Colloque

Compte-rendu des 21èmes Rencontres philosophiques de Sorèze, 26-28 juillet 2019

Christophe Baudet, animateur de cafés-philo et ateliers philo, intervenant en milieux associatif et professionnel, fondateur de l'association "Artisans de la Philo"

Les Rencontres philosophiques sur les Nouvelles Pratiques Philosophiques (NPP) de Sorèze ont eu lieu cette année au Moulin du chapitre du 26 au 28 juillet 2019. Pour cette 21ème rencontre, nous avons choisi de concentrer notre réflexion sur une seule notion : "L'étranger". A cet effet, nous avons expérimenté une nouvelle approche qui consiste à aborder le même thème par différents biais, en ouvrant différentes fenêtres cognitives, tout en structurant l'ensemble de la démarche autour d'une méthodologie d'élaboration progressive de la pensée. Cette démarche est constituée de cinq phases consécutives :

1) L'émergence

Il s'agit de faire émerger les représentations liées à la notion d'"étranger". On cherche ainsi à explorer le thème en favorisant l'émergence des représentations, en mettant en lumière les opinions, puis les présupposés, en favorisant l'étonnement, ouvrant ainsi la voie au questionnement et à la problématisation.

2) L'introduction d'apports

Ensuite, on vise à enrichir la pensée d'apports philosophiques (ou d'autres natures), proposant ainsi à l'examen divers points de vue, plusieurs perspectives et paradigmes.

3) Le retour à soi

Le troisième temps est une phase individuelle dans laquelle chacun prend le temps de revenir à soi, à son expérience, à ses affects, un temps donc de construction et de formulation personnelle de sa pensée ou de ses hypothèses.

4) Se confronter à sa propre pensée

Ensuite, la formulation de notre pensée sur la notion de "l'étranger" est partagée, mise à l'épreuve de la confrontation à autrui, en vue de préciser, affiner, faire évoluer, fortifier son argumentation, prendre conscience de ses présupposés...

5) La récolte

C'est la phase finale du cycle, dans laquelle on recueille et on partage le fruit et de notre pensée qui a émergé tout le long du parcours sur le thème de "L'étranger".

Ainsi, cette rencontre a permis d'expérimenter cinq dispositifs, chacun des dispositifs correspondant à l'une des cinq phases présentées ci-dessus, et aussi de tester la pertinence d'une telle dynamique d'élaboration de la pensée, soutenue par cinq phases, et se déployant sur toute la durée de la rencontre (deux jours et demi).

Par ailleurs, nous avons pratiqué un mode de retour critique de chaque dispositif, moins orienté sur la qualité de la mise en oeuvre, que sur le parti pris de chacun des dispositifs. En effet chaque dispositif, explicitement ou parfois implicitement, repose sur un choix épistémologique qui vise à favoriser au mieux l'élaboration de la pensée et une mobilisation des processus de pensée.

1) L'émergence de la pensée autour de la notion d'"Etranger", premier dispositif conçu et animé par Aline Astier et Michel Tozzi

A) Le parti pris du dispositif

Partir de l'expression directe des "représentations premières" ou des opinions pour progressivement approcher, configurer, préciser et conceptualiser cette notion d'"étranger" et ainsi ouvrir la voie à la problématisation. Le parti pris s'appuie sur le présupposé suivant : philosopher c'est travailler critiquement sur ses représentations.

B) Descriptif du dispositif (durée : 2H30)

Phase 1 : Présentation du dispositif en grand groupe

Présentation du parti pris (ci-dessus) et introduction de la démarche. Pour approcher la notion d'étranger, on va essayer de mobiliser d'autres notions connexes, voisines. Pour ce faire il est utile de procéder à des associations d'idées. Cela s'appuie sur la notion de champ conceptuel. Par exemple, plaisir, bonheur, joie appartiennent au même réseau notionnel.

Phase 2 : travail d'association en grand groupe

Il s'agit donc de faire émerger les "représentations premières". Tour de table où chacun est invité à associer un mot, (processus de libre association), à la notion d'"étranger" de manière la plus spontanée possible.

Les participants proposent, entre autres : "surprise", "ailleurs", "inconnu", "exogène", "étrange", "iconoclaste", "inhabituel", "altérité", "pas de chez moi", "interloqué", "frontière", "culture", "touriste", "migrant", "différence", "méconnu", "déraciné", "autrui", "hospitalité".

Ces mots permettent à la fois d'embrayer la pensée et de commencer à pressentir l'étendue, la complexité de cette notion d'"étranger". Une manière d'entrer en dialogue avec cette notion, d'en faire une première visite.

Phase 3 : travail de conceptualisation en individuel

Afin d'essayer de rassembler la myriade de notions qui ont émergé à propos de la notion d'"étranger", il est alors proposé que chacun des participants élabore par écrit une première définition de cette notion. La définition doit être ramassée en une phrase et celle-ci doit s'initier par : "L'étranger c'est...". Il s'agit ici d'entamer un premier travail de conceptualisation de cette notion, en essayant de la configurer.

Phase 4 : Regard croisé en grand groupe

Chacun lit sa définition et celle-ci est notée sur un paperboard. C'est un élargissement du champ conceptuel de chacun. Nous prenons tous connaissance des définitions élaborées. Exemples :

"L'étranger c'est l'autre, celui qui est différent de moi".

