division en trois groupes. C'est ainsi que l'historien de l'art I. Bergström14 résume les principaux volets des Vanités. Le premier évoque l'inutilité des biens terrestres. On y trouve les principaux représentants du savoir (livres, instruments scientifiques, art), ceux des richesses et du pouvoir (argent, bijoux, pièces de collection, armes, couronnes et sceptres), enfin des plaisirs (pipes, vin, instruments de musique, jeux). Le deuxième fait penser au caractère transitoire de la vie humaine. On y reconnaît essentiellement des éléments anatomiques, des objets mesureurs de temps, des repères naturels (squelette, montres et sabliers, bougies et lampes à huile, fleurs). Le dernier fait clignoter la résurrection et la vie éternelle. On y associe certains végétaux de haute résonance spirituelle (épis de blé, couronnes de laurier).

Nous avons ensuite la symbolique du crâne15 et la thématique de l'homo bulla16. Le premier a joui d'un beau prestige aux XIe et XVIIe siècles. Signalons que la tradition byzantine en a transmis l'image dans la crucifixion rappelant ainsi la signification du lieu-dit Golgotha17. On le retrouvera dans toutes les méditations sur le temps, la mort et le dépouillement. Dans les œuvres de synthèse, plus faciles à aborder, il sera presque toujours placé au centre. Le second, lorsqu'il met en scène un petit personnage, le putto, autorise une bonne accroche auprès des enfants. Ce petit d'homme souffleur de bulles enseigne ses aînés sur l'insignifiance de leurs acquis, voire sur l'égalisation finale. Le retentissement plus spécifique de la boule transparente, égratignant même son auteur18, est un prolongement. Un travail sur les mots de la mort serait un bon prélude19.

Nous bénéficions également de deux lanceurs très pratiques. Tout d'abord un stimulus d'artiste français où l'épure contraste avec la virtuosité. Le repérage du trio dominant (tulipe, crâne, sablier) acheminera aux premiers messages de vulnérabilité. Les élèves, qui identifient assez vite ces éléments, formulent spontanément des hypothèses sur leur signification. Les divergences, une fois sériées (répartition en groupes), donnent matière à discussion (conflit socio-cognitif). Une ou deux " personnes ressources ", pairs préalablement initiés au symbolisme des unités iconiques, peuvent intervenir (sollicitation, occasion de recul). Le recentrage, une fois tolérée la contradiction (nouvelles données, indicateurs spécifiés), facilite l'arrêt d'un triple déchiffrement (vie, mort, temps)20. Le débat sur l'intérêt et les mobiles d'une telle composition21 patiente alors d'être amorcé (" Pourquoi montrer ça? ").

On pourra revenir sur le sujet avec une toile hollandaise dominée par un garçonnet22. L'identification des ossements du premier plan réclame un peu de perspicacité (mâchoire inférieure, fémur, crâne). Après le réinvestissement, facilité par le sablier, sur l'écoulement mortel du temps, on doit s'attacher à la signification des bulles d'air. Les échanges, régulés selon le procédé précédent, et à la lueur du cadre rustique, autoriseront alors quelques éclairages supplémentaires (destin de perdant, toute puissance de l'horloge).

Tout ce qui inquiète (la finitude, le désordre, l'insignifiance, la faucheuse, le mauvais...) peut être soumis à réflexion. Il suffit d'un peu de pédagogie et... d'imagination23. Ainsi pour " imager " la grande désillusion, l'évocation d'un peintre en marche arrière s'avère parlante. Un dispositif simple peut même seconder. Sur la base de clichés polychromes (paysages, toiles, situations de vie...), on peut facilement réaliser sur transparents des épreuves graduellement décolorisées. Sur l'une manqueront les primaires, sur la suivante les secondaires, sur la troisième n'apparaîtront que les gris, la dernière sera nue24. Les images obtenues par superposition seront ensuite déchargées par étapes, laissant imaginer l'équilibration promue par de brosses à pouvoir résorbant25.

Synopsis d'une démarche en cycle 3 :

Afin d'illustrer nos propos, nous proposons ci-contre une articulation possible sur plusieurs séquences.

RELANCE POUR UN NOUVEAU CYCLE À PARTIR D'UN PROPOS DE PHILOSOPHE SUR... LA MORT!

1 - Confrontation
Intention : sensibiliser à ce type de support. Faire émerger les premières " impressions " et " représentations ". Favoriser l'écoute des points de vue.
Présentation de la peinture (rétroprojecteur)
Impressions premières
Description de la scène (trio : fleur, crâne, sablier)
Hypothèses quant au sens
Écoute des désaccords
Récapitulation 1

Ph. de CHAMPAIGNE, Vanité, XVIIe siècle

2 - Approfondissement
Intention : favoriser la qualité dans la lecture d'images. Constituer des groupes d'expertise autour des éléments principaux (formation aux premières notions en symbolique et à la production plastique). Enrichir le conflit d'opinion en mettant en opposition les différents avis. Pousser vers une synthèse communicable.
a) Conflit socio-cognitif-Débat (répartition affinitaire - idées)
Collationnements intra groupe
Argumentaires entendus via rapporteurs
Échos des " petits experts " (" les unités iconiques ")
Déchiffrements crédibles (trio : vie, mort, temps)
Hypothèses quant à l'intention du peintre
Verbalisations des diverses positions
Récapitulation 2
b) Problématisations-Retentissement toléré (échange collectif, recherches par groupes)
Le quatrième élément : la tablette
Le symbolisme des nombres (" petits experts ")
Le nom de " Vanités " (enquêtes)
Le succès de ces compositions picturales (raisons)
Récapitulation 3
3 - Prolongement
Intention : stabiliser les savoirs et savoir-faire sur d'autres supports du genre. S'exercer à faire fonctionner les éléments symboliques autour du concept de Temps. Établir une " culture de la classe " autour d'un dictionnaire. S'approprier ce type de symbolisme en passant à l'activité de production d'image.
a) Réinvestissement et limites : (variations du thème, variété du message, mémento)

Soldat mort, XVIIe
École italienne (?)

S. LUTTICHYS,
Vanité, 1645

H. GOLZUIS,
Qvis evadet?, 1594

J. LIEVENS,
Homo bulla, XVIIe

Premières conclusions
Débat autour de la toute puissance du Temps (mise en rapport avec le mal - subi -).
b) Réalisation d'un mini dictionnaire des symboles (autour de la constante du crâne)
c) Composition personnelle d'une " Vanité " (peinture, collage, montage photo, traitement d'image...)

Conclusion

On ne philosophe pas pour passer le temps. L'ami de la sagesse s'échine davantage à penser au fil de ce dernier. Il souhaite également réfléchir pour d'autres son époque, avec son enseignement. Tout est pour lui à décanter, rien ne doit être ajouté ni soustrait, l'ensemble participe encore d'un effort de mémoire. Vouloir que le scolaire profite de la rigueur de ce " métier ", c'est aussi contraindre à regarder l'envers d'un tableau. Le Monde et l'Homme forment un creuset pour les plus grands contrastes, le Mal est, ici comme là, omniprésent. Quand, cédant au vœu du désir, on incite à surprotéger l'enfance, la sente du refoulement gagne en vigueur. Derrière un lissage rationalisé de ce qui inquiète, on condamne alors des générations successives d'existants aux séismes de l'infantile.

Pourtant, il reste possible de favoriser les premiers pas dans une réalité à l'évidence plus tigrée, de lutter conjointement contre l'oubli. Nous avons suggéré d'explorer la voie des vanités picturales en s'inspirant par ailleurs d'une démarche de dialogue philosophique. Le symbolisme présent, parce qu'il dope l'impulsion au déchiffrement, prend au piège de la pensée en rétroaction. Cela permet une progressive immersion dans d'autres dimensions de l'existence, où s'exprime le tragique de la condition humaine. Les apprenants, sans traumatisme supplétif, parviennent à déclarer : " ça veut dire qu'il n'y a rien qui tient ", " dans la nature tout fout le camp ", " on passe, puis d'autres après, et voilà ". La problématisation de la vulnérabilité native, par cet écho suivi de débat, rend plus sensible aux souffrances comme aux méfaits d'autrui. Elle instruit sur de vieux démons par tous partagés, initie à l'actualité du négatif, prépare à la responsabilité individuelle, au choix éthique.

Le défaut majeur de la philosophie proposée aux enfants est qu'elle minimise une " égologique " du noir pour mieux blanchir le réel. Au génie des récits accrocheurs il faudrait peut être ajouter une fiction creusant le taux de résonance intime. Elle pourrait, qui sait, partir de la découverte dans quelque grenier d'une vanité, et... À bon entendeur...


(1) Voir M. LIPMAN, À l'école de la pensée, trad. française M. Voisin, Bruxelles : De Boeck, 1995 (coll. Pédagogies en développement).

(2) Il s'agit de récits à questionnement, soigneusement adaptés aux différents âges (de la maternelle au Lycée), et accompagnés de guides prolifiques.

(3) Voir l'étude dirigée par A. TAPIÉ : Les Vanités dans la peinture au XVIIe siècle, Caen : Musée des Beaux-Arts, 1990.