"L'étranger, c'est celui qui vient d'un autre monde, d'une autre culture".

"L'étranger c'est celui qui ne partage rien avec moi et que je ne comprends pas".

"L'étranger c'est un individu ou un élément à part constituant une source d'innovation ou de rejet".

"L'étranger c'est celui qui n'a pas été accueilli."

"L'étranger c'est mon faire-valoir.".

"L'étranger c'est l'autre qui est en moi".

"L'étranger c'est la patrie que j'ai choisie".

"L'étranger c'est le réel non symbolisé".

Phase 5 : Préparer un travail de problématisation en grand groupe

Nous entamons alors un travail préparatoire à la problématisation, en nous appuyant sur l'émergence de représentations qui expriment ici un jugement : chacun propose un mot qui connote positivement la notion d'"Etranger" et ensuite un mot qui la connote négativement. Pour ce faire, les mots proposés par les participants sont inscrits sur un paperboard sous deux colonnes : l'une rassemblant les mots "positifs" et l'autre les mots "négatifs".

Nous procédons séquentiellement : d'abord les mots "positifs" et ensuite les mots "négatifs".

POSITIFSNEGATIFS
Découverte, Différence, Hospitalité,Dialogue, Ouverture, Etonnement, Entente, Exotisme, Accueil, Surcroit, Innovation, Décentrement, Voyage, Possibilités, PromesseBarbare, Incompréhension, Vipère, Bizarre, Peur, Perte, Impur, Menace, Fermeture, Crise, Dérangeurs, Etrangeté, Insécurité, Différence, Racisme, Communautarisme

Certains participants font observer qu'ils ont été plus prolixes pour ce qui était de l'émergence de mots négatifs... Les "jugements" ne sont-ils pas souvent colorés par un contexte social ?

L'animateur fait observer que certains mots (mots en bleu) pourraient se retrouver sur les deux colonnes, suivant le sens ou la représentation qui les sous tend. Par ailleurs, la mise en tension ou en miroir de couples de mots (un mot de chacune des deux colonnes), permet d'initier un début de problématisation. La mise en regard de contraires est féconde pour l'initialisation d'une problématisation. Par exemple la mise en tension "hospitalité et barbare", "ouverture et peur", "accueil et fermeture", "possibilités et incompréhension" ne sont-ils pas des premiers tremplins ?...

Phase 6 : Travail de problématisation en individuel

En ayant observé les deux colonnes (jugements positifs et négatifs) et leur confrontation, chaque participant élabore une question essentielle pour lui, que pose le concept d'"étranger".

Phase 7 : L'approfondissement de la problématisation, travail en sous groupe

Des sous-groupes de cinq personnes sont formés. Chaque sous-groupe partage les questions de chacun (écrites lors de la phase 6), et échange en vue d'élaborer une ou deux questions pour poser au mieux une problématisation du concept d'"étranger". Le choix de la question (ou de deux questions) doit être argumenté : expliciter les termes de la problématisation et dire en quoi et comment celle-ci est au coeur du concept d'"étranger".

Phase 8 : La problématique, exposée en grand groupe

Chaque groupe, par le biais d'un porte-parole choisi par le sous-groupe, expose la (ou les deux) question(s) élaborée(s) par les participants du sous-groupe, en explicitant les attendus du choix, en proposant donc un argumentaire qui vient soutenir, mettre en perspective la problématisation retenue.

Exemple ici de trois sous-groupes :

Sous-Groupe1 : "Comment l' étranger me permet d'élargir mes frontières sans m'anéantir pour autant ?"

Cette problématisation met à jour la tension qui existe entre l'opportunité d'élargissement de ma conscience et de mon expérience que m'offre l'étranger, et le risque de dissolution de mon identité, de mes repères et valeurs. Cette ambivalence est illustrée par de nombreux termes qui sont ressortis dans le travail précédent consistant à lister les termes négatifs et positifs : ouverture/peur, étonnement/menace, découverte/incompréhension...

"Ce concept est-il pertinent, a-t-il une réelle consistance, n'est-il pas parfois simplificateur ?"

Le concept d'"étranger", n'est-il pas essentiellement subjectif, instable et fragile dans le temps : une personne peut me paraitre étrangère à un temps T et proche à un temps T+1 et inversement. Cette notion instable, peut s'éroder avec le temps. Par ailleurs, en catégorisant d'"étranger" un individu, ne risque-t-on pas de nier ou de réduire à l'extrême la complexité et la profondeur d'une singularité ?

Groupe2 : "Peut-on exister sans se démarquer ?" / "L'étranger habite-t-il mon identité ?"

Ces deux questions visent à montrer que l'"étranger" est en nous et pas seulement un "extérieur". De plus, ma singularité en tant qu'existant constitue en soi une démarcation, et donc embarque une part d'"étranger" vis-à-vis d'autrui. L'"étranger" est un concept qui me traverse et accompagne, du moins pour partie, toute altérité.

Groupe 3 : "Dans quelle mesure peut-on cesser d'être étranger ?"

La notion d'étranger est profonde, marque mon être, renvoie à mes origines qui fondent mon existence. C'est un marqueur existentiel.

"A quel point doit-on être semblable pour être étranger ?"

L'étranger est signifié par une différence, mais une différence renvoie à la possibilité d'une comparaison possible, donc articulée autour d'un certain semblable. Par exemple, à l'extrême, je ne qualifierais pas une pierre d'"étranger". Et même le "barbare", qui n'offre aucune similitude, se différencie du concept d'"étranger".

C) Retour critique du dispositif par l'analyse du parti pris

Les participants sont invités à répondre à la question : "En quoi ce parti pris vous paraît-il cohérent ou pas et en quoi a-t-il facilité ou pas votre réflexion ?".

Les vertus du parti pris

- Cela permet de partir de soi, du premier ressenti, de la première idée qu'on s'en fait : il y a une sorte de cheminement "spinoziste" qui est mis en oeuvre.

- Cela est d'autant bienvenu que la notion d'"étranger" ne laisse personne indifférent, elle est d'emblée chargée d'affects et de représentations. C'est utile d'avoir pu mettre à quai ses représentations pour puiser, trier dedans, questionner et donc commencer à philosopher.

- Ce cheminement nous invite ainsi à nous questionner et évite de partir d'emblée sur la formulation "cérébrale" d'une thèse. C'est un apprentissage que de travailler avec des mots en vue de structurer un questionnement et par là élaborer une pensée.

- Cela permet de mettre en oeuvre les différentes étapes des processus de pensée : conceptualisation, problématisation, argumentation.

Observations

- Le fait d'aller du subjectif à l'universel est compliqué et il n'y a aucun chemin qui le garantisse.

- Il n'est pas évident de réinvestir dans le travail en sous-groupe (élaboration de problématiques) le travail fait en première partie (associations, définitions individuelles...)

- En partant de mots, d'opinions immédiates, on prend le risque de rester à un langage du "même", qui manque d'expression métaphorique, incite peu à d'élargissement de la pensée.

- Un processus qui fixe les mots n'empêche-t-il pas les mots nouveaux d'apparaître ?

- C'est une démarche rationaliste dans laquelle le concept exige et appelle de la rigueur. Il a l'avantage de tenter d'attraper le réel de manière précise avec des mots ; mais ce qu'on gagne ainsi en précision, on risque de le perdre en accès à la vérité, en imaginaire.

Suggestions

- Nous aurions pu recourir à des mises en situation, nous aurions pu mettre en situation la notion d'"étranger", mobiliser des images et pas seulement le langage.

- Nous pourrions introduire dans le dispositif une carte conceptuelle qui permettrait de mieux dessiner les liens et oppositions entre les mots émergeants.

- Faut-il conceptualiser la notion d'"étranger" ou plutôt celle d'"étrangeté" ?

2) Introduction d'apports philosophiques autour de la notion d'"étranger", deuxième dispositif élaboré et animé par Philippe Barbereau et Maryline Puissant.

A) Le parti pris du dispositif

L'appropriation de quatre textes philosophiques par un travail individuel et collectif permet d'approfondir l'analyse conceptuelle de la notion d'"Etranger". La mise en regard de ces quatre textes met en évidence les différents usages de ce concept, et dans le même mouvement d'en identifier les convergences ou parallélismes.

B) Descriptif du dispositif (durée 2H)

Phase 1 : découverte en grand groupe de quatre textes philosophiques1 en lien avec le concept d'"Etranger"

Chacun des quatre textes proposés par les animateurs est lu par un participant volontaire. Ensuite les participants sont invités à classer par ordre de préférence (de 1 à 4) les quatre textes en fonction de leur envie de travailler plus spécifiquement un texte. Les quatre sous-groupes seront formés en fonction des préférences ainsi exprimées.

Phase 2 : appropriation individuelle du texte choisi

Dans un premier temps, chaque membre des sous-groupes, répond par écrit à la question qui est directement liée au sens du texte2. Il ne s'agit pas de donner son avis, mais de synthétiser la proposition faite par l'auteur du texte. Par exemple :

  • Texte de F. Fischbach : "Qu'est-ce qu'être "étranger au monde ?"
  • Texte de A. de Tocqueville : "Qu'est-ce qu'être "étranger aux autres ?"
  • Texte de S. Weil : "Qu'est-ce qu'être "étranger à une condition" ?
  • Texte de C. Levi-Strauss : "Pourquoi l'étranger est-il rejeté ?"

Phase 3 : appropriation en sous-groupe du texte choisi

Chaque sous-groupe partage les productions individuelles sur le texte pour écrire une formulation commune en réponse à la question posée. La finalité est d'acquérir une appropriation individuelle et collective du texte choisi.

Phase 4 : Prise de connaissance en grand groupe des écrits de chacun des quatre sous-groupes

Dans un premier temps, chacun des sous-groupes vient écrire au paperboard son écrit :

  • Groupe autour du texte de F. Fischbach3, qui répondait à partir de ce texte à la question "Qu'est-ce qu'être étranger au monde ?" : "Etre étranger au monde, c'est vivre dans une réalité sociale dont je ne peux rien faire et qui ne fait plus sens".
  • Groupe autour du texte de A. Tocqueville4, qui répondait à partir de ce texte à la question "Qu'est-ce qu'être étranger aux autres ?" : "Etre étranger aux autres, c'est créer un monde clos en soi qui constitue sa référence humaine exclusive".
  • Groupe autour du texte de S. Weil 5, qui répondait à partir de ce texte à la question "Qu'est-ce qu'être étranger à une condition ?" : "Etre étranger à une condition c'est être aliéné à une force qui me sort du soi".
  • Groupe autour du texte de C. Lévi-Strauss6, qui répondait à partir de ce texte à la question "Pourquoi l'étranger est-il rejeté ?" : "L'étranger est rejeté de l'humanité car considéré hors normes culturelles, religieuses, morales, par un groupe se référant à ses valeurs".