(4) "... si tu crains la mort, la maladie ou la pauvreté, tu seras misérable. Transporte donc tes craintes, et fais-les tomber des choses qui ne dépendent point de nous, sur celles qui en dépendent " (M. DACIER, Le manuel d'ÉPICTÈTE, Aubanel, 1980, pp.11-12).

(5) W. STECHOW lui attribue cette image pour désigner l'éphémère et l'homme (The Art Bulletin, 20, 1938).

(6) Un affect traverse régulièrement les scènes, ce qui en creuse, magnifie, use ou détruit les éléments. Le lieu a aussi son impact graveur, qu'il soit naturel ouvert ou mi-clos, quotidien fermé, votif ou fictif...

(7) Nous nous inspirons de l'étude de M.C. LAMBOTTE, " La destinée en miroir ", dans Les Vanités..., op. cit., p. 31-41.

(8) Plusieurs courants de pensée peuvent se croiser. On retrouve celui d'un salut post-mortem (Contre-Réforme), la concrétisation des vertus morales, notamment la Tempérance (Réforme). Parfois, on rencontre l'expression de la Gloire et de la Renommée (œuvres de génies). Tout dépend comment on la considère. On peut s'attacher à une éthique de la modération, ou à une mise en garde contre une fugacité générale. Quelquefois, on entend une sommation à renoncer aux plaisirs terrestres et à ne croire qu'en la vraie vie : celle de la foi.

(9) La vanité parvient à le dessaisir de ses repères, faisant tomber jusqu'à son identité.

(10) Une certaine ambiguïté demeure toutefois quant à la disposition d'humeur des méditants. Leur attitude ou leur visage atteste parfois d'un profond épuisement, le dépouillement peut flirter avec la mélancolie. On n'abandonne pas impunément les ressources de la vie terrestre (voir R. KLIBASKY, F. SAXL et E. PANOFSKY, Saturne et la Mélancolie, Paris, 1989).

(11) Quoique ne faisant pas l'objet du présent article, il est bien clair que les drames du dernier demi-siècle (crimes contre l'humanité) doivent aussi donner lieu à une recherche philosophique et pédagogique débouchant sur des propositions concrètes et opératoires. Un projet de l'I.N.R.P. est d'ailleurs à l'ouvrage (" Mémoire et histoire : comment enseigner les refoulés de l'histoire du temps présent? ", contact S. ERNST - ernst@inrp. fr -).

(12) Pour davantage de précisions, on peut consulter M.F. DANIEL, La Philosophie et les enfants, De Boeck & Belin, 1997.

(13) On passe du contenu quasi mystique d'un " memento mori " à l'illustration d'une maxime banale, telle que " Tout passe ".

(14) On peut se reporter à l'article en français " Vanité et moralité ", dans L'OEil, 1970, Octobre, pp.12-17.

(15) Voir le Dictionnaire des symboles de J. CHEVALIER et A. GEERBRANT [R. Laffont/Jupiter, 1982 (coll. Bouquins)].

(16) On profitera de la contribution d'I. BERGSTRÖM, " Homo Bulla ", Les Vanités..., op. cit., pp.49-54.

(17) Selon la tradition, il s'agit de celui d'Adam.

(18) Nous pensons au tableau intitulé Boule de verre suspendue avec reflets, attribué à P. van ROESTRATEN, où le peintre s'est représenté lui-même dans l'objet sphérique, assigné malgré sa virtuosité à la commune et fatale vulnérabilité.

(19) L'ouvrage de M. COURTOIS, Les mots de la mort (Belin, 1991) est parfois utile pour profiter de la variété disponible.

(20) On ira plus loin lorsque l'on pourra compte la forme des contenants (carafe-bulla, bâti hexagonal). Patience...

(21) Il faut souvent préciser la matière de la tablette pour laisser entrevoir l'ombre de la perpétuité (pierre et glissement).

(22) Il faudra attendre que les considérations sur l'âge, le climat, l'époque, soient verbalisées (nudité à gérer), pour aborder ultérieurement l'idée du dépouillement.

(23) Toute une progression doit emboîter le pas. Le " Soldat mort " de même que le putto présentés plus amont sont recommandables. Une kyrielle de Vanités, du présent comme du passé, restent à découvrir, et autant de débats à conduire.

(24) Les programmes pour scanner permettent de jouer sur les couleurs numérisées, les imprimantes tolèrent les transparents.

(25) Un prolongement par l'informatique (traitement d'images) est ici envisageable.

Diotime, n°10 (06/2001)

Diotime - Sensibiliser au tragique de l'existence