Phase 5 : Echanges en grand groupe, à partir des écrits de chacun des quatre sous-groupes en vue d'une compréhension partagée

Dans un premier temps les participants sont invités à demander des précisions concernant un écrit qu'il découvre. Par exemple la phrase "Etre étranger à une condition, c'est être aliéné à une force qui me sort du soi" a suscité des demandes de précisions. Le groupe concerné a été amené à proposer une distinction entre le soi (qui englobe le lien à autrui et au monde) avec le moi qui est plutôt d'ordre psychologique.

De même le groupe qui a travaillé sur le texte de A. Tocqueville a été amené à préciser son écrit "Etre étranger aux autres c'est créer un monde clos en soi qui constitue sa référence humaine exclusive". En effet l'expression "clos en soi", qui a suscité des incompréhensions, a été remplacée par "rétréci à soi". A nouveau la signification de soi a été interrogée.

Phase 6 : Comparaison et rapprochement en grand groupe, entre les quatre différents écrits proposés

Les participants sont invités à faire des ponts, des liens entre les différents écrits concernant le concept d'"étranger". Ainsi il est noté que les trois premiers écrits issus des textes de (F. Fischbach, A. Tocqueville, S. Weil) explicitent la perception, le ressenti de celui qui se sent étranger (être étranger à, se sentir étranger à, c'est...) tandis que le texte de C. Lévi-Strauss définit plutôt le statut (ou l'absence de statut) de l'autre qui a été qualifié d'étranger.

Il est observé qu'il ressort trois manières de se sentir étranger : absence de sens (texte1), ignorance des autres par enfermement sur soi (texte 2), dépossession de soi (texte3). Trois usages différents qui pourtant renvoient au concept d'"étranger".

C) Retour critique du dispositif par l'analyse du parti pris

Les participants sont invités à répondre à la question : "En quoi ce parti pris vous paraît-il cohérent ou pas et en quoi a-t-il facilité ou pas votre réflexion ?"

Les vertus du parti pris

  • Le dispositif permet par les différentes approches successives (individuelles et collectives) proposées de s'approprier le texte.
  • Rien n'est moins évident. Lire un texte, c'est rencontrer de l'étrangeté, de l'incompréhension. On fait face à l'étrangeté de l'auteur. D'où l'intérêt de la discussion interprétative du texte. Du coup, cette étrangeté met ma pensée en mouvement ascensionnel.
  • Le dispositif est en dynamique avec le premier dispositif (émergence des représentations), il permet de franchir un pas supplémentaire dans la conceptualisation grâce aux apports philosophiques.
  • Se confronter au texte permet de venir réinterroger et élargir les premières conceptualisations élaborées la veille. La complémentarité des deux dispositifs est riche.
  • La mise en relief, au travers des quatre textes, de différents usages d'un même concept, permet de mieux habiter le concept d'"étranger".

Observations

  • Ce dispositif, qui est applicable en café-philo, est peut-être, par ses synthèses successives, un peu scolaire. Cela a les avantages et inconvénients d'une contrainte qui risque de brider l'imagination et la créativité.
  • Les textes ont été ciblés autour de la notion d'aliénation-étrangeté, ce qui a constitué un angle mort vis-à-vis d'autres approches, par exemple liberté-étranger.
  • La recherche de synthèse en sous-groupe risque de rétrécir les dynamiques et la richesse des singularités et des subjectivités.

Suggestions

  • Elargir le choix des textes. (Cependant les animateurs ont défendu ce choix ciblé en vue de rendre possible la comparaison des différents écrits issus des sous-groupes.)
  • Donner plus de respiration au dispositif en allongeant notamment le temps d'appropriation des textes
  • Compléter le dispositif ou l'adjoindre à un autre qui permettrait de revenir à soi, à son "étranger", ses représentations initiales.

3) Le retour à soi, élaboré et animé par Françoise Gerbalb et René Guichardan, troisième dispositif du cycle dédié au thème de l'"Etranger"

A) Le parti pris du dispositif

Le dispositif repose sur les vertus de la méditation quant à créer les conditions d'un retour sur soi, à la recherche de l'"étranger" enfoui en soi. A partir de là, des outils sont mobilisés en vue de nous amener à partager cette expérience personnelle avec autrui et nous conduire progressivement à une formalisation permettant de passer de l'expérience singulière à un essai d'universalisation.

B) Descriptif du dispositif (durée 2H45)

Phase 1 : Méditation en grand groupe

Après un échauffement corporel, nous entamons tous une méditation guidée au cours de laquelle nous sommes invités à être attentifs à notre ressenti, aux images qui émergent en lien (ou pas) avec la notion d'"étranger" sur laquelle nous réfléchissons maintenant depuis un jour. Il ne s'agit pas d'aller chercher par la volonté telle ou telle image, mais de se rendre disponible à l'émergence d'images, de souvenirs, et cela en suspendant son jugement.

Phase 2 : Formalisation en individuel

Chacun est invité à mettre par écrit le ressenti, les images qui ont émergé au cours de la méditation. Il ne s'agit pas d'analyser, mais d'être dans un rapport phénoménologique à son ressenti, autrement dit, d'essayer de le décrire au plus près, sans catégoriser, sans a priori.

Quelques exemples d'écrits :

"Fille étrangère, née en France de parents italiens, mise en quarantaine, discriminée, et qui reproche à son père son nom."

"En corse, je suis étrangère, je sens de la haine, du mépris, je suis salie dans mon identité, j'occupe une place à laquelle je n'ai pas droit, j'usurpe ma place d'humain."

"La première image est celle du rejet dont j'ai fait l'objet, devenu alors bouc-émissaire, ce sentiment profond d'être étranger sans que pour autant un quelconque signe physique ou culturel puisse "fonder" ce statut d'étranger."

Phase 3 : Echange en binôme des écrits

On partage et confronte en binôme7 son écrit, sa manière de ressentir la notion d'"étranger", comment s'est-on éventuellement vécu comme "étranger" dans telle circonstance, à tel moment. Nous sommes plutôt dans un geste phénoménologique, sans pour autant exclure une dimension introspective.

Chacun fait part à son alter ego de son écrit. Son interlocuteur, en empathie, l'aide à creuser, à nommer son ressenti, à en préciser la description, à mieux en saisir les détours.

Phase 4 : Partage en grand groupe

De manière volontaire, les participants sont invités, s'ils le souhaitent, à faire part de l'échange qui s'est déroulé dans le cadre de leur binôme, et à faire part de l'impact qu'a eu sur eux l'expression du ressenti, des images de leur interlocuteur (qui n'est pas cité).

Phase 5 : Elaboration de questions en grand groupe

On revient alors à une dynamique de problématisation : forts de cette expérience individuelle et en binôme, les participants sont invités à formuler la question relative au retour à soi. Exemple de questions proposées :

"A quel point l'étranger peut-il être familier ?"

"L'étrangéité est-elle une condition de possibilité du rêve ?"

"L'étranger est-il celui qui est derrière le mur de l'impuissance ?"

"Et si c'était le rejet qui fonde l'étrangeté ?"

"L'étranger est-ce celui qui m'affecte dans mon altérité ?"

Phase 6 : Débat café-philo en grand groupe

Le grand groupe choisit, parmi les questions posées à la phase précédente, celle qui sera débattue. La dernière question répertoriée ci-dessus a été choisie par les participants.

Le dispositif de débat est constitué de la manière suivante : un animateur, une personne qui distribue la parole, deux personnes qui viennent, au cours de l'échange, faire des liens ou relever des contradictions, cela en vue de proposer des problématisations.

L'échange a essayé d'éclairer les rapports entre les deux concepts : "altérité" et "étranger". L'"étranger" est apparu à certains comme la forme paradigmatique extrême de l'altérité, l'horizon au-delà duquel je ne peux entrer en relation. D'autres ont souligné que l'altérité pouvait trébucher, voire se métamorphoser en violence à l'ombre de la ressemblance, de la "mêmeté". Les combats les plus meurtriers proviennent de rivalités fratricides (Caïn)...

C) Retour critique du dispositif par l'analyse du parti pris

Les participants sont invités à répondre à la question : "En quoi ce parti pris vous paraît-il cohérent ou pas et en quoi a-t-il facilité ou pas votre réflexion ?"

Les vertus du parti pris

  • Le recours à la méditation comme cheminement vers un retour à soi est particulièrement bienvenu après avoir réfléchi au cours des deux premiers dispositifs par le biais du langage de manière plutôt cérébrale.
  • Ce retour à soi vient élargir l'horizon exploré par les deux premiers dispositifs. Cela donne tout son sens à la dynamique en cinq étapes, progressive, choisie cette année.
  • Cela nous a permis d'amener un nouvel éclairage sur le concept d'"étranger", de le traiter de "l'intérieur", non pas l'autre comme étranger, mais moi-même en situation d'étranger. C'est un parti pris qui ouvre la voie à une approche phénoménologique.

Les observations

  • On a eu parfois le sentiment qu'il y avait dans ce dispositif deux partis pris en un : l'émergence d'un retour à soi et la volonté d'approfondir par de la problématisation notre réflexion sur le concept d'"étranger".
  • Nous aurions pu prolonger le temps imparti au retour sur soi, ne pas chercher à le problématiser immédiatement.
  • Ce dispositif et ce parti pris nous conduisent à réfléchir sur l'articulation, les connexions que peuvent entretenir (ou pas) un travail de retour sur soi et un processus de pensée. Dans le chainage "conceptualisation, problématisation, argumentation", comment vient s'inscrire quelque chose qui provient d'une dimension plus personnelle, plus sensible, d'un ressort plus artistique, plus imaginatif ?

Suggestions

  • Aller au-delà dans l'exploration de soi vis-à-vis d'une notion telle que l'"étranger".
  • Dédier peut-être l'ensemble du dispositif à cette exploration (le retour à soi) en vue de revenir à une conceptualisation au cours d'un dispositif suivant.
  • Accorder plus de temps à la méditation et nécessité de la guider de manière plus structurée.

4) Se confronter à sa propre pensée, dispositif élaboré et animé par Francis et Viola Tolmer, quatrième dispositif du cycle dédié au thème de l'"étranger"

A) Le parti pris du dispositif

La confrontation est créatrice de commun, permet de sortir de "l'à peu près" de sa pensée, d'une certaine indétermination. La confrontation conduit à prendre de la distance vis-à-vis de sa pensée élaborée au cours des précédents dispositifs, de la poser, de s'en étonner, et surtout de la revisiter pour en clarifier le processus.

Par ailleurs, le dispositif s'est appuyé sur un documentaire projeté la veille. Le parti pris a consisté à ne pas faire du ciné-philo classique, mais à intégrer le documentaire projeté comme apport complémentaire aux trois dispositifs antérieurs.

B) Descriptif du dispositif (durée : 2H)

Phase 1 : Le butinage en grand groupe

Le dispositif proposé s'appuie sur les dispositifs précédents et sur un documentaire vu la veille au soir, Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch8. Avant la projection, le documentaire est présenté par Myriam François qui insiste sur la conception novatrice de la danse conçue par Pina Bausch. Le documentaire relate la rencontre entre la danse et des adolescents qui ne se destinaient pas particulièrement à une telle activité artistique.

Les participants sont invités à se mettre debout et, lors d'une déambulation à échanger quelques minutes sur la question : "En quoi le film m'a aidé à penser le concept d'"étranger" ? Certains qui n'avaient pas vu de liens saillants entre ce documentaire et la notion d'"étranger", ont découvert au hasard de ces échanges qu'un tel regard pouvait être posé sur le documentaire.

Phase 2 : Ecriture personnelle sur l'"étranger"

Les participants mettent par écrit leur conception de la notion d'"étranger", leur pensée sur ce thème, après avoir suivi les trois précédents dispositifs et vu le documentaire. Cet écrit sera particulièrement attentif à une explicitation d'une pensée argumentée.

Phase 3 : Les leviers de la confrontation.

Les animateurs présentent l'état d'esprit de la confrontation : il ne s'agit pas d'une confrontation d'ego ; le "confrontateur" est à la fois bienveillant avec le "confronté" et sans concession quant aux idées et à l'argumentation. Il ne s'agit pas de se confronter à une personne, mais de faire en sorte que cette personne, la "confrontée", se confronte à sa propre pensée. Tel est le sens profond de la bienveillance d'une confrontation. Le "confrontateur" sera attentif à la clarté des notions, des concepts mobilisés dans le texte du "confronté", aux présupposés, à l'argumentation et à la cohérence de l'ensemble.

Le "confronté" ne cherche pas à se défendre, à se justifier, mais se saisit des questions ou observations du "confrontateur" pour approfondir, préciser, mieux ciseler sa pensée.

Phase 4 : Les ateliers de confrontation

Les participants forment des ateliers de quatre, et chaque atelier constitue deux binômes. Le binôme 1 prend les deux textes qui ont été rédigés (au cours de la phase 2) par chacun des membres réunis dans le binôme 2 (de ce même atelier). Réciproquement : les deux textes du binôme 1 sont donnés au binôme 2. Chaque binôme choisit l'un des deux textes dont il sera le "confrontateur". Il y a donc dans chaque binôme un "confronté", l'auteur du texte choisi par "l'autre" binôme. Celui dont le texte n'a pas été retenu sera un observateur pendant que "son collègue", appartenant à son binôme, sera "confronté" à son texte.

Les observateurs font, dans le cadre de leur atelier, le bilan de la confrontation observée. Ils sont attentifs au fait que le "confrontateur" est bien dans une relation socratique amenant le "confronté" à examiner sa pensée. En effet le risque de cet exercice est de voir le "confrontateur" (souvent sans qu'il ne s'en aperçoive) opposer ses propres thèses ou convictions sur le sujet. Le "confrontateur" est un facilitateur qui aide le "confronté" à réaliser l'exégèse de son propre texte. C'est cela que l'observateur doit apprécier.

Exemple d'une confrontation à partir d'un texte rédigé par un participant :

"L'étranger, cet autre que moi, si loin, si près. Il n'est pas moi et pourtant ? Il est révélateur de ma "mêmeté" et créateur de différence qui ouvre le paysage de l'unité universelle".

Confrontateur : Si loin, si près c'est une distance de quelle nature, comment pourrais-tu la qualifier ?

Confrontée : C'est un autre pays, mais parce qu'il est d'un autre pays, il me rapproche de mon pays.

Confrontateur : Donc tu associes l'étranger à un habitant ou une personne d'un autre pays ou alors qu'entends-tu par pays ?

Confrontée : Un autre pays c'est un lieu que j'imagine et que je ne connais pas.

Confrontateur : Pays est ici une métaphore en quelque sorte ?

Confrontée : Oui.

Confrontateur : Par quoi pourrais-tu remplacer le terme de "pays" ?

Confrontée : Il est habitant de cette terre tout comme moi, mais il me semble éloigné de moi par nos différences culturelles, géographiques, historiques...

Confrontateur : Qu'entends-tu par mêmeté ?

Confrontée : Il est humain comme moi.

Confrontateur : Tu dis que l'étranger révèle ta mêmeté. Faut-il entendre ton humanité ?

Confrontée : Tout à fait.

Confrontateur : Qu'est-ce que tu entends par "créateur de différence" ?

Confrontée : Il est éloigné de moi, comme indiqué plus haut. C'est donc par sa différence qu'il crée une diversité du genre humain, qui est génératrice d'appartenance.

Confrontateur : C'est quoi créer une diversité du genre humain ?

Confrontée : C'est par le regard que je porte sur lui que l'étranger vient par sa différence mettre en évidence la diversité du genre humain.

Confrontateur : En fait est-ce que c'est la perception que tu as du genre humain qui s'élargit plutôt que la diversité elle-même ?

Confrontée : Oui, la présence de l'étranger me fait davantage prendre conscience de la diversité du genre humain.

Confrontateur : "ouvre le paysage de l'unité universelle" : qu'est-ce que cela signifie ?

Confrontée : Comme les différentes couleurs d'un tableau constituent l'unité de celui-ci, l'étranger, qui me fait prendre conscience de la diversité du genre humain, m'amène à en reconnaître son unité.

Conclusion par l'observateur

Observateur : Que retiens-tu de cette confrontation ?

Confrontée : Ce qui m'a clarifié, c'est que la diversité du genre humain est un fait alors que moi je parlais de la perception que j'en avais. Je confondais la chose en soi et le phénomène.

Observateur : il resterait à examiner l'argumentation permettant de dire que l'étranger est à la fois révélateur de ma mêmeté et créateur de différence...

C) Retour critique du dispositif par l'analyse du parti pris

Les participants sont invités à répondre à la question : "En quoi ce parti pris vous paraît-il cohérent ou pas et en quoi a-t-il facilité ou pas votre réflexion ?"

Les vertus du parti pris

  • La confrontation à sa propre pensée est cohérente avec le thème de l'"étranger", car elle nous permet de débusquer une part d'étrangeté vis-à-vis de notre propre pensée.
  • En philosophie, il est essentiel d'avoir un tiers pour confronter sa propre pensée, afin d'approfondir celle-ci, de lui donner "chair" et potentiel.
  • Il est tout aussi philosophiquement instructif de s'entrainer à analyser la pensée d'autrui, à s'y introduire pour l'interroger quant à sa cohérence, ses présupposés, ses arguments.
  • Le passage individuel à l'écrit est une école de la pensée, une manière de passer de l'idée générale à l'élaboration du concept. Ce qui à l'oral apparaît comme de petites contradictions est révélé à l'écrit comme fort visible. Les "à peu près" d'une pensée sont mis en évidence par une confrontation rigoureuse.

Les observations

La confrontation philosophique renvoie à la conception aristotélicienne de l'amitié que reprendra à son compte Montaigne : l'ami grâce à sa bienveillance et son exigence me permet d'élever ma conscience et ma pensée.

Suggestions

  • Peut-être faudrait-il nommer autrement cet exercice intitulé "confrontation". Ce mot est chargé de représentations.
  • Il serait intéressant de constituer des ateliers sur d'autres critères que ceux de l'affinité.
  • Peut-être faudrait-il disposer dans les ateliers d'un petit guide de la confrontation : faire préciser la signification de certaines notions et concepts mobilisés dans le texte, faire identifier par le "confronté" les présupposés, questionner la cohérence de l'argumentation...

5) La récolte, dispositif élaboré et animé par Christian Belbeze et Elisabeth Golinvaux, cinquième et dernier dispositif du cycle dédié au thème de l' "Etranger"

A) Le parti pris du dispositif

Elaborer une synthèse des traces laissées en moi par les quatre précédents dispositifs concernant l'"étranger", en créant et échafaudant une fiction qui synthétise et symbolise le tout.

B) Descriptif du dispositif (durée : 2H15)

Phase 1 : Présentation des ateliers

Les ateliers sont les unités au sein desquelles va s'élaborer une fiction. Celle-ci sera par la suite présentée en grand groupe.

La forme que peut prendre la fiction est totalement libre : un poème, une danse, un sketch, un mime ou toute autre chose.

Par ailleurs, la fiction peut être élaborée seule, à deux, trois ou plusieurs.

Seule contrainte : pour la présentation, nous disposons, par personne, d'une minute. Une présentation réalisée à trois dispose donc de 3 minutes

Phase 2 : Organisation du travail en atelier

Les ateliers se forment par affinité ou au gré du hasard, comme dirait Epicure, en fonction du clinamen : la légère oblique que dessinent les atomes qui tombent et finissent ainsi par se rencontrer. La création appelle la libre association.

Le travail en atelier est initié par l'exposition par chacun des participants des ressources dont il dispose, à savoir l'opinion sur la notion d'"étranger" que je me suis forgée au cours des dispositifs précédents, mon expérience, mon mode d'expression privilégié.

La mise en commun de toutes ces données vise à décider d'un mode de création commun à l'atelier.

Phase 3 : Création de la fiction en atelier

Vient alors le moment commun de création d'une fiction qui puisse exprimer sous une forme allégorique, synthétique, métaphorique l'essence des traces laissées sur soi par la notion d'"étranger" que nous avons analysée, observée sous de multiples angles les jours précédents

Phase 4 : Présentation en grand groupe des différentes fictions

L'ensemble des fictions a pris la forme de saynètes de théâtre, de sketchs. Il y avait à chaque saynète, l'expression d'un choix, d'un angle de vue :

  • Dans tel sketch, on soulignait l'étrangeté de trois hommes sortis d'un ailleurs, pratiquant des rites étranges dans l'étrangeté d'un silence.
  • Dans tel autre le prince charmant, auréolé et tant attendu, qui devient au cours des années un étrange crapaud.
  • Dans tel autre, la paranoïa déclenchée par l'étranger, représentée par un flic qui finit par arrêter tout le monde, y compris ses compatriotes et même les concepts.
  • Dans tel autre la manière de se vivre "étranger" variant d'une génération à l'autre... ou encore après le rejet, la fascination de l'étrangère pour l'autochtone...

C) Retour critique du dispositif par l'analyse du parti pris

Les participants sont invités à répondre à la question : "En quoi ce parti pris vous paraît-il cohérent ou pas et en quoi a-t-il facilité ou pas votre réflexion ?"

Les vertus du parti pris

  • Le parti pris par cette invitation à créer, imaginer est percutant, nous conduit à bousculer nos marges de confort et par là à élargir notre champ conceptuel
  • Des philosophes ont eu recours à la fiction pour exprimer, approfondir, donner de la "chair" à leur pensée. Platon, par ses dialogues et mises en scène (exemple Le banquet), ainsi que Sartre et Camus, en sont des exemples.
  • La symbolisation, la métaphore sont des accès précieux et spécifiques à l'élaboration de la pensée.

Observations

  • Jouer n'est-ce pas régresser ? Et du coup comment articuler cela avec le concept ?
  • Le spectacle peut-il répondre à l'exigence philosophique. Dans quelle mesure la fiction peut-elle répondre à l'exigence de l'examen critique ?

Suggestion

Entamer le cycle (ici les cinq dispositifs) par l'élaboration d'une fiction en vue de faire émerger les représentations par l'image, le langage et des mises en situation.

6) Bilan critique, animé par Francis et Viola Tolmer, sur l'ensemble du cycle composé des cinq dispositifs.

Le bilan critique s'est organisé autour de trois questions posées aux participants qui ont été invités à s'exprimer sur post-it. Ensuite les participants se sont regroupés autour des paperboards sur lesquels étaient placés les post-it en vue de les commenter. Quelques exemples de post-it :

Question 1 : "En quoi ce week-end m'a-t-il aidé à construire ma pensée ?"

"J'ai construit des liens entre plusieurs expériences personnelles et la notion d' "étranger."

"Surtout le moment de la confrontation (4ème dispositif) qui m'a aidé à me clarifier et le travail en sous-groupe."

"Ce week-end m'a aidé à mieux approfondir, enraciner, incarner, ma propre pensée, inséparable de ma propre histoire, corps, émotion, désir d'avenir."

"Ce week-end m'a permis de me confronter à l'impossibilité de cerner clairement la notion d'étranger"

Il ressort que la réflexion sous forme d'un cycle autour du même thème a facilité une réflexion "existentielle" en synergie avec sa propre expérience personnelle. Autrement dit, l'ensemble a conduit à une sorte d' "exercice philosophique" que Pierre Hadot nomme "exercice spirituel".

Question 2 : "Quel est votre avis sur ce parti pris : un thème et cinq temps ?"

"Le thème unique confronte à la richesse (trop grande) de la notion, alors que la notion mise en regard avec d'autres notions invite à diversifier les angles d'approche."

"Le thème progressant au fil des ateliers est intéressant, mais comment gérer le temps ?"

"La progression des dispositifs en partant de la problématisation de la notion puis la discussion avec les autres, a permis d'envisager différentes approches..."

"La progressivité dans les cinq temps des dispositifs structure l'élaboration de la pensée..."

"Un seul thème et pourtant l'impression d'avoir survolé."

"La contrainte de progression était plutôt un obstacle. Avoir deux thèmes plutôt féconds, plus excitant."

- Il en ressort que la mise en place d'une visite progressive du thème en entrant par différentes fenêtres favorise un questionnement philosophique plus ample.

- Par ailleurs, il semble que ce parti pris pourrait intégrer avec profit le fait d'associer d'autres notions au thème central.

- D'autres ont évoqué la nécessité d'avoir une meilleure articulation entre les cinq dispositifs.

Question 3 : "Quel est votre avis sur l'organisation en général ?"

"Peut-être un peu trop chargé en ateliers."

"Cette organisation permet de cadrer et d'être performant pour le groupe, avec la maitrise du temps et les façons de faire différentes."

"J'apprécie l'aspect coopératif et le partage des taches qui responsabilise."

"Cinq étoiles pour l'organisation"

Les participants ont souligné l'aspect "autogestionnaire" et rigoureux de l'organisation, propice à une réflexion collégiale et riche, même si la surcharge d'atelier est à penser"

Annexe

Document (format PDF) : Textes proposés au cours du deuxième dispositif

Diotime, n°83 (01/2020)

Diotime - Compte-rendu des 21èmes Rencontres philosophiques de Sorèze, 26-28 juillet 2019